.
-

Les langues > Langues altaïques
Les langues turciques
 
La famille des langues turciques, ou langues turques, constitue l'une des principales branches de la famille altaïque (bien que cette hypothèse soit aujourd'hui largement remise en question par de nombreux linguistes), et se compose d'un ensemble de langues parlées à travers une vaste région allant de l'Asie centrale à l'Europe orientale, en passant par l'Anatolie et le Caucase. Ces langues partagent un certain nombre de caractéristiques typologiques, notamment l'agglutination, la vocalisation harmonique, l'ordre SOV (sujet-objet-verbe) et l'absence de genre grammatical. La classification interne des langues turciques repose principalement sur des critères géographiques, historiques, phonologiques, lexicaux et morphologiques, et elle fait l'objet de plusieurs systèmes de classification concurrents, bien qu'un certain consensus existe sur les grands groupes.

Plusieurs langues turciques sont aujourd'hui menacées ou éteintes, comme le tchagataï (langue littéraire médiévale d'Asie centrale, ancêtre de l'ouzbek et de l'ouïghour moderne), le kumanique (parlé autrefois en Europe orientale), ou encore le bulgare ancien (turcique, non slave), dont il ne reste que des traces dans les inscriptions de l'Orkhon et les emprunts dans les langues slaves. La dynamique de classification continue d'évoluer avec les découvertes de nouveaux dialectes, les études comparatives approfondies et la redéfinition des critères de parenté linguistique fondés sur des méthodes computationnelles modernes.

Groupe oghouz.
Le groupe oghouz (oguz) comprend les langues les plus largement parlées, notamment le turc standard de Turquie, l'azéri (ou azerbaïdjanais), le turkmène, le gagaouze (parlé principalement en Moldavie et en Bulgarie), ainsi que diverses variétés dialectales comme le turc du Khorassan (parlé dans le nord-est de l'Iran) et le salar (parlé dans le Qinghai et le Gansu en Chine, quoique parfois classé à part en raison de ses particularités). Ces langues présentent des innovations phonologiques communes, notamment la transformation de certaines consonnes initiales (comme d > y dans certains contextes), et partagent un lexique relativement homogène.

• Le turkmène ou turcoman est parlé par 3,5 millions de locuteurs au Turkménistan, et par deux autres millions en Iran. Plus de vingt dialectes sont répertoriés. 

• L'azéri se divise pour sa par en deux groupes de dialectes assez distincts. Au nord (Azerbaïdjan),  6 millions de personnes pratiquent l'azerbaïdjanais, qui connaît de très nombreuses variantes dialectales proches les unes des autres. Au sud, l'azéri proprement dit, est parlé surtout en Iran, par 24 millions de personnes (soit plus du tiers de la poupulation du pays). On y distingue une douzaine de variétés.

• Le turc, dont le principal dialecte est l'anatolien, langue officielle de la Turquie, est parlé par plus de 70 millions de personnes, en incluant ses diverses variantes. Parmi celles-ci figurent le gagaouze, ou turc des Balkans (Turquie et Macédoine), le  gagaouz de Moldavie, et le turc de Khorassan. Jusqu'en 1928, on a écrit le turc à l'aide de l'alphabet arabe, auquel il emprunte par ailleurs, ainsi qu'au persan, une partie de son vocabulaire. Depuis, la réforme d'Atatürk, il s'écrit avec les lettres de l'alphabet latin.

Groupe kiptchak.
Le groupe kiptchak (kypchak ou qypchaq) se subdivise en plusieurs sous-groupes : le sous-groupe kiptchak-occidental (ponto-caspien) inclut le tatar de Crimée, le koumyk (Caucase du Nord), le karatchaï-balkar, et parfois le tatar de Kazan et le bachkir, bien que ces deux derniers soient parfois classés dans un sous-groupe kiptchak-central (volga-ouralien) en raison de leurs spécificités. Le sous-groupe kiptchak-méridional (aralo-caspien) comprend le karakalpak et le kazakh, qui partagent des traits phonologiques et morphologiques distincts. Le kirghize, bien qu'étroitement apparenté au kazakh, présente des particularités (notamment dans le système vocalique et les formes verbales) qui amènent certains linguistes à le classer dans une branche séparée dite kypchak-kirghize ou aralo-caspienne, voire à le rapprocher du groupe sibérien.
• Le ponto-caspien.  Essentiellement représenté par le koumyk, parlé par 300 000 personnes au Daghestan (Russie) et karadjaï, qui compte 250 000 locuteurs, surtout en Russie et, secondairement en Arménie. Appartient également à ce groupe le karaïm, dont on dénombre 20 000 locuteurs en Israël, originaires de Lituanie (où cette langue est désormais presque éteinte), le tatar de Crimée, le karaïm, le couman, le kitchak mamelouk et l'arméno kiptchak.

• Le volgo-ouralien. - Un groupe qui rassemble principalement le tartar de Sibérie, parlé par 6 millions de personnes de la région de Kazan en Russie, et le bachkir, dont les locuteurs, au nombre d'un million environ, vivent dans la région proche d'Oufa.

• L'aralo-caspien. - On réunit ici d'abord deux langues proches, le kazakh (parlé par plus de 5 millions de personnes au Kazakhstan, et plus d'une million en Chine), et le kirghiz (ou kara-kirghiz) que pratiquent environ deux millions de locuteurs au Kirghizistan, auxquelles ils convient d'ajouter le nogaïque, dont on dénombre 70 000 locuteurs au nord du Caucase, en Russie, ainsi que karakalpak, parlé par 400 000 personnes en Ouzbékistan.

