|
Quelques années
plus tard, Mithridate compléta ces premières
conquêtes par l'occupation de la Petite-Arménie, région montagneuse
par laquelle le Pont
se rattache au massif puissant, d'oĂą sortent le Tigre et l'Euphrate. Le
roi de ce pays, Antipater, aima mieux abdiquer en faveur de son voisin
que s'exposer à une lutte inégale, dont l'issue ne pouvait être douteuse.
La Petite-Arménie fit dès lors partie intégrante du royaume de Mithridate.
Ainsi agrandi de la Chersonèse Taurique ,
du Bosphore Cimmérien ,
de la Colchide
et de la Petite-Arménie, le Pont se trouvait être, au début du
Ier siècle, abstraction faite
de la province romaine d'Asie, l'Etat le plus puissant de l'Asie
antérieure. Les abondantes ressources agricoles et minérales, que la
nature lui avait si libéralement distribuées, étaient bien exploitées;
si le nombre des cités n'y était pas très élevé, en revanche, les
villages, les bourgades rurales, les hameaux s'y comptaient par milliers
dans les riches vallées du Lycos et de l'Iris ; la Colchide avait l'aspect
d'un chantier des plus actifs et d'un arsenal rempli; les ports de Sinope,
d'Amastris, d'Amisos, de Trapezonte, de Dioscurias, da Panticapée, de
Chersonosse jouissaient d'une incomparable prospérité. La civilisation
pontique n'était pas moins originale que florissante. Un observateur curieux
pouvait franchir, sans sortir des limites du Pont ,
tous les degrés de la culture humaine. Les tribus des monts Paryadrès
étaient toujours sauvages; les Chalybes ou Chaldéens et les Cappadociens
restaient arrimés eux aussi à leurs archaïsmes; mais sur la côte et
dans quelques grandes villes de l'intérieur, Amasie, Eupatoria, Zéla,
Comana, s'était épanouie une civilisation raffinée, mélange bizarre
d'éléments cappadociens, d'emprunts faits à la Perse
et d'influences helléniques. C'était surtout dans la religion du pays
que se traduisait le mieux l'origine complexe de cette civilisation. Le
dieu lunaire Men, et la déesse Mê, sans doute analogue à la Grande Mère
des dieux de Phrygie
( La religion phrygienne ),
étaient des divinités cappadociennes ; les cultes d'Ormuzd ,
d'AnaĂŻtis
et de Mithra ,
venus de Perse ,
étaient célébrés par des mages ,
vêtus de longues robes blanches et coiffés de la tiare; enfin plusieurs
dieux grecs
avaient pénétré dans le panthéon pontique, attestant ainsi les comparaisons
et les relations établies entre les dieux des trois principales populations
qui s'étaient rencontrées dans le pays.
Par ses vertus, par ses vices, par le caractère
de son gouvernement, Mithridate résumait en lui ces divers éléments.
On peut dire de lui que c'était un sultan oriental teinté d'hellénisme.
S'il aimait l'art et la musique grecques,
s'il avait constamment près de lui des philosophes
et des poètes grecs, d'autre part, il avait une foi crédule qui lui faisait
consacrer souvent de longues heures à l'interprétation des songes .
S'il était le coureur le plus agile, le cavalier le plus accompli, le
chasseur le plus adroit de son temps, s'il gagna dans l'arène plus d'un
prix comme conducteur de chars, il s'abandonnait aux excès de princes
de l'Orient : il était le plus fort mangeur et le buveur le plus intrépide
de son royaume; il possédait un harem nombreux, et l'on a trouvé dans
ses papiers plusieurs lettres licencieuses qui ne laissent aucun doute
sur sa sensualité. Despote sans frein, méfiant, cruel jusqu'à l'atrocité,
vindicatif et perfide, il se distinguait pourtant des autocrates de l'Orient
par son indomptable activité. Momnmsen nous semble avoir été trop sévère
pour lui, lorsqu'il a dit que son éducation hellénique ne lui allait
pas mieux qu'une armure romaine à un Cappadocien. S'il est inférieur
aux grands hommes d'Athènes et de Sparte,
il domine, et de très haut, les rois d'Arménie ,
les sultans parthes, et mĂŞme la plupart
des Séleucides et, plus tard, des empereurs
romains. S'il n'avait eu quelques vigoureuses qualités d'organisateur,
il n'eût pas lutté pendant vingt-cinq ans contre Rome
et ses habiles généraux, Sylla, Lucullus
et Pompée.
