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Cambodge
Preahreacheanacha Kampuchea

13 00 N, 105 00 E
Le Cambodge, superficie 181,040  km², population  16,7 millions d'habitants (2023) . est un Etat d'Asie du Sud-Est, dans la péninsule indochinoise. Sa longueur est de 500 km du Nord-Est au Sud-Ouest et sa plus grande largeur est d'environ 225 km.  Le pays est une monarchie constititutionnelle, divisée administrativement en 20 provinces (khaitt) et 4 municipalitées (krong). la capitale est Phnom Penh. Autres grandes villes : Battambang, Kompong Chhnang, Kompong Cham, etc.

Les divisions administratives du Cambodge

Provinces

Banteay Mean Cheay
Batdambang
Kampong Cham
Kampong Chhnang
Kampong Spoe
Kampong Thum
Kampot
Kandal

Kaoh Kong
Krachen
Mondol Kiri
Otdar Mean Cheay
Pouthisat
Preah Vihear
Prey Veng
Rotanah Kiri
Siem Reab
Stoeng Treng
Svay Rieng
Takev

Municipalités

Keb
Pailin
Phnum Penh (Phnom Penh)
Preah Seihanu (Sihanoukville)

Le Cambodge est borné au Nord par le Laos et la la Thaïlande, à l'Ouest par la Thaïlande, à l'Est et au Sud-Est par le Vietnam, au Sud-Ouest par le Golfe de Thaïlande. Les côtes, longues de 443 km , présentent deux grandes baies,celle de Kompong-Som et celle de la Table, le long desquelles se trouvent de plusieurs îles dont les principales sont l'île Kong (Kas Kong), l'île Rong (Kans Rong), l'île Kong-Sam-Lem, les petites îles Tangouala et l'île Trone ou Quan Phu-Quoc, la plus considérable de toutes, mais qui appartient au Vietnam.

Géographie physique

Le régime des eaux.
De même que l'on a souvent dit que le Nil fait l'Egypte, on peut avancer que le Mékong constitue le Cambodge. Ce grand fleuve, appelé autrefois Kambodge par les Européens, descend de l'extrémité orientale des montagnes du Tibet, et il a déjà traversé une immense étendue de pays, notamment le Laos et la Thaïlande, lorsqu'il pénètre dans le Cambodge. Jusqu'à cette limite, son cours, fréquemment embarrassé de rapides et de chutes grandioses, est bordé sur chaque rive de hautes berges presque verticales. Depuis son entrée dans le Cambodge, le Mékong coule directement du Nord au Sud en passant devant Sambor et Kratié; en aval de cette localité, il se détourne vers le Sud-Ouest jusqu'à Pnom-Penh.
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Carte du Cambodge.
Carte du Cambodge. Source : The World Factbook.
(Cliquer sur l'image pour afficher une carte plus détaillée).

Là, au point que l'on nomme les Quatre-Bras, ou Chadô-Mulhk en cambodgien, prenant la direction du il se partage en deux branches principales, qui sont le fleuve Antérieur à l'Est et le fleuve Postérieur à l'Ouest. Ces deux branches atteignent bientôt la frontière du Vietnam (Basse-Cochinchine) et parcourent ce pays où, après s'être subdivisées en un grand nombre de bras secondaires, au nombre desquels sont six embouchures principales, elles finissent par porter leurs eaux dans la mer de Chine, après avoir donné naissance à un vaste delta qui s'agrandit chaque année. Mais ce n'est pas lit le système complet des eaux du Mékong. A Pnom-Penh se détache du fleuve, dans la direction du une nouvelle branche qui, sur les confins de la Thaïlande, s'étale en un grand lac fusiforme, le Tonlé-Sap, long de 120 kilomètres, large eu moyenne de 25 kilomètres et formant un réservoir naturel où les eaux viennent s'amasser pendant les crues du Mékong. La branche qui aboutit au Tonlé-Sap porte le même nom que ce lac. Sur tout son parcours, elle est eu communication avec des sortes de fossés naturels par lesquels les eaux pénètrent à des distances considérables. 

