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Le
24 juin 1203,
une armée de près de quarante mille hommes, Français, Lombards, Vénitiens
et Flamands, détournée du but primitif de son expédition (Croisade),
parut devant Constantinople. Elle
y venait pour rétablir sur le trône impérial Isaac II l'Ange, qu'un
de ses frères, Alexis, avait dépossédé de la couronne, jeté en prison
et privé de la vue (8 avril 1195).
Le fils d'Isaac Il, Alexis, emprisonné avec lui, était parvenu à s'évader
après une captivité de six années (juin 1201).
Il avait gagné l'Occident et imploré, contre l'usurpateur du trône paternel,
l'aide de Philippe de Souabe ,
son beau-frère (fin juin 1201),
puis celle du pape Innocent III (juin-juillet
1202).
N'obtenant ni de l'un ni de l'autre aucun secours effectif, il s'était
adressé par voie d'ambassade aux croisés qui séjournaient alors à Venise
(décembre 1202
- janvier 1203).
En retour de l'appui qu'il leur demandait, il leur avait promis d'entretenir
pendant un an leur flotte et leur armée, de leur payer comme frais de
guerre 200 000 marcs, de les accompagner contre les musulmans une fois
son père en possession du trône, ou, s'ils le préféraient, de fournir
dix mille hommes Ă leur croisade; enfin, d'entretenir, sa vie durant,
cinq cents chevaliers en Palestine et de faire cesser le schisme, en soumettant
l'église grecque à celle de Rome. Les croisés s'étant rendus à ses
sollicitations, il était venu lui-même au milieu d'eux et avait fait
sur leurs vaisseaux le chemin de Zara Ă Constantinople (7 avril-24 juin
1203).
L'attaque contre
Constantinople.
La capitale de l'empire
grec, protégée de trois côtés par la mer, du quatrième, à l'Occident,
par une double enceinte de fortifications, n'était pas d'un abord facile.
La flotte des croisés, poussée par le vent du Sud, longea les murs de
la cité, pour s'en éloigner ensuite dans la direction de Chalcédoine,
en face duquel elle jeta l'ancre (24 juin 1203).
Trois jours après, elle remit à la voile et remonta le Bosphore
jusqu'Ă la hauteur de Chrysopolis (ĂśskĂĽdar),
tandis que l'armée se rendait par terre aux environs de cette place. L'usurpateur
du trĂ´ne de Constantinople allait
être pris au dépourvu. Prince sans courage et sans caractère, livré
à la débauche et ne possédant aucune des qualités du souverain, il
n'avait rien fait pour affermir l'État dont il était devenu le chef.
Son armée, qu'il avait réduite pour employer à ses plaisirs l'argent
qu'elle lui coûtait, était sans discipline et sans généraux. Sa marine
n'existait plus, les ministres impériaux avant vendu les agrès et les
cordages des vaisseaux. Il tenta néanmoins d'en imposer aux croisés et
leur envoya un ambassadeur pour les inviter Ă sortir de son territoire.
L'empereur,
dit en substance ce personnage, s'étonne que vous soyez venu chez lui
sans le prévenir et sans lui demander son agrément. On lui rapporte que
le principal objet de votre expédition est la délivrance de la Terre
Sainte. S'il en est ainsi, soyez certain qu'il n'épargnera rien pour vous
seconder dans l'exécution de votre entreprise. Mais il vous demande d'évacuer
son empire, et si vous ne le faites pas de bonne volonté, il pourrait
bien vous y contraindre par la force. (3 juillet).
Les Latins répondirent
à ces menaces en se préparant à la lutte. Le 6 juillet, ils traverseront
le Bosphore
et débarquèrent dans le voisinage de Péra, malgré la présence de l'empereur
grec, accouru Ă la tĂŞte de soixante-dix mille hommes. Alexis n'osa pas
engager le combat. Frappé de terreur, il se retira derrière les murs
de Constantinople, en laissant son
camp à la merci des assaillants. Ceux-ci, après s'en être emparés,
passèrent la nuit dans le quartier de Stanor, habité par les Juifs .
Le lendemain 7 juillet, ils s'emparèrent de la tour de Galata, tandis
qu'un gros vaisseau vénitien coupait, avec d'énormes ciseaux attachés
à sa proue, la chaîne tendue à travers la Corne d'Or. Maîtres du port
et des faubourgs de Galata et de Péra, les croisés résolurent d'entreprendre
immédiatement le siège de la ville.
