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Euclide
est un mathématicien grec du commencement
du IIIe siècle av, J.-C. On sait
seulement de sa vie qu'il enseigna à Alexandrie
sous Ptolémée Ier
(306-283) et qu'il y fonda la plus célèbre école de
géométrie
de l'Antiquité. Les récits des Arabes qui le font naître
à Tyr et donnent le nom de son père, ne méritent absolument
pas créance. Si Pappus le dépeint
comme d'un caractère très modeste et très bienveillant
pour tous ceux qui pouvaient contribuer aux progrès de la science,
nullement agressif et fanfaron de rigueur comme Apollonius, on peut douter
qu'il ait rapporté une tradition effective, Euclide est surtout
connu par ses Eléments qui devinrent classiques presque aussitôt
après leur apparition (Archimède les cite) et qui servaient
encore au début du XXe siècle à l'enseignement de
la géométrie en Angleterre. Ils se composent de trois parties
bien distinctes :
1° Les six premiers
livres, géométrie plane : la différence la plus saillante
qu'ils offrent quant à l'ordre des matières avec les ouvrages
élémentaires modernes consiste en ce qu'Euclide ne fait intervenir
la notion de rapport et la théorie des proportions (qui fait l'objet
spécial du Ve livre) que pour traiter
des figures semblables (VIe livre) et qu'il démontre, indépendamment
de ces notions, toutes les propriétés dans l'énoncé
desquelles elles ne figurent pas. L'ensemble de ces livres est un modèle
de clarté et de rigueur qui n'a pas été dépassé.
2° Les livres VII à X sont consacrés
aux propriétés des nombres et à la théorie
des irrationnelles (livre V), Toute cette partie a singulièrement
vieilli, soit comme forme à cause de la lourdeur de l'appareil géométrique,
soit comme fond en raison de l'extension de la notion des incommensurables.
3° Les livres XI à Xll (stéréométrie)
ne développent quels mesure des parallélépipèdes,
prismes et pyramides, les rapports des volumes des cônes, cylindres
et sphères et la construction des cinq polyèdres réguliers.
Cette dernière partie est sensiblement intérieure aux précédentes
au point de vue du développement et de la parfaite rigueur.
Au point de vue de la composition des Eléments,
il faut observer que d'une part la théorie de la sphère et
des figures sphériques était considérée, dans
l'Antiquité, comme appartenant à l'astronomie; que, d'un
autre côté, la détermination approximative du
rapport de la circonférence an diamètre n'a été
essayée que par Archimède.
Les livres XIV et XV des Eléments
ne sont pas d'Euclide; le premier est du géomètre Hypsiclès
qui vivait au siècle suivant, le second est d'un élève
d'Isidore de Milet (le second?) au VIe
siècle ap. J .-C, Les manuscrits d'Euclide ont conservé le
texte de deux recensions différentes; la plus courante, due à
Théon d'Alexandrie, présente des remaniements assez considérables;
la plus ancienne a été révélée par Peyrard
(1814) et suivie par Heiberg dans son excellente édition critique
(1883).
Les arpenteurs romains semblent avoir pris,
à une époque qu'il est difficile de préciser, l'habitude
d'apprendre exclusivement les énoncés d'Euclide, L'opinion
s'accrédita par suite dans l'Occident latin, pendant le Moyen âge,
que l'ensemble de ces énoncés constituait l'oeuvre entière,
et quand furent publiées les premières traductions sur l'arabe
(Campanus) ou sur le grec (Zambertus), elles furent regardées comme
des commentaires provenant de Théon ou composés par les éditeurs.
Cette erreur singulière a été partagée par
nombre d'érudits.
En dehors des Eléments, nous avons
encore sous le nom d'Euclide :
1° Un livre des Données,
traité
fort goûté par Newton, qui forma
plus tard l'introduction classique à l'étude de l'analyse
géométrique; il a pour objet de faciliter cette analyse en
présentant l'ensemble des cas les plus fréquents auxquels
on peut ramener un problème déterminé.
2° Une Introduction harmonique
apocryphe et qu'on doit restituer à un Cléonide auquel l'attribuent
divers manuscrits.
3° Une Division du canon, application
de la géométrie à la détermination de la longueur
des cordes de l'échelle musicale grecque.
4° Un livre des Phénomènes,
exposition élémentaire, sous forme géométrique,
des principales lois du mouvement diurne.
5° Un livre des Optiques qui,
avec le précédent, a fait partie de la Petite Astronomie,
c.-à-d. du recueil des auteurs antérieurs à Ptolémée
et restés classiques après lui. Ces deux livres ne nous sont
parvenus qu'avec des remaniements plus on moins considérables.
6° Un livre des Catoptriques
dont l'authenticité est douteuse.
7° Le texte grec d'un livre sur les
Divisions
(partage d'une figure en plusieurs autres sous des conditions données)
est perdu ; mais le texte arabe a été retrouvé et
traduit par Woepcke (Journal asiatique, 1851). Au contraire, le
traité des Divisions de Mahomet de Bagdad dont la traduction (Dee)
a été publiée par Commandin (1370) et admise par Gregory
dans son édition d'Euclide (1703) ne paraît pas directement
composé sur le grec.
8° Gregory a également
recueilli un fragment Sur le léger et le lourd, traduit de
l'arabe et publié en premier lieu par Zambertus (1537), mais qui
paraît apocryphe.
Si l'on considère que la matière
des Eléments avait été à peu près
complètement élaborée avant Euclide, que les autres
ouvrages qui nous restent de lui n'ont qu'une importance secondaire ou
ne consistent également que dans l'exposition de théories
déjà certainement connues avant lui, on reconnaîtra
que la partie conservée de son oeuvre, quelle qu'en soit la haute
valeur, ne suffirait pas à attester son originalité comme
géomètre. Mais il avait composé d'autres ouvrages
qui étaient restés classiques pour l'enseignement de l'analyse
géométrique chez les Anciens et sur lesquels Pappus
nous a donné quelques renseignements.
En premier lieu, trois livres de Parismes
dont la restitution a donné lieu à de célèbres
discussions. Celle que Michel Chasles a proposée
en 1860 laisse à désirer au point de vue de la forme et de
l'ordre des propositions; mais la matière, au moins dans son ensemble,
y a été nettement délimitée et l'on ne peut
contester que l'auteur grec avait complètement exploré un
champ d'études qui est resté à peine soupçonné
jusqu'au XIXe siècle.
Deux livres de Lieux en surface
abordaient également un sujet qui ne paraît pas avoir été
traité avant Euclide, mais n'offraient probablement qu'une généralisation
tout indiquée de la théorie des lieux plans, car il n'est
pas probable qu'il ait considéré comme lieux à ceux
dimensions d'autres surfaces que le plan et celles des rois corps ronds.
Enfin, il avait composé quatre livres
de Coniques dont la matière nous est représentée
par celle les quatre premiers d'Apollonius. D'après Pappus,
leur rédaction aurait été postérieure à
celle des cinq livres des Lieux solides d'Aristée et leur
objet aurait été de constituer me théorie élémentaire
applicable aux problèmes abordés tans ces livres, notamment
a celui du lieu à trois et quatre droites dont la solution complète
forme l'objet de la Géométrie de Descartes. (Paul
Tannery).
Proclus nous donne le titre d'un dernier
ouvrage composé par Euclide, les Pseudaria.
«
Il y avait énuméré séparément et en
ordre les divers genre de faux raisonnements, exerçant pour chacun
notre intelligence par des théorèmes de toute sorte où
il oppose le vrai au faux et où, avec la preuve, il fait concorder
la réfutation de l'erreur. »
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