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Les invasions au Moyen âge
Vikings, Sarrasins, Magyars
L'Europe occidentale, et plus spécialement l'empire carolingien, a connu vers les IXe et Xe siècles une vague d'invasions qui a eu pour acteurs, les Vikings, venus du Nord, les Sarrasins, Arabes venus du Sud, et les Magyars, peuple finno-ougrien venu de la région de la Volga, non loin de Moscou, et que le chartes du XVIe siècle désigneront encore sous le nom de Magna Hungaria.  Elle s'est avérée différente des invasions précédentes en ceci que sans le double choc des barbares du nord et de ceux du sud, l'Empire romain eût encore pu vivre longtemps, il est vrai, d'une vie misérable, mais dont rien ne rendait la fin nécessaire, tandis que le nouvel empire carolingien renfermait déjà en lui-même des causes de dissolution que l'invasion aida, mais qui auraient suffi, sans elle, à le paraître.

Autre différence encore, le Vikings et les Sarrasins agirent par petites bandes; l'invasion ne fut pas pour eux, comme pour les invasions antérieures, un déplacement en corps de nations; ni comme pour les Arabes, en Espagne, une conquête religieuse. Ils cherchaient du butin bien plus que des terres, et il résulta de leurs courses beaucoup de pillages, de ruines locales et de souffrances pour les peuples, mais non un bouleversement général et la substitution d'une société nouvelle à l'ancienne. 

Les Magyars seuls firent dans le bassin de la Theisa et du Danube moyen un établissement à la façon de ceux des Francs, des Burgondes et des Goths, mais ne cherchèrent pas l'étendre plue loin, à demeure fixe. Cette nouvelle vague d'invasions a donc pour principal caractère d'avoir favorisé la confusion, non de l'avoir fait naître; d'avoir hâté la chute de l'empire carolingien, c'est-à-dire la rupture de l'unité politique, sans avoir été seule à la précipiter, en un mot, elle fut une des forces qui poussaient la société de ce temps à revêtir la forme qu'elle prit : l'anarchie féodale; entendons par anarchie l'absence d'un pouvoir suprême : la féodalité fut, en effet, la prépondérance des pouvoirs locaux sur l'autorité centrale.

Les Normands (Vikings)

L'ère viking, qui s'étend approximativement de la fin du VIIIe siècle au milieu du XIe siècle, marque une période charnière de l'histoire européenne, caractérisée par l'expansion spectaculaire des peuples scandinaves. Originaires de l'actuelle Norvège, de la Suède et du Danemark, ces navigateurs et guerriers exceptionnels ont bouleversé l'ordre politique et religieux de l'Occident chrétien et de l'Orient byzantin. Cette résulte d'une conjonction de facteurs démographiques, politiques et économiques. La surpopulation dans certaines régions de Scandinavie, la raréfaction des terres arables face à un système d'héritage défavorable aux cadets, ainsi que la centralisation du pouvoir par des rois cherchant à soumettre les chefs locaux, poussent de nombreux hommes à chercher fortune ailleurs. De plus, le développement de technologies navales, notamment le navire long (couramment appelé drakkar), à la fois rapide, maniable et capable de naviguer en haute mer comme dans les fleuves peu profonds, leur offre un avantage stratégique décisif.

L'histoire des invasions vikings débute traditionnellement par un événement traumatique pour la chrétienté : le saccage du monastère de Lindisfarne, situé sur une île au nord-est de l'Angleterre, en 793. Ce pillage, suivi de celui de l'abbaye de Jarrow l'année suivante, envoie une onde de choc à travers l'Europe, car les Vikings ciblent prioritairement les monastères, lieux de savoir et de richesse souvent mal défendus. Durant cette première phase, les attaques sont principalement des raids éclairs menés par de petits groupes. Les Scandinaves arrivent par la mer au printemps, pillent, capturent des esclaves et repartent avant que les rois locaux ne puissent organiser une riposte efficace. Ces expéditions sont motivées par l'appât du gain, la soif d'aventure et la volonté de rapporter des trésors pour asseoir leur prestige social dans leurs terres natales.