Le doge de Venise,
Enrico Dandolo, conseillait de réunir toutes
les forces pour une attaque du côté de la mer. Mais les chevaliers français,
flamands et lombards voulurent absolument combattre sur la terre ferme.
Il fut alors décidé que ces derniers chercheraient à pénétrer dans
la place par la double enceinte occidentale, tandis que la flotte vénitienne
battrait les murailles faisant face Ă la Corne d'Or. Ce fut entre la porte
des Blaquernes et le monastère des Saints-Cômes-et-Damien
que se, produisit l'effort des troupes de terre. Elles étaient divisées
en six batailles, commandées par les principaux barons. Baudouin
IX, comte de Flandre, Henri, son frère, Hugues de Saint-Pol, Louis,
comte de Blois, Mathieu de Montmorency et Boniface,
marquis de Montferrat. Dix jours se passèrent en combats continuels, sans
que les assiégeants fissent presque aucun progrès. Enfin, le 17 juillet,
un assaut général fut décidé. Les bandes de Baudouin de Flandre, de
Louis de Blois et de Hugues de Saint-Pol s'avancèrent contre les murailles,
tandis que les trois autres restaient Ă la garde du camp. Elles furent
repoussées. Pendant ce temps, la flotte vénitienne attaquait de son côté.
Elle s'approcha du rivage sur une double Ligne; la première était formée
des galères et portait Dandolo avec des troupes de débarquement; la seconde
se composait des gros vaisseaux, sur lesquels on avait construit de hautes
tours. Après que du haut de ces tours on eut criblé les murailles de
projectiles afin d'en éloigner les défenseurs, ceux qui montaient les
galères, Dandolo en tête; s'élancèrent à terre. Au même moment les
gros vaisseaux venant se placer entre les galères abaissèrent centre
les remparts les ponts-levis de leurs tours. Les Grecs opposèrent une
vigoureuse résistance. Ils tentèrent d'incendier les navires avec le
feu grégeois, firent pleuvoir sur les assaillants d'énormes quartiers
de pierre et combattirent au haut des murs avec la lance et l'épée. Mais
bientôt ils durent céder et laisser les Vénitiens pénétrer dans la
ville.
L'empereur Alexis,
qui jusqu'alors était resté immobile dans son palais, se résolut enfin
à agir. Il envoya quelques troupes contre les Vénitiens et se porta lui-même
avec trente mille hommes contre les croisés retranchés près de la porte
de Blaquernes. A son approche, ceux-ci, quoique très inférieurs en nombre,
se rangèrent en bataille. Dandolo, averti du
danger qu'ils couraient, n'hésita pas à ramener ses troupes pour se porter
Ă leur aide. Alexis, pour la seconde fois, n'osa pas engager le combat.
Après être resté une heure en face des assiégeants, il battit en retraite,
et rentra dans la ville, d'où, la nuit venue, il s'enfuit avec ses trésors,
ses courtisans et sa fille Irène, jusque chez le roi de Valachie .
Le lendemain, 18 juillet, les Grecs allèrent chercher Isaac II dans sa
prison, le conduisirent au palais des Blaquernes et lui firent ceindre
la couronne impériale. Ensuite un grand nombre d'entre eux se rendirent
au camp des croisés. Ils leur apprirent la fuite de l'usurpateur et demandèrent
au jeune Alexis de venir partager avec Isaac le pouvoir impérial. Mais
les croisĂ©s dĂ©clarèrent qu'ils retiendraient le prince comme otage jusqu'Ă
ce que le nouvel empereur eût ratifié le traité passé avec son fils.
Ils envoyèrent à Constantinople
quatre ambassadeurs, parmi lesquels était Villehardouin, pour demander
la ratification. Quand lsaac connut les conditions stipulées par Alexis,
il ne put s'empĂŞcher d'exprimer sa surprise, mais il jugea prudent de
ne point refuser d'y souscrire, et il remit immédiatement aux ambassadeurs
des lettres munies de son sceau, confirmant les promesses faites en son
nom. Alexis fut alors introduit en triomphe dans la ville, et, le 1er
août 1203,
il fut couronné avec son père dans l'église de Sainte-Sophie.