Dans les deux parties du Cambodge contiguës aux rives de ce lac, des fossés de même nature, en nombre considérable, partent aussi du Tonlé-Sap et lui servent d'émissaires. Toutes ces eaux, à savoir celles du lac, de la branche qui s'y rend, du fleuve Antérieur et du fleuve Postérieur, sont les derniers vestiges d'un grand golfe qui occupait naguère presque toute la surface du Cambodge et de la basse Cochinchine. Les sédiments charriés par le Mékong, comblant peu à peu ce golfe, l'ont converti en terre ferme. 

Le régime fluvial du Mékong nous donne une idée de ce qui se passa en France dans le Bassin parisien au début de l'époque géologique actuelle. Alors la Seine se rendait à la mer par un grand nombre de bras dont plusieurs de ses affluents actuels dessinent ancien lit. Quelques-unes de ces branches présentaient ce singulier phénomène que leurs eaux coulaient alternativement en sens contraire; de sorte que, suivant les saisons, la partie d'amont devenait la partie d'aval, et réciproquement. Un état de chose s'observe pour le diverticule qui va de Pnom-Penh au lac Tonlé-Sap : de juin à septembre, les eaux coulent de Pnom-Penh vers le lac dont elles augmentent considérablement l'étendue; et d'octobre à février, le lac se vide par le reflux en sens contraire de la masse liquide qu'il contient. A la fin de la saison sèche, il n'a plus en moyenne que 1 mètre à 1,50 m de profondeur. Il est alors peuplé d'une multitude innombrable de poissons qui sont l'objet d'une pêche si fructueuse qu'elle constitue la principale ressource alimentaire des populations. 
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Cambodge : le Tonlé Sap.
Sur le Tonlé-Sap.

Pendant l'époque des inondations, c'est-à-dire tant que le lac continue à se remplir, les nombreuses tranchées qui en sont les dérivations ont aussi des crues considérables, et la majeure partie du Cambodge se trouve plus ou moins submergée. Puis vient le mouvement des eaux en sens opposé et, à mesure qu'elles se retirent, elles laissent çà et là des mares, des étangs, des lacs temporaires, des marais.  Ce régime exceptionnel apporte la fertilité dans toutes les terres composées du limon que les eaux ont déposé, et ce limon va sans cesse en augmentant d'année en année. 

Le relief du sol.
Les berges du Mékong s'exhaussent d'une manière continue et à mesure que l'on s'avance vers le Nord on voit s'accroître leur altitude. Aussi toute la partie cultivable du pays est-elle à un niveau supérieur à celui de la plaine.  Au milieu de celle-ci se dressent un grand nombre de pics isolés qui, pendant l'inondation, constituent autant de petites îles. Mais tout le territoire du Cambodge ne consiste pas seulement en plaines. 

Au Nord et à l'Est du Tonlé-Sap, il existe un massif, le Pnom-Dangrék, qui est une succession de plateaux dont les flancs méridionaux peuvent être comparés à des falaises escarpées. 

Au Sud du Tonlé-Sap, tout l'angle Sud-Ouest du pays est couvert de massifs de collines boisées, parmi lesquelles on remarque : le Pnom-Bek (colline de fer), le Pnom-Pacri, le Battheay, le Phnum Aoral, point culminant du Cambodge, qui atteint l'altitude de1810 m. Cette région montueuse est limitée à l'Est par la chaîne de l'Eléphant qui atteint le rivage vis-à-vis de l'île de Phu-Quoc. 

Tout le Nord-Est du Cambodge, sur la rive gauche du Mékong, est également montagneux, et les hauteurs dont il est hérissé constituent le versant occidental de la grande chaîne littorale de l'Annam qui se termine au Sud par le Binh-Thouan. Toute cette région est couverte de forêts sans limites où croissent les essences de bois les plus précieuses.

La plaine cambodgienne est très étranglée à la hauteur de Kompong-Chhnang, car en cet endroit le massif montagneux du Sud-Ouest s'avance jusqu'au Tonlé-Sap qui le traverse; puis les monts se continuent sur la rire septentrionale où ils forment les sommets du Pnom-Néang-Kangrvy.

