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| Les langues |
| Les langues élamo-dravidiennes |
La
notion de langues élamo-dravidiennes correspond à une hypothèse
linguistique, selon laquelle les langues élamites, parlées durant l'Antiquité
dans l'ancien Élam (sud-ouest de l'IranAu final, l'élamite et les langues dravidiennes présentent certes quelques similarités typologiques, mais celles-ci peuvent résulter de convergences aréales ou de hasards historiques. Sans preuves plus solides (qu'elles soient linguistiques, archéologiques ou génétiques) l'hypothèse élamo-dravidienne reste une curiosité intellectuelle plutôt qu'une théorie linguistique établie. Néanmoins, elle illustre la complexité des interactions anciennes entre les civilisations de l'Iran et du sous-continent indien, et la quête continue pour comprendre les racines linguistiques de l'une des plus anciennes civilisations urbaines du monde, celle de la vallée de l'Indus L'élamite.
D'un point de vue généalogique, l'élamite est généralement considérée comme une langue isolée, c'est-à-dire qu'elle ne peut être rattachée de manière convaincante à aucune grande famille linguistique connue. Des hypothèses ont été proposées pour la relier, non seulement aux langues dravidiennes, mais aussi au langues caucasiennes ou même aux langues ouraliennes, mais aucune n'a obtenu un consensus scientifique solide. Cette absence de parenté clairement établie complique l'analyse linguistique, car il n'existe pas de langues apparentées permettant une comparaison systématique. L'élamite est connu grâce à plusieurs systèmes d'écriture successifs. Les plus anciennes attestations utilisent un système encore imparfaitement déchiffré, souvent appelé proto-élamite, employé à la fin du IVe millénaire avant notre ère. Ce système est distinct du cunéiforme mésopotamien et demeure largement énigmatique, ce qui empêche de savoir avec certitude quelle langue il transcrit. À partir du IIIe millénaire, l'élamite est noté au moyen d'un cunéiforme adapté du modèle suméro-akkadien, simplifié et modifié pour correspondre aux besoins phonétiques de la langue. À l'époque achéménide, l'élamite est également transcrit dans un cunéiforme dit persépolitain, plus régulier et standardisé, utilisé notamment dans les inscriptions royales trilingues. Sur le plan typologique, l'élamite présente des caractéristiques morphologiques originales. Il est généralement décrit comme une langue agglutinante, dans laquelle les relations grammaticales sont exprimées par l'ajout de suffixes à des bases lexicales relativement stables. Le système nominal ne repose pas sur un genre grammatical comparable à celui des langues indo-européennes ou sémitiques. En revanche, il distingue des catégories telles que l'animé et l'inanimé, qui jouent un rôle dans l'accord et la morphologie verbale. Le marquage des cas est limité, et les fonctions syntaxiques sont souvent exprimées par des suffixes postpositionnels plutôt que par une flexion riche. Le système verbal de l'élamite est l'un des aspects les plus complexes et les plus débattus de la langue. Il repose sur une opposition fondamentale entre formes dites actives et passives ou médio-passives, ainsi que sur un usage important de suffixes personnels. Les marques de personne peuvent s'attacher non seulement au verbe, mais aussi à d'autres éléments de la phrase, ce qui donne à la langue une structure parfois qualifiée de phrase à prédication suffixale. La distinction temporelle n'est pas exprimée de manière aussi systématique que dans de nombreuses langues modernes, et l'interprétation du temps et de l'aspect dépend souvent du contexte. Sur le plan syntaxique, l'ordre des mots le plus fréquent est sujet-objet-verbe, ce qui rapproche l'élamite de nombreuses langues du Proche-Orient ancien et d'Asie occidentale. Les déterminants et les compléments précèdent généralement le nom qu'ils qualifient, et les subordonnées sont souvent enchâssées avant la proposition principale. La coordination et la subordination sont exprimées par des particules ou des constructions verbales spécifiques plutôt que par des conjonctions autonomes nombreuses. Le vocabulaire élamite connu provient essentiellement de textes administratifs, juridiques, économiques et royaux. Il comprend de nombreux termes relatifs à l'organisation palatiale, à la gestion des ressources, à la fiscalité et au culte. On observe une forte influence lexicale de l'akkadien, surtout dans les domaines administratifs et diplomatiques, due à des siècles de contacts étroits avec la Mésopotamie. À l'époque achéménide (VIe-IVe siècles av. JC), l'élamite coexiste avec le vieux-perse et l'akkadien comme langue officielle de l'administration impériale, ce qui témoigne de son prestige institutionnel malgré son recul probable comme langue vernaculaire. La disparition de l'élamite en tant que langue vivante a été progressive et est mal documentée. L'élamite semble avoir été supplanté par l'iranien ancien et d'autres langues régionales au cours du Ier millénaire avant notre ère. Néanmoins, son usage écrit persiste relativement tard, notamment dans les archives administratives de Persépolis. La langue harapéenne.
