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Le
courant
de Benguela est un courant marin froid de
surface qui s'écoule le long de la côte sud-ouest de l'Afrique,
depuis la région du cap de Bonne-Espérance en Afrique
du Sud jusqu'Ã la zone de l'Angola, approximativement
vers 15 à 17 degrés de latitude sud, où il rencontre les eaux chaudes
du courant d'Angola et forme le front de Benguela. Il constitue la branche
orientale du gyre ou circulation anticyclonique
subtropicale de l'Atlantique Sud, en
liaison avec le courant du Brésil, le courant sud-équatorial et la dérive
antarctique circumpolaire. Ses eaux sont froides, généralement comprises
entre 10 et 20 °C, en raison de la remontée d'eaux profondes froides
et riches en nutriments (upwelling côtier).
Ce processus est provoqué par les alizés et
les vents du sud-est soufflant parallèlement Ã
la côte, qui poussent les eaux de surface vers le large et permettent
aux eaux sous-jacentes de remonter.
La largeur du courant
varie considérablement. Elle peut aller de quelques dizaines à plus de
deux cents kilomètres selon les secteurs et les saisons.
Sa vitesse est modérée, généralement inférieure à un mètre par seconde,
avec des fluctuations saisonnières marquées. L'intensité de l'upwelling
est maximale pendant l'hiver austral et au printemps,
tandis qu'elle diminue en été. Ce système d'upwelling
de Benguela est l'un des quatre grands écosystèmes
d'upwelling de bord est de la planète, avec ceux de Humboldt, des Canaries
et de Californie. La productivité biologique y est exceptionnellement
élevée : les nitrates, phosphates
et silicates remontés des profondeurs alimentent
un phytoplancton abondant, qui soutient à son tour un réseau
trophique très riche comprenant du zooplancton, des petits poissons
pélagiques comme la sardine, l'anchois et le chinchard, des calmars, des
oiseaux marins, des otaries à fourrure, des manchots du Cap et de grands
prédateurs pélagiques. Cette richesse a longtemps fait de la région
l'une des zones de pêche les plus productives du monde.
Le courant de Benguela
influence fortement le climat côtier de la Namibie
et du nord-ouest de l'Afrique du Sud. Les eaux froides refroidissent l'air
marin, ce qui stabilise la basse atmosphère,
réduit la convection et favorise la formation de brouillards côtiers
fréquents, en particulier le long du désert du Namib, l'un des déserts
côtiers les plus arides et les plus anciens du monde. L'humidité
apportée par ces brouillards est essentielle
pour la faune et la flore
locales, notamment pour certains insectes comme
les coléoptères ténébrionidés qui collectent
l'eau de condensation, et pour la végétation lichénique. Ce brouillard
réduit aussi fortement l'insolation et maintient des températures côtières
relativement basses par rapport à l'intérieur des terres, ce qui contraste
vivement avec les températures élevées du plateau namibien ou du Kalahari.
Le courant de Benguela
présente une variabilité interannuelle liée à des phénomènes océan-atmosphère
régionaux, parfois appelés événements de type Benguela Niño ou Niña,
analogues à ceux du Pacifique ( ENSO)
mais de moindre amplitude. Lors d'un Benguela Niño, les eaux chaudes d'origine
tropicale pénètrent vers le sud le long de la côte angolaise et namibienne,
réduisent l'upwelling, la productivité et modifient les captures de pêche.
À l'inverse, lors d'une phase froide, l'upwelling est renforcé.
La circulation est
également caractérisée par des tourbillons, des filaments et des jets
méso-échelles qui exportent les eaux riches vers le large. Des cellules
de recirculation existent au sud, près du banc des Aiguilles, où des
anneaux d'eau chaude qui provient du courant
des Aiguilles peuvent pénétrer dans l'Atlantique Sud-Est et interagir
avec les eaux froides du Benguela, ce qui modifie localement les gradients
thermiques et la dynamique des masses d'eau.
Les sédiments
marins sous la zone d'influence du courant sont très riches en matière
organique en raison de la forte production biologique. Dans certaines zones,
en particulier au large de la Namibie, la décomposition de cette matière
organique dans des conditions de faible oxygénation conduit à des émissions
de sulfure d'hydrogène, avec des épisodes spectaculaires
d'eaux anoxiques et des mortalités massives de poissons
et d'invertébrés, ainsi que des remontées
de boues gazeuses. Ces écosystèmes benthiques subissent donc des alternances
entre des phases très productives et des phases hypoxiques ou anoxiques
sévères.
Le courant de Benguela
joue aussi un rôle dans le transport des larves
et des oeufs de nombreuses espèces marines le long
de la côte, dans la dispersion de polluants et dans le contrôle de la
température de surface de la mer, ce qui module les précipitations sur
le littoral. Il contribue au transport de chaleur vers l'équateur, participant
ainsi à l'équilibre thermique global de l'Atlantique Sud. Enfin, son
influence s'étend bien au-delà de la côte, car les eaux froides et riches
en nutriments qu'il exporte vers le large alimentent la production dans
les gyres subtropicaux et interagissent avec le courant sud-équatorial,
bouclant ainsi la circulation régionale à grande échelle. |
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