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Athènes
Le duché d'Athènes
Aperçu Histoire ancienne d'Athènes La démocratie athénienne Le duché d'Athènes
Lors du partage de l'Empire romain entre les deux fils de ThĂ©odose, en 395, Athènes, comme le reste de la Grèce, avait Ă©tĂ© comprise dans l'empire d'Orient. Après la prise de Constantinople par les croisĂ©s, en 1204, Athènes forma avec Thèbes, une seigneurie, vassale du royaume de Thessalonique, fondĂ© par Boniface, marquis de Montferrat, qui crĂ©a Othon de la Roche duc d'Athènes.  Ce duchĂ© devint ensuite vassal la principautĂ© d'AchaĂŻe qui appartint successivement aux seigneurs de La Roche et aux Brienne, qui en restèrent en possession jusqu'en 1312, oĂą il fut conquis par des aventuriers aragonais et catalans (les Almogavares), venus en Orient pour se mettre Ă  le solde de l'empire grec. En 1326, les nouveaux maĂ®tres du duchĂ© se soumirent au roi de Sicile, FrĂ©dĂ©ric II. Vers 1370, Renier Acciajuoli, de Florence, conquit ce duchĂ© Ă  l'aide des VĂ©nitiens et d'Amurat I (Mourad I), mais en 1456 Mehmet II le dĂ©pouilla de ses possessions (L'Empire Ottoman d'Osman Ă  BayĂ©zid II). Depuis ce temps Athènes resta aux Turcs jusqu'Ă  l'insurrection de 1821
Au commencement de l'annĂ©e 1205, Ă  la suite de la prise de Constantinople par les CroisĂ©s, Athènes, conquise par Boniface de Montferrat sur l'archonte grec Sgouros, devint l'apanage d'un des chevaliers de l'armĂ©e française, Othon de la Roche, sire de Ray, fils aĂ®nĂ© de Pons de la Roche-sur-Ougnon, en Franche-ComtĂ©. Cet apanage qui comprenait les anciens territoires de l'Attique, de la BĂ©otie et de la Phocide, fut peu de temps après dĂ©signĂ© comme la première des hautes baronnies de la principautĂ© de MorĂ©e (AchaĂŻe), sans que l'on dĂ©finĂ®t bien nettement quel Ă©tait, au point de vue fĂ©odal, l'Ă©tat respectif de la baronnie athĂ©nienne et de la principautĂ© morĂ©ote. 

Cette omission, volontaire ou non, donna lieu dans la suite Ă  de graves contestations entre les princes de MorĂ©e et les ducs d'Athènes, qui refusèrent de leur rendre hommage. Le domaine d'Othon de la Roche fut organisĂ© fĂ©odalement. La population grecque ne paraĂ®t pas avoir Ă©tĂ© rĂ©duite Ă  une condition infĂ©rieure; elle continua Ă  possĂ©der des terres et Ă  vivre tranquillement Ă  cĂ´tĂ© des conquĂ©rants, qui, tout en la soumettant Ă  certains devoirs fĂ©odaux, ne lui imposèrent ni leur lĂ©gislation ni leurs rites. Athènes, au moment de la conquĂŞte, Ă©tait le siège d'un archevĂŞchĂ© grec, Ă  la tĂŞte duquel se trouvait Michel Acominatus, frère de l'historien Nicetas. On remplaça immĂ©diatement ce personnage par un archevĂŞque latin, BĂ©rard, auquel l'antique ParthĂ©non servit de cathĂ©drale, sous le vocable de Notre-Dame. En 1206 (27 novembre), le pape Innocent III confĂ©ra au nouveau titulaire la mĂŞme juridiction ecclĂ©siastique qu'avait eue son prĂ©dĂ©cesseur, et, dans une bulle datĂ©e du mois de fĂ©vrier 1209, il assigna Ă  l'archevĂŞchĂ© les onze suffragances de Nègrepont et de Karystos en EubĂ©e, des Thermopyles, de Salona, de MĂ©gare, de Daulis, de Keronia en BĂ©otie, de Zitouni en Phthiotide, d'Aulona, de RhĂ©a et des Ă®les d'Andros, de Scyros, de ZĂ©a, d'Egine et de Cithnos. Thèbes devint Ă©galement le siège d'un archevĂŞchĂ© latin. 

Les années tranquilles.
Othon de la Roche, qui prit le titre de grand sire ou mĂ©gaskyr, Ă©tablit sa rĂ©sidence Ă  Athènes oĂą il s'amĂ©nagea un palais dans les anciens propylĂ©es. On sait peu de choses sur lui; du reste, son règne paraĂ®t avoir Ă©tĂ© paisible. Il aida Geoffroi de Villehardouin dans les guerres que ce seigneur eut Ă  soutenir, dès le dĂ©but de son Ă©tablissement dans le PĂ©loponnèse, contre les populations grecques du pays. C'est ainsi qu'il assista aux sièges de Corinthe, de Nauplie et d'Argos. Geoffroi de Villehardouin reconnut ses services en lui donnant en fief ces deux dernières villes (1211 et 1212). En 1208 les Lombards du royaume de Salonique lui enlevèrent la ville de Thèbes; mais dans une grande assemblĂ©e des barons de l'empire tenue en 1209 Ă  Ravennique, Othon se plaignit de cette usurpation Ă  l'empereur latin de Constantinople, Henri de Hainaut, qui, aussitĂ´t après la clĂ´ture de l'assemblĂ©e, marcha avec lui contre Thèbes, la reprit et la remit entre les mains de son lĂ©gitime possesseur. L'empereur se rendit ensuite Ă  Athènes oĂą il fut reçu magnifiquement. Othon resta en Grèce. jusqu'en 1225. A cette Ă©poque, son père Ă©tant mort, il retourna en Bourgogne pour recueillir son hĂ©ritage. Il laissa sa seigneurie d'Athènes Ă  son neveu Guy de la Roche, qui depuis l'annĂ©e 1211 partageait avec lui la seigneurie de la ville de Thèbes. 