Ce furent ses prétentions sur l'Asie Mineure
qui le mirent aux prises avec la République romaine. D'accord avec le
roi de Bithynie ,
Nicomède, Mithridate annexa à son royaume
les districts orientaux de la Paphlagonie
indépendante et une partie de la Galatie ,
puis il tourna ses ambitions vers la Cappadoce .
Son allié, dans cette circonstance, fut le roi d'Arménie ,
Tigrane.
La Cappadoce fut conquise par Mithridate, qui lui donna pour roi un de
ses fils. Mais le Sénat romain commençait à s'inquiéter de ce qui se
passait en Asie Mineure : il enjoignit à Mithridate comme à Nicomède
de Bithynie d'évacuer tous les pays dont ils s'étaient emparés; l'injonction
était faite sur un ton énergique; elle fut obéie (95
av. J.-C.). Deux ans plus tard, une nouvelle tentative de Mithridate
et de Tigrane sur la Cappadoce fut déjouée par Sylla,
alors propréteur en Cilicie .
Mithridate comprit qu'il lui était impossible de réaliser ses projets
sans entrer en conflit avec Rome ;
il se prépara à la guerre. Pendant quelques années encore, il dissimula
sa colère et même se soumit ou feignit de se soumettre aux exigences
impolitiques du consulaire Manius Aquilius, que le Sénat romain avait
envoyé spécialement en Asie Mineure. Enfin, lorsqu'il se sentit prêt,
au printemps de l'année 88, il leva
le masque et déclara la guerre à Rome.
La première guerre entre Mithridate
et les Romains dura quatre ans, de 88
Ă 84 av. J.-C. Rome subit d'abord
de grands désastres. Son allié, le nouveau roi de Bithynie ,
Nicomède, fut complètement battu; ses deux généraux, Aquilius et Cassius,
ne surent pas mieux résister aux troupes pontiques. Partout la défection
des vassaux suivit la défaite; Mithridate fut acclamé par tous les Asiatiques;
les villes de la province d'Asie lui ouvrirent leurs portes avec enthousiasme.
La flotte puissante que Mithridate avait pu constituer, grâce aux ressources
que lui fournissaient le Bosphore Cimmérien
et la Colchide ,
lui permit de conquérir la mer Egée après l'Asie Mineure. Aquilius,
fait prisonnier dans Mytilène, fut ramené à Pergame ,
au milieu des insultes de la population; il y mourut, probablement tué
par ordre du vainqueur. Le roi du Pont
souilla sa victoire : il fit massacrer, en un seul jour, tous les Romains
ou Italiens, hommes, femmes, enfants,
qui se trouvaient en Asie. Les « Vêpres éphésiennes », ainsi nommées
sans doute parce que le signal de la tuerie partit d'Ephèse,
firent près de cent mille victimes. Le butin fut énorme; les biens des
proscrits, presque tous banquiers ou marchands, furent attribués, soit
aux villes asiatiques, soit au trésor royal de Mithridate. Il n'y avait
plus un seul Romain en Asie. Enhardi par le triomphe, Mithridate jeta les
yeux sur la Grèce
d'Europe. Une ambassade, qu'il reçut d'Athènes
lui apprit que les Grecs d'Europe n'étaient pas moins disposés que les
Asiatiques Ă secouer le poids de la domination romaine. Quelques semaines
plus tard, la mer Egée était, comme le Pont-Euxin, un lac pontique, et
toute la Grèce continentale jusqu'à la Thessalie
s'était déclarée en faveur de Mithridate. La situation devenait très
grave pour Rome.
Ce fut alors qu'Ă l'issue de la guerre
sociale et après des troubles civils où les partis se disputèrent par
la violence le choix du général en chef, Sylla
se fit décerner le commandement de la guerre d'Orient. Il partit d'Italie
au début de l'année 87, et vint débarquer
en Epire .
L'arrivée des légions romaines dans la Hellade suffit pour faire rentrer
dans le devoir la plupart des rebelles de la Grèce
d'Europe. Seules l'Attique
et l'Eubée
restèrent attachées à la cause du roi du Pont .