Quelques jours auparavant
(19 juillet), sur la demande d'Isaac qui craignait de voir éclater des
querelles entre les Grecs et les Latins, ces derniers allèrent s'établir
de l'autre côté de la Corne d'Or, dans le faubourg de Galata. Alexis
les ayant priés de ne point s'éloigner de Constantinople,
afin de pouvoir le protéger contre l'inconstance de son peuple, ils s'engagèrent.
à rester jusqu'à la Pâque
1204. Il est Ă croire qu'eux-mĂŞmes ne
tenaient pas à s'en aller avant d'avoir été intégralement payés. L'union
ne dura pas longtemps entre les nouveaux souverains et leurs sujets. Le
peuple de Constantinople ne vit pas sans une profonde amertume ses prĂŞtres
obligés de se soumettre à l'Église de Rome. Il dut payer de lourds impôts
et laisser réduire en monnaie les images des saints et les vases sacrés,
pour fournir aux croisés les sommes stipulées. Bientôt des murmures
s'élevèrent soit contre les deux princes qui avaient consenti le traité,
soit contre les auxiliaires qui le leur avaient imposé. Un jour, la multitude
se précipita vers le palais des empereurs pour exiger d'eux qu'ils rétractassent
leurs engagements et délivrassent l'empire de la présence de l'étranger.
Parmi ceux qui l'excitaient se faisait remarquer un jeune prince de la
maison impériale, Alexis Ducas, surnommé Murzufle, parce qu'il avait
les sourcils joints l'un à l'autre. Sa popularité grandissant de jour
en jour, il résolut de se saisir de la couronne impériale. Vers la fin
de janvier, il s'introduisit nuitamment dans les appartements d'Alexis,
le fit charger de chaînes et l'enferma dans un cachot. Le lendemain le
peuple de Constantinople le proclama lui-mĂŞme empereur. AussitĂ´t Murzufle
se rend dans la prison d'Alexis, lui fait prendre un breuvage empoisonné,
puis, la mort ne venant point, il l'étrangle de ses propres mains (1er
février 1204).
Le vieil Isaac, en apprenant le meurtre de son fils, tomba malade et mourut
au bout de quelques jours.
L'empire de Romanie.
Le nouvel usurpateur
n'avait aucune chance de se maintenir sur le trĂ´ne, s'il ne donnait satisfaction
aux volontés populaires. Il essaya cependant de traiter avec les Latins,
et, dans une conférence avec Dandolo, il promit
de leur payer sur-le-champ 5000 livres pesant d'or. Mais il refusa catégoriquement
de soumettre l'Église grecque à l'Église romaine. Les pourparlers furent
rompus, et des deux côtés on se prépara à la guerre. Six semaines plus
tard (9 avril) les Croisés livraient
assaut à Constantinople du côté
du port et y pénétraient après trois jours d'une héroïque résistance
(12 avril). Le lendemain Murzufle s'enfuit par la porte Dorée avec sa
femme Eudocie, fille d'Alexis III, et une partie des habitants. La multitude
éperdue nomma aussitôt un nouvel empereur dans la personne de Constantin
Lascaris. Mais lorsque ce personnage, dont on vantait les talents militaires,
voulut rétablir le combat, il ne trouva personne pour le soutenir. Entre
temps les Latins s'établissaient à l'intérieur de la ville tout près
des murailles, afin d'être à portée de leur flotte en cas de surprise
nocturne, et pour plus de sûreté ils mirent le feu en divers endroits.
L'incendie dura jusqu'au lendemain soir. Le matin du 14, les croisés se
remirent en mouvement et occupèrent les principaux quartiers où des scènes
de carnage se répétèrent pendant plusieurs jours.
Boniface de Montferrat
entra dans le palais de Boucoléon et Henri de Hainaut prit possession
de celui de Blaquernes. Constantinople
fut mise à sac malgré les efforts du clergé latin et des chefs militaires.