Le nouveau mégaskyr abandonna la résidence d'Athènes pour celle de Thèbes et, en 1240, il partagea la seigneurie de cette dernière ville avec le sire de Saint-Omer qui avait épousé une de ses soeurs, Bonne de la Roche, veuve du roi de Salonique. De 1225 à 1256, Guy de la Roche paraît avoir vécu très paisiblement dans sa seigneurie, car, sauf deux expéditions auxquelles il prit part, l'une pour aider le prince d'Achaïe à prendre la ville de Malvoisie, l'autre pour soutenir le despote d'Epire contre l'empereur de Nicée, on ne signale de lui aucun acte militaire digne de remarque. En 1256, cependant, cette tranquillité fut sérieusement troublée. Guy, en effet, ayant déclaré qu'il ne voulait plus rendre hommage au prince de Morée pour les territoires qu'il possédait en dehors du Péloponnèse, était entré dans une ligue qui s'était formée à l'instigation des Vénitiens contre Guillaume de Villehardouin, dont la grande puissance devenait un danger pour l'indépendance des seigneuries voisines. Cette ligue se composait non seulement de la plupart des grands barons de la Grèce' continentale, et des possesseurs des îles de la mer Égée (Les îles grecques au Moyen âge), mais encore de plusieurs seigneurs moréotes, comme par exemple Guillaume de la Roche, frère du sire d'Athènes, seigneur de Veligosti et de Damala. La guerre éclata dès 1256 dans l'île d'Eubée où Guillaume de Villehardouin voulut se saisir du domaine tombé en déshérence de l'un des seigneurs tierciers. Elle s'y poursuivit les deux années suivantes, sans que ni les troupes du prince d'Achaïe, ni les seigneurs Limiers, secondés dès le début par les Vénitiens et depuis l'année 1257 par le duc d'Athènes, remportassent d'avantages décisifs. Les Moréotes firent des incursions jusque sous les murs d'Athènes; Guy, de son côté, envoya des corsaires infester les côtes de Morée.

La guerre des latins.
Enfin Guillaume rĂ©solut de frapper un grand coup et d'accabler le sire d'Athènes, son plus redoutable adversaire. Au printemps de 1258, il rassembla tout ce qu'il put de troupes dans le PĂ©loponnèse, franchit l'isthme de Corinthe sans que l'ennemi essayât de l'en empĂŞcher et vint camper sur le mont Karydi Ă  la frontière de la BĂ©otie. Guy, s'Ă©tant alors avancĂ© contre lui, une bataille eut lieu; le sire d'Athènes y fut complètement dĂ©fait; obligĂ© de fuir, il courut s'enfermer dans Thèbes oĂą Villehardouin vint aussitĂ´t l'assiĂ©ger avec une partie de son armĂ©e, tandis que le reste allait ravager l'Attique. Guy ne tarda pas Ă  comprendre que toute rĂ©sistance Ă©tait inutile. Il envoya l'archevĂŞque de Thèbes avec d'autres hauts personnages dans le camp ennemi pour implorer la paix et il obtint que le jugement de la querelle fĂ»t soumis Ă  la cour des barons. Villehardouin, après avoir consenti Ă  cesser la guerre, retourna chez lui, et rĂ©unit aussitĂ´t Ă  Nikli les seigneurs morĂ©otes. BientĂ´t Guy se prĂ©senta devant l'assemblĂ©e. Villehardouin eĂ»t voulu que, comme vassal rebelle, il fut condamnĂ© Ă  perdre son fief, mais les barons qui, en prononçant la sentence qu'on leur demandait, se fussent eux-mĂŞmes reconnus simples vassaux du prince de MorĂ©e, refusèrent d'y souscrire et dĂ©cidèrent que le sire d'Athènes irait en France pour y soumettre l'affaire au roi Louis IX. La paix fut nĂ©anmoins dĂ©finitivement signĂ©e, et Guy, ayant confiĂ© le gouvernement de sa seigneurie Ă  son frère cadet, Othon de la Roche, se mit en route pour la France avec un Chevalier du prince d'AchaĂŻe (mars 1259). 

