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| Aperçu | L'Amérique du Nord | L'Amérique du Sud |
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l'on met à part les incursions, et même les premiers établissements,
des Vikings au Nord de l'Amérique, on peut dire que les Européens
n'ont véritablement eu connaissance de l'existence du continent américain
qu'à partir des découvertes faites par Christophe
Colomb et de ses équipages en 1492
( Sans doute, bien
longtemps avant la découverte de Christophe Colomb, l'Amérique avait
été connue par des pirates scandinaves; sous la conduite d'Éric
le Rouge, qui atteignit le Groenland De fait, cette découverte a aussi une conquête sanguinaire. A la nouvelle de cette découverte, de tous les points de l'Europe, souvent de ses contrées les plus déshéritées, comme l'Estrémadure, en Espagne, on vit se lever des aventuriers ruinés, que leurs passions avides, trop à l'étroit dans l'ancien monde, poussaient vers le nouveau. La soif de l'or était presque partout, l'imagination la plus exaltée ne pouvait rêver plus de trésors que n'en contenait l'Amérique; on se mit à suivre les navigateurs cherchant d'autres mondes encore dans ce monde récemment connu. Et ce fut un terrible malheur pour les Amérindiens, présents sur le continent depuis plusieurs dizaines de milliers d'années, qui se virent soudain a la merci de la cupidité brutale des Européens. Ceux-ci furent conduits d'abord par les Cortez, les Pizarro, les Almagro, les Pinzon, etc. Mais, sans cesse, pendant les siècles suivants, alors que les voyages de découvertes se poursuivaient (Magellan, Lewis et Clarke, Quadra et Vancouver, Humboldt et Bonpland, Franklin et Parry, etc.), de nouvelles populations vont continuer d'immigrer en Amérique et lui donner le visage qu'on lui connaît aujourd'hui. Ces populations auront été parfois poussés au-delà de l'océan, parce que persécutées pour des raisons religieuses, comme en Angleterre au XVIIe siècle, parfois pour des raisons politiques (et se sera encore souvent le cas jusqu'à nos jours), parfois poursuivis encore par la misère, toujours attirées par des récits éblouissants, le plus souvent trompeurs. A cela s'est ajoutée une immigration de nature toute différente, la traite esclavagiste, à l'origine d'une composante importante des populations actuelles des États-Unis, des Antilles et Brésil. |
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| La
Découverte
Qui a découvert
l'Amérique?
Quelques autres auteurs
- dont quelques uns (G. Elliot Smith et W.J. Perry) défendaient encore
ce point de vue, aujourd'hui obsolète, dans les années 1920
- frappés de vagues ressemblances entre les débris de l'art mexicain
et péruvien avec le style archaïque égyptien, ont supposé que les Phéniciens
avaient non seulement découvert, mais colonisé l'Amérique. En admettant
que cette thèse soit prouvée, ce qui n'est nullement le cas et que des
Phéniciens soient allés par hasard dans le nouveau monde et en soient
revenus, il paraît certain qu'ils n'y sont pas retournés. L'historien
des Mongols, de Guignes,
a essayé, en 1761,
de démontrer que c'était aux Chinois que revenait l'honneur de cette
découverte. Suivant lui et d'après Neumann, les marins chinois, dès
le Ve siècle
ap. J.-C., seraient arrivés en Amérique par le Kamtchatka et les îles
Aléoutiennes et y auraient même importé le
bouddhisme Plus assurés sont
les voyages en Amérique des Scandinaves, ces Phéniciens du Nord, comme
on les a parfois surnommés. Les sagas islandaises
mentionnent les exploits de deux aventuriers partis de l'Islande, Gunnbjoern,
puis Eric le Rouge, qui découvrirent
le Groenland Les voyages de
Colomb.
Un autre Européen,
Sébastien
Cabot, avait vu avant Colomb le continent américain. Lorsqu'on apprit
en Europe les merveilleuses découvertes de Colomb, le roi Henri
VII Tudor, à qui Colomb avait inutilement exposé ses projets, fit
partir une petite expédition sons le commandement de Jean
Cabot. Celui-ci quitta Bristol
Les Voyages de Colomb. Les premiers explorateurs nommèrent "côte ferme", Terra firma, le littoral de l'Amérique du Sud, de l'embouchure de l'Orénoque au golfe d'Uraba. Les successeurs
de Colomb.
