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La Grèce au Moyen Âge
La Grèce était déjà en plein déclin à la fin de la domination romaine. Elle fut dévastée par Alaric, roi des Wisigoths, de 395 à 398. Elle fut, lors du partage de l'empire, incorporée dans l'empire d'Orient. Les Slaves la ravagèrent dans  des invasions successives, du milieu du VIe siècle au milieu du IXe, et finirent par se fondre dans la population du pays. Elle repoussa aux IXe et Xe siècles les invasions des Arabes, et aux Xeet XIecelles des Bulgares. Mais elle ne put résister à celles des Normands de la Sicile aux XIe et XIIe siècles. Après la prise de Constantinople par les Latins, en 1204, la Grèce, conquise par les croisés, fut partagée en plusieurs fiefs relevant du royaume de Thessalonique, fondé par Boniface, marquis de Montferrat, et de l'Empire latin de Constantinople. Les principautés parmi ces fiefs furent : le despotat d'Epire, le duché d'Athènes et la principauté d'Achaïe. Les Vénitiens s'emparèrent en même temps de diverses places du littoral et d'une partie des îles de l'Archipel. L'empire grec, rétabli à Constantinople en 1261, replaça sous son sceptre la majeure partie de la Grèce de la fin du XIIIe au milieu du XIVe siècle. Les Turcs, devenus maîtres de Constantinople en 1453 (L'Empire Ottoman), prirent Athènes en 1456, et rangèrent sous leur domination, dans le cours du XVe siècle, la Grèce entière, à l'exception de quelques forteresses possédées par les Vénitiens, qui furent forcés de les leur abandonner en 1573.
Mort d'une civilisation

Dans les premiers siècles de notre ère, la Grèce, si longtemps couverte par la Macédoine et les provinces danubiennes, fut envahie par les Goths; les guerres serviles se renouvelèrent, apportant au Barbares un concours redoutable. Les Goths et les Hérules embarqués sur mer, pillèrent les côtes et îles de la Mer Egée et s'avancèrent dans les terres sans rencontrer de résistance. Sparte, Argos, Corinthe furent incendiées, Athènes rançonnée et pillée; la population des campagnes égorgée ou emmenée en masse. La dépression économique ne permit pas de réparer ces désastres. et la décadence de la Grèce fut rapide. Elle fut toutefois enrayée par Dioclétien et Constantin, les restaurateurs de I'Empire. Constantin était l'ami des Grecs et dans le Bas-Empire les éléments helléniques devinrent prépondérants. La fondation de Constantinople eut cependant pour effet le dépeuplement de nombreuses cités et îles à son profit et la spoliation d'une quantité d'oeuvres d'art. Mais entre le gouvernement nouveau et la vieille Hellade se manifesta un dissentiment profond. 

L'Hellade restait fidèle à ses dieux (La religion grecque) et ne voulait pas adopter le christianisme. Les communautés chrétiennes étaient peu nombreuses au IIe siècle; même après l'édit de tolérance, la masse de la population resta fidèle aux anciens dieux. L'université d'Athènes (L'École d'Athènes) fut le dernier foyer de la philosophie païenne. Julien, restaurateur du paganisme, fut regardé comme le bienfaiteur de la Grèce. Le triomphe de la religion nouvelle fut marqué par de violentes persécutions, surtout au temps de Théodose : les temples antiques d'Hélios, d'Artémis, d'Aphrodite furent transformés en hôpitaux, en maisons de jeu, en maisons de prostitution. Les jeux Olympiques furent interdits. C'était la fin de l'hellénisme antique : il fait place à la civilisation byzantine (L'Empire byzantin). Mais il ne lui fut pas donné de descendre paisiblement au tombeau. Il fut noyé dans le sang par une nouvelle invasion, celle des Wisigoths d'Alaric. Les villes furent presque toutes détruites, les temples démolis, les habitants égorgés ou emmenés en esclavage. A partir de ce moment se perd la trace de la plupart des chefs-d'oeuvre de l'ancienne Grèce (396). Athènes seule avait été épargnée. Son université ne fut fermée que par Justinien (529). La culture antique n'était plus qu'un souvenir.