Passant par Brindisi et remontant de lĂ  toute la pĂ©ninsule italienne, il fut rendu en Franche-ComtĂ© au commencement de l'Ă©tĂ©. Après y avoir sĂ©journĂ© près d'une annĂ©e il gagna Paris oĂą Louis IX venait, sur la prière du pape, de convoquer les seigneurs et prĂ©lats du royaume afin de s'entretenir avec eux des affaires d'Orient (PentecĂ´te1260). L'assemblĂ©e consultĂ©e sur le cas du sire d'Athènes jugea qu'il Ă©tait dans son droit en refusant de se considĂ©rer comme le vassal du prince de MorĂ©e et dĂ©clara que, s'il avait eu tort en commençant la guerre, son tort Ă©tait suffisamment expiĂ© par le pĂ©nible voyage qu'il avait dĂ» entreprendre. En outre, le roi, qui avait reçu Guy avec beaucoup d'honneur, lui permit de transformer son titre de sire en celui de duc. Guy se trouvait encore Ă  la cour de Louis IX, lorsqu'on reçut en France la nouvelle que le prince d'AchaĂŻe avait Ă©tĂ© battu et fait prisonnier par le sĂ©bastocrator Jean PalĂ©ologue, frère de Michel PalĂ©ologue, rĂ©gent de l'empire de NicĂ©e; que son propre frère 

Othon s'était trouvé à la bataille avec les chevaliers de sa seigneurie, et que l'armée impériale avait pénétré jusqu'à Thèbes et l'avait pillée (novembre 1259). Les barons du Péloponnèse l'invitaient à venir se mettre à leur tête, et lui offraient la régence de la principauté. Il partit aussitôt pour la Grèce où, dès son arrivée, il s'occupa des moyens de résister à la puissance grandissante de l'empire de Nicée, qui, après avoir absorbé toute l'Asie Mineure, la Macédoine et la Thessalie, menaçait Byzance. Guy réussit à faire conclure la paix entre les Vénitiens et les Lombards d'Eubée et la principauté d'Achaïe (1261). Mais l'accord des Latins n'empêcha pas la chute définitive de la capitale de l'empire franco-vénitien. Byzance, assiégée en1260 par l'armée de Michel Paléologue, et sauvée cette fois encore grâce à l'énergie de ses défenseurs, fut surprise l'année suivante par l'un des généraux de l'empereur de Nicée, et enlevée pour toujours à la domination latine (25 juillet 1261).

Nouvelle donne.
En 1263, Guillaume de Villehardouin obtint sa libertĂ© de l'empereur grec en lui livrant les villes de Monembasie, de Mains et de Misitra, et son retour dans le PĂ©loponnèse mit fin Ă  la rĂ©gence du duc d'Athènes. Quand, en 1267, la suzerainetĂ© de la principautĂ© d'AchaĂŻe passa de la maison impĂ©riale de Constantinople Ă  la maison d'Anjou, le duc d'Athènes devint de ce fait l'arrière-vassal des rois de Naples pour ses villes d'Argos et de Nauplie, et mĂŞme pour tout son duchĂ©, si l'on admet la thĂ©orie que les princes d'AchaĂŻe avaient toujours cherchĂ© Ă  faire prĂ©valoir et d'après laquelle l'apanage des la Roche n'aurait Ă©tĂ© qu'un fief de la principautĂ© pĂ©loponnĂ©sienne. Au moment oĂą se produisit ce changement dans les rapports de vassalitĂ© du duchĂ© d'Athènes, Guy de la Roche venait de mourir (1265 ou 1266), après un règne de quarante annĂ©es, en laissant ses États Ă  son fils aĂ®nĂ©, Jean de la Roche. 

L'histoire du duchĂ© d'Athènes sous le règne du duc Jean est intimement mĂŞlĂ©e Ă  celle de l'empire grec de Constantinople. On sait qu'en 1274 se termina le grand schisme d'Orient. L'empereur Michel PalĂ©ologue consentit Ă  reconnaĂ®tre l'autoritĂ© du pape et exigea que les ecclĂ©siastiques de son empire en fissent autant. Mais les populations grecques ne se laissèrent pas aisĂ©ment convaincre. Un grand parti d'opposants se forma, Ă  la tĂŞte duquel se plaça un bâtard de Michel Comnène, despote d'Epire, Jean Ducas, sĂ©bastocrator de la MĂ©galo-Vlaquie ou Thessalie, appelĂ© par les Latins "duc de la patre" parce qu'il rĂ©sidait dans le château de NĂ©o-Patras en Phthiotide. Une première expĂ©dition envoyĂ©e par l'empereur contre ce personnage ayant Ă©chouĂ©, Michel PalĂ©ologue en organisa une seconde 1275, l'assiĂ©ger dans sa ville de NĂ©o-Patras. Mais une nuit, Jean Ducas sortit clandestinement de la place, traversa heureusement les lignes ennemies et courut Ă  bride abattue jusqu'Ă  Thèbes pour implorer l'aide du duc d'Athènes, auquel il offrit sa fille HĂ©lène en mariage avec une riche dot. Jean de la Roche, malade de la goutte, refusa de se marier; mais il accepta pour son frère puĂ®nĂ©, Guillaume, seigneur de Livadla, la main de la jeune princesse, qui apportait en dot les villes de Gravia, de Siderokastron et de ZitoĂ»ni (Lamia), dans la contrĂ©e situĂ©e entra le mont Parnasse et la Thessalie. En mĂŞme temps, il permit Ă  Jean Ducas d'emmener avec lui les chevaliers français qui seraient disposĂ©s Ă  l'accompagner. Il s'en prĂ©senta de trois Ă  quatre cents, avec lesquels le sĂ©bastocrator tomba inopinĂ©ment sur l'armĂ©e impĂ©riale qui le croyait encore enfermĂ© dans NĂ©o-Patras et qui fut mise en pleine dĂ©route. 