Les explorations L'Amérique du
Nord.
Dès 1513, Juan
Ponce de León, gouverneur de Porto Rico,
débarque sur la côte qu'il baptise la Floride, croyant y trouver une
île et, dit la légende, une fontaine de jouvence. Il y retourne en 1521
pour y fonder une colonie, mais succombe à une blessure infligée par
les Calusa ( C'est ce mythe des Sept Cités de CÃbola, relayé par le moine franciscain Marcos de Niza, qui pousse le vice-roi de Nouvelle-Espagne à financer en 1540 l'expédition de Francisco Vásquez de Coronado. Celui-ci remonte jusqu'aux pueblos zuñis de l'actuel Nouveau-Mexique, n'y trouvant que des villages de pierre sèche bien éloignés des trésors espérés. Il envoie l'un de ses lieutenants, GarcÃa López de Cárdenas, qui devient le premier Européen à contempler le Grand Canyon du Colorado, tandis que lui-même pousse jusque dans les grandes plaines, en direction du Kansas actuel, à la recherche d'une cité chimérique nommée Quivira. L'expédition rentre bredouille en 1542, mais elle a dessiné les premiers contours du Sud-Ouest américain. Au même moment, plus à l'est, Hernando de Soto mène de 1539 à 1543 une expédition tout aussi considérable. Débarqué près de la baie de Tampa, il traverse la Géorgie, les deux Carolines, le Tennessee et l'Alabama, infligeant aux populations rencontrées de lourdes pertes par les combats et les épidémies importées. En 1541, sa troupe atteint et traverse le grand fleuve qu'elle appelle RÃo Grande et que l'on connaît aujourd'hui comme le Mississippi. De Soto meurt l'année suivante de fièvre; ses hommes, sous la conduite de Luis de Moscoso, redescendent le fleuve jusqu'au golfe du Mexique avant de regagner péniblement le Mexique en 1543. Pendant que l'Espagne explore le Sud et le Sud-Ouest, la France tente sa chance plus au nord. En 1524, le Florentin Giovanni da Verrazzano, au service de François Ier, longe la côte atlantique depuis la Caroline jusqu'à Terre-Neuve, découvrant au passage la baie de New York qu'il prend d'abord pour l'entrée d'une mer intérieure. Une décennie plus tard, Jacques Cartier reçoit mission d'aller plus loin : en 1534, il explore le golfe du Saint-Laurent; l'année suivante, il remonte le fleuve jusqu'aux bourgades iroquoiennes de Stadaconé, près de l'actuelle ville de Québec, et d'Hochelaga, au pied du mont qu'il nomme Mont Royal. Une troisième expédition, en 1541-1542, menée conjointement avec Jean-François de La Rocque de Roberval, tente d'établir une colonie permanente à Cap-Rouge; l'entreprise échoue devant l'hiver, les maladies et la déception de minéraux pris pour de l'or et des diamants qui ne sont que pyrite et quartz, donnant naissance à l'expression "faux comme un diamant du Canada". La seconde moitié du XVIe siècle connaît un certain ralentissement de l'effort exploratoire français, absorbée par les guerres de Religion, tandis que l'Espagne consolide sa présence dans le Sud-Ouest. En 1598, Juan de Oñate fonde la province de Santa Fe de Nuevo México, et en 1610 Pedro de Peralta établit la ville de Santa Fe elle-même, point d'ancrage à partir duquel rayonneront pendant deux siècles missions et expéditions espagnoles vers les Grandes Plaines et les hauts plateaux. Le XVIIe
siècle s'ouvre sur la relance décisive de l'entreprise française, portée
par Samuel de Champlain. Après une première
reconnaissance du Saint-Laurent en 1603, il fonde en 1608 l'habitation
de Québec, base à partir de laquelle il explore en 1609 le lac qui portera
son nom, puis pousse en 1615 jusqu'au lac Huron en s'alliant aux Hurons
et aux Algonquins contre la Confédération iroquoise ( Du côté anglais, l'installation à Jamestown en 1607 s'accompagne d'explorations limitées mais précises : le capitaine John Smith cartographie avec soin la baie de Chesapeake entre 1607 et 1609. Les tentatives antérieures de Walter Raleigh à Roanoke, dans les années 1580, avaient déjà esquissé la côte de la Caroline, avant de s'achever par la disparition mystérieuse de la colonie. En 1609, au service de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, l'Anglais Henry Hudson remonte le fleuve qui portera son nom jusqu'à la hauteur de l'actuelle Albany, ouvrant la voie à l'installation néerlandaise de la Nouvelle-Hollande, centrée sur La Nouvelle-Amsterdam. La seconde moitié