La Grèce byzantine

Dans l'empire byzantin, la Grèce proprement dite ne joua qu'un rôle très effacé. La civilisation byzantine, malgré l'emploi de la langue grecque, représente un compromis entre des éléments d'origines très diverses : les vieilles civilisations orientales. l'esprit romain, le christianisme y ont autant contribué que la Grèce païenne. Après l'invasion gothique, seules quelques villes se relèvent de leurs ruines, Corinthe, Sparte, Argos. Le plat pays reste inculte; la population subsistante afflue le long des côtes. Après un siècle et demi de calme relatif vinrent les Bulgares qui ravagèrent jusqu'à l'Isthme (540); puis les Slaves dont les incursions se multiplièrent à partir de 577 et qui prirent pied dans quelques districts. Justinien abolit le proconsulat d'Achaïe et le divisa en quatre provinces ou stratégies Hellade, Nicopolis, Péloponnèse, îles. Le nom d'Achaïe disparut ainsi avec l'organisation romaine. Le VIIIe siècle fut marqué par des troubles et des guerres ruineuses. En 727, la Grèce se souleva en masse contre l'empereur iconoclaste Léon l'Isaurien. Puis vint la peste de 746-747 qui fit périr la moitié des habitants. Elle fit de larges vides ou s'introduisirent les Slaves, particulièrement dans le Péloponnèse central. A côté des cites grecques ou romaïques de la côte s'organisèrent a l'intérieur les tribus slaves avec leurs districts. Les rapports furent assez pacifiques entre les deux populations. Au IXe siècle, les Slaves, domptés par les empereurs, adoptèrent le christianisme. A cette époque, la Grèce repeuplée était prospère; les cités maritimes du Péloponnèse retrouvaient une activité qui leur était inconnue depuis plus de mille ans. La défense avait été bien aménagée, l'Isthme fortifié. Les attaques des Arabes furent repoussées en Eubée, à Corinthe, Patras, Méthone. Vers la fin du IXe siècle ils firent pourtant des progrès, conquirent Samos (888), Démétriade (896), Lemnos (901). Mais les Byzantins reprirent l'avantage et les chassèrent même de Crète (961) (Les îles grecques au Moyen âge).

Au Xe siècle, ce fut le tour des Bulgares et de leurs alliés les Valaques; ils s'installèrent à Nicopolis (933), envahirent la Thessalie (978) et saccagèrent Larisse. Vainqueurs de Basile, ils firent une nouvelle invasion en Thessalie, Béotie, Attique et dans le Péloponnèse (995), mais furent complètement battus au retour. Les Normands d'Italie furent de plus redoutables adversaires. Robert Guiscard se posa en champion de l'empereur Michel Parapinakes et envahit l'Epire (1081). Son fils, Boémond, se fit battre devant Larisse (1084) et reperdit ses conquêtes. Il revint à la charge et s'empara de Corfou et des villes voisines. Après ce premier assaut, le second fut dirigé contre la Grèce propre. Le roi Roger prit et pilla Thèbes et Corinthe, alors très riches (1146). Ces expéditions étaient le prologue de la grande entreprise qui substitua un empire latin à l'empire grec de Constantinople. A partir de ce moment, l'histoire de la Grèce est sans cesse mêlée à celle des puissances occidentales, particulièrement de Venise. Les Byzantins ne purent en redevenir maîtres.

La Grèce franque et vénitienne

La prise de Constantinople et la fondation de l'empire latin furent suivis du partage de l'Empire entre les vainqueurs. Boniface de Montferrat, roi de Thessalonique, conquit la Macédoine, la Thessalie, défit aux Thermopyles l'armée grecque de Léon Sgouros, conquit Thèbes, Athènes et l'Eubée. Guillaume de Champlitte conquit le Péloponnèse. Le régime féodal fut transporté par les Francs dans la Grèce qui reçut une organisation nouvelle. Elle fut divisée entre le despotat d'Epire des Comnène, le duché d'Athènes et la principauté d'Achaïe, en face de laquelle s'établirent les despotes grecs de Patras et de Misitra (Sparte) aux mains de la famille des Paléologues. Dans le même temps, Venise se constituait un empire maritime dans les îles grecques tout en se dotant de points d'appui sur le continent.

• La principauté d'Achaïe (Morée). - La principauté d'Achaïe  fut fondée par Guillaume de Champlitte et Geoffroi Ier de Villehardouin. Elle s'imposa rapidement comme l'État franc le plus solide et le plus prospère de Grèce. Sous le règne de Geoffroi II (1229-1246) et surtout de Guillaume II de Villehardouin (1246-1278), la principauté atteignit son apogée. Guillaume II conquit l'intégralité du Péloponnèse, étendit son influence sur le duché d'Athènes et l'Eubée, et fit de sa cour un centre réputé de la culture chevaleresque occidentale, comme en témoigne la construction du palais de Mistra. Le succès d'Achaïe s'explique par la mise en place d'un régime féodal efficace, codifié par un recueil de lois françaises, et par une période de paix relative durant laquelle la principauté fut protégée des conflits qui affaiblissaient l'Empire latin de Constantinople. Cependant, la puissance d'Achaïe déclina après la défaite de Guillaume II à la bataille de Pélagonia en 1259 face à l'empereur de Nicée, Michel VIII Paléologue. Fait prisonnier, Guillaume dut céder en 1262 ces forteresses stratégiques comme celles de Mistra et de Monemvasia, offrant ainsi à l'Empire byzantin renaissant une tête de pont pour la reconquête du Péloponnèse. Devenu vassal du roi angevin Charles Ier de Sicile après 1266, puis totalement intégré à ses domaines en 1278, la principauté s'enfonça progressivement dans une fragmentation politique et des luttes internes entre factions rivales, tandis que les Byzantins de Mistra grignotaient inexorablement son territoire. Ses derniers vestiges furent finalement absorbés par le despotat de Mistra dans les années 1420.