Au fil des décennies, la nature des incursions évolue considérablement. Face à des défenses européennes qui s'organisent, les Vikings commencent à passer l'hiver sur place, établissant des campements fortifiés sur des îles fluviales. Ils forment alors de vastes armées, comme la "Grande Armée païenne" qui débarque en Angleterre en 865. Cette armée, bien plus grande que les simples bandes de pillards, ne cherche plus seulement à piller, mais à conquérir. Elle renverse les royaumes anglo-saxons de Northumbrie, d'Est-Anglie et de Mercie, ne laissant debout que le Wessex d'Alfred le Grand. Cette pression aboutit à la création du Danelaw, une vaste région du nord et de l'est de l'Angleterre placée sous la loi et le contrôle danois. Parallèlement, les Scandinaves s'implantent en Irlande, où ils fondent des comptoirs commerciaux côtiers qui deviendront des villes majeures comme Dublin, Waterford et Limerick.

Sur le continent, la pression est tout aussi forte. En Francie occidentale, les remontées de la Seine et de la Loire sèment la terreur. Pour se débarrasser de ces envahisseurs qui assiègent même Paris en 885-886, le roi carolingien Charles le Simple prend un parti historique en 911. Par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, il concède des terres au chef viking Rollon. Ces terres deviendront la Normandie, et les Vikings, se faisant appeler Normands, s'y sédentarisent, adoptant la langue et la religion chrétiennes tout en conservant leur esprit conquérant, qui les mènera plus tard jusqu'en Italie du Sud et en Angleterre. Parallèlement, les Vikings de Suède, souvent appelés Varègues, s'orientent vers l'Est. Naviguant sur les grands fleuves russes comme la Volga et le Dniepr, ils tissent des réseaux commerciaux lucratifs reliant le nord de l'Europe à l'Empire byzantin et au califat abbasside. Ils fondent des comptoirs qui deviendront des villes majeures comme Novgorod et Kiev, jouant un rôle catalyseur dans la formation de la Rus' kiévienne, l'ancêtre de la Russie.

L'expansion viking ne se limite pas aux terres continentales; elle repousse les frontières du monde connu. À partir de l'Islande colonisée vers 870, ils atteignent le Groenland à la fin du Xe siècle, puis, sous la conduite du navigateur Leif Erikson, foulent le sol de l'Amérique du Nord (Vinland) vers l'an mil, près de cinq siècles avant Christophe Colomb. Cependant, à partir du XIe siècle, l'ère des grandes invasions touche à sa fin. La christianisation progressive de la Scandinavie modifie les mentalités, tandis que la consolidation de royaumes unifiés et puissants au Danemark, en Norvège et en Suède canalise les énergies vers des guerres internes ou des croisades. En Occident, les féodaux ont construit des châteaux forts et des ponts fortifiés pour bloquer les navires. 

L'épilogue symbolique de l'ère viking est souvent situé en 1066. Cette année-là, le roi norvégien Harald Hardrada est vaincu et tué par le roi anglo-saxon Harold Godwinson à la bataille de Stamford Bridge. Quelques semaines plus tard, le duc de Normandie Guillaume le Conquérant, descendant de ces mêmes Scandinaves, s'empare de l'Angleterre à la bataille d'Hastings, clôturant définitivement l'époque des grandes invasions païennes pour ouvrir celle de l'Europe féodale et chrétienne.

Les Sarrasins

Les chrétiens du Moyen âge donnèrent le nom de Sarrasins aux musulmans qui, depuis les premières années de l'hégire jusqu'à la fin des croisades, furent en guerre presque continuelle avec les peuples européens. La forme latine de ce nom est Sarraceni, ce qui en donne immédiatement l'étymologie, si l'on remarque que le c se prononçait k, il est très vraisemblable qu'il dérive d'une forme de la racine charaka et, plus spécialement, du mot chark, qui, en arabe, désigne l'Orient; il n'y a rien que de très naturel à ce que les chrétiens aient traité d'Orientaux, en général, les peuples musulmans, dont la plus grande partie habitaient des contrées situées à l'orient de L'Europe. 

Les auteurs latins et français du Moyen âge confondent sous cette dénomination tous les musulmans et même quelquefois des peuples qui n'avaient pas embrassé l'islam (on trouve même dans le folklore une confusion fréquente entre Vikings et Sarrasins; les seconds se substituant souvent aux premiers dans les légendes); toutefois, chez les plus consciencieux de ces auteurs, comme Vincent de Beauvais, le nom d'Arabes et d'lsmaelitae est réservé aux tribus qui habitaient la péninsule Arabique et qui fournirent à Mahomet ses premiers soldats. Les chrétiens se faisaient une idée très fausse des croyances et de la civilisation des peuples qu'ils qualifiaient de Sarrasins. Leur véritable religion n'était pour ainsi dire pas connue, et on les tenait pour de parfaits idolâtres « aodrant Mahom et Tervagant » sous forme de statues ou de peintures; cette confusion est assez plaisante quand l'on songe à la proscription rigoureuse de toute reproduction plastique qui a toujours été en vigueur chez les peuples musulmans et dont ils ne se sont écartés que sous l'influence d'autres civilisations. 