du XVIIe siècle voit les Français pousser
méthodiquement vers l'intérieur du continent, dans le sillage du commerce
des fourrures et des missions jésuites. En 1634, Jean Nicolet atteint
la baie des Puants, sur le lac Michigan, espérant y trouver le passage
vers la Chine et croyant, en accueillant les Winnebagos vêtus de soie
chinoise rapportée d'Asie par des intermédiaires, être parvenu à ses
fins. En 1673, Louis Jolliet et le père Jacques
Marquette descendent le Mississippi Tandis que les colons
anglais des treize colonies commencent, au tournant du XVIIIe
siècle, à franchir les premières chaînes des Appalaches L'Espagne, de son côté, achève au même moment l'exploration et la colonisation de la Californie. En 1769, Gaspar de Portolá et le franciscain JunÃpero Serra conduisent une expédition terrestre depuis la Basse-Californie qui aboutit à la fondation de la mission de San Diego, avant que Portolá, poussant plus au nord, ne découvre la baie de San Francisco. Quelques années plus tard, en 1775-1776, Juan Bautista de Anza relie par voie terrestre la Sonora à la Californie, permettant la fondation du presidio de San Francisco. Dans le même temps, la Russie s'intéresse au Pacifique nord : en 1741, l'expédition de Vitus Bering et Alexeï Chirikov atteint les côtes de l'Alaska, ouvrant la voie au commerce des fourrures de loutre de mer qui attirera bientôt promyshlenniki russes et marchands britanniques. La compétition pour le Pacifique nord-ouest s'intensifie dans le dernier quart du XVIIIe siècle. En 1778, lors de son troisième voyage, James Cook longe et cartographie la côte depuis l'Orégon jusqu'à l'Alaska, tandis que George Vancouver, entre 1792 et 1794, en dresse une carte d'une précision remarquable, explorant en détail le détroit qui porte son nom et la côte de l'actuelle Colombie-Britannique. C'est dans ce contexte que l'Écossais Alexander Mackenzie, au service de la Compagnie du Nord-Ouest, réalise en 1793 la première traversée terrestre connue du continent nord-américain au nord du Mexique, depuis le lac Athabasca jusqu'à l'embouchure de la rivière Bella Coola, sur le Pacifique. L'acquisition par
les États-Unis du vaste territoire de
la Louisiane en 1803 ouvre une nouvelle ère d'exploration officielle.
Le président Thomas Jefferson confie Ã
Lewis
et Clark la conduite du
Corps
of Discovery, qui quitte Saint-Louis en 1804, remonte le Missouri La traite des fourrures continue d'alimenter l'exploration dans les décennies suivantes. La Pacific Fur Company de John Jacob Astor fonde en 1811 le poste d'Astoria à l'embouchure de la Columbia, tandis que les "Astoriens" qui regagnent l'est par voie terrestre découvrent, sous la conduite de Robert Stuart, le col du South Pass qui deviendra plus tard la grande porte d'entrée des Rocheuses pour les pionniers. Dans les années 1820, Jedediah Smith redécouvre ce passage, traverse le premier par voie terrestre le désert du Mojave pour rejoindre la Californie depuis l'intérieur, puis explore le Grand Bassin, contribuant plus qu'aucun autre trappeur à combler les lacunes de la carte de l'Ouest américain. Dans les années 1840, John C. Frémont, surnommé le Pathfinder, mène pour le compte du gouvernement fédéral plusieurs expéditions qui cartographient avec précision la piste de l'Orégon, le Grand Bassin et la Sierra Nevada, accompagné du trappeur Kit Carson. Ses rapports, largement diffusés, nourrissent l'imaginaire de la "Destinée manifeste" et préparent, sans le vouloir tout à fait, le terrain de la conquête de la Californie lors de la guerre américano-mexicaine de 1846-1848. Cette guerre elle-même donne lieu à d'importantes reconnaissances militaires, telles que la longue marche de Stephen Watts Kearny vers la Californie, tandis que la ruée vers l'or qui suit, à partir de 1848, provoque une exploration intensive, quoique souvent improvisée, des cours d'eau et des massifs de la Sierra Nevada. Dans les années 1850, le Congrès américain finance plusieurs grandes campagnes de reconnaissance destinées à déterminer le meilleur tracé pour un futur chemin de fer transcontinental : les Pacific Railroad Surveys explorent simultanément plusieurs itinéraires entre le 32e et le 49e parallèle, produisant une documentation scientifique considérable sur la géologie, la botanique et l'ethnographie de l'Ouest, sous la supervision du Corps des ingénieurs topographiques de l'armée. Au sortir de la guerre de Sécession, l'exploration scientifique systématique de l'Ouest américain s'organise autour de quatre grandes campagnes connues sous le nom de Great Surveys : celle de Clarence King le long du quarantième parallèle, celle de Ferdinand Hayden dans le Wyoming et le Montana, celle de George Wheeler dans le Sud-Ouest et celle, la plus célèbre, de John Wesley Powell. Cet ancien officier manchot descend en 1869, à la tête d'une poignée de hommes embarqués sur des barques de bois, l'intégralité du fleuve Colorado à travers le Grand Canyon, exploit renouvelé et approfondi lors d'une seconde expédition en 1871-1872. C'est également l'expédition Hayden de 1871, en révélant au pays les geysers et les sources chaudes du haut bassin de la Yellowstone, qui conduit le Congrès à créer, en 1872, le premier parc national du monde. Vers la fin du siècle, les blancs restants sur la carte du continent se réduisent à de rares étendues désertiques ou montagneuses. Le recensement de 1890 constate officiellement qu'il n'existe plus de ligne de front continue séparant les terres occupées des terres vierges, constat qui inspirera trois ans plus tard à l'historien Frederick Jackson Turner sa célèbre thèse sur la fermeture de la frontière américaine. L'âge des grandes expéditions de reconnaissance territoriale touche alors à son terme, cédant la place, au XXe siècle, à des explorations d'une autre nature : campagnes paléontologiques dans les badlands, relevés archéologiques des cités pueblos abandonnées, ou approfondissement scientifique de régions déjà repérées mais encore mal connues dans leur détail. L'Amérique du
Sud.
L'année 1500 marque un tournant décisif pour le Portugal : la flotte de Pedro Ãlvares Cabral, déroutée vers l'ouest alors qu'elle fait voile vers les Indes, touche la côte du Brésil actuel, près de l'actuel État de Bahia, et en prend possession au nom de la couronne portugaise, ouvrant ainsi un territoire qui restera, conformément au traité de Tordesillas, dans l'orbite lusitanienne. Quelques années plus tard, en 1516, l'Espagnol Juan DÃaz de SolÃs explore l'estuaire du RÃo de la Plata, qu'il prend d'abord pour un passage vers l'océan recherché, avant d'y être tué par des indigènes charrúas. C'est finalement Ferdinand Magellan qui, en 1520, découvre à l'extrémité méridionale du continent le détroit qui portera son nom, ouvrant enfin la voie maritime vers le Pacifique et permettant l'achèvement, sous la conduite de Juan Sebastián Elcano après la mort de Magellan, du premier tour du monde de l'histoire. C'est cependant la conquête du Pérou qui constitue l'épisode le plus retentissant de cette première moitié du XVIe siècle. Parti de Panama, dont l'isthme avait été franchi dès 1513 par Vasco Núñez de Balboa pour atteindre le premier l'océan Pacifique, Francisco Pizarro débarque sur la côte péruvienne en 1532 avec une poignée d'hommes, capture l'empereur inca Atahualpa à Cajamarca et précipite, en quelques années seulement, l'effondrement du plus vaste empire que l'Amérique précolombienne ait connu. Son associé Diego de Almagro pousse ensuite plus au sud, en 1535-1537, à travers les hauts plateaux andins et le désert d'Atacama, jusqu'au territoire du Chili, dans des conditions si éprouvantes que la traversée de la cordillère coûte la vie à des centaines de ses hommes et de leurs auxiliaires indigènes. Au nord du Pérou, plusieurs expéditions distinctes convergent presque simultanément vers le plateau de Bogotá, donnant lieu à l'une des rencontres les plus singulières de l'histoire des conquêtes espagnoles. Sebastián de Belalcázar, parti du Pérou, fonde Quito en 1534 puis Popayán et Cali, avant de remonter vers le nord; Nicolás de Federmann, venu du Venezuela au service des banquiers allemands Welser, traverse les plaines du Llano; et Gonzalo Jiménez de Quesada, depuis Santa Marta, gravit la