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Le Protérozoïque |
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Le
Protérozoïque
(du grec ancien, signifiant avant les animaux) est l'époque géologique
(éon) qui suit l'Archéen et précède le Cambrien
(première période du Paléozoïque). Il
s'étend de 2,5 milliards à 541 millions d'années avant notre ère, représente
une étape essentielle dans l'histoire de la Terre, tant sur le plan géologique
que biologique. Les cycles de supercontinents
se mettent en place. Des masses continentales successives, telles que Kenorland,
Columbia, Rodinia puis Pannotia, se forment
et se fragmentent sous l'action de la convection mantellique. Chaque cycle
de supercontinent modifie profondément la circulation des plaques, la
répartition des dorsales océaniques, les zones de subduction, les flux
de chaleur et les échanges géochimiques entre le manteau et la surface.
Le refroidissement progressif du manteau entraîne une diminution de son degré moyen de fusion partielle. Les croûtes océaniques deviennent progressivement plus minces, tandis que la production de croûte continentale ralentit relativement. La viscosité du manteau augmente lentement, modifiant la géométrie de la convection. Les plaques deviennent plus rigides et les zones de subduction plus stables. Durant cette même période, le noyau poursuit son refroidissement. Lorsque les conditions thermodynamiques deviennent favorables, une partie du fer liquide commence à cristalliser au centre de la planète, donnant naissance au noyau interne solide. Cette cristallisation libère de la chaleur latente et provoque l'expulsion des éléments légers dans le noyau externe liquide. Les mouvements convectifs s'en trouvent renforcés, assurant le maintien de la géodynamo et du champ magnétique terrestre. Celui-ci protège durablement l'atmosphère contre l'érosion par le vent solaire et favorise ainsi la stabilité des conditions de surface. Un événement majeur
du Protérozoïque est la Grande oxydation, survenue vers 2,4 milliards
d'années, où la photosynthèse des cyanobactéries
provoque une augmentation notable de l'oxygène
dans l'atmosphère ( Le climat connaît également de grands bouleversements, notamment avec des glaciations d'ampleur exceptionnelle. La glaciation huronienne au Paléoprotérozoïque est l'une des premières connues, suivie, plus tard, par les glaciations globales du Cryogénien, où la Terre a pu être entièrement recouverte de glace, phénomène qualifié de « Terre boule de neige ». Ces épisodes extrêmes alternent avec des périodes plus chaudes, façonnant les environnements terrestres et marins. Sur le plan biologique, le Protérozoïque marque l'émergence d'innovations évolutives déterminantes. Après l'apparition des eucaryotes, la vie unicellulaire devient plus complexe, avec la diversification des algues et des premiers organismes pluricellulaires. Vers la fin de cette ère, au cours de l'Édiacarien, apparaissent les premiers animaux à corps mou (faune édiacarienne). Ces organismes préfigurent la grande diversification de la vie qui surviendra à l'explosion cambrienne. Les ères protérozoïquesLe Protérozoïque est subdivisé en trois ères (Paléoprotérozoïque, Mésoprotérozoïque et Néoprotéroozoïque), qui correspondent à des étapes majeures de l'évolution géologique et biologique de la Terre. Elles voient passer notre planète d'un monde dominé par des formes de vie microbiennes à un environnement où les conditions deviennent favorables à la complexité biologique, tout en connaissant d'importantes réorganisations continentales et climatiques.Paléoprotérozoïque.
Sidérien.
Rhyacien.
Orosirien. L'Orosirien (2,05 à 1,8 milliard d'années) se distingue par une intense activité tectonique et volcanique. C'est au cours de cette période que se formèrent d'importants orogènes, témoignant de collisions continentales et de la croissance des masses continentales. Plusieurs des plus grands événements d'impact météoritique connus, tels que l'impact de Vredefort en Afrique du Sud et celui de Sudbury au Canada, eurent également lieu à cette époque, modifiant profondément la croûte terrestre. Ces impacts, associés aux processus tectoniques, jouèrent un rôle dans l'évolution géologique et la redistribution des éléments chimiques. Stathérien.
Mésoprotérozoïque.
Calymmien.
Éctasien.
Sténien.
Néoprotérozoïque.
Tonien.
Cryogénien.
Édiacarien.