Le climat.
Le climat du Cambodge est tropical. Il est fort semblable à celui du Vietnam du Sud. L'année est divisée en deux saisons parfaitement marquées : l'une sèche, de novembre à mars, l'autre humide, d'avril à octobre; les saisons dépendent d'ailleurs complètement des moussons. La température est en moyenne de 28 °C, elle descend en novembre et décembre à 18 °C et monte pendant les grandes chaleurs à 36 °C et même sur les bords du Tonlé Sap à 40 °C. Toutefois, c'est moins son élévation que sa nature qui rend la chaleur pénible dans les pays de l'extrême Orient : il faut ajouter à la souffrante causée par une chaleur excessive celle que produit l'humidité de l'air, une pression barométrique énervante, la présence d'insupportables moustiques et, près des cours d'eau, particulièrement du Tonlé-sap, la réverbération du Soleil. 
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Cambodge : un champ de lotus.
Un champ de lotus, au Cambodge. Photos : © Angel Latorre, 2008.

Les régions naturelles du Cambodge.
On a proposé de considérer dans le sol du Cambodge cinq zones ou bandes différentes :

1° La bande fertile des rives du fleuve, comprise entre les deux berges de celui-ci et occupant l'espace enserré entre le fleuve Antérieur et le fleuve Postérieur. Sa largeur est partout peu considérable; mais c'est la portion la plus peuplée du territoire. Elle offre une suite presque ininterrompue de villages et de maisons isolées. C'est sur ce terrain du Pléistocène que l'on cultive surtout le coton, le mûrier, l'indigo, le tabac, etc. 

2° Chaque côté de la bande précédente est entouré en bordure d'une nouvelle bande, la bande noyée. Celle-ci est parsemée de lacs, d'étangs, de marais, et sa végétation consiste en nénuphars, en plantations de sésame, de pêchers, etc.
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3° Extérieurement à chacune des bandes noyées, on rencontre les zones demi-noyées où se récoltent le riz, les pastèques, etc. 

4° En continuant à s'éloigner du fleuve, on arrive dans la zone des plateaux peu ou pas inondée, revêtue de forêts dans lesquelles abondent les arbres à huile et à laque. Pendant la saison sèche, cette quatrième zone est souvent ravagée par des incendies.

5° Enfin, la dernière zone est celle des montagnes, presque entièrement boisée et où se récoltent la gomme-gutte, la vanille, le cardamome, les bois résineux, les bois de teinture, etc.

Les ressources minérales.
La nature alluviale du sol laisse deviner a priori qu'il ne renferme pas de grandes richesses minérales. Cependant on y trouve par places des minerais de fer d'excellente qualité, et dans les districts montagneux il existe un peu d'or, de la galène argentifère et du cuivre

La faune.
La faune sauvage du Cambodge se compose de la plupart des animaux qui peuplent les régions tropicales d'Asie. Il y existe des éléphants, des rhinocéros; des tigres et des léopards assez rares; une innombrable quantité de daims et trois sortes de boeufs sauvages. Les crocodiles hantent les bords des cours d'eau au-dessus desquels s'ébattent de nombreuses bandes d'oiseaux aquatiques. Les serpents, les moustiques, les sangsues de terre abondent. L'aigle est commun dans tout le pays. En fait d'animaux domestiques, on élève des chevaux et des boeufs, mais en petite quantité. Les buffles, au contraire, sont très nombreux; ils remplissent l'office de bêtes de somme et d'animaux de labour. 

Géographie humaine du Cambodge

Démographie.
La population du Cambodge, estimée à environ 16,7 millions d'habitants en 2023, présente des caractéristiques démographiques fortement marquées par son histoire récente et complexe, notamment le génocide perpétré par le régime Khmer Rouge dans les années 1970. Ce passé a profondément remodelé la structure par âge du pays, et a entraîné une perte massive de population et un déséquilibre démographique qui a mis des décennies à se résorber. Aujourd'hui, la population cambodgienne est encore relativement jeune, bien qu'elle connaisse un processus de vieillissement progressif. La pyramide des âges montre un segment important de la population en âge de travailler, mais aussi un nombre croissant de personnes âgées, tandis que le creux créé par les pertes de la période 1975-1979 reste visible dans les cohortes d'âge supérieures. L'espérance de vie a considérablement augmenté depuis les années difficiles. Elle atteint désormais environ 70-72 ans, mais reste inférieure à celle des pays plus développés de la région.