Sylla, après avoir traversé l'Etolie, la Thessalie ,
la Béotie ,
mit le siège sous les murs d'Athènes et
du Pirée .
Les Athéniens résistèrent vaillamment ; ils se moquèrent même de Sylla,
l'appelant une « mûre saupoudrée de farine », par allusion à son teint
blanc parsemé de taches rouges. Mais la famine ne tarda pas à sévir
dans la cité. La résistance des assiégés faiblit, et le 1er
mars 86, Ă minuit, Sylla entra par
la brèche dans Athènes. La ville fut livrée en proie à une soldatesque
furieuse. Peu de temps après, le Pirée succombait à son tour. Sylla
en fit démolir les murailles. Il se porta ensuite en Béotie au-devant
d'une armée de 100 000 hommes, que Mithridate
envoyait contre lui; il la vainquit près de Chéronée .
Aussitôt, le roi du Pont fit passer en Grèce de nouvelles troupes sous
le commandement d'un de ses meilleurs généraux, le Grec Dorylaos; ces
troupes parvinrent jusqu'en Béotie, mais elles y subirent la défaite
décisive d'Orchomène (86).
Mithridate,
à ce moment, n'était pas seulement vaincu sur le champ de bataille. L'Asie,
qui avait salué avec une joie si enthousiaste ses triomphes de l'année
88,
commençait à regretter l'administration romaine. Les despotisme du roi
du Pont était plus tyrannique encore que celui des proconsuls, et les
exactions de ses gouverneurs plus terribles que celles mĂŞme des publicains.
Après ses victoires de Chéronée
et d'Orchomène, Sylla passa en Asie. Il n'eut
pas besoin d'y livrer de nouveaux combats. En vain Mithridate voulut mettre
à profit l'arrivée en Orient d'un général du parti démocratique, Valerius
Flaccus, bientôt remplacé par son légat et meurtrier Fimbria, pour
obtenir de meilleures conditions du vainqueur. Sylla, qui savait la situation
précaire de Fimbria et qui n'eut pas de peine à lui débaucher presque
toutes ses troupes, se montra intraitable à l'égard de Mithridate. Le
roi du Pont dut se résigner à la paix de Dardanos, dont les principales
clauses avaient été arrêtées, quelques mois auparavant, à Délion
en Béotie .
Mithridate rendit toutes les conquĂŞtes qu'il avait faites en Europe
et en Asie ,
paya une indemnité de guerre de 2000 talents, livra tous les prisonniers
qu'il avait faits, tous les transfuges qui se trouvaient près de lui,
et soixante-dix galères (août 85).
Sylla resta encore une année en Asie, pour y rétablir la domination romaine,
y châtier les peuples et les villes qui avaient pris parti pour Mithridate
et y faire un riche butin. Mithridate était retourné dans son royaume,
aussitôt après la paix de Dardanos.
Il se préoccupa d'abord de rétablir son
autorité légèrement ébranlée en Colchide
et dans le Bosphore Cimmérien .
Puis il recommença à surveiller de près les affaires d'Asie Mineure.
Ce n'est pas qu'il songeât à reprendre la lutte contre les Romains;
mais il tenait à ne laisser échapper aucune circonstance favorable. S'il
ne lui était plus permis d'agrandir ses Etats par l'annexion de vastes
pays, comme la Paphlagonie ,
la Galatie ,
la Cappadoce ,
il voulait du moins accroître son autorité et son influence politique
en Asie. Il resserra son alliance avec son gendre, le roi d'Arménie ,
Tigrane, qui était devenu le souverain le plus puissant de l'Orient: en
77,
à l'instigation de Mithridate, Tigrane, qui avait déjà annexé la Syrie,
envahit la Cappadoce
et la réunit à son royaume. Le roi du Pont noua aussi des relations politiques
avec les pirates ciliciens, maîtres de la
Méditerranée orientale, avec les Asiatiques sur lesquels le joug de Rome
pesait de nouveau très lourdement, même avec Sertorius.
En un mot, sans désirer la guerre avec Rome et sans vouloir la déclarer
à tout prix, Mithridate pourtant s'y préparait. Elle lui parut inévitable
en 74, lorsque le Sénat, après la
mort du dernier roi de Bithynie ,
Nicomède, accepta le testament de ce prince qui léguait son royaume au
peuple romain.
