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Le Kaveri,
Kavery
ou Cauvery est un fleuve de l'Inde
méridionale long de 760 km, ce qui en fait le troisième plus grand fleuve
de l'Inde du Sud après le Godavari et le Krishna. Il naît dans les Ghats
occidentales, arrose le Maïssour ou Mysore ainsi que le Karnataka ,
et se jette par plusieurs embouchures dans le golfe
du Bengale. Il reçoit de nombreux affluents et forme un delta
dont le sommet est à 145 km de la mer, et dont
la base présente un développement de plus de 160 km.
Le
fleuve Kaveri est considéré comme l'une des sept rivières
sacrées de l'Inde, vénéré par les hindous
comme une déesse et souvent surnommé la Gange
du Sud (Daksina Ganga).
Ce fleuve prend sa source
à une altitude de 1341 mètres, précisément à Talakaveri, situé dans
les collines de Brahmagiri au sein des Ghats occidentaux, dans le district
de Kodagu au Karnataka. La source est un lieu de pèlerinage
très fréquenté, particulièrement lors de la fête
de Tula Sankramana, où l'on croit que l'eau jaillit d'une source sacrée
à un moment précis. Bien que son nom puisse dériver du mot tamoul
signifiant "étendue par un corbeau" selon une légende, le Kaveri est
surtout connu sous le nom de Ponni ( = le Doré) dans la littérature tamoule
ancienne, une référence à la fine alluvion, le limon fertile qu'il dépose
sur son passage.Son cours supérieur est d'abord tortueux, traversant
un lit rocheux encaissé dans une végétation luxuriante, avant de quitter
les collines de Kodagu pour s'écouler sur le plateau du Deccan. Sur ce
plateau, le fleuve crée des paysages spectaculaires, dont les célèbres
chutes de Shivanasamudra. Cette cascade, qui plonge sur environ 100 mètres,
est un site historique : c'est ici qu'en 1902 fut construite la première
centrale hydroélectrique d'Asie, fournissant de l'électricité à la
ville de Bangalore. Le fleuve forme également
deux îles sacrées dans cette région, Srirangapatna et Shivanasamudram,
séparées d'environ 80 kilomètres. De nombreux affluents viennent grossir
ses eaux, dont les principaux sont l'Hemavati, le Kabini, le Bhavani et
l'Amaravati, qui contribuent à son débit moyen impressionnant de plus
de 900 m³/s à certains points de mesure.
Après avoir traversé
le Karnataka sur environ 320 kilomètres, le Kaveri entre au Tamil
Nadu, marquant une partie de la frontière entre les deux États avant
de former les impressionnantes chutes d'Hogenakkal, parfois appelées le
"Niagara de l'Inde". C'est dans cette région que se trouve le barrage
de Mettur, un ouvrage majeur de 1620 mètres de long achevé en 1934, qui
a créé le réservoir Stanley et qui est essentiel pour l'irrigation et
la production d'énergie. Poursuivant sa route vers l'est, le fleuve s'élargit
et se divise en deux branches principales près de l'île de Srirangam
: la branche nord, appelée Kollidam, et la branche sud, qui conserve le
nom de Kaveri. C'est à cet endroit que se trouve le Grand Anicut (Kallanai),
un barrage en pierre massive construit par le roi Chola Karikalan au IIe
siècle après JC, ce qui en fait l'un des plus anciens ouvrages de régulation
des eaux encore en fonction au monde. Cet ouvrage d'ingénierie ancien,
long de 329 mètres, est la preuve du savoir-faire des bâtisseurs de l'époque
et marque le début du vaste delta du Kaveri.
Ce delta,
d'environ 10 360 kilomètres carrés, est si fertile qu'il est surnommé
le jardin de l'Inde du Sud. C'est là que le fleuve se divise en une multitude
de canaux et de distributaires pour former un réseau complexe qui a soutenu
l'agriculture de riz pendant des siècles, faisant
de la région l'un des principaux greniers à riz du pays. Avant de se
jeter dans le Golfe du Bengale près du
village historique de Poompuhar, le Kaveri parcourt encore 416 kilomètres
au Tamil Nadu. Cependant, cette eau vitale est aussi une source de conflit
permanent. Le partage des eaux du Kaveri est un litige récurrent et tendu
entre les États de Karnataka (en amont) et du Tamil Nadu (en aval). Le
Karnataka, qui souhaite développer son irrigation et son approvisionnement
en eau, est accusé par le Tamil Nadu de retenir un débit essentiel Ã
ses cultures. Ce différend, qui a donné lieu à des décennies de négociations
et à des décisions de la Cour suprême de l'Inde, reste l'un des problèmes
de gestion de l'eau les plus complexes et les plus sensibles du pays, illustrant
à quel point le destin de ce fleuve est intimement lié à la vie de millions
de personnes. |
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