Le taux de croissance démographique, bien que modéré par rapport à des périodes antérieures de forte natalité, est d'environ 1,2 % à 1,5 % par an. Le taux de fécondité total a diminué de manière significative au fil des décennies, et est passé de niveaux très élevés à environ 2,5 à 3 enfants par femme. Bien qu'encore au-dessus du seuil de remplacement, cette baisse contribue à la transition démographique du pays. La mortalité infantile a également été considérablement réduite grâce aux améliorations de la santé publique. Elle demeure toutefois un défi par rapport aux normes internationales.

La répartition spatiale de la population cambodgienne est inégale. Le pays reste majoritairement rural, avec une forte concentration de population dans les plaines fertiles le long du Mékong et autour du lac Tonle Sap. Cependant, l'urbanisation s'accélère, particulièrement autour de la capitale, Phnom Penh, qui attire une migration interne importante des zones rurales en quête d'opportunités économiques. 

Les taux d'alphabétisation ont augmenté, mais des écarts subsistent entre les sexes et entre les zones urbaines et rurales. Une part importante de la population travaille dans le secteur informel. La migration, tant interne vers les centres urbains que vers l'étranger (notamment vers la Thaïlande) pour le travail, est un phénomène important. 

Quelques-unes des principales villes du Cambodge

• Phnom Penh, la capitale du Cambodge, est située au confluent des fleuves Mékong, Bassac et Tonlé Sap. C'est le centre politique, économique et culturel du pays. Cette ville, autrefois surnommée la « Perle de l'Asie » durant la période coloniale française, abrite des institutions majeures comme le Palais royal, la Pagode d'Argent, le Musée national et le marché central (Phsar Thmey), célèbre pour son architecture art déco. Phnom Penh a connu une croissance rapide avec des quartiers modernes, des centres commerciaux et une scène gastronomique en plein essor, tout en gardant un fort ancrage dans les traditions bouddhistes. Son histoire récente, notamment liée au régime des Khmers rouges, est visible au musée du génocide de Tuol Sleng et aux Killing Fields de Choeung Ek.

• Siem Reap est la porte d'entrée des temples d'Angkor, site du patrimoine mondial de l'Unesco. Cette ville touristique, située au nord-ouest du pays, a su tirer parti de sa proximité avec le plus grand complexe religieux du monde, et attire des millions de visiteurs chaque année. Au-delà des temples, Siem Reap propose une vie nocturne animée autour de Pub Street, des marchés artisanaux, et des musées comme le Musée national d'Angkor. La ville offre aussi des spectacles culturels, des villages flottants sur le lac Tonlé Sap, et un développement hôtelier impressionnant, mêlant resorts de luxe et auberges de charme.

• Battambang, deuxième plus grande ville du pays, se distingue par son atmosphère paisible, ses bâtiments coloniaux bien conservés, et son riche patrimoine artistique. Située à l'ouest du Cambodge, elle est connue pour son rôle dans la production de riz et sa scène artistique dynamique avec des galeries et des centres comme Phare Ponleu Selpak, une école d'arts du cirque et des arts visuels. La ville offre également des excursions vers les temples de Phnom Banan, Phnom Sampeau et le célèbre « train de bambou », une attraction unique mêlant aventure et tradition locale.

• Sihanoukville, port principal du Cambodge, est situé sur la côte sud. C'est un hub maritime important et une destination balnéaire prisée pour ses plages comme Ochheuteal, Otres et Sokha. Autrefois connue pour son ambiance détendue et ses bars en bord de mer, Sihanoukville a radicalement changé ces dernières années avec une urbanisation rapide, la construction de nombreux casinos et hôtels financés

par des investissements étrangers, en  particulier chinois. Malgré ces transformations, les îles proches comme Koh Rong et Koh Rong Samloem restent des havres de paix paradisiaques, idéals pour la plongée et la détente.

• Kampot, nichée au sud du pays près des montagnes de l'Éléphant, est renommée pour son poivre, considéré comme l'un des meilleurs au monde. Cette ville tranquille séduit par son architecture coloniale française, ses cafés au bord de la rivière, et ses paysages ruraux luxuriants. Elle attire de plus en plus d'expatriés et de touristes en quête d'authenticité. À proximité se trouve Kep, autrefois station balnéaire de l'élite coloniale, aujourd'hui réputée pour ses fruits de mer, notamment le crabe bleu, et le parc national de Kep qui offre de belles randonnées.