La Grande oxydationLa photosynthèse oxygénique.La Grande oxydation est une période charnière de l'histoire de la Terre qui s'est déroulée au début du Protérozoïque, il y a environ 2,4 milliards d'années. Cet événement a vu l'accumulation pour la première fois d'oxygène libre (O2​) dans l'atmosphère terrestre, ce qui a transformé radicalement la chimie de la planète et le cours de l'évolution biologique. Avant cela, l'atmosphère était essentiellement composée de diazote (N2​), de dioxyde de carbone (CO2​) et de méthane (CH4​), et les organismes vivants était exclusivement anaérobies (n'utilisant pas d'oxygène). La source de cet oxygène est l'activité des cyanobactéries, des micro-organismes qui ont développé un nouveau type de photosynthèse, la photosynthèse oxygénique. Ce processus métabolique révolutionnaire leur permettait d'utiliser l'eau (H2​O) comme donneur d'électrons pour capter l'énergie solaire et produire de l'énergie, avec comme déchet l'oxygène. Pendant des centaines de millions d'années avant le Grande oxydation, cet oxygène était immédiatement consommé par des puits à oxygène, principalement le fer dissous dans les océans. Le fer, sous sa forme ferreuse (Fe2+) soluble, réagissait avec l'oxygène pour former des oxydes de fer insolubles, comme la magnétite (Fe3​O4​) et l'hématite (Fe2​O3​). La preuve la plus spectaculaire de ce processus est la formation des gisements de fer rubané, ou BIFs (banded iron formations). Ces roches sédimentaires, que l'on retrouve partout dans le monde, sont constituées d'une alternance de couches riches en oxydes de fer et de couches riches en silice. Elles témoignent de la précipitation massive du fer hors des océans sous l'effet de l'oxygène produit par les cyanobactéries. L'abondance des BIFs diminue drastiquement après 1,8 milliard d'années, ce qui fait penser que les océans superficiels étaient alors largement appauvris en fer soluble. D'autres indices géochimiques, comme la disparition des minéraux sensibles à l'oxydation (tels que l'uraninite) dans les sédiments fluviatiles et l'apparition de grès rouges (red beds) oxydés en milieu continental, confirment cette transition vers un monde plus riche en oxygène. Les conséquences
planétaires et biologiques.
La montée de l'oxygène a aussi eu un impact climatique majeur. Le méthane (CH4​), un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO2​, qui était abondant dans l'atmosphère primitive, a été oxydé. Cette chute drastique de la concentration en méthane a probablement plongé la Terre dans une phase de refroidissement global intense, déclenchant la glaciation huronienne, le premier et plus long épisode de Terre boule de neige. À plus long terme, l'oxygénation de l'atmosphère a permis la formation de la couche d'ozone (O3​) dans la stratosphère. Cette couche a commencé à protéger la surface de la Terre des rayons ultraviolets nocifs du soleil, rendant les continents plus hospitaliers pour la vie. Surtout, la disponibilité de l'oxygène a ouvert la voie à une nouvelle forme de métabolisme beaucoup plus efficace : la respiration aérobie. Cette voie métabolique, qui produit bien plus d'énergie que les métabolismes anaérobies, a été une condition préalable essentielle à l'émergence et à la diversification des organismes complexes, les eucaryotes, qui mèneront plus tard à l'apparition des plantes, des champignons et des animaux. La Terre boule de neigeAu cours de l'éon Protérozoïque, la Terre a connu des épisodes de glaciation d'une ampleur inégalée, connus sous le nom de Terre boule de neige. Durant ces périodes, on pense que la quasi-totalité de la surface de notre planète, y compris les océans jusqu'à l'équateur, était recouverte d'une épaisse couche de glace. Les épisodes les mieux documentés se sont produits durant la période du Cryogénien, au sein du Néoprotérozoïque, mais une glaciation plus ancienne, la glaciation huronienne, a également eu lieu.Les indices d'un
monde gelé.
Une autre preuve clé réside dans la présence de formations rocheuses inhabituelles qui surmontent directement les dépôts glaciaires. Il s'agit des couvertures de carbonates (cap carbonates), d'épaisses couches de roches carbonatées (comme le calcaire et la dolomie). Leur formation s'explique par une accumulation massive de dioxyde de carbone (CO2​) dans l'atmosphère à la fin de la période glaciaire, qui a entraîné un effet de serre intense, une fonte rapide des glaces et des pluies acides. Ces pluies ont provoqué une érosion continentale massive, libérant de grandes quantités d'ions (notamment le calcium Ca2+) dans les océans, qui ont ensuite précipité pour former ces carbonates dans des eaux de surface devenues chaudes. Les analyses isotopiques du carbone (13C et 12C) dans les sédiments marins de cette époque montrent également des variations extrêmes. La quasi-disparition de la vie photosynthétique dans les océans de surface gelés a entraîné une modification significative du rapport isotopique du carbone incorporé dans les sédiments, témoignant de l'effondrement de la productivité biologique. Le déclenchement
et le mécanisme d'emballement.
