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Le rayonnement
infrarouge (IR) est une forme de rayonnement électromagnétique,
au même titre que la lumière visible, les ondes
radio, les ultraviolets ou les rayons X.
Il se situe dans le spectre électromagnétique
entre la lumière visible, du côté des longueurs d'onde les plus grandes
(le rouge), et les micro-ondes. Sa gamme de longueurs d'onde s'étend approximativement
de 700 nanomètres à 1 millimètre, ce qui correspond à des fréquences
comprises entre environ 430 térahertz et 300 gigahertz. Le terme infrarouge
signifie littéralement en dessous du rouge, car ce rayonnement se trouve
juste au-delà de la couleur rouge que l'oeil humain peut percevoir.
Découvert au début du XIXe
siècle par l'astronome William Herschel, qui
étudiait la chaleur associée aux différentes
couleurs du spectre solaire, le rayonnement infrarouge est souvent perçu
comme de la chaleur. En réalité, tout objet dont la température est
supérieure au zéro absolu émet un rayonnement
infrarouge, dont l'intensité et la longueur d'onde dominante dépendent
de la température de l'objet. Plus un corps
est chaud, plus il émet d'infrarouges et plus la longueur d'onde du maximum
d'émission se déplace vers les courtes longueurs d'onde. C'est ce principe
qui permet aux caméras thermiques de visualiser les différences de température
: elles détectent le rayonnement infrarouge émis par les objets, les
êtres vivants ou les bâtiments, et le transforment en image visible.
Le domaine infrarouge est généralement
subdivisé en plusieurs sous-bandes, selon la longueur d'onde.
• L'infrarouge
proche, de 0,7 à 1,4 micromètre environ, est le plus proche du visible
et se comporte presque comme la lumière : il peut être réfléchi, transmis
ou absorbé par certains matériaux, et il est utilisé par exemple dans
les télécommandes, les fibres optiques ou certaines techniques d'imagerie.
• L'infrarouge
moyen, de 1,4 à 3 micromètres, et l'infrarouge lointain, au-delà
de 3 micromètres jusqu'à 1 millimètre, sont davantage associés à l'émission
thermique des corps.
• L'infrarouge
lointain représente l'essentiel du rayonnement émis par les objets
à température ambiante ou par le corps humain, dont la température d'environ
37°C correspond à un pic d'émission autour de 10 micromètres.
Les applications du rayonnement infrarouge
sont extrêmement variées et touchent de nombreux domaines scientifiques,
industriels, médicaux et domestiques. En météorologie, les satellites
équipés de capteurs infrarouges mesurent la température des nuages
et de la surface terrestre, fournissant des données essentielles pour
la prévision du temps. Dans le domaine militaire et de la sécurité,
la vision nocturne infrarouge permet de détecter des personnes, des véhicules
ou des animaux dans l'obscurité totale, simplement grâce à la chaleur
qu'ils dégagent. Il existe également une astronomie infrarouge extrêmement
féconde (V. ci-dessous).
En médecine, la thermographie infrarouge
est utilisée pour détecter des inflammations, des troubles circulatoires
ou des tumeurs superficielles, car les zones anormales présentent souvent
une température différente de celle des tissus sains. En kinésithérapie
ou en physiothérapie, les lampes à infrarouge servent à chauffer en
profondeur les muscles et les articulations
pour soulager la douleur et favoriser la récupération. Dans l'industrie,
les capteurs infrarouges servent à mesurer la température sans contact,
à contrôler des procédés de fabrication, à détecter des défauts
dans les matériaux ou à analyser la composition chimique de substances
par spectroscopie infrarouge, une technique fondée sur l'absorption de
certaines longueurs d'onde par les liaisons
moléculaires.
Dans la vie quotidienne, le rayonnement
infrarouge est omniprésent sans que nous en ayons conscience. Les télécommandes
de téléviseurs ou de climatiseurs envoient des impulsions infrarouges
codées vers un récepteur. Les fours à infrarouge, les grille-pain, les
plaques de cuisson ou les radiateurs dits radiants utilisent ce type de
rayonnement pour chauffer directement les aliments ou les surfaces, sans
nécessairement chauffer l'air ambiant. Les détecteurs de mouvement, les
systèmes d'alarme, les portes automatiques ou les capteurs de présence
reposent souvent sur la détection du rayonnement infrarouge émis par
le corps humain.
Contrairement aux ultraviolets ou aux rayons
X, le rayonnement infrarouge n'est pas ionisant. Son énergie est trop
faible pour arracher des électrons aux atomes
et provoquer des dommages directs à l'ADN. Son effet
principal est thermique : une exposition prolongée et intense peut provoquer
une sensation de chaleur, voire des brûlures superficielles, notamment
au niveau de la peau et des yeux.