cordillère orientale et soumet en 1537-1538 le royaume muisca, fondant Santa Fe de Bogotá. Les trois expéditions se retrouvent presque au même endroit, à quelques mois d'intervalle, après avoir suivi des itinéraires totalement indépendants. C'est de cette région, où circulaient des objets d'or muiscas associés à un rite de purification au lac de Guatavita, que naît le mythe d'El Dorado, lequel allait pendant deux siècles attirer dans l'intérieur du continent quantité d'expéditions ruineuses. La plus fameuse de ces tentatives reste indirectement à l'origine de la découverte du fleuve Amazone : en 1541, Gonzalo Pizarro, frère du conquérant du Pérou, envoie son lieutenant Francisco de Orellana en reconnaissance le long d'un affluent à la recherche du "pays de la cannelle"; emporté par le courant et incapable de revenir en amont, Orellana se résout à descendre l'intégralité du fleuve jusqu'à l'Atlantique, qu'il atteint en 1542, après avoir affronté, selon son récit, des guerrières qui lui inspirent le nom d'Amazones donné depuis au plus grand fleuve du monde. Pendant ce temps, Pedro de Valdivia mène la conquête du Chili au-delà des positions atteintes par Almagro, fondant Santiago en 1541, mais se heurte durablement à la résistance des Mapuches, dont la guerre d'Arauco se prolongera, par vagues, pendant près de trois siècles sans que les Espagnols ne parviennent à soumettre entièrement cette nation au sud du fleuve BiobÃo. Plus au sud-est, sur les rives du RÃo de la Plata, Pedro de Mendoza fonde en 1536 un premier établissement à l'emplacement de l'actuelle Buenos Aires, rapidement abandonné devant les attaques indigènes et la famine; c'est Domingo MartÃnez de Irala qui assure la pérennité de la présence espagnole en fondant Asunción, base à partir de laquelle seront explorés le bassin du Paraná et les confins du Gran Chaco. Le même Ãlvar Núñez Cabeza de Vaca dont on connaît la traversée de l'Amérique du Nord deux décennies plus tôt devient à son tour, dans les années 1540, gouverneur du RÃo de la Plata et participe à l'exploration de cette région. L'obsession d'El Dorado continue cependant à pousser des hommes vers les pires extrémités. En 1560-1561, Lope de Aguirre, lancé dans une expédition vers les sources de l'Amazone à la recherche du pays mythique d'Omagua, se mutine, fait assassiner le chef de l'expédition et descend le fleuve à la tête d'une troupe de plus en plus réduite, semant la terreur jusqu'à son exécution sur la côte vénézuélienne. Vers la fin du même siècle, le mythe traverse jusqu'en Angleterre : Antonio de BerrÃo explore la région du haut Orénoque dans les années 1580-1590 à la recherche de la cité dorée, tandis que l'Anglais Walter Raleigh, déjà connu pour ses tentatives nord-américaines, conduit en 1595 puis en 1617 deux expéditions vers la Guyane dans le même espoir, sans plus de succès que ses prédécesseurs espagnols. Le XVIIe siècle voit l'exploration se déplacer vers le Brésil portugais, où des troupes de pionniers appelées bandeirantes s'enfoncent méthodiquement dans l'intérieur du continent, bien au-delà de la ligne théorique fixée par le traité de Tordesillas, à la recherche d'esclaves indigènes, d'émeraudes et de métaux précieux. C'est dans ce contexte que le capitaine portugais Pedro Teixeira accomplit, entre 1637 et 1639, un exploit comparable à celui d'Orellana près d'un siècle plus tôt, en remontant cette fois l'intégralité de l'Amazone depuis Belém jusqu'à Quito, puis en redescendant le fleuve : cette expédition consolide durablement la revendication portugaise sur l'ensemble du bassin amazonien. Au même moment, les missions jésuites établies au Paraguay organisent, à travers leurs réductions, une exploration religieuse et administrative méthodique du bassin du Paraná et des marges du Chaco. Le XVIIIe siècle s'ouvre sur la découverte de gisements d'or, puis de diamants, dans la région des Minas Gerais à partir des années 1690-1700, ce qui provoque une nouvelle vague d'expansion bandeirante vers le centre du Brésil et le Mato Grosso. C'est également à cette époque que l'exploration scientifique fait son apparition sur le continent : entre 1735 et 1744, l'Académie des