Trois ans plus tard, en 1278, Jean de la Roche se mit en personne à la tête d'une expédition destinée à protéger l'Eubée contre les empiétements de Michel Paléologue. Mais vaincu et fait prisonnier dans une bataille livrée à l'armée impériale aux alentours de la ville de Négrepont, il fut emmené à Constantinople. Guillaume de la Roche prit alors le gouvernement du duché d'Athènes au nom de son frère captif. Ce dernier fut d'ailleurs très bien traité par Michel Paléologue, qui désirait obtenir son alliance et le séparer surtout des deux plus dangereux rivaux de l'empire, le despote d'Epire, Nicéphore Comnène, et le sébastocrator de la Mégalo-Vlaquie, Jean Ducas, et qui lui offrit sa propre fille en mariage. Mais Jean de la Roche, souffrant toujours de la goutte, était de moins en moins disposé à prendre femme. Il déclina donc les avances de l'empereur, obtint sa liberté moyennant une rançon de 30 000 sous d'or, conclut un traité avec son vainqueur, puis retourna dans ses États, où il mourut en 1280, laissant le duché à son frère Guillaume. Deux ans auparavant, le 1er mai 1278, était mort Guillaume de Villehardouin prince de Morée, qu'avait suivi de près dans la tombe le prince Philippe de Tarente, mari d'Isabelle de Villehardouin, qui devait succéder à Guillaume dans la principauté d'Achaïe

Charles d'Anjou, père de Philippe et tuteur de la princesse Isabelle, prit alors le titre de prince d'Achaïe et fit administrer le pays par des bailes. L'un de ces bailes fut le duc d'Athènes, Guillaume de la Roche (1286-1287). Le duché d'Athènes sous le règne du duc Guillaume devint l'État le plus puissant elle plus prospère de toute la Grèce. Tandis que la principauté de Morée, amoindrie par les empiétements successifs des despotes grecs qu'y avait établis Michel Paléologue et privée de l'habile gouvernement des Villehardouin, tombait en décadence, le duché d'Athènes restait intact. Une des soeurs du duc Guillaume, Isabelle, avait épousé un des plus puissants barons du Péloponnèse, Geoffroy de Bruyères, sire de Karitena. Devenue veuve, elle épousa en secondes noces, vers 1280, Hugues de Brienne, comte de Lecce, dans la Pouille.

Guillaume de la Roche Ă©tant mort en 1287, son fils Guy II, encore en bas âge, lui succĂ©da sous la tutelle de la duchesse HĂ©lène sa mère, qui ne tarda pas Ă  se remarier avec Hugues de Brienne, veuf d'Isabelle de la Roche, et qui partagea alors avec son second mari la rĂ©gence du duchĂ©. Quand Florent de Hainaut devint prince de MorĂ©e par son mariage avec Isabelle de Villehardouin (12 septembre 1289), il voulut exiger que Hugues et HĂ©lène lui rendissent hommage an nom du jeune duc Guy II. Mais ceux-ci, faisant valoir de nouveau les droits revendiquĂ©s par les premiers sires d'Athènes, refusèrent d'accomplir cet acte de vassalitĂ©. Ils voulaient bien admettre la, suzerainetĂ© de la maison d'Anjou, mais non la souverainetĂ© directe de Florent. Un long procès s'ensuivit, dans lequel le roi Charles Il d'Anjou soutint les prĂ©tentions du prince de MorĂ©e. Au moment oĂą Guy Il prit Ă  sa majoritĂ© le gouvernement du duchĂ© (1294), la querelle Ă©tait toujours pendante. Cependant en 1296 (1er octobre), sur un ordre formel du roi de Naples, il consentit Ă  reconnaĂ®tre la souverainetĂ© du prince de MorĂ©e. Peu de temps auparavant (probablement en 1294), Hugues de Brienne Ă©tait reparti pour son comtĂ© de Lecce, il mourut, le 9 aoĂ»t 1296, dans un combat contre une armĂ©e sicilo-aragonnaise. Un fils, Gautier, qu'il avait eu de son mariage avec HĂ©lène, lui succĂ©da comme comte de Brienne et de Lecce. Ce Gautier devait plus tard devenir duc d'Athènes. 

A la cour de Guy.
Le duc d'Athènes Guy II nous est très connu par les récits d'un auteur contemporain qui eut avec lui des relations personnelles, Ramon Muntaner, dont la chronique versifiée est l'un des monuments les plus précieux pour l'histoire des États francs de la Grèce, à la fin du XIIIe et au commencement du XIVe siècle. Muntaner dépeint avec de nombreux détails la cour brillante et somptueuse du jeune Guy; il parle avec admiration de son faste, du respect dont il était entouré, de sa puissance qui dépassait celle de tous les autres seigneurs de l'empire de Romanie où, dit-il, le duc était un des plus grands qui ne fussent pas rois. Cette puissance s'accrut encore par les fiançailles de Guy (1298) avec Mahaut (Mathilde), fille de Florent de Hainaut et d'Isabelle de Villehardouin. (Le mariage ne fut célébré qu'en 1305, au moment où la jeune Mahaut atteignit l'âge de douze ans). Cette union mit fin à la longue querelle entre la principauté de Morée et le duché d'Athènes, et Guy ll ne fit aucune difficulté pour rendre hommage au second mari d'Isabelle de Villehardouin, Philippe de Savoie, lorsque ce Prince vint, en 1304, prendre possession de la principauté. En 1303, Guy Il devint régent de la Mégalo-Vlaquie ou Thessalie, pendant la minorité de Jean II Ducas, fils de Constantin Ducas et petit-fils de Jean Ier Ducas, dont son père Guillaume avait épousé la fille Hélène.

