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Le
courant
de Humboldt ( = courant du Pérou) est un courant
marin froid de surface qui s'écoule vers le nord le long de la côte
occidentale de l'Amérique du Sud, depuis
la région centre-sud du Chili, aux alentours du
quarante-cinquième degré de latitude sud, jusqu'à la zone équatoriale
au large du Pérou et du sud de l'Équateur,
où il tourne progressivement vers l'ouest pour rejoindre le courant sud-équatorial
du Pacifique. Il constitue la branche orientale du gyre
ou circulation anticyclonique subtropicale du Pacifique Sud, en lien avec
le courant du Pacifique Sud, le courant sud-équatorial et la dérive antarctique
circumpolaire. Ses eaux sont remarquablement froides pour ces latitudes
tropicales et subtropicales, avec des températures de surface généralement
comprises entre 13 et 20 °Cs, parfois moins près des côtes chiliennes
et péruviennes, en raison d'un intense phénomène de remontée d'eaux
profondes froides, l'upwelling côtier.
Celui-ci est provoqué par les vents alizés du
sud-est et les vents du sud qui soufflent de façon
quasi permanente le long du littoral, poussant les eaux superficielles
vers le large par transport d'Ekman
et permettant aux eaux sous-jacentes, froides et riches en sels nutritifs,
de monter vers la surface.
La largeur du courant
varie selon les secteurs, allant d'une centaine à plus de cinq cents kilomètres,
et sa vitesse est relativement lente, souvent inférieure à un demi-mètre
par seconde, avec une extension verticale qui peut dépasser plusieurs
centaines de mètres. Le courant de Humboldt est l'un des systèmes d'upwelling
de bord est les plus vastes, les plus continus et les plus productifs de
la planète, comparable ou supérieur à ceux de Benguela,
des Canaries et de Californie. La remontée des nitrates,
phosphates et silicates
entretient une production phytoplanctonique exceptionnellement élevée,
qui soutient un réseau trophique marin d'une richesse considérable comprenant
du zooplancton, des petits poissons pélagiques
(anchois du Pérou, sardine du Pacifique, chinchard du Chili), des calmars
géants, des merlus, des oiseaux marins (guanay,
fou varié et manchot de Humboldt), des otaries, et des mammifères marins.
La biomasse d'anchois en particulier a
historiquement fait de cette région la plus grande pêcherie monospécifique
du monde, avec des prises annuelles pouvant dépasser plusieurs millions
de tonnes lors des bonnes années.
Le courant de Humboldt
joue un rôle majeur dans la régulation climatique du littoral chilien,
péruvien et équatorien. Les eaux froides refroidissent l'air marin, stabilisent
la basse atmosphère et inhibent fortement
la convection, ce qui réduit les précipitations
le long de la côte et contribue à l'aridité extrême du désert d'Atacama
et du désert côtier péruvien, qui comptent parmi les régions les plus
sèches du monde. Les brouillards côtiers,
appelés localement camanchacas au Chili et garúas au Pérou, se forment
fréquemment au contact de l'air humide océanique et de la surface froide
de la mer, et constituent une source d'humidité essentielle pour les écosystèmes
désertiques, les lomas péruviennes, certaines plantes à brouillard et
les populations humaines qui récoltent l'eau par des filets capteurs.
Ces brouillards modèrent également les températures maximales côtières,
qui restent étonnamment basses pour des latitudes tropicales, avec des
moyennes souvent inférieures à vingt-cinq degrés, alors que l'intérieur
des terres peut être brûlant.
Le système de Humboldt
est soumis à une forte variabilité interannuelle, dominée par le phénomène
El Niño–Oscillation Australe. Lors d'un épisode
El Niño, les alizés faiblissent, l'upwelling
diminue ou cesse, les eaux chaudes tropicales envahissent la côte péruvienne
et équatorienne, la thermocline s'approfondit,
et la productivité marine s'effondre, entraînant des mortalités massives
d'oiseaux marins, de mammifères et de poissons,
ainsi que des pluies torrentielles sur le littoral
désertique. À l'inverse, lors des phases La Niña,
les alizés sont renforcés, l'upwelling est plus intense, les eaux sont
encore plus froides, la productivité augmente et la sécheresse côtière
s'accentue. Ces oscillations modifient profondément la distribution des
espèces, les captures de pêche, la reproduction des oiseaux guaniers
et la structure de tout l'écosystème.
Le courant de Humboldt
présente aussi une variabilité décennale et des modifications à long
terme liées au changement climatique,
avec des tendances à l'augmentation de la température de surface, à
la diminution de l'oxygène dissous dans les
zones de subsurface, à l'expansion de la zone minimale d'oxygène du Pacifique
sud-est et à des déplacements d'espèces vers le sud ou vers des profondeurs
plus froides. Les eaux de la zone présentent en effet l'une des zones
minimum d'oxygène les plus marquées du monde, située entre cent et six
cents mètres de profondeur, avec des concentrations extrêmement basses
qui limitent la vie animale et favorisent des processus biogéochimiques
particuliers, comme la dénitrification et la production de protoxyde d'azote.
La circulation régionale
est complexe, avec la présence de deux noyaux principaux : le courant
côtier du Pérou, très proche du rivage, et le courant océanique du
Pérou, plus au large, séparés par des zones de transition, des tourbillons
et des filaments qui exportent les eaux riches vers l'océan ouvert. Au
sud du Chili, le courant de Humboldt est alimenté par la dérive antarctique
circumpolaire et par le courant du Cap Horn, apportant des eaux subantarctiques
relativement peu salées et riches en oxygène, qui remontent ensuite vers
le nord. Au nord, près de l'équateur, il rencontre les eaux chaudes du
courant de Panama et du courant équatorial, formant le front équatorial,
zone de fort gradient thermique et de mélange.
Les dépôts sédimentaires
sous la zone d'influence du courant sont très riches en matière organique,
avec des taux de sédimentation élevés
sur la marge continentale, et la dégradation de cette matière en conditions
déficitaires en oxygène donne naissance à des vases riches en sulfures,
en carbone organique et en phosphorites, qui
constituent des archives paléocéanographiques précieuses pour reconstituer
l'histoire de l'upwelling, des variations climatiques et des événements
El Niño anciens. La région a aussi été le siège historique de l'exploitation
massive du guano, ces dépôts d'excréments d'oiseaux marins accumulés
pendant des millénaires sur les îles et promontoires côtiers, qui ont
constitué une ressource économique majeure au XIXe
siècle et dont l'épuisement a profondément marqué l'histoire du Pérou.
Le courant de Humboldt
influence les migrations et la répartition de nombreuses espèces marines
à l'échelle du Pacifique sud-est, sert de corridor de dispersion pour
les larves et les oeufs, et module le recrutement
des populations de poissons pélagiques. Il joue aussi un rôle dans le
transport de chaleur vers l'équateur, participant à l'équilibre thermique
global du Pacifique Sud, et affecte les régimes de vent, de pression et
de précipitations bien au-delà de la côte, en interaction avec la mousson
sud-américaine, l'anticyclone du Pacifique Sud-Est et les téléconnexions
atmosphériques. Ce courant est aussi au coeur de l'identité géographique,
écologique et économique des pays riverains, car il conditionne la pêche
artisanale et industrielle, le tourisme, les conditions portuaires, la
navigation, la brume côtière et la disponibilité en eau douce dans certaines
zones désertiques. |
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