C'est pourquoi il est recommandé de ne pas regarder directement une source
infrarouge puissante et de respecter les distances de sécurité avec les
appareils de chauffage par infrarouge.
Le rayonnement infrarouge joue un rôle
fondamental dans le bilan énergétique
de la Terre. L'énergie solaire reçue par notre planète est en grande
partie réémise vers l'espace sous forme d'infrarouges. Certains gaz présents
dans l'atmosphère, comme la vapeur
d'eau, le dioxyde de carbone
ou le méthane, absorbent une partie de ce rayonnement
infrarouge et le réémettent vers le sol, contribuant ainsi à l'effet
de serre naturel qui maintient une température moyenne d'environ 15
°C à la surface du globe. Sans ce phénomène, la Terre serait beaucoup
plus froide et probablement impropre à la vie telle que nous la connaissons.
Toutefois, l'augmentation de la concentration de ces gaz due aux activités
humaines intensifie cet effet, ce qui constitue l'une des causes principales
du réchauffement climatique actuel.
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L'infrarouge
au coeur de l'effet de serre
Le Soleil
émet principalement de l'énergie sous forme de rayonnement visible et
ultraviolet, dont les longueurs d'onde relativement courtes traversent
l'atmosphère terrestre avec très peu d'interactions. La surface de la
Terre
absorbe cette énergie solaire et se réchauffe, puis elle restitue cette
chaleur en émettant à son tour un rayonnement thermique, mais cette fois
dans le spectre infrarouge. Contrairement à la lumière
visible, ce rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre possède
des longueurs d'onde plus grandes qui, elles, interagissent fortement avec
certains gaz spécifiques présents dans l'atmosphère.
Cette interaction
spécifique repose sur la structure moléculaire des gaz dits à effet
de serre (vapeur d'eau, dioxyde de carbone,
méthane,
protoxyde d'azote).
Les atomes
qui composent ces molécules sont liés entre
eux par des liaisons chimiques qui se
comportent comme de minuscules ressorts. Ces molécules possèdent des
modes de vibration et de rotation naturels dont les niveaux d'énergie
quantique correspondent exactement aux fréquences des photons
infrarouges terrestres. Lorsqu'un de ces photons rencontre une molécule
de gaz à effet de serre, il est absorbé : son énergie est transférée
à la molécule qui se met à vibrer et à tourner beaucoup plus vigoureusement.
Les gaz diatomiques majoritaires de l'atmosphère, comme l'azote
et l'oxygène (composés de deux atomes identiques),
n'ont pas cette capacité d'absorption dans l'infrarouge et laissent donc
ce rayonnement s'échapper librement vers l'espace.
Cependant, l'état
d'excitation vibrationnelle des molécules à effet de serre est instable
et ne dure qu'une fraction de seconde. Presque instantanément après avoir
absorbé l'énergie du rayonnement terrestre, elles se désexcitent en
réémettant un nouveau photon infrarouge. Le point déterminant de ce
processus d'émission secondaire est qu'il s'effectue de manière isotrope,
c'est-à-dire dans toutes les directions de l'espace. Par conséquent,
seule une partie de cette énergie continue sa route vers le cosmos, tandis
qu'une autre partie significative est réémise vers le bas, en direction
de la surface terrestre et des basses couches de l'atmosphère.
Ce phénomène de
réémission vers le bas ( = contre-rayonnement atmosphérique) agit comme
une "couverture thermique". Il force la surface de la Terre à absorber
à nouveau l'énergie qu'elle venait tout juste d'émettre, créant un
cycle continu d'absorption et de réémission qui retient la chaleur dans
le système Terre-atmosphère. |
L'astronomie
infrarouge.
L'astronomie infrarouge est la discipline
de l'astrophysique consacrée à l'observation
et à l'analyse du rayonnement électromagnétique dont la longueur d'onde
est supérieure à celle de la lumière visible, s'étendant approximativement
de 0,7 micromètre à 1 millimètre, juste avant le domaine des micro-ondes.
En astronomie, l'infrarouge est souvent associé au rayonnement thermique,
car tout corps possédant une température supérieure au zéro
absolu émet une partie de son énergie dans ces longueurs d'onde.
Plus un objet est froid, plus le pic de son émission se décale vers l'infrarouge
lointain, faisant de cette fenêtre spectrale un outil indispensable pour
étudier les composants les plus froids de l'univers.
Le principal obstacle au développement
de l'astronomie infrarouge a longtemps été l'atmosphère terrestre. Contrairement
à la lumière visible ou aux ondes radio,
le rayonnement infrarouge est massivement absorbé par des molécules très
présentes dans notre atmosphère. Seules quelques "fenêtres" spectrales
étroites permettent à une fraction de ce rayonnement d'atteindre le sol.
