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L'Empire maurya env. 322 Ă 185 av. JC |
| L'Empire
maurya, qui a vu le jour vers 322 avant notre ère, fut le premier
grand empire unifié de l'histoire de l'Inde.
Il a marqué une période de profonds changements politiques, sociaux et
religieux.
Les origines de cet empire sont intimement liées à deux figures emblématiques : Chandragupta Maurya et son mentor, Chanakya, également connu sous le nom de Kautilya. Le contexte politique de l'époque était celui d'une Inde du Nord fragmentée en de nombreux royaumes et républiques. Le plus puissant d'entre eux était le royaume de Magadha, dirigé par la dynastie Nanda. Selon les récits, Chanakya, un érudit et stratège politique, aurait été insulté par le roi Dhana Nanda. Jurant de se venger, il prit sous son aile le jeune et ambitieux Chandragupta Maurya. Ensemble, ils orchestrèrent le renversement de la dynastie Nanda. Profitant du vide laissé par le retrait des armées d'Alexandre le Grand dans le nord-ouest de l'Inde, Chandragupta étendit rapidement son pouvoir. La fondation de l'Empire maurya fut consolidée par une série de victoires militaires. Vers 305 avant notre ère, Chandragupta affronta Séleucos Nicator, l'un des successeurs d'Alexandre qui contrôlait les territoires orientaux de son empire. Le conflit se solda par un traité de paix avantageux pour les Mauryas. Séleucos céda de vastes territoires, englobant des parties de l'Afghanistan et du Baloutchistan actuels, en échange de 500 éléphants de guerre. Une alliance matrimoniale, avec le mariage de la fille de Séleucos à Chandragupta, scella cet accord et assura la frontière nord-ouest de l'empire. L'administration de l'Empire maurya, largement inspirée des préceptes de Chanakya consignés dans son traité, l'Arthashastra, était hautement centralisée. Le pouvoir était concentré entre les mains de l'empereur, assisté d'un conseil de ministres. L'empire était divisé en provinces, dirigées par des gouverneurs, souvent des membres de la famille royale. Un vaste réseau d'espionnage permettait de maintenir le contrôle sur ce territoire immense. L'État régulait de nombreux aspects de la vie économique, fixant les prix, contrôlant les poids et mesures et levant des impôts sur l'agriculture et le commerce. L'armée maurya était l'une des plus grandes de son temps. Elle comptait des centaines de milliers de fantassins, une cavalerie importante et des milliers d'éléphants de guerre, et garantissait la sécurité intérieure et la défense contre les menaces extérieures. Chandragupta, après un règne prospère, aurait, selon la tradition jaïne, abdiqué en faveur de son fils Bindusara pour devenir un ascète jaïn. Bindusara poursuivit l'oeuvre de son père, étendant l'empire vers le sud de l'Inde. Le petit-fils de Chandragupta, Ashoka, qui monta sur le trône vers 268 avant notre ère, est sans conteste le plus célèbre des souverains mauryas. Son règne impulsa un tournant majeur dans l'histoire de l'empire. Dans la huitième année de son règne, Ashoka entreprit la conquête du royaume de Kalinga (l'actuel Odisha). La guerre fut d'une violence inouïe. Elle causa des centaines de milliers de morts et de déportés. Profondément choqué et rempli de remords par les horreurs de cette guerre, Ashoka connut une crise de conscience radicale et se convertit au bouddhisme. Cette conversion eut des conséquences profondes sur sa politique. Ashoka renonça aux guerres de conquête et adopta une politique de Dhamma, un concept de justice, de moralité et de bien-être pour tous ses sujets. Il fit graver ses édits sur des piliers et des rochers à travers tout l'empire, prônant la non-violence (ahimsa), la tolérance religieuse, le respect des aînés et le traitement humain des serviteurs et des animaux. Il envoya des missions bouddhistes dans de nombreux pays, notamment au Sri Lanka, contribuant ainsi à la diffusion du bouddhisme au-delà des frontières de l'Inde. Malgré son engagement pour la paix, Ashoka maintint une armée puissante pour assurer la stabilité de l'empire. Après la mort d'Ashoka, l'Empire maurya entama un lent déclin. Ses successeurs se révélèrent être des dirigeants plus faibles, peinant à maintenir l'autorité centrale sur un territoire aussi vaste et diversifié. Les provinces éloignées commencèrent à faire sécession. La pression économique liée à l'entretien d'une administration et d'une armée considérables, ainsi que des invasions depuis le nord-ouest, affaiblirent davantage l'empire. La fin de la dynastie maurya fut brutale. Vers 185 avant notre ère, le dernier empereur, Brihadratha, fut assassiné par son propre général, Pushyamitra Shunga, lors d'une revue militaire. Pushyamitra fonda alors la dynastie Shunga, signant la fin de près d'un siècle et demi de domination maurya. Bien que l'empire se soit effondré, son héritage perdura. L'unification politique, le développement d'une administration sophistiquée et surtout la diffusion des idéaux bouddhistes par Ashoka ont laissé une empreinte indélébile sur l'histoire et la culture de l'Inde. Civilisation.
