 | Le Bérar, dont le nom dérive probablement de l'ancien royaume de Vidarbha mentionné dans le Mahabharata , constitue une région historique du centre de l'Inde dont le destin se confond longtemps avec celui du plateau du Deccan. Après avoir été intégré à l'empire Andhra ou Satavahana, puis avoir subi la domination successive des Chalukyas, des Rashtrakutas et enfin des Yadavas de Deogiri, le territoire passe sous contrôle musulman à la fin du XIIIe siècle lors des invasions du sultanat de Delhi. Lorsque s'établit le sultanat bahmanide en 1348, le Bérar est constitué en l'une des cinq provinces du royaume, gouvernée par de grands nobles disposant d'une armée distincte, et fournit des contingents dans les guerres incessantes que les Bahmanides mènent contre Vijayanagara, Telingana et les Gonds. En 1478 ou 1479, devant les périls que représente ce système provincial, le Bérar est divisé en deux gouvernements distincts, celui du nord prenant le nom de Gawil et celui du sud celui de Mahur, tandis que les pouvoirs des gouverneurs sont considérablement réduits au profit des commandants de forteresses directement subordonnés au sultan. Mais ces réformes arrivent trop tard pour sauver la dynastie bahmanide déjà vacillante. En 1490, Fath-ullah Imad-ul-Mulk, gouverneur de Gawil qui avait autrefois administré l'ensemble du Bérar, proclame son indépendance et fonde la dynastie Imad Shahi, avec pour capitale Ellichpur. Cet homme, capturé enfant lors d'une expédition contre Vijayanagara et élevé dans la foi musulmane, fortifie les places de Gawilgarh et Narnala et annexe Mahur à son nouveau royaume. Son fils Ala-ud-din Imad Shah lui succède en 1504 et résiste aux ambitions d'Ahmadnagar en s'alliant au sultan du Gujarat, avant que Darya Imad Shah ne tente sans succès de s'aligner sur Bijapur pour contenir la même menace. La dynastie s'éteint en 1574 lorsque Burhan Imad Shah est déposé par son ministre Tufal Khan, qui assume la royauté, offrant à Murtaza Nizam Shah d'Ahmadnagar le prétexte pour envahir le Bérar, emprisonner et mettre à mort Tufal Khan, son fils et l'ancien roi, puis annexer le territoire à ses propres domaines. En 1595, le prince Murad, fils de l'empereur Akbar, assiège Ahmadnagar et obtient la cession formelle du Bérar, s'installant à Balapur où il fonde la ville de Shahpur. Après la mort d'Akbar, Malik Ambar, l'Éthiopien devenu régent d'Ahmadnagar, reprend une partie substantielle du Deccan aux Moghols jusqu'à sa mort en 1626, mais dès la première année du règne de Shah Jahan, en 1628, le Bérar repasse sous l'autorité moghole. En 1636, les possessions mogholes du Deccan sont réorganisées en quatre subahs, le Bérar constituant l'une d'elles avec Ellichpur pour capitale et Gavilgad pour principale forteresse, Aurangzeb étant nommé vice-roi de ces quatre provinces. Vers la fin du XVIIe siècle, les Marathes commencent à dévaster la province, et en 1717 les ministres Sayyid de l'empereur Farrukhsiyar leur accordent formellement le droit de lever le chauth et le sardeshmukhi sur les six subahs et demi du Deccan. En 1724, après une série de victoires sur les lieutenants impériaux, le Nizam-ul-Mulk Asif Jah établit la lignée indépendante des Nizams de Hyderabad et revendique dès lors la souveraineté de jure sur le Bérar. Mais cette prétention est contestée par les rajas Bhonsla de Nagpur, et pendant plus d'un demi-siècle la malheureuse province est broyée entre ces deux puissances rivales qui nomment chacune leurs propres collecteurs de revenus, les cultivateurs harassés abandonnant leurs terres pour rejoindre les bandes de pillards. Les victoires de Wellesley à Assaye et Argaon en 1803 forcent le raja Bhonsla à céder ses territoires à l'ouest de la Wardha, et par le traité de partition de Hyderabad en 1804, ces territoires sont transférés au Nizam, une partie seulement des districts orientaux restant aux chefs de Nagpur et au Peshwa. Un nouveau traité en 1822 fixe la Wardha comme frontière orientale du Bérar et confère au Nizam tout le pays à l'ouest de cette rivière, tandis que les tractations prises par le Peshwa en 1795 et celles laissées à Nagpur en 1803 lui sont restituées. La gestion du Bérar par les officiers du Nizam s'avère alors pire que l'administration contemporaine du territoire voisin de Nagpur, et les finances de Hyderabad sombrent dans un état si désespéré qu'à partir de 1843 la solde des troupes entretenues en vertu du traité de 1800 doit être avancée par le Trésor britannique. La banqueroute de l'État hyderabadien nécessite en 1853 un nouveau traité par lequel le gouvernement britannique prend en charge le contingent de Hyderabad en échange de la cession de districts produisant un revenu brut de cinquante lakhs de roupies, le Bérar devenant dès lors connu sous le nom de Districts assignés de Hyderabad. Pendant ces années d'administration britannique, la lignée des Nawwabs d'Ellichpur, qui descendait de deux frères afghans entrés au service d'Ali Mardan Khan sous Aurangzeb, s'illustre notamment avec Isma'il Khan Panni, gouverneur de 1765 à 1775, dont les relations se dégradent avec le ministre du Nizam jusqu'à ce qu'il soit décapité en mai 1775 après un affrontement près d'Ellichpur. Son successeur Salabat Khan, nommé en 1790, agrandit la ville, aménage des jardins publics et répare les anciens canaux d'irrigation, tandis que Namdar Khan, qui lui succède en 1824, construit la célèbre Salle des Miroirs et la mosquée Imambara avant d'adopter Muhammad Sardar Khan, la lignée s'éteignant finalement avec Shams Khatun, veuve d'Ibrahim Khan, lorsque le Bérar est assigné à la Compagnie des Indes orientales en 1853. Le 5 novembre 1902, le sixième Nizam Mahbub Ali Khan signe un accord louant le Bérar à perpétuité aux Britanniques contre un paiement annuel de vingt-cinq lakhs de roupies, et Lord Curzon décide de fusionner la province avec les Provinces centrales, ce qui est proclamé le 17 septembre 1903. En octobre de cette même année, le Bérar est placé sous l'administration du commissaire en chef des Provinces centrales, et le 24 octobre 1936 il est pleinement fusionné pour former les Provinces centrales et Bérar, bien qu'il reste sous la souveraineté nominale de Hyderabad. Après l'indépendance de l'Inde en 1947, la question du statut du Bérar suscite des débats juridiques. Cetains soutiennent que le traité de cession devait expirer avec la suzeraineté britannique et que le territoire devait revenir au Nizam, mais les Provinces centrales et Bérar deviennent en 1950 l'État de Madhya Pradesh. En 1956, lors de la réorganisation des États indiens sur des bases linguistiques, les zones marathiphones du Madhya Pradesh, comprenant les divisions de Bérar et de Nagpur, sont transférées à l'État de Bombay, qui est scindé en 1960 pour donner naissance au Maharashtra et au Gujarat, le Bérar constituant depuis lors la division d'Amravati au sein de la région du Vidarbha. | |