En 1308, quand lsabelle de Villehardouin et Philippe de Savoie eurent abandonnĂ© leurs droits sur la principautĂ©  d'AchaĂŻe Ă  Philippe Ier de Tarente, il fut nommĂ© par ce dernier baile de MorĂ©e. Il venait ainsi de rĂ©unir dans sa main l'autoritĂ© sur une grande partie de la Grèce, lorsqu'il mourut le 5 octobre 1309. Son corps, comme celui de ses prĂ©dĂ©cesseurs, fut dĂ©posĂ© dans le monastère cistercien de Daphni sur la route qui va d'Athènes Ă  Eleusis. Comme il ne laissait pas d'enfants, il avait, peu de temps avant sa mort, dĂ©signĂ© comme baile provisoire l'un de ses vassaux, Boniface de VĂ©rone, sire de Karystos et de Gardiki, en attendant l'arrivĂ©e de Gautier de Brienne, fils de Hugues de Brienne et de la duchesse HĂ©lène, Ă  qui revenait de droit le duchĂ©. Sa femme, Mahaut de Hainaut, ne voulut pas rester en Grèce et alla rejoindre en Occident sa mère Isabelle de Villehardouin. Gautier de Brienne vint donc recueillir la succession de son cousin Guy II, sans que ni les la Roche de Franche-ComtĂ©, ni ceux de la branche cadette, descendant de Guillaume, seigneur de VĂ©ligosti, dont nous avons parlĂ© plus haut, fissent rien pour lui en disputer la possession. 

Le temps des aventuriers.
Gautier prit à sa solde la compagnie catalane, troupe d'aventuriers almogavares, qui après avoir servi l'empereur grec de Constantinople, Andronic Paléologue, contre les Turcs, s'était établie dans l'empire, où elle vivait de pillages, et qui séjournait alors en Thessalie. Avec l'aide de la "compagnie" (La Criminalité au Moyen âge) Gautier commença par porter la guerre dans la Thessalie dont le sébastoscrator, Jean ll Ducas, refusait d'accepter sa régence. Il s'empara d'une grande partie de la contrée et força le jeune Ducas à se soumettre. Mais bientôt des querelles s'élevèrent entre les Catalans et lui parce qu'il ne payait pas régulièrement la solde qu'il leur avait promise, et parce qu'il les traitait avec hauteur, si bien qu'un conflit ne tarda pas à éclater. Les Catalans commencèrent par repousser Gautier de Thessalie en Béotie, puis, le 15 mars 1311, ils lui livrèrent bataille sur les bords du lac Copaïs, près de l'ancienne Orchomène. Gautier y fut vaincu et tué avec presque tous ses chevaliers.
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Les Almogavares

Les Almogavares étaient un corps d'élite des anciennes armées espagnoles (et plus spécialement catalano-aragonaises). Le simple fantassin, ou peon, pouvait s'élever au rang de capitaine, ou almocaden, grade qui lui était conféré par douze hommes de ce rang à la suite d'un examen où il devait faire preuve des quatre qualités suivantes : sagesse à la guerre, bravoure, loyauté, légèreté à la course. L'almocaden qui voulait suivre la hiérarchie devait prendre du service dans la milice des Almogavares. Ces guerriers portaient hiver et été le même costume de peaux serrées autour de la taille, avec un bonnet et des souliers de même matière; ils avaient pour armes la lance, l'épée et le poignard, mais ils n'avaient pas d'armes défensives.

Ils combattaient généralement à pied, mais avaient le droit de se servir du cheval de l'ennemi vaincu sur le champ de bataille. Ils vivaient loin des villes, disent les chroniqueurs, dans les forêts et les montagnes, ne se réunissaient qu'entre eux, étaient généralement sombres et taciturnes, et ne sortaient de leur réserve ordinaire que le jour du combat, regardé par eux comme un jour de fête. Les plus braves des Almogavares pouvaient devenir adalides ou guides de l'armée, après un nouvel examen où ils devaient faire preuve de quatre qualités-: sagesse, bravoure, loyauté et bon sens. L'adalid était armé par un rico home, et élevé sur un bouclier à la manière des anciens chefs des Goths. (Desdevises du Dezert).

AussitĂ´t les Catalans marchèrent sur Thèbes, dont ils s'emparèrent et qu'ils saccagèrent. Ensuite ils envahirent l'Attique qui fut Ă©galement dĂ©vastĂ©e. Puis ils finirent par s'Ă©tablir dans le pays; ils se saisirent de la plus grande partie des terres et substituèrent entièrement leur domination Ă  celle des Français. N'ayant pas de chef reconnu, ils dĂ©signèrent, pour administrer provisoirement leur État, avec le titre de baile, un des chevaliers français qui avaient Ă©chappĂ© au dĂ©sastre du lac CopaĂŻs, Roger Deslor, originaire du Roussillon. En mĂŞme temps, ils firent demander Ă  leur suzerain, le roi de Sicile, FrĂ©dĂ©ric II, de leur envoyer un membre de sa famille comme duc. FrĂ©dĂ©ric Il choisit son fils Manfred; mais comme celui-ci n'Ă©tait pas en âge de gouverner, il le garda auprès de lui et envoya aux Catalans d'abord un baile, BĂ©ranger Estanyol, puis, son propre bâtard, don Alphonse-FrĂ©dĂ©ric comme reprĂ©sentants du duc titulaire. 