La littérature durant cette période prend plusieurs formes et langues. Le sanscrit reste la langue intellectuelle et rituelle, mais le prakrit gagne en importance pour la diffusion religieuse et administrative. Des textes fondamentaux comme l'Arthashastra, attribué à Kautilya (Chanakya), le conseiller de Chandragupta, offrent une analyse pragmatique et systématique de la politique, de l'économie et de l'administration impériale. Il s'agit de l'un des premiers traités de science politique connus au monde. Il décrit une organisation centralisée, une bureaucratie efficace et des stratégies diplomatiques et militaires. D'autres textes comme les Jatakas – récits des vies antérieures du Bouddha – bien qu'oraux ou partiellement rédigés ultérieurement, commencent à se formaliser à cette époque. Ces récits ont un contenu à la fois moral, religieux et politique, généralement mis en scène dans des contextes royaux, et renforcent l'idéologie bouddhique dans un cadre narratif accessible. Les inscriptions d'Ashoka constituent une autre forme majeure de littérature. Gravées sur des piliers, des rochers ou des parois de grottes dans différentes régions de l'empire, elles sont rédigées principalement en prakrit et en écriture brahmi. Ces édits abordent des thèmes variés : conversion personnelle à la non-violence, diffusion du dhamma (la loi morale bouddhique), tolérance religieuse, justice sociale, et relations diplomatiques. Ces textes ont une visée pédagogique et éthique, démontrent l'usage du pouvoir pour la propagation des valeurs morales à une échelle panindienne, et représentent l'une des plus anciennes formes de communication politique de masse. Les arts de la période Maurya se distinguent par une transition nette entre les traditions artisanales régionales plus anciennes et une esthétique impériale nouvelle, raffinée et codifiée. La statuaire est dominée par des oeuvres à la finition extrêmement soignée, telles que les célèbres colonnes monolithiques en grès poli d'Ashoka. Ces colonnes sont ordinairement surmontées de chapiteaux sculptés, les plus fameux étant celui de Sarnath (Uttar Pradesh) avec les lions dos à dos, devenu l'emblème de l'Inde moderne. Le poli miroir des surfaces et la précision du travail témoignent d'une maîtrise technique exceptionnelle. Les motifs, bien qu'inspirés de l'art perse et achéménide, présentent une adaptation indienne forte, avec des symboles bouddhiques comme la roue (dharma chakra), les animaux sacrés (lion, éléphant, taureau), et les fleurs de lotus. La sculpture se manifeste également dans les grottes, où apparaissent les premiers sanctuaires bouddhistes, tels que ceux de Barabar et Nagarjuni, commandités par Ashoka pour les ascètes de la secte des Ajivika. Ces grottes creusées dans le roc présentent des chambres au poli parfait, des voûtes en berceau et une acoustique remarquable, qui témoignent d'un haut degré de sophistication architectonique et technique. L'art y est à la fois utilitaire et symbolique, tourné vers la contemplation et la pratique religieuse. L'architecture maurya combine innovation et héritage. Si peu de structures palatiales ou urbaines ont survécu (elles étaient souvent en bois à l'origine), les descriptions par des visiteurs comme Mégasthène ou les fouilles à Pataliputra (Patna, dans le Bihar) révèlent l'existence de palais somptueux, avec des piliers massifs, des portiques colonnés et des éléments décoratifs influencés par l'Asie centrale et l'Empire achéménide. Le palais de Chandragupta, selon les descriptions grecques, rivalisait avec celui de Suse en Perse, ce qui souligne l'ambition impériale de créer un espace architectural emblématique du pouvoir. Les stupas, monuments bouddhistes par excellence, connaissent une phase d'essor initial à cette époque. Le stupa d'origine de Sanchi (Madhya Pradesh), bien que largement agrandi plus tard, aurait été érigé sous Ashoka. Ces constructions circulaires, symbolisant le tumulus funéraire, deviennent des lieux de culte, de méditation et de pèlerinage. Les stupas sont auss des véhicules de propagation du bouddhisme à travers l'Inde et au-delà . L'urbanisme se développe selon des principes géométriques, avec des villes structurées, des fossés de défense, des réseaux de routes et des greniers collectifs, comme en témoignent les découvertes archéologiques à Pataliputra et dans d'autres sites. L'administration centrale semble avoir veillé à l'uniformisation de certains standards architecturaux. Sciences.