Pour les glaciations plus tardives du Cryogénien, comme la glaciation sturtienne (il y a environ 720 à 660 millions d'années) et la glaciation marinoenne (il y a environ 650 à 635 millions d'années), la cause initiale serait liée à la fragmentation du supercontinent Rodinia. Cette fragmentation aurait augmenté les précipitations et l'érosion des silicates continentaux, un processus qui consomme du CO2​ atmosphérique. Une fois que la glace a commencé à s'étendre depuis les pôles vers des latitudes plus basses (environ 30°C), un mécanisme de rétroaction positive, la rétroaction glace-albédo, s'est enclenché. La glace, étant très réfléchissante (albédo élevé), renvoie une grande partie du rayonnement solaire dans l'espace, ce qui refroidit davantage la planète et favorise l'extension de la couverture de glace. Ce cercle vicieux aurait conduit à l'englacement quasi total de la Terre en quelques milliers d'années seulement. La sortie de l'ère
glaciaire et ses conséquences.
Cet effet de serre colossal a finalement provoqué une débâcle planétaire. Les températures auraient grimpé de manière spectaculaire en un temps géologiquement très court, faisant fondre les glaces et instaurant un climat "hyper-serre" temporaire, avec des températures moyennes pouvant dépasser les 50°C. Ces événements climatiques extrêmes ont eu un impact profond sur l'évolution de la vie. En limitant les habitats aux quelques zones d'eau libre possibles (près de sources chaudes volcaniques sous-marines, par exemple), les glaciations ont exercé une pression évolutive immense, pouvant conduire à des extinctions massives. Cependant, la fin des glaciations, en libérant des nutriments dans les océans suite à l'érosion intense, et en créant de nouvelles niches écologiques, est considérée par de nombreux scientifiques comme un facteur déclencheur de l'explosion de la vie multicellulaire complexe qui a suivi, notamment l'émergence de la faune d'édiacarienne et, plus tard, l'explosion cambrienne. Ces crises climatiques majeures auraient ainsi paradoxalement pavé la voie à l'apparition d'organismes plus complexes et diversifiés sur Terre. La faune édiacarienneLa faune édiacarienne, ou biote édiacarien, représente la première grande radiation d'organismes multicellulaires complexes de l'histoire de la Terre. Elle a prospéré durant la période de l'Édiacarien, à la toute fin de l'éon Protérozoïque, il y a environ 635 à 541 millions d'années. Ces formes de vie énigmatiques sont apparues après les glaciations globales de type Terre boule de neige et ont disparu juste avant l'explosion de diversité du Cambrien. Leurs fossiles, trouvés sur tous les continents, offrent une fenêtre étonante sur un monde biologique radicalement différent du nôtre.Une collection
d'organismes étranges.
• Les rangéomorphes. - Ces organismes en forme de fronde ou de plume, comme Charnia, sont parmi les plus emblématiques. Ils possédaient une structure fractale, se ramifiant à plusieurs échelles. Ancrés au fond marin, ils n'avaient ni bouche ni intestin apparents et se nourrissaient probablement par absorption directe de nutriments dissous dans l'eau (osmotrophie).Un débat scientifique persistant. La place de la faune édiacarienne dans l'arbre du vivant est l'un des plus grands débats de la paléontologie. Plusieurs hypothèses s'affrontent : • Des ancêtres des animaux modernes. - Certains organismes, comme Kimberella ou Dickinsonia, sont considérés comme des membres primitifs de la lignée des bilatériens (animaux à symétrie bilatérale), potentiellement liés aux mollusques ou aux vers. D'autres pourraient être des cnidaires (le groupe des méduses et coraux) primitifs.La fin d'un monde. La grande majorité de la faune édiacarienne disparaît des archives fossiles à la transition avec le Cambrien, il y a 541 millions d'années. Les causes de cette extinction sont probablement multiples. L'émergence au début du Cambrien d'animaux plus complexes et mobiles, dotés de carapaces, de yeux et de stratégies de prédation efficaces, a pu profondément déstabiliser les écosystèmes édiacariens. Ces nouvelles formes de vie ont pu supplanter les organismes édiacariens, plus passifs et non protégés. Les "ingénieurs d'écosystème" du Cambrien, en remuant les sédiments (bioturbation), ont également pu détruire l'habitat des tapis microbiens dont dépendaient beaucoup de ces organismes pour leur survie et leur fossilisation. Cette transition marque un tournant fondamental dans l'histoire de la vie, où les écosystèmes relativement paisibles de l'Édiacarien ont laissé place à la "course aux armements" évolutive de l'explosion cambrienne. |
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