La domination catalane.
Le titre de duc d'Athènes resta dès lors dans la maison de Sicile, d'oĂą il passa dans celle d'Aragon, et c'est ainsi qu'il sera portĂ© par la suite par les souverains de l'Espagne. Du reste, les ducs issus de cette maison ne mirent jamais le pied en Grèce. Ils restèrent Ă  la cour de Sicile et firent administrer leur duchĂ© par des vicaires. De l'Attique et de la BĂ©otie, les Catalans, sous le vicariat de don Alphonse-FrĂ©dĂ©ric, Ă©tendirent bientĂ´t leur domination sur la Thessalie mĂ©ridionale, oĂą ils occupèrent en particulier l'importante ville de NĂ©o-Patras. La veuve de Gautier de Brienne, Jeanne de Châtillon, fille de Gaucher de Châtillon, connĂ©table de France, avait, au moment de l'invasion catalane, rĂ©ussi Ă  s'enfuir en Italie, puis en France, avec son fils Gautier et sa fille Isabelle. Elle restait propriĂ©taire des villes de Nauplie et d'Argos, qu'un chevalier français, Gautier de Foucherolles, administra en son nom. Son fils, Gautier II de Brienne, fit plus tard des tentatives pour ĂŞtre rĂ©intĂ©grĂ© dans le duchĂ©. Il rechercha dans ce but l'appui de la papautĂ© et il obtint que ClĂ©ment V, puis Jean XXII enjoignissent au roi d'Aragon de rappeler les Catalans, sous peine d'excommunication (1319 et 1330). La sentence fut mĂŞme prononcĂ©e en 1332 contre les Catalans par l'archevĂŞque de Patras, puis renouvelĂ©e en 1335 par Jean XXII. Mais les excommuniĂ©s ne tinrent aucun compte de ces injonctions. 

Gautier, tâchait en même temps d'intéresser à sa cause la maison d'Anjou, dont ses prédécesseurs avaient reconnu la suzeraineté, et, pour se rapprocher d'elle, il épousa, en 1325, une fille de Philippe ler de Tarente. En 1331, après avoir dirigé une heureuse expédition contre l'Epire pour le compte du roi de Naples, il en dirigea une seconde contre les Catalans et réussit à pénétrer dans le duché avec une grosse armée, composée en majeure partie de chevaliers français. Mais les Catalans, au lieu de se risquer à lui livrer bataille, le laissèrent s'user contre les forteresses du pays dans lesquelles ils s'étaient enfermés. Enfin Gautier, ne pouvant entrer dans aucune place importante, se vit réduit à la retraite et regagna l'Italie. Il ne retourna jamais en Grèce. C'est lui qui, par deux fois, en 1326 et en 1342, fut gouverneur de Florence pour le compte des rois de Sicile. Il mourut le 19 septembre 1356, sur le champ de bataille de Poitiers, où il commandait en qualité de connétable de France. Comme il ne laissait pas d'enfants, ce fut sa soeur Isabelle, mariée à un seigneur de Hainaut, Gautier III d'Enghien, qui hérita de ses titres et de ses droits sur le duché d'Athènes. Ces titres et ces droits passèrent, après la mort d'Isabelle, au second des enfants issus de ce mariage, Sohier (mort en 1367), puis au fils de celui-ci, Gautier (mort en 1381). Ce Gautier n'ayant pas laissé d'enfants, un quatrième fils d'Isabelle de Brienne et de Gautier d'Enghien, Louis d'Enghien, comte de Conversano, recueillit avec sa succession son titre de duc d'Athènes, et le transmit ensuite à sa fille qui, mariée à un membre de la famille de Luxembourg, l'apporta dans cette maison.

Un sixième fils d'Isabelle de Brienne et de Gautier d'Enghien, Guy, avait hérité de ses parents des seigneuries d'Argos et de Nauplie, dont la possession avait régulièrement passé des la Roche aux Brienne, et des Brienne aux Enghien. Il alla s'établir à Nauplie (avant 1364) et mourut peu après l'année 1376, en laissant une fille, Marie d'Enghien, qui se maria bientôt avec un patricien de Venise, Pierre Corner (17 mai 1377). Les deux époux résidèrent dans leurs domaines du Péloponnèse.

Les Catalans tenaient toujours l'Attique, la BĂ©otie et la Thessalie mĂ©ridionale sous l'autoritĂ©, d'ailleurs purement nominale, de leurs ducs. A Manfred, le premier de ces ducs, dont il a Ă©tĂ© fait mention plus haut, et qui mourut le 9 novembre 1347, succĂ©dèrent son frère Guillaume Il (mort le 22 aoĂ»t 1338), puis un second frère, Jean Il d'Aragon Randazzo (1338-1348), FrĂ©dĂ©ric Ier, fils de Jean II, FrĂ©dĂ©ric II, fils de Pierre II, roi de Sicile (ce dernier plus tard roi de Sicile, sous le nom de FrĂ©dĂ©ric III), et enfin, la fille de FrĂ©dĂ©ric Il , l'infante Marie. Quand le royaume de Sicile passa Ă  la maison royale d'Aragon, deux partis se formèrent dans le duchĂ© d'Athènes, l'un voulant rester sous la suzerainetĂ© de l'infante Marie, l'autre reconnaissant l'autoritĂ© du roi d'Aragon. De violentes luttes Ă©clatèrent, qui contribuèrent pour une bonne part Ă  la prompte dĂ©cadence de la domination catalane en Grèce. 

