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La droite et la gauche

La distinction entre la droite et la gauche en philosophie politique est une manière de classifier différentes positions et idéologies politiques en fonction de leurs croyances, valeurs et objectifs. Ces termes ont émergé pendant la Révolution française, à la fin du au XVIIIe siècle, lorsque les partisans de différentes positions politiques étaient physiquement séparés dans l'Assemblée nationale en fonction de leurs points de vue sur les questions clés de l'époque. 
• Idéologies de droite. - Ensemble de croyances, de valeurs et de principes politiques qui mettent l'accent sur la préservation de l'ordre social existant et la défense du libéralisme économique. Les idéologies de ceux qui se disent partisans de la droite varient considérablement en fonction du pays, de la culture, de l'époque et des contextes politiques spécifiques. Deux traits représentatifs ressortent toutefois : 

Les partisans de la droite sont généralement des conservateurs sociaux. Ils défendent les valeurs traditionnelles et morales, comme la famille nucléaire, leur religion, le respect de l'autorité et l'ordre social établi. Les respects de l'autorité et de la hiérarchie, en particulier, sont ressentis comme des éléments essentiels pour maintenir l'ordre et la stabilité dans la société. Ils insistent dès lors sur la nécessité d'un maintien de l'ordre efficace. Leur souci la préservation de leur culture et de leurs valeurs leur fait souvent mettre en avant l'importance de la souveraineté nationale, de l'identité nationale et de la protection des frontières. 

Les partisans de la droite sont aussi généralement en faveur d'une économie de marché où les individus et les entreprises ont une grande autonomie. Ils prônent un rôle limité de l'État, avec moins de réglementations et d'intervention dans la vie économique et sociale. Les conservateurs de droite soutiennent des politiques favorables aux entreprises et défendent la propriété privée, et en même temps cherchent souvent à réduire les programmes sociaux et à limiter l'aide de l'État aux citoyens.

• Idéologies de gauche. - Ensemble de croyances, de valeurs et de principes politiques centrés sur l'égalité sociale, l'équité, la justice, la protection des droits individuels et collectifs, ainsi que l'intervention de l'État pour corriger les inégalités et promouvoir le bien-être de tous les membres de la société. Comme c'est le cas aussi pour les idéologies de droite, les idéologies de gauche peuvent donner lieu à des positionnements, des tendances, et des systèmes de pensée très divers en fonction de l'importance accordée aux différentes thématiques dites "de gauche", ainsi qu'aux priorités et aux approches variées pour atteindre des objectifs communs de justice sociale et d'égalité. Ainsi distingue-t-on, par exemple, parmi les idéologies de gauche, le communisme, le socialisme, le socialisme démocratique (socle de la social-démocratie), le progressisme, le libéralisme de gauche et, dans une certaine mesure, le social-libéralisme, etc.

Les partisans des idéologies de gauche insistent sur l'importance de la justice sociale, de l'équité et du respect des droits fondamentaux de tous les individus, indépendamment de leur origine, de leur genre, de leur orientation sexuelle ou de leur statut économique. Ils prônent la réduction des inégalités sociales, économiques et politiques et cherchent à créer une société où chacun a des opportunités égales et où les avantages et les fardeaux sont répartis de manière juste. Ils se veulent  universalistes et prônent des politiques qui bénéficient à toute la population, plutôt que des politiques ciblées sur des groupes spécifiques. Cela les conduit à défendre des réformes sociales progressistes (mariage pour tous, égalité des sexes, inclusion des minorités, droits à la diversité et  protection des droits des minorités). Elle est généralement associée à des mouvements sociaux et des revendications pour le changement social.

Atteindre de tels objectifs requiert généralement une intervention active de l'État dans l'économie pour garantir la fourniture de services publics essentiels tels que la santé, l'éducation, le logement et la sécurité sociale. Les partisans des idéologies de gauche croient en une régulation étatique pour protéger les droits des travailleurs, des consommateurs et de l'environnement. Le rôle de l'Etat est aussi d'aider à répartir les richesses de manière plus équitable en imposant des taxes progressives et en mettant en Å“uvre des politiques visant à réduire les écarts de revenus. Ils soutiennent par ailleurs assez souvent une plus grande participation des citoyens dans le processus décisionnel, encourageant la démocratie participative et la décentralisation du pouvoir. 