sciences française envoie en Équateur une mission géodésique conduite par Charles Marie de La Condamine, chargée de mesurer un arc de méridien à l'équateur afin de déterminer la forme exacte de la Terre; à l'issue de ses travaux, La Condamine choisit de regagner l'Europe en descendant l'intégralité de l'Amazone, devenant le premier savant à en livrer une description scientifique détaillée. Dans le même temps, les rivalités territoriales entre l'Espagne et le Portugal en Amérique du Sud donnent lieu à plusieurs commissions de démarcation, notamment après le traité de Madrid de 1750, dont les arpenteurs parcourent et cartographient des régions frontalières jusque-là mal connues. C'est cependant l'expédition d'Alexander von Humboldt et d'Aimé Bonpland, entre 1799 et 1804, qui marque l'apogée de l'exploration scientifique du continent à l'époque coloniale. Les deux savants remontent l'Orénoque, découvrent et décrivent le canal naturel du Casiquiare reliant ce fleuve au bassin amazonien, traversent les Andes colombiennes et équatoriennes, et Humboldt atteint, sur les pentes du volcan Chimborazo, en 1802, une altitude alors inégalée par aucun Européen. Leurs observations, embrassant aussi bien la géographie que la botanique, la géologie ou le climat, posent les fondements d'une approche résolument moderne de l'exploration, fondée sur la mesure et la comparaison plutôt que sur la seule narration du merveilleux. Les guerres d'indépendance du début du XIXe siècle donnent elles-mêmes lieu à des prouesses géographiques notables, à commencer par la traversée des Andes accomplie en 1817 par José de San MartÃn, qui fait franchir à son armée, par plusieurs cols à plus de quatre mille mètres d'altitude, la cordillère séparant l'Argentine du Chili, afin de prendre par surprise les troupes royalistes. Quelques années plus tard, entre 1832 et 1835, le jeune naturaliste Charles Darwin parcourt, à bord du Beagle, les côtes et l'intérieur de l'Amérique du Sud, de la Patagonie et de la Terre de Feu aux Andes chiliennes et péruviennes, accumulant des observations qui nourriront plus tard sa théorie de l'évolution. Le milieu du XIXe siècle voit affluer dans le bassin amazonien une génération de naturalistes britanniques dont les explorations conjuguent collecte scientifique et reconnaissance géographique : Henry Walter Bates y séjourne onze années à partir de 1848, Alfred Russel Wallace l'accompagne dans les premières années de ce périple, tandis que Richard Spruce se consacre plus particulièrement à l'exploration botanique du haut Amazone et des Andes équatoriales. Plus au sud, l'exploration de la Patagonie progresse à son tour, à travers les voyages de l'aventurier britannique George Chaworth Musters parmi les Tehuelches dans les années 1870, puis grâce aux campagnes de Francisco Moreno, surnommé Perito Moreno, dont les relevés contribuent dans les années 1880-1890 à fixer la frontière entre l'Argentine et le Chili le long de la cordillère australe. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle sont également marqués par les explorations liées à l'essor du caoutchouc, qui pousse négociants et géographes à remonter des affluents amazoniens jusque-là à peine fréquentés, parfois au prix d'une exploitation très brutale des populations indigènes locales. C'est dans ce contexte de continent encore partiellement inconnu dans son détail que s'inscrivent les dernières grandes explorations du tournant du siècle : la redécouverte, en 1911, par l'archéologue américain Hiram Bingham, de la cité inca de Machu Picchu, dissimulée par la végétation sur un éperon andin; l'expédition conjointe menée en 1913-1914 par l'ancien président américain Theodore Roosevelt et le général brésilien Cândido Rondon, qui descendent et cartographient pour la première fois un affluent inconnu du Madeira rebaptisé depuis "rivière du Doute"; et les tentatives, à partir des années 1920, du colonel britannique Percy Fawcett pour localiser, dans le Mato Grosso, une cité perdue qu'il nomme simplement Z, recherche qui s'achève par sa propre disparition, jamais élucidée, au coeur de la forêt brésilienne.
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