• Le duché d'Athènes. - Le duché d'Athènes, établi sur l'Attique et la Béotie, connut une histoire plus mouvementée. Il fut gouverné par la famille bourguignonne de La Roche, dont les ducs, tels Othon Ier, surent imposer leur autorité. Après la mort de Guillaume II de Villehardouin, le duché reconnut la suzeraineté des princes d'Achaïe, puis celle du roi de Naples. Au début du XIVe siècle, pour faire face aux menaces des Grecs d'Épire et de Thessalie, le duc Gautier Ier de Brienne fit appel à une compagnie de mercenaires catalans en 1310. Ces soldats, réputés pour leur férocité, avaient auparavant combattu pour l'empereur byzantin en Asie Mineure avant de se livrer au pillage dans les Balkans. Après avoir remporté des succès pour le compte du duc, un conflit éclata entre eux et Gautier Ier à propos de leur solde. La situation tourna au drame le 15 mars 1311 lors de la bataille d'Halmyros (également connue sous le nom de bataille du Céphise). Les Catalans, bien que moins nombreux, infligèrent une déroute totale à l'armée du duc et de ses alliés achaiens. Gautier Ier lui-même et la fine fleur de la chevalerie franque d'Athènes périrent sur le champ de bataille. À la suite de ce désastre, la Compagnie catalane s'empara du duché d'Athènes et le gouverna jusqu'à la fin du XIVe siècle, plaçant l'État sous la suzeraineté des rois d'Aragon. Leur domination, marquée par des tensions constantes avec les Angevins d'Achaïe et les autres puissances latines, prit fin lorsque les Acciaiuoli, une puissante famille florentine, s'emparèrent d'Athènes vers 1388. Leur règne s'acheva à son tour avec la conquête ottomane en 1456.

• Les îles grecques. - Le sort des îles grecques fut plus diversifié, la mer Égée devenant un enjeu stratégique pour les républiques maritimes italiennes. Dès le partage de 1204, Venise s'adjugea les îles Ioniennes, la Crète, l'Eubée (appelée Negroponte) et la plupart des Cyclades. La Crète, en particulier, resta sous domination vénitienne jusqu'en 1669, constituant un pilier de son empire colonial. Les Cyclades furent organisées en duché de l'Archipel, ou duché de Naxos, fondé par Marco Sanudo, un noble vénitien. Cette dynastie régna sur un chapelet d'îles pendant plusieurs siècles. D'autres puissances s'immiscèrent également dans l'archipel. Gênes, la rivale de Venise, s'imposa à Chios et dans plusieurs comptoirs voisins entre les XIVe et XVIe siècles. Plus à l'est, l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem entreprit la conquête de Rhodes à partir de 1306, en faisant une place forte majeure de la chrétienté en Méditerranée orientale. La présence de ces puissances latines, qu'elles fussent vénitiennes, génoises ou hospitalières, fit de l'Égée un espace de rivalité commerciale et militaire intense jusqu'à la lente progression de l'Empire ottoman, qui finit par engloutir toutes ces possessions, Rhodes cédant en 1522 et la Crète en 1669, mettant un terme à des siècles de présence occidentale.

Les Ottomans mirent fin à la domination franque et vénitienne sur la Grèce et ses îles. Nous nous bornons à rappeler les dates principales. En 1462, Mehmet Il s'empara de Lesbos. Sa guerre contre les Vénitiens (1464-79) leur coûta I'Eubée (1470) et la moitié des îles. En 1480, le sultan leur céda Zante et Céphalonie, moyennant un tribut annuel. La guerre reprit en 1499 et finit en 1503 par la perte d'Egine, Coron, Navarin et Lépante (Le siècle de Soliman). En 1540, Venise perdit le reste de la Morée; en 1571, Chypre. Elle ne gardait que la Crète et les îles Ioniennes. (A19).
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