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Bijapur (Vijayapura)

Bijapur (ou Bedjapour, Visapour), officiellement renommée Vijayapura en 2014, est une ville de l'Inde qui se situe dans le nord du Karnataka, à environ 530 kilomètres de Bangalore et 384 kilomètres de Hyderabad. La ville s'élève sur le plateau du Deccan, à une altitude d'environ 600 mètres, dans une région semi-aride où la chaleur estivale atteint régulièrement 42 à 44 degrés, voire 45 degrés en mai. Le district est drainé par la Krishna et ses affluents, notamment la Bhima au nord et la Doni au centre, mais la ville elle-même ne compte que quelques réservoirs, comme le Hanchinal Kere et le Bhutnal Kere, pour son approvisionnement en eau. Le climat local se caractérise par une saison des pluies brève et irrégulière, concentrée entre juin et octobre, avec une moyenne annuelle d'environ 590 à 656 millimètres.

Le site est habité depuis l'âge de pierre, et la ville est fondée vers le Xe ou XIe siècle par les Chalukya de Kalyani, qui la nomment Vijayapura, la cité de la victoire. Par déformation, ce nom devient Bijapur. La région passe ensuite sous la domination des Rashtrakutas, puis des Kalachuris et des Hoysalas, avant d'être intégrée au royaume Yadava de Devagiri aux XIIe et XIIIe siècles. À la fin du XIIIe siècle, Ala-ud-din Khalji, sultan de Delhi, soumet la région, qui est ensuite incorporée au sultanat bahmanide de Bidar en 1347.

En 1481, le sultan bahmanide Muhammad III nomme Yusuf Adil Khan gouverneur de Bijapur. Ce personnage, d'origine perse et peut-être fils du sultan ottoman Mourad II selon certaines traditions de cour, déclare son indépendance en 1489 lorsque la puissance bahmanide décline. Il fonde la dynastie des Adil Shahi, qui règne sur Bijapur pendant près de deux siècles. Yusuf Adil Shah établit sa capitale à Bijapur et entreprend de la transformer en une grande cité. Sous son règne et celui de ses successeurs, la ville devient l'un des centres politiques et culturels majeurs du Deccan, rivalisant avec Ahmadnagar, Golconde et Bidar.

Le XVIe siècle marque l'apogée de Bijapur. Ibrahim Adil Shah II, qui règne de 1580 à 1627, est un souverain raffiné, poète et musicien, dont la cour attire artistes et lettrés. La ville s'enrichit de monuments somptueux : la Jami Masjid, commencée sous Ali Adil Shah Ier et achevée sous Aurangzeb; le Gol Gumbaz, mausolée de Muhammad Adil Shah construit vers 1650, dont la coupole non supportée est la deuxième plus grande du monde; et l'Ibrahim Rauza, mausolée d'Ibrahim Adil Shah II, célèbre pour la finesse de ses décorations et de ses pierres ajourées. Bijapur devient également un foyer de l'école de miniature dite Dekkani, active aux XVIe et XVIIe siècles, dont le style mêle influences persanes et éléments indiens.

La puissance militaire de Bijapur est redoutable. En 1580, lorsque les troupes d'Ahmadnagar assiègent la ville, la défense s'organise autour des murailles, des canons et de la cavalerie. Un chef nommé Hindui Hindiya tend une embuscade décisive près du réservoir d'Allapur, permettant aux Bijapuris de remporter une victoire éclatante et de capturer de nombreux éléphants et chevaux. La cité elle-même est protégée par de hautes murailles de pierre, des fossés profonds, cinq portes principales (Shahapura, Zohrapura, Ibrahimpura, la porte Bahmani et Allapura) et une citadelle centrale entourée de doubles murailles et défendue par deux mille soldats. Plus de mille canons de bronze et de fer garnissent les remparts et les plateformes.

Les dernières décennies du XVIIe siècle voient cependant la puissance de Bijapur s'effriter sous la pression conjuguée des Marathes et des Moghols. Shivaji, le fondateur de la puissance marathe, lance des raids dévastateurs dans la région et s'empare de plusieurs places fortes. En 1672, l'un de ses commandants, Prataprav Gujar, pille les environs de Bijapur. En 1679, une armée moghole sous Dilawar Khan assiège la ville, mais Shivaji, qui soutient cette fois Bijapur, coupe les approvisionnements des assiégeants et les force à se retirer. Aurangzeb lui-même dirige une campagne contre Bijapur au début des années 1680. En 1685, son fils Sultan A'zam assiège la cité. Les cavaliers bijapuris, commandés par Abdu-r-Ruf et Sharza Khan, harcèlent les convois moghols et réduisent l'armée assiégeante à une détresse telle qu'il devient difficile de trouver un pain dans le camp. Mais la famine et l'épuisement finissent par avoir raison de la résistance. Bijapur tombe aux mains des Moghols en 1686, et Aurangzeb annexe le royaume.

Après la conquête moghole, Bijapur perd son statut de capitale et entame un long déclin. La ville passe sous l'autorité du Nizam de Hyderabad en 1724, puis sous contrôle marathe en 1760. En 1817, la guerre éclate entre les Britanniques et les Marathes. L'année suivante, toute la région est occupée par les Britanniques et intégrée au territoire attribué au raja de Satara. En 1848, à l'extinction de la lignée de Satara, les Britanniques prennent directement le contrôle du district. Jusqu'en 1884, la circonscription administrative porte le nom de Kalidagi, avant de devenir le district de Bijapur. La ville, qui comptait 23 811 habitants en 1901, enregistre 32 485 habitants en 1921 . L'ouverture de la Southern Mahratta Railway et l'établissement du chef-lieu de district en 1885 redonnent un certain dynamisme à la cité.

Après l'indépendance de l'Inde en 1947, Bijapur est intégrée à l'État de Bombay, puis transférée au Mysore (futur Karnataka) en 1956 lors de la réorganisation linguistique des États . La ville conserve un patrimoine architectural exceptionnel qui témoigne de son passé glorieux. Le Gol Gumbaz, avec sa coupole de 44 mètres de diamètre, demeure le monument emblématique de la cité. L'Ibrahim Rauza, souvent considéré comme le Taj Mahal du Deccan, séduit par l'harmonie de ses proportions et la délicatesse de ses ornements. La Jami Masjid, l'Asar Mahal qui abritait des reliques du Prophète et la bibliothèque royale des Adil Shahi, ainsi que les vestiges des murailles et des portes, composent un ensemble urbain d'une rare densité historique. Bijapur demeure aujourd'hui une ville de taille moyenne, chef-lieu d'un district agricole où l'on cultive le maïs, le sorgho, le coton, la canne à sucre et les grenades, mais son nom reste indissociablement lié à la splendeur de la dynastie Adil Shahi et à l'architecture indo-islamique du Deccan.

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Dictionnaire Villes et monuments
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