• Kompong Cham est une ville située sur les rives du Mékong, connue pour son charme provincial et ses sites historiques comme le Wat Nokor Bachey, temple bouddhiste du XIe siècle intégré à une structure moderne. Elle constitue un important centre agricole du pays, entouré de plantations d'hévéas et de villages traditionnels. Moins touristique que d'autres villes, elle permet une immersion plus authentique dans la vie rurale cambodgienne.

• Kompong Thom, située à mi-chemin entre Phnom Penh et Siem Reap, est une ville stratégique pour accéder aux temples préangkoriens de Sambor Prei Kuk, classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Bien que modeste en taille, cette ville joue un rôle clé dans l'histoire ancienne du Cambodge et constitue un point d'étape agréable entre les grandes destinations touristiques.

• Kratie, ville paisible du nord-est, est surtout connue pour les dauphins d'eau douce de l'Irrawaddy, visibles dans le Mékong. Entourée de paysages ruraux intacts, Kratie attire les voyageurs intéressés par l'écotourisme, la biodiversité et les expériences authentiques. Son centre abrite de jolies maisons coloniales et une atmosphère détendue, en bord de fleuve.

• Stung Treng, au nord-est, à la frontière avec le Laos, est une autre ville méconnue, mais importante pour l'écosystème du Mékong. Elle est située à la confluence des rivières Sekong et Mékong. Loin des circuits touristiques classiques, Stung Treng est prisée pour ses zones humides, sa biodiversité et sa proximité avec des réserves naturelles et les chutes du Mékong.

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Groupes ethnolinguistiques.
La population cambodgienne est très homogène, les Khmers constituant la grande majorité. Les minorités significatives comprennent les Vietnamiens, les Chinois, les Chams (majoritairement musulmans) et divers groupes indigènes connus collectivement sous le nom de Khmers Loeu, qui habitent principalement les régions montagneuses et isolées. 

Khmers.
Les Khmers constituent environ 90 % des habitants du Cambodge. Ils résident principalement dans les basses terres fertiles, autour du bassin du Mékong et du lac Tonlé Sap, les zones historiques du royaume khmer. Leur langue est le khmer, une langue majeure de la famille austroasiatique, distincte des langues thaïes, vietnamiennes ou chinoises. La culture khmère est intrinsèquement liée au bouddhisme Theravada, qui influence profondément les normes sociales, l'art, l'architecture (notamment les temples d'Angkor) et les rituels quotidiens. 

Vietnamiens.
Parmi les minorités, les Vietnamiens forment un groupe significatif, bien que leur nombre exact soit sujet à débat et fluctue en raison des dynamiques migratoires historiques et actuelles. Ils habitent généralement dans les zones urbaines, les régions frontalières orientales et le long des cours d'eau, où ils sont actifs dans la pêche, le commerce et certains secteurs agricoles. Ils parlent le vietnamien, une autre langue de la famille austroasiatique, mais qui appartient à une branche différente (viet-muong) de celle du khmer. Ils pratiquent majoritairement le bouddhisme Mahayana ou le catholicisme.

Chinois.
Les Chinois constituent une autre minorité importante, historiquement impliquée dans le commerce et les affaires. Ils ne forment pas un groupe monolithique, mais sont issus de diverses origines régionales de Chine (principalement teochew, mais aussi cantonais, hokkien, hakka, etc.) et parlent donc différents dialectes chinois. Ils sont principalement concentrés dans les centres urbains, notamment à Phnom Penh, où ils jouent un rôle économique majeur. Beaucoup se sont partiellement ou totalement assimilés à la culture khmère au fil du temps, tout en conservant des liens avec leurs traditions ancestrales et religieuses (mélange de bouddhisme Mahayana, taoïsme et cultes des ancêtres).

Chams.
Les Chams sont une minorité distincte par leur religion : ils sont majoritairement musulmans (sunnites). Descendants de l'ancien royaume de Champa, situé dans le centre du Vietnam actuel, ils vivent au Cambodge en communautés le long du Mékong ou dans des villes comme Phnom Penh et Kampong Cham. Leur langue, le cham, appartient à la famille des langues austronésiennes, ce qui la rend apparentée au malais ou à l'indonésien, et non aux langues austroasiatiques parlées par les Khmers et les Vietnamiens. Les Chams sont traditionnellement pêcheurs, tisserands ou petits commerçants, et la religion musulmane structure fortement leur vie sociale et culturelle.