La classification en droite et gauche peut cependant varier selon les contextes culturels et historiques. Les catégories de droite et de gauche ne sont pas des idées fixes ou monolithiques, mais plutôt des tendances et des simplifications. Ainsi, de nombreux systèmes politiques modernes intègrent-ils des éléments de la droite et de la gauche dans leurs programmes, cherchant un équilibre entre le marché libre et l'intervention de l'État pour répondre aux besoins de la société. De la même façon, dans la pratique, la politique est souvent multidimensionnelle. De nombreux critères peuvent intervenir(économiques, sociaux, culturels, etc.). Les individus et les partis politiques peuvent avoir des positions différentes sur diverses questions, ne se conformant pas strictement à un spectre gauche-droite.

La droite et la gauche en France depuis la Révolution.
La droite française.
Au lendemain de la Révolution, la droite politique, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, n'existe pas encore formellement dans le cadre de partis organisés. Elle prend d'abord la forme de courants d'idées et de groupes sociaux attachés à l'Ancien Régime. Ce sont les royalistes, les partisans de la monarchie de droit divin, qui s'opposent à la Révolution et à ses principes d'égalité et de souveraineté nationale. On trouve parmi eux des émigrés cherchant à rétablir le roi par la force et des royalistes restés en France, souvent divisés entre eux. Sous la Révolution, leur influence est marginalisée ou clandestine.

La Restauration des Bourbons (1814-1830) permet à ces courants de revenir sur le devant de la scène. Une droite parlementaire et de gouvernement se structure. Elle est dominée par les "ultras-royalistes", plus royalistes que le roi, qui rêvent d'un retour intégral à l'Ancien Régime, et des royalistes plus modérés acceptant le principe d'une charte constitutionnelle. Des figures comme Chateaubriand s'illustrent dans ce paysage politique. Le clivage principal est entre les partisans d'un pouvoir royal fort et ceux qui acceptent une forme de monarchie constitutionnelle, influencée par le modèle anglais.

La Révolution de 1830 et l'établissement de la Monarchie de Juillet marquent un nouveau clivage. La "droite" se divise. Les légitimistes restent fidèles aux Bourbons renversés et refusent de reconnaître Louis-Philippe, s'excluant en grande partie du jeu parlementaire. Une nouvelle droite, les orléanistes, soutient le régime et incarne un libéralisme conservateur, attaché à la propriété, à l'ordre bourgeois, et favorable à une monarchie constitutionnelle où le roi règne mais ne gouverne pas véritablement (selon la formule de Thiers). Guizot est l'une des figures dominantes de ce courant, prônant le juste milieu et la stabilité.

Le coup d'État de 1851 et le Second Empire (1852-1870) voient émerger le bonapartisme, un autre courant se situant à droite, voire au centre-droit autoritaire. Fondé sur l'héritage napoléonien, il prône l'autorité, l'ordre, le développement économique, et cherche une légitimité par le biais du plébiscite et de l'appel au peuple, transcendant les anciens clivages monarchistes ou républicains. Il attire d'anciens orléanistes, des conservateurs, et une partie des populations rurales.