En moins d'une semaine elle vit périr les trésors que neuf siècles avaient
accumulés dans ses murs. Parmi les chefs-d'oeuvre de l'Antiquité et de
l'art chrétien dont étaient décorés ses palais, ses places et ses édifices
publics, tous ceux qui étaient de métal disparurent. On fondit des statues,
des pièces d'orfèvrerie des ornements de toutes sortes pour les réduire
en pièces de monnaie. Les reliques des saints et des personnages bibliques,
plus nombreuses à Constantinople que dans toute autre ville, allèrent
enrichir les églises et les couvents de l'Occident. Après la semaine
sainte (18-24 avril) que les vainqueurs passèrent en actions de grâces,
on procéda au partage du butin. Le quart en fut tout d'abord mis de côté
pour le futur empereur. Ensuite, plus d'un demi-million de marcs revint
aux croisés, Français, Flamands et Lombards, et autant aux Vénitiens,
qui reçurent en outre 50 000 marcs que leur devaient les croisés. Le
9 mai 1204,
Baudouin, comte de Flandre, fut choisi comme
empereur et couronné le 16 mai suivant par le légat du pape dans l'église
de Sainte-Sophie. Le nouvel État prit le nom d'empire de Romanie.
On ne fera
pas ici, Ă proprement parler, une histoire de l'empire de Romanie; on
se contentera de mentionner les noms des souverains qui occupèrent le
trĂ´ne de Constantinople jusqu'en
1261 :
Baudouin Ier
(16 mai 1204 -
14 avril 1206);
Henri de Flandre, son frère (fin août 1206
- 3 juin 1216);
Pierre de Courtenay, mort avant d'arriver Ă
Constantinople, et Yolande sa femme (juin 1216
- mai 1249);
Robert, son fils cadet (mai 1219
- commencement de 1228);
Jean de Brienne, empereur Ă titre viager pendant
la minorité de Baudouin Il, (janvier 1229-1237);
Baudouin II, frère de Robert
(commencement de 1228-26
juillet 1261).
Le partage du magot.
Dès avant la prise
de Constantinople, le 7 mars 1204,
les Latins avaient décidé de répartir entre eux les provinces du nouvel
empire. Le traité de partage, dont le texte se trouve dans les Gestes
d'Innocent III, fut conclu au nom des
Vénitiens par Enrico Dandolo, au nom des croisés
par Baudouin, comte de Flandre; Boniface, marquis de Montferrat; Louis,
comte de Blois, et Hugues, comte de Saint-Pol. Il portait entre autres
choses : que les Vénitiens conserveraient les privilèges et prérogatives
que leur avaient accordés les empereurs grecs; que l'empereur élu aurait
la quatrième partie du territoire, avec les palais de Blaquernes et de
Boucoléon; que les trois autres parts seraient divisées entre les Français,
Flamands, Lombards et Vénitiens; que toute l'armée, aussi bien les Vénitiens
que les croisés, resterait pendant une année au service de l'empereur;
que le patriarche de Constantinople serait choisi parmi les Vénitiens
si l'empereur était d'une autre nation; parmi les Français, Lombards
ou Flamands, si l'empereur était Vénitien.
Immédiatement après
le couronnement de Baudouin, Boniface de Montferrat fut investi de l'Anatolie,
de l'île de Candie et de toutes les terres qu'il conquerrait en
Asie. Il vendit l'île de Candie (Crète)
pour 100 000 pepres d'or aux Vénitiens (12 août 1204).
Puis, comme il s'était allié au roi de Hongrie en épousant la fille
de ce prince, Marguerite, veuve de l'empereur Isaac II, il témoigna le
désir d'échanger ses terres d'Asie contre la province de Thessalonique,
voisine de la Hongrie. Après quelques contestations, il en obtint l'investiture,
avec le titre de roi qui le rendait à peu près indépendant de l'empire.
Le partage général des terres eut lieu vers la fin de septembre 1204.
Il porta non seulement sur les régions conquises, mais sur des territoires
où les Grecs avaient maintenu leur indépendance. Les Vénitiens, considérablement
avantagés, reçurent la moitié de ce qui restait une fois la part faite
Ă Baudouin et Ă Boniface de
Montferrat. Ils eurent les Cyclades et les Sporades dans l'Archipel, les
îles et la côte orientale de la mer Adriatique ( Les
îles grecques au Moyen
âge), les côtes de la Thessalie ,
de la Propontide et du Pont-Euxin, les rives de l'Hèbre (Maritza) et du
Vardas.
Ils établirent dans
ces nouvelles possessions deux sortes de souverainetés, les unes relevant
directement de la république de Venise, sous
la suzeraineté de l'empereur de Constantinople,
les autres confiées à des seigneurs italiens ou grecs auxquels elle les
concéda à titre de fiefs, également sous la suzeraineté de l'empire.