Les hostilités s'ouvrirent au printemps
de l'année 73. Mithridate envahit
la Bithynie, refoula les troupes du proconsul, M. Aurelius
Cotta, jusque sous les murs de Chalcédoine ,
et leur infligea une sanglante défaite. Mais cette victoire fut sans lendemain.
Le gouverneur de la Cilicie ,
Lucullus, investi, en même temps que Cotta, du commandement des armées
d'Orient, accourut. Mithridate, qui avait
mis le siège devant Cyzique ,
fut à son tour bloqué par Lucullus; écrasé par les légions, il se
réfugia sur ses vaisseaux et, six mois durant, pilla les côtes de la
Propontide; une de ses escadres parut même dans la mer Egée. Mithridate
n'en fut pas moins réduit, pendant l'année 71,
à abandonner même son royaume héréditaire et à s'enfuir chez son gendre
Tigrane. Le Pont
fut occupé par l'armée de Lucullus (71-70).
Le général romain envoya auprès de Tigrane
un ambassadeur chargé de réclamer l'extradition de Mithridate.
Tigrane refusa de livrer son allié, devenu son hôte. C'était la guerre.
Elle commença au printemps de 69.
Lucullus atteignit la capitale de l'Arménie ,
Tigranocerte, et remporta une grande victoire aux portes mĂŞmes de la ville.
Paralysé par l'indiscipline de ses soldats, il ne put achever la conquête;
deux ans plus tard, il fut encore vainqueur près de Nisibis ,
entre le Tigre et l'Euphrate, Mais, surpris dans les régions montagneuses
de la Grande-Arménie par un hiver très rigoureux, Lucullus perdit en
quelques semaines tout le fruit de ses victoires. Harcelé par ses ennemis,
il dut battre en retraite; et s'il put ramener ses légions sans subir
de désastre humiliant, il n'en dut pas moins évacuer le Pont, où Mithridate
rentra en triomphateur (67). Ce fut
pour peu de temps. Lucullus avait mérité, par la sévérité de son administration
en Asie ,
la haine des publicains et de l'ordre équestre. L'échec final de sa campagne
contre Tigrane et Mithridate servit de prétexte aux chevaliers pour l'attaquer
Ă Rome .
Lucullus fut dépouillé de son commanderaient, et la loi Manilia
confia à Pompée la haute direction de toutes
les affaires d'Orient.
Pompée arriva
en Asie Mineure au printemps de l'année 66
avec des forces considérables; aisément vainqueur du roi du Pont, il
se porta de suite contre Tigrane, qu'il réduisit à demander la paix.
Tigrane renonça à toutes ses conquêtes d'Asie Mineure et de Syrie, reconnut
la suzeraineté de Rome ,
paya une indemnité de guerre de 6000 talents et mit à prix la tête de
Mithridate.
Celui-ci, poursuivi, traqué sans cesse par les cavaliers de Pompée, s'enfuit
vers le Nord ; il franchit l'Acampsis, traversa la Colchide ,
gagna Dioscurias, culbuta les barbares du Caucase
qui voulaient lui barrer la route du Bosphore Cimmérien
et atteignit enfin Panticapée. L'indomptable vieillard ne renonçait pourtant
pas à la lutte. Il voulait réunir autour de lui une armée formidable
de Scythes et de Sarmates, longer la cĂ´te septentrionale du Pont-Euxin,
remonter la vallée du Danube, entraîner à sa suite toutes les tribus
gauloises qu'il rencontrerait, et fondre par le Nord sur l'Italie
épouvantée. Ce projet ne put pas être réalisé. Mithridate fut trahi
par son fils Pharnace, que les Romains avaient acheté. Assiégé dans
la citadelle de Panticapée, le vieux roi aima mieux se tuer que tomber
entre les mains de ses ennemis. Après avoir vu mourir près de lui deux
de ses filles et tenté vainement de s'empoisonner, il se fit égorger
par un de ses gardes (63 av. J.-C.).
Avec Mithridate, le royaume du Pont avait connu l'apogée de son histoire;
après sa mort, il disparut.