La proclamation de la Troisième République en 1870 place la droite dans une position difficile et souvent marginalisée. Majoritaires à l'Assemblée en 1871, les monarchistes échouent à restaurer la royauté, divisés entre légitimistes et orléanistes. Dès lors, la droite est, pour l'essentiel, une droite d'opposition au régime républicain. Elle se recompose autour de diverses sensibilités : les monarchistes persistants, les bonapartistes déclinants, et de nouveaux conservateurs qui, sans renoncer à leurs préférences, acceptent finalement de "se rallier" à la République (le "ralliement" encouragé par le Pape Léon XIII dans les années 1890). Des ligues nationalistes et anti-parlementaires apparaissent à la fin du XIXe siècle, comme la Ligue des Patriotes de Déroulède, surfant sur le revanchisme anti-allemand et l'anti-sémitisme (l'Affaire Dreyfus cristallise ces tensions, opposant une droite souvent anti-dreyfusarde à une gauche et des intellectuels dreyfusards). L'Action Française, fondée par Charles Maurras, incarne à l'extrême droite un nationalisme intégral, anti-républicain, contre-révolutionnaire, et violemment anti-sémite et xénophobe.

Au début du XXe siècle, la droite parlementaire sous la Troisième République est fragmentée. On trouve des groupes conservateurs, libéraux, ou républicains modérés qui s'opposent aux radicaux et aux socialistes dominants. Des partis comme l'Alliance Républicaine Démocratique (ARD) ou la Fédération Républicaine regroupent ces tendances. L'influence des ligues nationalistes et d'extrême droite reste importante dans certains milieux (armée, clergé, bourgeoisie) et se manifeste lors de crises politiques.

L'entre-deux-guerres voit ces tendances se maintenir, mais aussi l'apparition de nouvelles formes de droite radicale et autoritaire, parfois inspirées des fascismes européens, bien qu'elles ne parviennent jamais à prendre le pouvoir par la force (comme lors des émeutes du 6 février 1934). La droite parlementaire traditionnelle est affaiblie par l'instabilité ministérielle et l'ascension du Cartel des Gauches puis du Front Populaire.

La défaite de 1940 et l'établissement du Régime de Vichy (1940-1944) constituent une parenthèse tragique. Le régime du Maréchal Pétain incarne une droite autoritaire, réactionnaire, traditionaliste, anti-républicaine, antisémite et collaborationniste avec l'occupant nazi. Une partie de la droite traditionnelle et de l'extrême droite soutient activement Vichy. Cependant, une autre partie de la droite, notamment les gaullistes, s'engage dans la Résistance aux côtés d'autres forces politiques.

Après la Libération, le paysage politique de droite se recompose sous la Quatrième République (1946-1958). Le gaullisme émerge avec le Rassemblement du Peuple Français (RPF), créé par le Général De Gaulle, qui se positionne d'abord en opposition au système des partis de la Quatrième. Le RPF incarne un nationalisme fort, la primauté de l'État, et une critique virulente de l'instabilité parlementaire. À côté, on trouve le Mouvement Républicain Populaire (MRP), un parti démocrate-chrétien se situant au centre-droit, et diverses formations conservatrices ou libérales (comme le Centre National des Indépendants et Paysans - CNI). L'extrême droite est discréditée par Vichy, mais une forme de contestation populiste et anti-fiscale émerge avec le poujadisme dans les années 1950.

La fondation de la Cinquième République en 1958 marque le retour au pouvoir du Général de Gaulle et l'installation durable du gaullisme comme force politique dominante à droite. Les partis qui soutiennent De Gaulle (Union pour la Nouvelle République - UNR, puis Union des Démocrates pour la République - UDR, puis Rassemblement pour la République - RPR) incarnent une droite "bonapartiste" au sens moderne : un exécutif fort, la grandeur nationale, un certain dirigisme économique, et une base électorale large, allant des milieux conservateurs aux classes populaires attachées à la figure du Général. Georges Pompidou puis Jacques Chirac s'inscrivent dans cette lignée.

À côté du gaullisme, une autre droite se structure, plus libérale et pro-européenne. Elle est incarnée par Valéry Giscard d'Estaing et ses Républicains Indépendants, qui se fédèrent ensuite au sein de l'Union pour la Démocratie Française (UDF). Giscard, président de 1974 à 1981, représente une droite plus moderne, moins attachée à l'État-nation traditionnel, et prônant des réformes sociétales.