Leur doge Henri Dandolo eut pour son domaine
particulier la moitié de la ville de Constantinople. Seul, il fut exempté
de rendre foi et hommage Ă l'empereur. Quand il mourut, le 14 juin 1205,
son domaine fit retour à la république, qui en confia l'administration
à des bails ou podestats. Quatre de ces fonctionnaires se succédèrent
jusqu'en 1261
: Marin Zeno, Nicolas Tiepolo, Marin Michel et
Marc Gradenigo. L'île de Candie (Crète),
achetée du marquis de Montferrat, fut placée sous l'administration de
Marc Sanudo et de Ravain Carcerio. Venise fit proclamer que tous ceux d'entre
ses citoyens qui voudraient s'emparer de quelqu'une des îles de l'Archipel
pourraient le faire et qu'ils tiendraient leurs acquisitions en fiefs de
la république. Ce fut ainsi que se formèrent le duché de Naxos
et les seigneuries de Nègrepont, de Stampalia et Amorgos, d'Andros ,
de Théonon, Sciros et Micone, de Céa, de Lemmos.
Le reste des provinces
grecques, qui devait former le territoire même de l'empire, fut réparti
entre les croisés français et flamands; les Lombards ayant obtenu leurs
lots dans le royaume de Thessalonique. Chacun obtint un fief héréditaire
suivant son rang, sa richesse ou les services rendus. L'empereur se chargea
de défendre ou de conquérir les provinces voisines de Constantinople
en deçà et au delà du Bosphore ;
son frère Henri, auquel avait été dévolue la côte d'Asie Mineure,
s'empara en novembre 1204
des villes d'Abyde et de Nicomédie, et, en février 1205,
d'Adramytte. Henri de Blois fut investi de
la province non encore conquise de Bithynie
et reçut le titre de duc de Nicée. Dès les
premiers jours de novembre 1204,
il envoya des troupes à Pèges ou Piga dans l'intention de s'emparer de
Nicée.
Avant dĂ©fait Ă
Pémanène, le 6 décembre, le prince grec Théodore Lascaris, il se rendit
maître de toute la Bithynie ,
sauf de Pruse. Sept mois plus tard (juillet 1205),
il en fut expulsé par Théodore Lascaris et ne conserva que la place de
Pèges. Renier, seigneur de Trit (Utrecht)
ou de Valenciennes, fut nommé duc de
Philippopoli, dont il s'empara en novembre 1204et
que le roi des Bulgares, Joanice, lui enleva en août 1205.
Guillaume de Champlitte
eut l'AchaĂŻe. Un seigneur grec
rallié aux Latins, Théodore Branas, époux d'Agnès
de France, dernière fille du roi Louis VII
et veuve d'Alexis II, reçut en fief la ville d'Apres. Dépouillé de son
fief par les Bulgares, dans le courant de 1205,
il s'en saisit de nouveau vers le mois d'août de la même année avec
l'aide des croisĂ©s. Plusieurs princes ou despotes grecs rĂ©ussirent Ă
se constituer des États indépendants. En Achaïe, Léon Sgonros, gendre
d'Alexis II, se maintint quelque temps contre Guillaume de Champlitte.
En Asie Mineure, Théodore Lascaris, gendre d'Alexis III, s'était fait
proclamer empereur à Nicée, aussitôt après
la prise de Constantinople. On vient
de voir que, chassé d'abord par Henri de Blois, il n'avait pas tardé
Ă rentrer en possession de toute la Bithynie dont, en mars ou avril 1206,
le patriarche grec, Michel Autorien, le proclama empereur. Il se trouvait
en compétition pour cette dignité avec deux concurrents : David Comnène,
qui avait obtenu l'aide des Latins, et Manuel Maurozome, gendre du sultan
d'Iconium, qui, grâce à l'aide de son beau-père, s'empara, en août
1206,
de région du Méandre. Il les défit tous deux en novembre ou décembre
1206.
Alexis Comnène, petit-fils d'Andronic
Ier,
fonda à Trébizonde un État indépendant, auquel son second successeur,
Jean Axouch, donna le nom d'empire et qui subsista jusqu'en 1462.
Enfin Michel l'Ange Comnène, parti de Constantinople en compagnie de Boniface
de Montferrat, le quitta furtivement et s'établit dans l'Epire ,
dont il se fit une principauté.
Les menaces extérieures.