Groupe sibéro-altaïque
Le groupe sibéro-altaïque (ou turc oriental) est le plus diversifié sur le plan linguistique. On distingue deux ensembles principaux : les langues sibériennes et les langues altaïques :
• Langues sibériennes  : yakoute, soïote, tatar de l'Ienisseï (khakasse, chor), dolgane, etc.

• Langues altaïques : altaï ou turc altaïen (lui-même subdivisé en dialectes du nord et du sud), Tchoulym.

On ajoute à ces deux sous-groupes des langues aujourd'hui  moribondes ou éteintes comme le kitan (si l'on accepte son appartenance au turcique), les langues rangées dans un sous-groupe dit oghour qui comprend l'avar d'Asie, le khazar, le hunnique, le proto-bulgare, ainsi que le tchouvache. Le tchouvache (souvent considéré comme le plus divergent de toutes les langues turciques en raison de ses archaïsmes et innovations phonologiques majeures, comme la perte de l'harmonie vocalique et des transformations consonantiques profondes) est parfois isolé en tant que branche distincte à l'intérieur du turcique, voire placé à part en raison de son éloignement structurel.
• La langue tchouvache, parlé par les Tchouvaches de la Russie d'Europe (entre Moscou et la Volga),  a près de deux millions de locuteurs. Cette langue qui est la dernière survivante des dialectes parlés par les Bulgares de la Volga, et auxquels devait se rattacher aussi la langue de Khazars, contient plus d'un tiers de mots d'origine finnoise. Les substantifs, les pronoms, les noms de nombre, se déclinent, mais non pas les adjectifs. On forme le pluriel des substantifs en ajoutant zam ou sam au nominatif singulier et en le déclinant ainsi. Les prépositions se placent après leur régime. La conjugaison a 3 temps à l'indicatif; les autres modes n'ont qu'un temps. Il n'y a pas de passif. On transcrit le tchouvache à l'aide de caractères cyrilliques.
Groupe oïghour-karlouk
Le groupe ouïghour-karlouk comprend principalement l'ouïghour (parlé au Xinjiang en Chine), l'ouzbèque (ouzbek), et le lopnor (variété fortement menacée), ou encore le djagataï (tchagataï). Ces langues présentent une influence significative des langues iraniennes et sinitiques. L'ouzbèque, en particulier, a connu une forte influence persanisante et arabisante, surtout dans sa variante nord-ouest (karakalpak). Egalement rangé ici, le vieux turc, qui comprend l'ouïghour ancien et le turc de l'Orkhon, deux langues éteintes.
• L'ouzbek est la plus parlée de toutes ces langues. Elle est pratiquée en Ouzbékistan et au nord de l'Afghanistan par plus de 18 millions de locuteurs au total. L'ouzbek d'Ouzbékistan, influencé par la langue russe, se divise en trois dialectes (karlouk, oghouz et kipchak);celui d'Afghanistan est plus homogène, mais relativement chargé en mots iraniens, et assez distinct des dialectes septentrionaux pour que l'intercompréhension soit difficile.
• L'ouïghour a près de huit millions de locuteurs, vivant pour la plupart en Chine (mais avec une forte présence également au Kazakhstan : 300 000 locuteurs) et une dizaine de dialectes. C'est de tous les idiomes turciques le plus rude dans sa prononciation, le plus simple dans sa structure, le moins mélangé d'éléments étrangers. Il fut, le premier, fixé par l'écriture : son alphabet, apporté dans le courant du Ve siècle par des moines nestoriens (Nestorius) venus de Chine, est d'origine syriaque; il se trace de droite à gauche. 
+ L'inscription d'Orkhon. - ladrintzef, a découvert en 1889, sur les bords de l'Orkhon, au sud du lac Baïkal, non loin de l'ancienne capitales des Ouïghours, Kara-Balgassoun, une stèle en pierre contenant une inscription en triple texte, en caractères dits vieux-turcs (de type runique), ouïgours et chinois. Elle mentionne les khans ouïghours qui se sont succédé jusqu'en 805. Cette stèle, qui  daterait de 825 à 832, constitue alors le plus ancien monument daté sibérien; D'autres ont été découvertes depuis. D'où venaient ces caractères qui ressemblent beaucoup aux runes scandinaves et germaniques? Ils ont pu être introduits en Sibérie ou par le Nord de la Russie, par la Permie et les monts Oural, au moyen d'une sorte d'infiltration naturelle, ou bien ils ont été importés en Asie par la Caspienne et la mer d'Aral, par les Huns et les divers peuples échelonnés le long du Danube, de la mer Noire, de la Volga, et qui, ayant appris l'écriture à la source même, en Pannonie, se la seraient transmise de tribus à tribus par un mouvement régressif de l'Ouest à l'Est. Cet événement important de l'introduction de l'écriture runique en Asie par le Sud-Ouest a très bien pu se produire vers la fin du Ve siècle, en sorte que les populations tartares de l'Asie, en dehors des Chinois, ont pu avoir une écriture alphabétique empruntée aux runes d'Europe et dont elles se sont servies pendant deux ou trois siècles, jusqu'à l'introduction de l'alphabet ouïghour.
Autres langues.
Enfin, certaines langues ou variétés sont d'attribution problématique ou isolées. Le khalaj, parlé en Iran, conserve des archaïsmes phonologiques (comme la distinction entre voyelles longues et courtes, et des consonnes initiales préservées telles que h-) qui suggèrent qu'il pourrait constituer une branche séparée, antérieure à la divergence des autres groupes. Certains linguistes le placent à part, formant une troisième branche fondamentale avec le turc commun et le reste. De même, les langues turciques de Chine comme le salar ou le yugour oriental (distinct du yugour occidental, qui est une langue mongolique) présentent des substrats et des influences qui compliquent leur classement strict.
.


[Histoire culturelle][Grammaire][Littératures]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2025. - Reproduction interdite.