Les années 1980 et 1990 sont marquées par l'alternance avec la gauche (Mitterrand) et des périodes de cohabitation. La droite parlementaire s'unit face à la gauche, mais les rivalités internes (notamment entre RPR et UDF) persistent.

Un événement majeur de cette période est l'émergence et la montée en puissance du Front National (FN), créé en 1972 par d'anciens vichystes et poujadistes. Initialement marginal, ce parti d'extrême droite capitalise sur le rejet de l'immigration, le sentiment d'insécurité, l'euroscepticisme et un nationalisme identitaire. Il gagne progressivement en visibilité et en soutien électoral, dépassant les partis de droite traditionnels lors de plusieurs scrutins.

Au début du XXIe siècle, la droite parlementaire cherche à se rassembler. Le RPR et l'UDF (pour partie) fusionnent en 2002 pour former l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP), qui deviendra Les Républicains (LR) en 2015. Sous la présidence de Jacques Chirac (1995-2007) puis de Nicolas Sarkozy (2007-2012), cette droite gouverne, adoptant des politiques économiques libérales et sécuritaires, tout en essayant de répondre aux préoccupations sociales.

Cependant, Les Républicains connaissent des difficultés croissantes après 2012. La gauche est au pouvoir (Hollande, 2012-2017), puis Emmanuel Macron, issu du centre mais qui attire une partie de l'électorat de droite, est élu président en 2017 et réélu en 2022. Le positionnement politique d'Emmanuel Macron, souvent décrit comme "en même temps" ou "ni droite ni gauche", ou comme un "libéral-conservateur", brouille les frontières traditionnelles et affaiblit LR.

Parallèlement, le Front National, rebaptisé Rassemblement National (RN), poursuit son ascension. Il "dédiabolise" son image (tout en maintenant des positions fermes sur l'immigration, la sécurité, l'Europe) et s'impose comme la force majeure à la droite et à l'extrême droite de l'échiquier politique, attirant un électorat populaire déçu par les partis traditionnels. D'autres figures et mouvements émergent à l'extrême droite, comme Reconquête en 2021.

Aujourd'hui, la droite française se présente sous un jour nouveau : une droite parlementaire (LR) en quête de leadership et de ligne politique claire face à un président central qui a capté une partie de son électorat, et une extrême droite (RN) qui est devenue une force politique de premier plan, capable de rivaliser pour le pouvoir, transformant en profondeur les dynamiques électorales et idéologiques de la droite française. Les clivages traditionnels se redessinent, posant la question de l'unité et de l'avenir des différentes composantes de ce camp politique.

La gauche française.
La Révolution française est à le moment fondateur au cours duquel naissent les idées de souveraineté populaire, d'égalité et de fraternité, portées par des figures comme Robespierre et les Jacobins, ou encore par les sans-culottes des sections parisiennes qui exigent une démocratie plus directe et une justice sociale radicale. Bien que la Révolution ne soit pas unanimement "de gauche" au sens moderne, elle crée un imaginaire, un vocabulaire et des clivages (montagnards vs girondins, la Plaine) qui préfigurent les futures divisions politiques.

Au XIXe siècle, la gauche se structure autour des idéaux socialistes qui émergent en réaction aux bouleversements industriels et à la misère ouvrière. Des penseurs comme Saint-Simon, Fourier, Proudhon proposent des modèles de société alternatifs, souvent qualifiés d'utopiques. L'année 1848 marque un tournant : la Seconde République voit la gauche, sous l'impulsion de figures comme Louis Blanc, tenter d'appliquer des idées sociales (les Ateliers Nationaux), mais l'échec et la répression sanglante des Journées de Juin écrasent l'espoir révolutionnaire. L'idée de la lutte des classes, théorisée par Marx et Engels, gagne en influence. La Commune de Paris en 1871 est un autre jalon tragique et mythique : cette insurrection ouvrière et populaire, brutalement réprimée par les Versaillais, laisse un héritage de lutte et de sacrifice qui nourrit l'imaginaire révolutionnaire pour des générations.