Les Occidentaux n'avaient pas assez d'injures à adresser à ces Sarrasins et à leur faux prophète Mahom; ils leur reprochaient toutes les turpitudes et tous les crimes qui se peuvent imaginer, en faisant une nation de traîtres et d'imposteurs avec lesquels les vrais croyants ne devaient jamais avoir de rapports et qu'ils devaient chercher à exterminer par tous les moyens possibles. Les Sarrasins, qui ne connaissaient guère mieux les chrétiens, les Firendj comme ils les appellent, leur rendaient largement leurs insultes et leurs sarcasmes en les accusant de polythéisme, de moeurs infâmes, et en proclamant nul le serment fait à un chrétien; bien rares sont les auteurs musulmans qui ne font pas suivre la mention du nom des chrétiens ou des Francs de la formule "que Dieu les maudisse" et qui ne les traite pas de démons (shéyatin). 

Cette horreur réciproque ne s'explique pas seulement par la différence de leurs croyances, mais bien par ce fait, qu'en guerre permanente, l'une et l'autre se croyaient tout permis, de telle sorte qu'avec un système de représailles continuel, il était impossible d'arriver à un modus vivendi quelconque. Le nom de Sarrasins ne cessa d'être d'usage courant qu'au milieu du XVIe siècle, alors que les peuples d'Occident commencèrent à avoir quelques idées plus précises sur la géographie et sur l'histoire de l'Orient. 

En attendent (si l'on met à part l'histoire particulière de la Péninsule ibérique, où les Arabes furent appelés en  711 par les Chrétiens eux-mêmes, et profitèrent de leurs dissensions pour en finir avec le royaume wisigoth, et dont l'incasion est antérieure à l'époque considérée ici), les Sarrasins auront été pour les autres pays riverains de la méditérranée ooccidentale, et plus particulièrement pour l'Italie ce que les Vikings furent pour la France; comme eux ils pillèrent longtemps les côtes, comme eux encore ils s'établirent à demeure sur certains points. Ils venaient d'Afrique, de Kairouan, que les Arabes avaient fondé dans la province de Tunis, et dont les Aghlabites (Les dynasties musulmanes au Moyen âge) avaient fait la capitale d'un florissant royaume. Sur cette terre punique, ils avaient trouvé des souvenirs de grandeur navale, et parmi les indigènes, des habitudes de vie maritime dont ils avaient profité. Ils avaient armé des navires, et, pour la troisième fois, après Carthage et Genséric, de cette pointe d'Afrique étaient sortis des dominateurs de la Méditerranée. D'abord pirates; ils désolèrent Malte, la Sicile, la Corse et la Sardaigne, et ne reculèrent qu'un moment devant les flottes de Charlemagne; lui mort, leurs courses recommencèrent et les pirates se firent conquérants. En 831 ils soumirent la Sicile, et de là passèrent sur la Grande Terre, comme ils appelaient l'Italie. Grâce aux rivalités des chefs grecs et lombards, ils prirent Brindisi, Bari, Tarente et bâtirent une forteresse aux bouches du Garigliano. Ils brûlèrent Ostie, Civitta-Vecchia, les faubourgs de Rome et la riche abbaye du Mont-Cassin, mirent maintes fois en péril Naples, Salerne, etc., et menacèrent jusqu'à Venise. Malte, la Sardaigne, la Corse et les Baléares leur appartenaient. 

Ils ne craignirent même point de s'aventurer au milieu des nations chrétiennes. Ils abordèrent aux côtes de Provence; Arleset Marseille furent pillées, et, en 889, ils établiront une colonie militaire à Fraxinet, près de Saint-Tropez, en Provence, d'où, par des postes, ils commandaient les passages des Alpes, ce qui leur assura, pendant tout le Xe siècle, la sécurité du pillage de l'Italie et de la France. Telle était la terreur inspirée par ces mécréants, qu'un seul, dit Liutprand, faisait fuir mille personnes, et que deux en faisaient fuir dix mille. De là ils pénétrèrent dans le Dauphiné, le Valais et la Suisse, où ils se rencontrèrent avec les autres envahisseurs venus de l'est, les Magyars.