Techniques.
Les savoirs scientifiques sont étroitement liés aux besoins pratiques de l'administration, de l'agriculture et de la guerre. Le texte fondamental de cette époque, l'Arthashastra, attribué à Kautilya (Chanakya), ministre de Chandragupta, témoigne d'un savoir empirique appliqué à la gestion économique, l'agronomie, la géologie, la chimie et la médecine vétérinaire. Ce traité évoque la classification des sols, les techniques d'irrigation, les plantes médicinales, les minéraux utiles et les procédés métallurgiques, avec un esprit systématique et pragmatique. L'ingénierie hydraulique connaît un développement notable. L'État Maurya construisit des réservoirs, des digues et des canaux pour favoriser l'agriculture irriguée, essentielle dans les régions arides. L'Arthashastra détaille la construction de lacs artificiels, les méthodes pour prévenir l'érosion des berges, et les techniques de captation des eaux de pluie. Ces connaissances reposent sur une observation empirique des sols, du relief et des saisons. Dans le domaine de la métallurgie, la période Maurya voit la mise en oeuvre de techniques avancées de traitement du fer et du cuivre. Des fouilles archéologiques ont révélé l'existence de fours à haute température, ainsi que d'alliages résistants utilisés dans les outils, les armes et les pièces d'architecture. Le savoir-faire dans la fabrication d'armes et d'équipements militaires contribuait à la puissance de l'armée Maurya, hautement structurée. Les connaissances médicales, issues de la tradition ayurvédique, ont continué de se développer. Les médecins (vaidya) bénéficient de formations systématiques, et l'État encourage l'entretien d'herboristeries et de centres médicaux. La chirurgie, déjà présente dans les textes antérieurs comme le Sushruta Samhita, reste pratiquée sous des formes complexes, notamment pour le traitement des plaies de guerre. Les mathématiques et l'astronomie, bien que moins directement documentées pour cette période que pour l'époque Gupta ultérieure, étaient déjà bien établies. Les mathématiciens se servent des notions de géométrie pratique pour la construction des villes, des routes et des forteresses. L'utilisation du zéro, bien que pas encore totalement formalisée, commence à poindre dans certaines inscriptions marchandes et documents administratifs. L'astronomie serit à établir les calendriers agricoles et religieux. Des textes comme le Vedanga Jyotisha, bien que d'origine antérieure, sont toujours en usage pour le calcul des cycles lunaires et solaires. L'administration Maurya faisait un usage avancé des recensements, de la cartographie rudimentaire, de la taxation sur les poids et mesures standardisés, et de la logistique militaire. Les registres de terrain, les étalonnages de poids, et les techniques comptables témoignent d'une connaissance technique appliquée au contrôle territorial. L'usage des unités de mesure précises et la division du territoire en districts géographiques dénotent une compréhension pré-statistique du monde physique et social. Enfin, sous Ashoka, le tournant bouddhiste de l'empire a favorisé la diffusion du savoir scientifique au-delà des frontières, notamment vers le Sri Lanka et l'Asie centrale. L'écriture brahmi, utilisée pour graver les édits d'Ashoka, témoigne d'une maîtrise avancée de la communication scripturale à des fins administratives et éducatives, et fut un vecteur de transmission des sciences. Adminstration.
Economie.