Avec l'avènement de la Troisième République, la gauche s'organise politiquement et syndicalement. Le mouvement ouvrier se développe, la CGT est fondée en 1895 sur les principes du syndicalisme révolutionnaire. Sur le plan politique, divers courants socialistes coexistent, souvent divisés. L'affaire Dreyfus, à la fin du siècle, est un moment crucial où la gauche, portée par des figures comme Jean Jaurès, se rallie à la défense du capitaine injustement accusé, affirmant son engagement pour la justice et la vérité contre l'arbitraire et le militarisme. Jaurès joue un rôle immense dans l'unification des socialistes français : en 1905 naît la Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO), parti unifié mais traversé par des débats constants entre réformistes et révolutionnaires. La loi de séparation des Églises et de l'État en 1905 est également portée par des forces laïques et républicaines, souvent associées à la gauche radicale et socialiste.

La Première Guerre mondiale déchire la SFIO : la majorité se rallie à l'Union Sacrée, acceptant de voter les crédits de guerre, tandis qu'une minorité pacifiste s'y oppose. L'assassinat de Jaurès en juillet 1914 symbolise cette tragédie. La Révolution russe de 1917 provoque une nouvelle onde de choc. Au congrès de Tours en 1920, la SFIO se fracture : la majorité, favorable à l'adhésion à l'Internationale Communiste (Komintern), fonde la Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC), qui devient le Parti Communiste Français (PCF). La minorité, fidèle à la IIe Internationale, maintient la SFIO. Cette scission entre socialistes et communistes marque durablement le paysage politique français, les deux partis incarnant les deux pôles principaux de la gauche jusqu'à la fin du XXe siècle, entre réforme et révolution, entre participation au système parlementaire et opposition radicale.

Dans l'entre-deux-guerres, la gauche alterne entre participation au pouvoir (Cartel des Gauches dans les années 1920) et opposition. La montée du fascisme en Europe et les ligues d'extrême droite en France poussent socialistes et communistes à se rapprocher malgré leurs divergences. Le Front Populaire, alliance inédite de la SFIO, du PCF et des radicaux, remporte les élections de 1936. Léon Blum, leader de la SFIO, prend la tête du gouvernement. C'est une période d'effervescence sociale et de réformes majeures : les accords de Matignon consacrent les augmentations de salaires et le droit syndical, les lois sociales instaurent les congés payés et la semaine de 40 heures, des nationalisations sont opérées. L'expérience du Front Populaire est cependant courte et confrontée à d'énormes difficultés économiques et politiques (la guerre civile espagnole).

La Seconde Guerre mondiale voit de nombreux militants de gauche s'engager dans la Résistance, souvent côte à côte. Le PCF, après une période d'expectative liée au pacte germano-soviétique, devient un acteur majeur de la Résistance intérieure. À la Libération, la gauche sort renforcée moralement. Dans le gouvernement provisoire puis dans le Tripartisme (avec le MRP), socialistes (SFIO) et communistes participent à la reconstruction et aux réformes de la Sécurité Sociale, aux nationalisations, qui jettent les bases de l'État-providence à la française. Cependant, la Guerre Froide fracture à nouveau la gauche : le PCF s'aligne sur Moscou et entre dans une opposition quasi-systématique, devenant le "parti de la classe ouvrière" et la principale force d'opposition à la droite et aux socialistes. La SFIO participe aux gouvernements de la Quatrième République, mais s'use au pouvoir (comme lors de la guerre d'Algérie sous Guy Mollet).