Khmers des hauteurs.
Enfin, les régions montagneuses et forestières du nord-est (provinces de Mondulkiri, Ratanakiri, Stung Treng, Kratie, Preah Vihear) sont habitées par une mosaïque de groupes autochtones, souvent regroupés sous le terme générique de Khmer Loeu, signifiant Khmers des hauteurs. Ce terme englobe des populations très diverses sur le plan ethnolinguistique, parlant des langues appartenant à diverses branches de l'austroasiatique (comme les langues katuiques ou bahnariques) ou parfois d'autres familles. Parmi les groupes les plus importants ou les plus étudiés, on trouve les Bunong (ou Phnong) dans le Mondulkiri, connus pour leur lien traditionnel avec les éléphants et leur agriculture sur brûlis; les Brao, Kreung et Tampuan dans le Ratanakiri, chacun avec ses coutumes, langues et structures sociales spécifiques (parfois caractérisées par des maisons longues ou des rites funéraires distincts); ou encore les Kuy dans le nord, historiquement associés à la métallurgie du fer. Ces groupes pratiquent majoritairement des religions traditionnelles basées sur l'animisme, le culte des esprits et des ancêtres. Leur mode de vie, traditionnellement basé sur l'agriculture sur brûlis, la chasse, la cueillette et l'exploitation de produits forestiers, a été et continue d'être fortement impacté par les transformations économiques, la déforestation et la pression sur les terres. Longtemps marginalisés, ils font face à des défis importants pour préserver leurs cultures, leurs langues et leurs modes de vie traditionnels, ainsi que pour obtenir la reconnaissance de leurs droits, notamment fonciers.

Culture.
L'essence de la culture cambodgienne est intrinsèquement liée au bouddhisme Theravada, qui imprègne la vie quotidienne, les valeurs sociales, l'art et l'architecture. Les temples (wats) ne sont pas seulement des lieux de culte mais des centres communautaires essentiels, et les moines sont tenus en haute estime. Bien que le bouddhisme soit la religion dominante, l'influence du brahmanisme (hindouisme) de l'époque d'Angkor reste visible dans l'architecture, la danse classique et certains rituels.

L'histoire mouvementée du pays, de la grandeur de l'Empire khmer (IXe-XVe siècles) avec ses réalisations architecturales et artistiques exceptionnelles comme Angkor Wat, aux périodes de déclin, au protectorat français, puis au traumatisme du régime des Khmers Rouges et à sa tentative d'éradiquer le patrimoine culturel, a façonné une identité à la fois ancienne et en constante reconstruction. La période récente a vu un effort considérable pour faire revivre les traditions supprimées, notamment les arts.

La danse classique khmère, souvent appelée danse apsara, est mondialement reconnue. Originaire des cours royales, elle est caractérisée par des mouvements lents, gracieux et très codifiés des mains et du corps, racontant des épopées ou des légendes. Après avoir été presque anéantie par le régime génocidaire, elle a été patiemment reconstruite et figure désormais sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco. Les danses folkloriques, plus énergiques et liées à la vie rurale, existent également. La musique traditionnelle utilise une variété d'instruments, dont des xylophones (roneat), des tambours et des instruments à cordes. L'architecture des temples d'Angkor témoigne du génie créatif et de l'ambition des anciens Khmers, alliant symbolisme cosmique et prouesses techniques. L'artisanat est également important, avec la sculpture sur bois et pierre, la vannerie, et surtout le tissage de la soie, souvent avec des motifs complexes et colorés comme l'ikat.

La structure sociale est traditionnellement axée sur la famille (souvent étendue) et la communauté villageoise. Le respect des anciens, des parents, des moines et des enseignants est fondamental. La politesse est exprimée à travers le sampeah, une salutation où l'on joint les mains devant la poitrine (le niveau des mains indiquant le degré de respect). L'évitement de la confrontation et la préservation de l'harmonie sociale sont des valeurs importantes. L'hospitalité est une caractéristique marquante du peuple cambodgien, qui malgré les épreuves de l'histoire, conserve une chaleur et une gentillesse souvent désarmantes.