Histoire
du Pont sous la domination romaine
Le vainqueur de Tigrane et de Mithridate,
Pompée
organisa l'Orient en vertu des pleins pouvoirs qui lui avaient été conférés
par la loi Manilia de
66. Les
Etats de Mithridate furent divisés en deux parts, qui restèrent séparées
pendant toute l'Antiquité romaine. Les districts occidentaux du Pont
furent réunis à la Bithynie ;
ils formèrent avec elle la province de Bithynie et du Pont; pourtant ils
ne se confondirent pas absolument avec la Bithynie; sous le nom de Pontus
ou Ora Pontica, ils eurent leur capitale, Amastris, leur assemblée
provinciale, et leur grand prĂŞtre particulier. Le Pont oriental, depuis
le fleuve Halys jusqu'aux frontières de la Colchide
et de l'Arménie ,
fut donné au roi des Galates, Déjotarus;
la Colchide, redevenue indépendante en théorie, forma en réalité plusieurs
principautés clientes des Romains, enfin le Bosphore Cimmérien fut attribué
au fils de Mithridate, Pharnace, et devint un Etat vassal de Rome .
La Colchide et le Bosphore ne furent jamais des provinces
romaines. Quant au Pont Oriental, une partie, le Pontus Galaticus,
qui comprenait les villes d'Amasie et de Comana, fut rattachée par Auguste,
en 7 av. J.-C., Ă la province romaine
de Galatie constituée en l'année 25.
Le reste, qui s'étendait depuis le fleuve Thermodon jusqu'à la Colchide,
forma pendant près d'un siècle (36 av. J.-C.-63
ap. J.-C.) le royaume vassal de Pontus Polemoniacus,
ainsi nommé de deux ou trois Polémon, qui le gouvernèrent.
En 36,
Antoine
donna le gouvernement de ce pays, avec le titre de roi, à Polémon, fils
du rhĂ©teur ZĂ©non de LaodicĂ©e, qui avait rendu de grands services Ă
la cause des triumvirs, lorsque Labiénus et
les Parthes menaçaient d'envahir l'Asie
Mineure. Polémon Ier régna probablement
jusque vers l'année 2 ou 1
av. J.-C. Son royaume fut agrandi de la Petite-Arménie et du
Bosphore. Sa fortune ne fut pas compromise par la victoire d'Octave
à Actium; bien qu'il eût envoyé des secours
à Antoine, il sut se concilier les bonnes grâces du vainqueur. Il mourut
en combattant contre les populations barbares dé la Sindique. Sa veuve,
Pythodoris, hérita du royaume du Pont Polémoniaque. On ignore la date
de sa mort. En 39, un roi, du nom de
Polémon, régnait sur le Pont Polémoniaque. La plupart des auteurs admettent
que ce Polémon n'est autre que le fils aîné de Polémon et de Pythodoris
et l'appellent Polémon lI. W. H. Waddington, s'appuyant sur des documents
numismatiques, affirme qu'en 39 ce
prince était beaucoup trop jeune pour pouvoir être le fils de Polémon
Ier, mort en 2
ou 1 av. J.-C.;
il voit en lui le petit-fils de ce prince, et croit qu'il faut intercaler
entre le règne de Pythodoris et celui de ce Polémon le règne d'un autre
prince qu'il nomme Polémon lI. Il y aurait donc eu, d'après cet auteur,
trois Polémon : Polémon Ier (36-2
ou 1 av. J.-C.), Polémon II (?-39
ap. J.-C.), Polémon III (39-63).
Comme son grand-père, Polémon III régna, au moins pendant quelques années,
sur une partie de l'Arménie
et sur le Bosphore. Il abdiqua en 63,
sur l'invitation de Néron, auquel il légua son
royaume, et le Pontus Polemoniacus fut annexé à l'empire romain. Il fut
d'abord réuni à la province de Galatie ;
plus tard, il semble avoir été rattaché à la province de Cappadoce .
Le nom de Pontus figura encore au Bas-Empire
dans la nomenclature administrative des Romains;
l'une des grandes divisions de la province d'Orient fut le diocèse de
Pont ,
qui dépendait de la préfecture du prétoire d'Orient; ce diocèse renfermait
plusieurs provinces, dont deux portaient ce mĂŞme nom de Pont : le Diospontus
ou Helenopontus (Amisos, Sinope, Amasie)
et le Pontus Polemoniacus (Comana, Trapezonte). (J.
Toutain). |
|