Comme nous l'avons dĂ©jĂ  dit, les ducs titulaires de la maison de Sicile ne vinrent jamais en personne administrer leur État. Ils en confièrent la direction Ă  deux officiers supĂ©rieurs : le vicaire, qui avait le gouvernement politique et l'administration intĂ©rieure, et le marĂ©chal qui commandait l'armĂ©e. Plus tard, probablement en 1371, Ă©poque de la mort du marĂ©chal Roger de Lhuria, les deux offices paraissent avoir Ă©tĂ© rĂ©unis entre les mains du vicaire. Sous l'autoritĂ© du vicaire ou du marĂ©chal se trouvait, dans chaque ville, un viguier, un châtelain ou un capitaine, titres et charges qui parfois Ă©taient rĂ©unis sur un seul personnage. Ces gouverneurs locaux jouissaient de droits et de privilèges assez importants; ils formaient une sorte de conseil du vicaire; c'Ă©tait en prĂ©sence de leur assemblĂ©e que celui-ci jurait fidĂ©litĂ© au duc. Ils Ă©taient gĂ©nĂ©ralement nommĂ©s par le vicaire; cependant , dans certains cas, c'Ă©tait la commune ou rĂ©union des citoyens de chaque ville qui les dĂ©signait. En cas de nĂ©cessitĂ©, ils pouvaient assumer le gouvernement du duchĂ© et mĂŞme Ă©lire un vicaire gĂ©nĂ©ral. L'office de vicaire, depuis don Alphonse-FrĂ©dĂ©ric (mort en 1338), paraĂ®t ĂŞtre restĂ©, sauf quelques interruptions, dans la ligne bâtarde de Sicile. De 1356 Ă  1365, nous le voyons occupĂ© par un fils de don Alfonse, Jacques ou Jaime, comte de Salona et seigneur de Lidorikion; de 1375 Ă  1381, il est entre les mains d'un neveu de don Alfonse, Louis-FrĂ©dĂ©ric. Ce dernier embrassa avec ardeur la cause de la maison d'Aragon et fit, en 1380, proclamer le roi Pierre IV, Ă  Thèbes, comme duc d'Athènes. Il mourut en 1382. 

L'Attique et la Béotie, sous la domination catalane, n'atteignirent jamais à la puissance et à la prospérité qu'elles avaient eues sous les derniers ducs de la maison de la Roche. L'ardeur guerrière des Catalans s'évanouit peu à peu; ils se laissèrent amollir par le luxe et les habitudes d'ivresse, et s'affaiblirent par leurs querelles intestines. Ils repoussèrent cependant par deux fois les attaques des Turcs qui, en 1333 et en 1367, vinrent attaquer Athènes par mer. En 1380 , ils eurent à combattre une invasion d'aventuriers navarrais appelés en Grèce par l'empereur titulaire de Constantinople, Jacques de Baux, pour soutenir ses droits sur les anciens États français de la Grèce continentale et de la Morée. L'Attique fut dévastée par cette bande; les Catalans, vaincus dans une bataille, sous les murs d'Athènes, s'enfermèrent dans l'Acropole jusqu'à l'arrivée de secours demandés au roi d'Aragon et grâce auxquels ils purent repousser les envahisseurs. Enfin, en 1383, le Florentin Nerio Aceiaiuoli, seigneur de Corinthe, qui déjà, en 1374, leur avait enlevé Mégare; réussit à s'emparer de toutes leurs possessions. Les restes de leur armée se réfugièrent encore une fois dans l'Acropole et y tinrent jusqu'en 1387. Enfin ils durent capituler.

Venise s'en mĂŞle.
Nerio Acciaiuoli put alors substituer dĂ©finitivement son autoritĂ© Ă  celle des vicaires catalans; il prit le titre, non de duc, mais de seigneur du duchĂ© d'Athènes. L'annĂ©e suivante, le 12 septembre 1388, Marie d'Enghien, devenue veuve de Pierre Corner, vendit ses seigneuries d'Argos et de Nauplie Ă  la RĂ©publique de Venise, moyennant une rente annuelle de 700 ducats d'or. Mais avant que Venise en eĂ»t pris possession, Argos Ă©tait tombĂ©e au pouvoir du despote grec de Misitra, ThĂ©odore PalĂ©ologue (1389), qui refusa de la rendre et que les VĂ©nitiens n'osèrent pas dĂ©pouiller de force. Nerio Acciaiuoli, son beau-père, l'ayant aidĂ© dans son entreprise contre Argos, les VĂ©nitiens se vengèrent en entravant de toutes façons le commerce athĂ©nien. En mĂŞme temps, le gouverneur de la MorĂ©e, Pierre de Saint ExupĂ©ry, qui redoutait pour sa principautĂ© l'alliance du seigneur d'Athènes et du despote de Misitra, attira Nerio dans un guet-apens, le retint prisonnier plus d'une annĂ©e et ne le relâcha, sur les instances de la RĂ©publique de Venise, qu'après lui avoir arrachĂ© l'engagement de faire restituer Argos aux VĂ©nitiens, et l'avoir obligĂ© Ă  laisser engage la ville de MĂ©gare avec une forte somme d'argent, jusqu'au jour oĂą cette restitution serait accomplie (1389, fin 1390). Ce fut seulement en 1394 que ThĂ©odore PalĂ©ologue se dĂ©cida Ă  rendre Argos. Cette mĂŞme annĂ©e 1394, le roi de Naples et de Hongrie, Ladislas, hĂ©ritier des droits de la maison de Tarente, confĂ©ra Ă  Nerio le titre de duc. 