La cuisine cambodgienne est moins connue internationalement que celles de ses voisins, mais elle est riche et savoureuse. Elle met l'accent sur la fraîcheur des ingrédients, l'équilibre des saveurs et l'utilisation généreuse d'herbes et d'épices. Le riz est l'aliment de base incontournable, consommé à chaque repas. Le poisson, notamment celui pêché dans le Tonle Sap, est essentiel, et le prahok, une pâte de poisson fermenté à l'odeur forte, est un ingrédient clé qui ajoute de la profondeur à de nombreux plats. L'amok (un curry de poisson cuit à la vapeur dans une feuille de bananier) est souvent considéré comme le plat national. On y trouve également de délicieuses soupes, des currys, des nouilles et une grande variété de fruits tropicaux.

Les fêtes et célébrations rythment l'année. La plus importante est le Nouvel An Khmer (Chaul Chnam Thmey), célébré en avril, et qui marque la fin de la saison sèche et le début de la saison des pluies. C'est une période de purification, de visites familiales et d'activités joyeuses. Pchum Ben, en septembre ou octobre, est une fête religieuse majeure dédiée aux ancêtres, où les familles visitent les pagodes pour faire des offrandes aux moines au nom des défunts. Le Festival de l'Eau (Bon Om Touk), généralement en novembre, célèbre l'inversion du courant de la rivière Tonle Sap et la fin de la saison des pluies, avec des courses de pirogues spectaculaires sur le fleuve devant le Palais Royal à Phnom Penh.

Economie.
L'économie du Cambodge présente un profil de pays en développement, qui a connu une croissance rapide et soutenue au cours des deux dernières décennies, bien qu'elle soit partie d'une base très basse après des décennies de conflits et d'instabilité. Engagée dans une transition d'une économie planifiée vers une économie de marché à partir de la fin des années 1980, le pays a réussi à s'intégrer dans l'économie mondiale. Le Cambodge reste classé parmi les pays les moins avancés (PMA), mais vise à devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d'ici 2030.

Historiquement dominée par l'agriculture, qui employait la majorité de la population, l'économie s'est progressivement diversifiée. Le secteur agricole, bien que son poids dans le PIB ait diminué, reste crucial pour l'emploi rural et la sécurité alimentaire. La riziculture est la culture principale, mais d'autres cultures comme le maïs, le manioc, les plantations d'arbres (caoutchouc, noix de cajou), et l'aquaculture prennent de l'importance. Les défis dans ce secteur concernent la faible productivité, la vulnérabilité aux chocs climatiques, les problèmes d'irrigation et l'accès limité aux marchés et au financement pour les petits exploitants.

Le secteur industriel a été le principal moteur de croissance ces dernières années, tiré par l'industrie manufacturière orientée vers l'exportation. Le segment dominant est celui de l'habillement et de la chaussure, et représente une part considérable des exportations totales. Ce secteur a bénéficié de coûts de main-d'oeuvre relativement bas et d'un accès préférentiel aux grands marchés comme l'Union européenne (via l'initiative "Tout sauf les armes" - TSA) et les États-Unis (via le Système Généralisé de Préférences - SGP). Cependant, cette forte dépendance à l'industrie textile la rend vulnérable aux fluctuations de la demande mondiale, aux changements dans les préférences commerciales et à l'augmentation des coûts de production. Plus récemment, le Cambodge a vu le développement d'autres industries manufacturières, comme l'assemblage d'équipements électroniques et électriques, la fabrication de bicyclettes et la transformation de produits agricoles, signe d'une diversification émergente. Le secteur de la construction a également connu un essor considérable, alimenté par l'investissement étranger, notamment en provenance de Chine.

Le tourisme est une composante majeure. Il attire des millions de visiteurs chaque année, principalement grâce aux sites archéologiques d'Angkor. Ce secteur génère d'importantes recettes en devises et soutient une large chaîne de valeur (hôtels, restaurants, transports, artisanat). D'autres services comme la finance, les télécommunications, le commerce de détail et la logistique se développent également rapidement. La pandémie de covid-19 a lourdement frappé le secteur touristique, mais il a montré des signes de reprise significative avec la réouverture des frontières.