La naissance de la Cinquième République en 1958 est un choc pour la gauche parlementaire, affaiblie et divisée face au gaullisme. Le PCF reste fort électoralement mais isolé, la SFIO est marginalisée. Dans les années 1960, sous l'impulsion notamment de François Mitterrand, un homme issu du centre-gauche radical mais qui opère un rapprochement stratégique avec la SFIO, l'idée d'une union des gauches refait surface. L'échec de Mitterrand à la présidentielle de 1965 (qui met De Gaulle en ballottage) et les événements de Mai 68 (qui révèlent de nouvelles aspirations et forces politiques comme le mouvement étudiant, les féminismes, l'écologie, l'autogestion) accélèrent le mouvement. En 1969, la SFIO se transforme en Parti Socialiste (PS), bientôt dirigé par François Mitterrand (Congrès d'Épinay en 1971). Mitterrand mise tout sur l'alliance avec le PCF. En 1972, le PS et le PCF signent le Programme Commun de Gouvernement, un accord électoral et politique qui prévoit des réformes radicales (nationalisations, planification, mesures sociales). C'est l'espoir d'une alternance après des décennies de droite au pouvoir.

Malgré les tensions persistantes entre socialistes et communistes, l'Union de la Gauche progresse électoralement. En 1981, l'alliance remporte les élections. François Mitterrand est élu Président de la République, et le PS obtient une majorité absolue à l'Assemblée Nationale. C'est un moment historique, l'arrivée au pouvoir de la gauche pour la première fois sous la Cinquième République. Le gouvernement dirigé par Pierre Mauroy (avec la participation de ministres communistes) applique le programme commun : vastes nationalisations (banques, assurances, industries stratégiques), augmentation du SMIC, de la retraite, création de l'impôt sur les grandes fortunes, abolition de la peine de mort. Cependant, les difficultés économiques (inflation, chômage, balance commerciale dégradée) conduisent à un tournant majeur : en 1983, le gouvernement opère le "tournant de la rigueur", abandonnant la politique de relance par la consommation pour privilégier la désinflation et la compétitivité des entreprises. Ce virage, bien que présenté comme une parenthèse, marque un éloignement d'une partie de l'électorat traditionnel et de certaines promesses du programme. Les années Mitterrand voient aussi l'expérimentation de la cohabitation lorsque la droite remporte les élections législatives (1986-1988, 1993-1995). Le PCF, marginalisé par le succès du PS et les évolutions internationales (chute du mur de Berlin), décline inexorablement.

Après les quatorze années de Mitterrand, Lionel Jospin, Premier Ministre de la "Gauche Plurielle" (PS, PCF, Verts, radicaux de gauche) entre 1997 et 2002, poursuit une politique combinant réformes sociales (lois sur les 35 heures, CMU, Pacs) et libéralisation (privatisations partielles). L'échec de Lionel Jospin à accéder au second tour de l'élection présidentielle de 2002, dépassé par le candidat de l'extrême droite, est un choc traumatique pour la gauche. S'ensuit une longue période de difficultés électorales et de questionnements identitaires.

Au début du XXIe siècle, la gauche française fait face à une profonde fragmentation. Le Parti Socialiste, après une parenthèse au pouvoir sous François Hollande (2012-2017) marquée par des réformes (mariage pour tous) mais aussi des tensions (loi Travail), s'effondre électoralement. De nouvelles forces émergent ou se renforcent : les écologistes (EELV), la gauche radicale incarnée par Jean-Luc Mélenchon qui fonde La France Insoumise (LFI) en 2016 après avoir quitté le PS. LFI, portée par un discours populiste,capte une partie de l'électorat populaire et jeune, portant un projet de "révolution citoyenne" et une rupture avec les traités européens. Le PCF continue son déclin, cherchant une nouvelle place. D'autres mouvements et partis (Nouveau Parti Anticapitaliste, Lutte Ouvrière) représentent l'extrême gauche.

La difficulté historique de la gauche française à s'unir resurgit avec acuité. Face à la montée du Rassemblement National à l'extrême droite et à la recomposition du centre autour du président Emmanuel Macron, la nécessité d'une alliance électorale s'impose périodiquement malgré les divergences programmatiques et stratégiques entre les différentes composantes (PS, LFI, EELV, PCF notamment). La Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES) en 2022, puis le Nouveau Front Populaire (NFP) en 2024, sont des tentatives de répondre à cette impératif d'union face aux scrutins majeurs, dans un éternel recommencement de l'histoire politique de la gauche française, toujours en quête d'unité et de pertinence.

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