L'administration de l'Empire Maurya constitue l'une des structures politiques les plus centralisées et sophistiquées de l'Inde ancienne. Elle repose sur un pouvoir impérial fort, assisté par une bureaucratie dense, des agents royaux multiples et une logique de surveillance rigoureuse. Le roi est considéré comme la source de toute autorité et le garant du dharma, mais son action est encadrée par des conseils et un corpus de lois définies dans l'Arthashastra, traité politique et économique fondamental de cette époque. L'empire est divisé en provinces, dirigées par des gouverneurs nommés par l'empereur, généralement membres de la famille royale ou hauts dignitaires loyaux. Ces provinces, à leur tour, sont divisées en districts et villages, chacun avec ses propres fonctionnaires. L'administration locale repose sur des agents appelés amatyas, chargés de collecter les impôts, surveiller les récoltes, maintenir l'ordre et faire respecter les décisions impériales. Des espions et inspecteurs secrets, appelés gudhapurusha, sont utilisés pour garantir la loyauté des administrateurs et surveiller les troubles potentiels dans l'empire. L'administration maurya se caractérise aussi par son orientation vers le contrôle minutieux de la société. Les activités économiques, les prix, les poids et mesures, le commerce intérieur et extérieur, les salaires et même les professions sont réglementés par l'État. Un ministère spécifique surveille chaque domaine, comme l'agriculture, le commerce, les mines, la métallurgie, la faune, les forêts, les routes, ou encore la prostitution. Chaque activité économique devient ainsi un levier d'intervention de l'État impérial, ce qui garantit à la fois l'ordre social et la richesse publique. Les revenus de l'empire proviennent principalement de l'impôt foncier, appelé bhaga, qui correspond à une part fixe de la récolte, généralement un quart ou un sixième, prélevée en nature ou en monnaie. Les terres agricoles sont parfois directement administrées par l'État, notamment les sita (terres royales), cultivées par des ouvriers rémunérés par l'administration. Le commerce et l'artisanat sont aussi imposés, avec des taxes sur les ventes, les marchandises importées ou exportées, les péages sur les routes et ponts, et des droits de douane dans les ports et marchés. L'économie maurya est donc largement agraire, mais s'appuie aussi sur une activité commerciale active. Les routes commerciales sont entretenues par l'État, notamment la grande route royale reliant la vallée du Gange à Taxila et au nord-ouest de l'empire. Des relais, des puits et des postes de sécurité y sont installés. Le commerce s'étend jusqu'aux royaumes hellénistiques à l'ouest, à l'Asie centrale, au Sri Lanka et à l'Asie du Sud-Est. Les objets échangés sont des épices, des pierres précieuses, du coton, du fer, du cuivre, de l'ivoire et des produits artisanaux. L'État favorise ces échanges mais les encadre par un réseau de fonctionnaires chargés de contrôler les poids, la qualité des marchandises et le respect des prix fixés. Les monnaies utilisées dans l'empire sont principalement en argent et cuivre, sous forme de pièces poinçonnées, diffusées par l'administration royale. Elles facilitent le commerce interrégional et le versement des soldes, des taxes et des amendes. Le secteur artisanal est lui aussi intégré dans l'économie impériale : les corporations (shreni) sont surveillées, parfois subventionnées, et soumises à des obligations fiscales. Les métiers urbains sont réglementés, avec une organisation précise du travail, des règles de qualité et des contrôles. L'armée, pilier de la stabilité impériale, est financée par l'État et très structurée. Elle comprend des fantassins, cavaliers, éléphants et chars, chacun ayant ses commandants spécifiques. L'importance de l'armée dans l'économie est double : elle absorbe une large part du budget impérial et protège les routes commerciales. Des arsenaux, ateliers d'armement et greniers stratégiques sont entretenus par l'administration pour approvisionner les troupes. Une attention particulière est portée à la gestion des ressources naturelles. L'exploitation des mines, des forêts, et des ressources hydrauliques est sous contrôle direct de l'État. Des fonctionnaires spécialisés, comme les akaradhyaksha (surintendants des mines) ou les vanadhyaksha (surintendants des forêts), assurent la bonne exploitation et la rentabilité de ces secteurs. En parallèle, l'État se présente comme garant du bien-être public. Il finance la construction d'infrastructures telles que les routes, les puits, les canaux d'irrigation, les entrepôts et les institutions religieuses. Sous le règne d'Ashoka, les édits impériaux témoignent aussi d'une volonté d'instaurer une économie éthique, orientée par les principes bouddhiques de compassion, de modération et de justice, en prônant la charité, la protection des animaux et le soin des malades. |
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