La langue harapéenne n'est connue que par l'intermédiaire de l'écriture de l'Indus, un système graphique composé d'environ 400 à 450 signes distincts, attesté principalement sur des sceaux, des tablettes, des poteries et divers objets utilitaires. Ces inscriptions sont généralement très brèves, souvent limitées à quelques signes, ce qui constitue un obstacle majeur à leur déchiffrement. L'absence de textes bilingues, comparables à la pierre de Rosette pour l'égyptien, empêche toute identification certaine de la langue sous-jacente. Le statut linguistique de la langue harapéenne demeure donc hautement spéculatif. L'hypothèse la plus débatue est celle d'une langue dravidienne ancienne, parfois appelée proto-dravidien ou para-dravidien, qui aurait précédé ou coexisté avec les langues indo-aryennes dans le sous-continent. Cette hypothèse s'appuie sur certaines correspondances supposées entre les signes de l'Indus et des éléments lexicaux ou morphologiques reconstruits pour les langues dravidiennes, ainsi que sur la présence historique de langues dravidiennes dans le sud de l'Inde. D'autres chercheurs ont proposé une affiliation avec les langues munda (austroasiatiques), avec une langue isolée aujourd'hui disparue, ou encore avec un ensemble plurilingue reflétant la diversité ethnique de la civilisation de l'Indus. L'écriture de l'Indus elle-même fait l'objet de questionnement quant à sa nature. Certains chercheurs considèrent qu'il s'agit d'un véritable système d'écriture transcrivant une langue parlée, possiblement de type logosyllabique ou morpho-syllabique. D'autres estiment qu'il pourrait s'agir d'un système symbolique non linguistique, utilisé principalement à des fins administratives, religieuses ou identitaires, sans notation phonétique complète. La régularité statistique des inscriptions, la récurrence de certains signes en position initiale ou finale et l'existence de structures répétitives tendent néanmoins à appuyer l'hypothèse d'un système linguistique réel. En l'absence de déchiffrement, la phonologie, la morphologie et la syntaxe de la langue harapéenne ne peuvent être décrites que de manière indirecte et hypothétique. Les analyses statistiques suggèrent une organisation interne compatible avec une langue naturelle, possiblement dotée de morphèmes grammaticaux récurrents. Certains chercheurs ont proposé que la langue puisse avoir été agglutinante, à l'instar de nombreuses langues dravidiennes ou munda, avec des affixes exprimant des relations grammaticales telles que le cas ou la possession. Ces propositions restent toutefois conjecturales et ne reposent pas sur des données linguistiques directement observables. Par ailleurs, le contexte socio-linguistique de la civilisation de l'Indus laisse supposer une certaine complexité. L'étendue géographique du territoire harappéen, la standardisation remarquable des poids, des briques et de l'urbanisme, ainsi que l'uniformité relative de l'écriture suggèrent l'existence d'une ou de plusieurs langues administratives communes, utilisées dans les échanges économiques et institutionnels. Il est néanmoins probable que cette langue cohabitait avec des parlers locaux ou régionaux non écrits, comme c'est le cas dans de nombreuses civilisations anciennes. La disparition de la langue harapéenne est intimement liée au déclin de la civilisation de l'Indus au début du IIe millénaire avant notre ère. Les causes de ce déclin sont multiples et elles aussi débattues. On évoque en particulier des changements climatiques, comme des sécheresses de plusieurs siècles qui auraient pu engendrer des modifications des réseaux fluviaux et des transformations socio-économiques. Quoi qu'il en ait été, avec l'abandon progressif des centres urbains et l'absence de continuité directe de l'écriture, la langue harapéenne a fini par disparaître, laissant place à des traditions linguistiques ultérieures, notamment indo-aryennes et dravidiennes. Les langues dravidiennes.
La famille dravidienne comprend environ 80 langues, dont les plus importantes sont le tamoul, le télougou, le kannada et le malayalam, auxquelles on peut ajouter encore d'autres idiomes n'ayant pas de littérature écrite. On réparti ces langues en deux groupes principaux : 1° celles du Nord, dites vindhyennes, parce qu'elles sont parlées dans les monts Vindhyas; ce sont le male ou radjmahah, l'uraon, le kole et le gond;A ces deux ensembles de langues, R. Caldwell a ajouté encore le koudaga, à l'Ouest de Mysore, comme langue indépendante, après l'avoir autrefois regardé comme un dialecte du kanara. Enfin, on attache à la liste des langues dravidiennes quelques langues parlées par les monts Nilgherries comme le touda (toda ou todava), kodagou des monts de Kourg, certains dialectes des îles Maldives et Laquedives, qui y cotoient des langues indiennes,, qui n'ont jamais été écrits, etc. Le brahoui, parlé au Béloutchistan est également une langue dravidienne. Parmi les caractères des langues dravidiennes, on signalera, pour la la prononciation, l'abondance des consonnes liquides, surtout l et r; elles se combinent fréquemment avec des aspirées; pour le vocabulaire, une grande richesse, grâce à la possibilité qu'ont les mots de s'agglomérer et de s'unir entre eux de manière à produire des mots nouveaux. Il y a beaucoup d'expressions pour rendre les moindres nuances des impressions physiques, mais absence de termes abstraits et de cette flexibilité qui permet les longues phrases et les périodes. II a huit cas, trois genres, et, dans les substantifs, trois nombres. Les adjectifs sont invariables. Généralement le pronom se place après le verbe, et s'unit à lui par une désinence contractée. Un grand nombre de verbes auxiliaires modifient le verbe principal. La conjugaison n'a que trois temps; des affixes suppléent à l'absence des modes autres que l'indicatif. Du reste, la plupart des verbes sont défectifs. Pour transcrire les langues dravidiennes, on emploie trois alphabets différents, qui sont probablement d'origine sanscrite, bien que les formes des lettres diffèrent de celles de l'alphabet sanscrit. Le premier alphabet est celui du tamoul, le second est celui du malayâla, dont on se sert aussi pour le toulou, et le troisième est celui de télougou employé également pour le kanara et le koudaga. Ce dernier alphabet présente le même nombre de lettres que le dêvanâgari. L'écriture, par ses formes arrondies, a un aspect tout différent de l'ancien type indien à forme carrée. (J. Israelsohn). |
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