Les Magyars

Du côté par où allaient venir les Magyars, l'invasion n'avait guère cessé depuis Attila. Les flots d'hommes s'y étaient pressés comme se poussent et se succèdent incessamment les vagues d'une mer fouettée par la tempête. Après les Huns d'Attila, dont les descendants se mêlèrent aux populations vivant sur les bords du Danube, aux environs des lieux où leur chef avait surtout vécu, vinrent les Slaves, qui, par la destruction de l'empire des Goths, puis par celle de la monarchie d'Attila, avaient recouvré l'indépendance; les Bulgares,  les Avars, qui furent la terreur de Constantinople durant deux siècles, et tombèrent sous l'épée de Charlemagne; enfin les Khazars (Les Turkmènes) et dont le khaqân résida en Crimée. Parmi les sujets des Khazares se trouvait, au IXe siècle, un peuple, de langue finno-ougrienne, celui-ci, que les Latins et les Grecs ont appelé Hungares et Hongrois, parce qu'ils voyaient en lui un mélange de tribus hunniques et ougriennes, et qui, après avoir longtemps habité, de l'Oural à la Volga, s'étaient, au commencement du IXe siècle, avancés entre le Don et le Dniepr. En 888, un nouveau flot d'hommes, les Petchenègues (Turkmènes), se rua sur les serviteurs et les maîtres. Les Hongrois refoulés sur le Danube et la Transylvanie, allaient y périr avec leur chef Arpad, quand un débris du peuple khazar, la tribu des Mogers ou Magyars, vint les rejoindre, relever leur force, leur courage, et mériter par les services qu'elle rendit, que son nom devînt celui de la nation entière. Ceux que nous nommons encore les Hongrois s'appellent eux-mêmes les Magyars.

Le roi de Germanie, Arnulf, leur offrait de l'or pour attaquer ses ennemis les Slaves moraves, qui dominaient des monts de Bohême à ceux de Transylvanie. Les Hongrois les battirent, mais prirent la plus grande partie du pays où ils trouvèrent un vieux fond de population hunnique et avare qu'ils s'assimilèrent aisément. Comme le vent, au désert, amasse en un instant le sable en montagnes, la victoire, au milieu des populations mal assises sur le sol, rallie au vainqueurs de nombreuses tribus, et leur donne une force irrésistible. Les Hongrois, à peine descendus des Carpates, et comme emportés par l'élan, soumirent en quelques années les plaines de la Theisa et de la Pannonie. En 899, ils étaient déjà aux portes de l'Italie et ravageaient la Carinthie et le Frioul; en l'an 900 ils pénétraient en Bavière, et le nouveau roi de Germanie leur paya tribut. Leurs courses s'étendirent grâce à la facilité du butin. Leurs hardis cavaliers se lancèrent des deux côtés des Alpes dans les grandes plaines de la Lombardie et dans la vallée du Danube. Ils franchirent même le Rhin, et les provinces, comme l'Alsace, la Lorraine et la Bourgogne, qui jusqu'alors ne tournaient les yeux avec terreurr que du côté du Nord et de l'Ouest, par où venaient les Vikings, apprirent par une cruelle expérience que l'Est avait encore des barbares à envoyer vers l'Occident. Tel fut l'effroi que les Hongrois y répandirent, qu'on a souvent dit (mais probablement à tort) que leur nom y resta et devint populaire en France pour exprimer la plus abominable férocité. Les Ougres ou Ogres ont longtemps été l'épouvante des populations.

Las courses dévastatrices des Magyars eurent le même résultat que celles des Vikings. En Italie, les villes, pour leur résister, s'entourèrent de murailles, comme le. campagnes en France s'étaient hérissées de châteaux, et réorganisèrent leurs milices, ce qui leur permit de reprendre leur indépendance municipale. En Allemagne, on drigea contre, eux les forteresses dont les possesseurs défendirent d'abord le pays, et ensuite se l'approprièrent. Les deux plus grandes puissances allemandes, l'Autriche et la Prusse, sont deux margraviats organisés militairement pour couvrir l'Allemagne contre les envahisseurs de l'est. (A19).

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