L'empire, Ă peine
constitué, avait été attaqué par Joanice, roi des Bulgares. A la suite
de la bataille d'Andrinople, il ne resta plus guère aux Latins que la
ville et les environs immédiats de Constantinople,
Rodosto et Selymbrie en Thrace, le château
de Sténimaque, non loin de Philippopoli, où se retira Renier de Trit,
Pèges près de la côte asiatique du Bosphore ,
le royaume de Thessalonique et la principauté
d'AchaĂŻe. Quant au royaume de Thessalonique, il se maintint pendant
vingt ans seulement.
Les Latins, vaincus
en avril 1205
Ă Andrinople ,
ne tardèrent pas à rentrer en campagne. Au mois d'août ils attaquèrent
vainement Andrinople, mais occupèrent Rusium, Bizye, Arcadiopolis et Apres,
où ils placèrent des garnisons. En avril 1206,
Joanice leur reprit ces deux dernières villes et se saisit de Rodosto,
de Selymbrie, de Panium, de Zouroule (Chiorli) et d'Athyras. Ces pertes
furent compensées par le recouvrement d'Andrinople
et de Didymotique, dont les habitants, après s'être soumis momentanément
au roi des Bulgares, rentrèrent spontanément sous la domination des Latins
et reçurent comme seigneur Théodore Branas.
Pendant le règne
de Henri de Flandre, successeur de Baudouin
Ier,
l'empire se releva. Il refoula les Bulgares, obligea Michel d'Epire Ă
se reconnaître son vassal et Théodore Lascaris à traiter. Son beau-frère
et successeur, Pierre de Courtenay, ne vit
jamais Constantinople. S'étant rendu
de Flandre à Rome et de là à Durazzo, qu'il voulait reprendre à Théodore
l'Ange, il fut fait prisonnier par ce prince. On ne sait s'il fut tué
tout de suite ou s'il mourut seulement en 1219.
Sa femme Yolande se rendit alors par mer à Constantinople, où elle exerça
la régence jusqu'en mai 1219,
date où elle mourut. L'empire fut dévolu à Robert
de Courtenay, fils cadet du Pierre, qui exerça le pouvoir sous la
direction de Conon de Béthune .
Vaincu par Vatace, il dut lui abandonner presque toutes ses possessions
d'Asie.
Fermons la parenthèse.
Baudouin
II, son frère, alors âgé de dix ans, lui succéda. La tutelle du
jeune Baudouin fut donnée à Jean de Brienne,
avec le titre d'empereur. A sa mort, le sceptre impérial passa entre les
mains de Baudouin II. Celui-ci se trouvait alors en Occident, sollicitant
le secours des puissances chrétiennes. An milieu de 1239,
il reprit le chemin de la Romanie, qu'un chevalier picard, Anseau de Cahieu,
avait administrée en qualité de baile depuis la mort de Jean de Brienne,
et il se fit couronner à Sainte-Sophie au mois de décembre. L'empire
de Constantinople connut encore bien
d'autres vicissitudes. On se contentera de rappeler qu'en 1261,
Constantinople avant été occupé par Mélissène, général de Paléologue,
l'empire de Romanie prit fin. Seuls la principauté
d'Achaïe et le duché d'Athènes
survécurent à la ruine de l'empire latin.
Après la mort de
Baudouin II le titre impérial
passa successivement Ă Philippe Ier de
Courtenay, son fils (1273-1285);
Catherine de Courtenay, fille de Philippe (1285-1300),
la même avec Charles, comte de Valois, son époux (1300-1307),
Catherine de Valois, leur fille (1307-1313),
la mĂŞme avec Philippe de Sicile, prince de Tarente
(1313-1332);
la mĂŞme de nouveau seule (1332-1346);
Robert Il de Valois, son fils (1346-1364)
; Philippe III, prince de Tarente, frère de Robert II (1304-1374?);
Marguerite de Tarente, soeur du précédent (1374?-1377);
Jacques de Baux, duc d'Andrie, son fils, mort en 1383,
léguant ses titres et terres à son cousin Louis d'Anjou ,
roi de Naples
et de Sicile. Le testament de Jacques de Baux (du 15 juillet 1383)
est aux Archives nationales. Il s'y qualifie « par la grâce de Dieu,
empereur de Constantinople, despote
de Romanie, prince d'Achaïe et de Tarente », comme « héritier de sa
mère, l'impératrice Marguerite de Tarente ». (C. Kohler). |