La croissance économique du Cambodge est largement tirée par les exportations et les investissements directs étrangers (IDE). Les IDE sont essentiels pour financer le développement des infrastructures, stimuler la capacité de production et créer des emplois. La Chine est devenue le principal investisseur et partenaire commercial du Cambodge ces dernières années. Elle joue un rôle déterminant dans les secteurs de la construction, de l'immobilier, de l'industrie et du tourisme. La Corée du Sud, le Vietnam, Singapour et le Japon constituent d'autres sources d'IDE.

Malgré ses progrès, l'économie cambodgienne reste confronté à pauvreté, même si celle-ci est en déclin constant. Elle demeure un problème majeur, en particulier dans les zones rurales, et les inégalités de revenus sont significatives. Les infrastructures, notamment le réseau routier, l'approvisionnement en électricité et l'accès à l'eau potable, nécessitent d'importants investissements. Le capital humain est un autre défi, avec un besoin d'améliorer le système éducatif et de développer des compétences plus qualifiées pour soutenir la diversification économique et l'ascension de la chaîne de valeur. La gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption sont des domaines où des améliorations sont nécessaires pour renforcer le climat des affaires et attirer des investissements de qualité. La forte dollarisation de l'économie (l'utilisation généralisée du dollar américain en parallèle du riel cambodgien) présente également des défis pour la politique monétaire nationale.

Face à ces défis, le gouvernement cambodgien s'est engagé dans des réformes visant à améliorer l'environnement des affaires, à attirer et retenir les investisseurs, à moderniser les infrastructures, à développer le capital humain et à diversifier l'économie au-delà de l'habillement pour inclure des industries à plus forte valeur ajoutée. L'intégration régionale au sein de l'ASEAN et la participation à des accords commerciaux comme le Partenariat économique régional global (RCEP) sont également considérées comme des opportunités pour le commerce et l'investissement. L'avenir de l'économie cambodgienne dépendra de sa capacité à maintenir un environnement macroéconomique stable, à mettre en oeuvre efficacement les réformes structurelles nécessaires et à gérer les risques externes, notamment les fluctuations économiques mondiales et les tensions géopolitiques, tout en poursuivant son chemin vers la diversification et l'amélioration des niveaux de vie de sa population.



Pierre-Olivier Sur, Dans les yeux du bourreau, Jean-Claude Lattes, 2010. - Le procès des khmers rouges s'est ouvert à Phnom Penh avec, à la barre des accusés, un homme seul: Douch, qui dirigea le tristement célèbre camp S21. Pour la première fois dans l'histoire du droit pénal international, les familles de victimes ont été invitées à se constituer parties civiles. Pourtant, seule une poignée d'entre elles y participe. Que révèle ce silence? Pierre-Olivier Sur, un des avocats des victimes, a mené l'enquête. Il raconte le procès et ses mécanismes, l'accusé et sa psychologie, et surtout sa rencontre avec le fils d'une victime. Au fur et à mesure de leurs échanges, la parole revient. Un récit bouleversant qui réveille les fantômes des rives du fleuve Mékong. Car au-delà de la force brute des procès verbaux d'audience, s'exprime toute l'émotion d'un peuple qui retrouve sa mémoire. (couv.)

Jean-Claude Perrier, Le goût du Cambodge, Mercure de France, 2010. - Le Cambodge constitue une sorte de miracle, toujours vivant après des siècles d'invasions étrangères et de colonisation, ressuscité après avoir subi sous les Khmers rouges l'un des plus effrayants génocides de l'Histoire : deux millions de morts en moins de quatre ans... A l'image d'Angkor Vat, antique capitale si souvent pillée mais retrouvée par les archéologues français au XIXe siècle, le Cambodge tente aujourd'hui de se reconstruire. A l'image du Mékong, qui l'irrigue et le fertilise, l'histoire du Cambodge n'est pas un long fleuve tranquille. Et il faut rencontrer les Cambodgiens, un peuple dynamique qui doit s'inventer un avenir pacifique. Des fondements de la civilisation khmère à nos jours, des premiers temples hindous à celui de Preah Vihear, sur fond de notes parfumées d'un délicieux boeuf au gingembre, périple sur les traces de Henri Mouhot, Pierre Loti, Paul Claudel, Gérard Manset, Louis Delaporte, André Malraux, François Bizot, Gérard de Villiers, Loïc Barrière, Norodom Sihanouk, Sam Rainsy, Rithy Panh et bien d'autres... (couv.).

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