Pour contourner cette opacité, les astronomes ont dû installer leurs
télescopes dans des environnements extrêmement secs et en haute altitude,
comme au sommet du Mauna Kea à Hawaii ou dans
le désert d'Atacama au Chili. Parallèlement,
ils ont développé des observatoires aéroportés, qui embarquent des
télescopes à bord d'avions capables de voler au-dessus de la majeure
partie de la vapeur d'eau atmosphérique, comme ce fut le cas avec le Kuiper
Airborne Observatory puis le SOFIA, avant que l'ère des télescopes spatiaux
ne vienne révolutionner la discipline en s'affranchissant totalement de
l'écran atmosphérique.
L'histoire
de cette discipline est jalonnée de missions spatiales transformatrices.
Après le succès pionnier du satellite IRAS en 1983, qui a réalisé la
première cartographie complète du ciel en infrarouge et découvert des
disques de débris autour d'autres étoiles, des observatoires comme ISO,
Spitzer, Herschel et WISE ont profondément remodelé notre vision du cosmos.
Aujourd'hui, le JWST, avec son miroir primaire de 6,5 mètres de diamètre
recouvert d'or et ses instruments de pointe, domine la discipline et repousse
chaque jour les frontières de l'observable. L'observation infrarouge doit
cependant relever des défis technologiques colossaux, principalement liés
au bruit thermique. Puisque tout objet chaud émet dans l'infrarouge, le
télescope lui-même, ses instruments et même les détecteurs produisent
un rayonnement parasite qui peut éblouir les capteurs et noyer le faible
signal des astres lointains. Pour résoudre ce problème, les télescopes
infrarouges spatiaux doivent être refroidis à des températures cryogéniques
extrêmes, proches du
zéro absolu. Les missions
passées comme Spitzer ou Herschel embarquaient des réservoirs d'hélium
liquide superfluide pour refroidir leurs instruments, limitant ainsi leur
durée de vie à l'épuisement du liquide cryogénique. Le télescope spatial
James Webb (JWST) a introduit une approche différente en combinant un
immense pare-soleil à plusieurs couches pour un refroidissement passif
et un cryorefroidisseur mécanique actif, permettant à certains de ses
instruments d'atteindre des températures de l'ordre de 7 kelvins sans
limitation de durée liée à un fluide consommable.
L'astronomie infrarouge offre deux avantages
observationnels majeurs qui la rendent complémentaire de l'astronomie
dans le visible. Le premier est sa capacité à traverser les nuages de
poussière
cosmique. Les grains de poussière interstellaire, qui bloquent et
absorbent complètement la lumière visible, sont largement transparents
aux longueurs d'onde infrarouges. Cette propriété permet aux astrophysiciens
de sonder l'intérieur des nébuleuses obscures et des nuages
moléculaires géants pour y observer les toutes premières étapes
de la formation des étoiles et des systèmes planétaires,
encore enfouis dans leur cocon de gaz. Elle permet également de sonder
le centre de notre galaxie, dont le noyau est masqué
par d'épais rideaux de poussière en lumière visible, ce qui permet de
révéler l'environnement extrême qui entoure le trou
noir supermassif Sagittarius A*.
Le second avantage réside dans la détection
des objets froids et peu lumineux. De nombreux corps célestes n'émettent
pas ou très peu de lumière visible, mais rayonnent abondamment dans l'infrarouge
en raison de leur chaleur résiduelle ou de leur faible température de
surface. C'est le cas des naines brunes, ces étoiles
ratées dont la masse est insuffisante pour enclencher la fusion
nucléaire de l'hydrogène, mais aussi
des exoplanètes géantes, des comètes,
des astéroïdes et de la poussière interstellaire
elle-même. L'étude de ces émissions thermiques permet de déterminer
la température, la composition chimique et la structure de ces objets
invisibles autrement.
L'infrarouge est devenu par ailleurs la
clé de voûte de l'étude de l'univers lointain et primordial. En raison
de l'expansion de l'univers, la lumière émise
par les toutes premières étoiles et les galaxies
primordiales, il y a plus de 13 milliards d'années, a vu sa longueur d'onde
s'étirer au cours de son voyage vers nous. Ce phénomène, connu sous
le nom de décalage vers le rouge cosmologique (redshift),
fait que la lumière originellement ultraviolette
ou visible de ces objets fossiles nous parvient aujourd'hui sous forme
de rayonnement infrarouge. Observer l'Univers dans l'infrarouge revient
donc à remonter le temps pour assister à l'aube cosmique, à la formation
des premières structures et à la réionisation de l'Univers, des époques
inaccessibles aux télescopes optiques classiques. |
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