La Grèce continuait à être en butte aux attaques des Turcs. En 1393, Nerio dut se reconnaître tributaire de Bajazet Il (l'Empire ottoman d'Osman à Béyazid). Il mourut en novembre 1394 et fut enterré dans l'église Sainte-Marie d'Athènes. Il léguait par son testament la ville d'Athènes et ses appartenances à l'église d'Athènes et plaçait celle-ci sous le protectorat de Venise. Aussitôt la sérénissime République, sous prétexte de défendre Athènes contre les Ottomans, occupa toute l'Attique. D'autre part, les deux gendres de Nerio, le despote d'Arta et le despote de Misitra, s'emparèrent successivement de Corinthe. Enfin, Antonio Acciaiuoli, fils bâtard de Nerio, qui avait reçu pour sa part d'héritage la Béotie, et qui convoitait le reste du duché, déclara la guerre aux Vénitiens et réussit à les chasser d'Athènes (1402). Il consentit toutefois à tenir l'Attique sous leur suzeraineté. Pour éviter les agressions des Turcs, il se reconnut tributaire du sultan. Pendant les trente-trois ans de son règne comme duc d'Athènes, Antonio parvint à rendre au duché quelque chose de son ancien éclat. II favorisa le commerce, les lettres, les arts; il fit construire à Athènes de beaux monuments, et, grâce à la protection de Venise et à l'inaction des Turcs, dont la puissance avait été presque anéantie par Tamerlan en 1402, il passa le reste de ses jours dans une tranquillité relative. Se voyant sans enfants, il fit venir de Florence Nerio et Antonio Acciaiuoli, tous deux fils de Franco, qui, lui-même, était fils d'un frère de Nerio Ier; et à sa mort, il laissa le duché à l'aîné de ces deux enfants, Nerio (1435).

Les Turcs attaquent.
Sous le règne de Nerio II, les Turcs recommencèrent de plus belle leurs incursions, et, bien qu'Ă  la suite d'uns première invasion, oĂą ils avaient pillĂ© Thèbes, NĂ©rio se fĂ»t reconnu leur tributaire, ils vinrent de nouveau l'attaquer parce qu'il s'Ă©tait uni contre eux aux Grecs du PĂ©loponnèse. Nerio renouvela sa soumission, mais alors les Grecs, se considĂ©rant comme trahis par lui, envahirent l'Attique et assiĂ©gèrent Athènes. Nerio II, incapable de leur rĂ©sister, capitula (1444) et promit de payer tribut au despote de Misitra, Constantin Dracosès (devenu plus tard, en 1449, le dernier empereur grec de Constantinople). Mais, furieux d'avoir Ă©tĂ© vaincu, il fit aussitĂ´t appel aux Turcs, qui s'empressèrent de venir Ă  son secours avec une formidable armĂ©e, reprirent Thèbes qu'ils lui rendirent, et pĂ©nĂ©trèrent dans le PĂ©loponnèse, qu'ils mirent Ă  feu et Ă  sang (1446). 

A sa mort, survenue en 1454, Nerio Il laissa le duchĂ© Ă  son neveu Franco (fils de son frère Antonio, qui lui-mĂŞme paraĂ®t avoir portĂ© le titre de duc d'Athènes de 1439 Ă  1441 sans que l'on sache bien Ă  la suite de quelles circonstances), sous la tutelle de sa femme. Celle-ci s'Ă©tant remariĂ©e avec un jeune VĂ©nitien, Bartolomeo Contarini, fils du gouverneur de Nauplie, partagea la rĂ©gence avec son nouvel Ă©poux qui chercha Ă  supplanter Franco et Ă  se faire nommer duc titulaire par le sultan. Mais ce dernier n'y consentit pas, et confirma la possession du duchĂ© Ă  Franco pour lequel il avait, dit-on, une affection tout orientale. Franco ne se borna pas Ă  prendre la place de la rĂ©gente, sa tante, il la fit de plus mettre Ă  mort (1454). AussitĂ´t le sultan, prenant prĂ©texte de ce meurtre pour lui dĂ©clarer la guerre, envoya le pacha de Thessalie, Omar,  assiĂ©ger Athènes (1456). Franco se dĂ©fendit bravement dans l'Acropole, pourtant il fut bientĂ´t obligĂ© de se rendre. Athènes fut alors placĂ©e sous la domination directe de la Porte ottomane (1458). La BĂ©otie avec Thèbes resta seule Ă  Franco. mais, en 1462, le sultan fit tuer le malheureux duc, qu'il accusait d'avoir conspirĂ© contre lui, et rĂ©unit Ă  son empire ce dernier reste du duchĂ© d'Athènes. Des deux villes d'Argos et de Nauplie qui avaient longtemps relevĂ© en fief des sires et des ducs d'Athènes, la première fut enlevĂ©e aux VĂ©nitiens par les Turcs en 1463; la seconde, après avoir dĂ©fiĂ© pendant plus d'un siècle toutes les attaques des Musulmans, fut cĂ©dĂ©e volontairement Ă  la Porte par la RĂ©publique vĂ©nitienne en 1540. (Ch. Kohler).

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