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Si
le terme Province romaine (Provincia Romana) renvoie aujourd'hui
le plus souventà la région du Sud de la Gaule,
qui fut la première possession de Rome au-delÃ
des Alpes .
Pour les Romains, le terme de Provincia Romana ne désigne pas une
province spécifique, mais renvoie au concept même de province dans l'administration
de la Rome antique, une institution qui a évolué sur plusieurs siècles.
À l'origine, le mot latin provincia n'avait pas de signification
territoriale fixe; il désignait la sphère de compétence d'un magistrat,
la mission qui lui était confiée, comme la conduite d'une guerre ou une
tâche juridique. C'est avec l'expansion de la République,
notamment après la première guerre punique, que le terme s'est cristallisé
pour définir un territoire conquis, soumis à l'autorité d'un gouverneur
romain. La première province territoriale permanente fut la Sicile,
annexée en 241 av. JC., suivie de la Corse-Sardaigne,
puis des provinces hispaniques. Ce fut une transformation fondamentale
: la cité-État républicaine commençait à se muer en empire territorial,
devant inventer des outils pour administrer des terres lointaines et des
peuples vaincus. Le statut de province reposait sur un principe simple
: le sol provincial était, juridiquement, propriété du peuple romain,
cédé par droit de conquête. Ses habitants, qu'ils soient anciens citoyens
de cités soumises ou sujets, devenaient des hommes libres mais dépourvus
de la citoyenneté romaine, à moins d'un privilège accordé. Ils devaient
payer un tribut, impôt direct sur la terre (le stipendium) ou sur
les personnes, marque concrète de leur soumission.
L'administration
républicaine de ces territoires était, à dessein, légère et peu coûteuse,
mais profondément inégalitaire. Le Sénat envoyait
chaque année un gouverneur, généralement un ancien consul ou préteur,
revêtu de l'imperium, le pouvoir de commandement
militaire et judiciaire. Il était accompagné d'un questeur pour les finances
et d'une très faible cohorte de personnel. Ce système misait sur l'auto-administration
des cités locales, Rome préférant pactiser avec les aristocraties
en place, leur laissant la gestion quotidienne, la perception des impôts
étant même affermée à des sociétés de publicains, des chevaliers
romains. Ce fut la source d'une exploitation éhontée : le gouverneur,
sans véritable salaire, voyait souvent sa charge comme le moyen de s'enrichir
et de rembourser les dettes contractées pour sa carrière politique, pressurant
les provinciaux. Les grands procès pour concussion, comme celui intenté
par les Siciliens contre Verrès, plaidé par Cicéron,
illustrent les abysses de cette rapacité. Le système républicain, taillé
pour une cité, s'avéra structurellement inadapté à l'empire, transformant
les provinces en proies pour l'oligarchie
sénatoriale et équestre, et nourrissant des révoltes violentes.
L'avènement du Principat
sous Auguste marqua une refonte radicale. Prenant
prétexte de restaurer la République, Auguste mit fin à l'exploitation
anarchique en instaurant un partage des provinces. Le Sénat conserva la
gestion des provinces pacifiées et les plus anciennes, dites provinces
publiques ou sénatoriales, gouvernées par un proconsul tiré au sort
pour un an. L'empereur, lui, se réserva l'administration directe des provinces
impériales, souvent frontalières, là où stationnaient les légions.
Il y déléguait son pouvoir à des légats d'Auguste propréteurs, choisis
par lui et servant pour une durée indéterminée, de simples mandataires.
Cette dichotomie cachait un contrôle impérial absolu, car même dans
les provinces sénatoriales, l'empereur pouvait intervenir par ses édits.
Une catégorie plus modeste, les provinces procuratoriennes, fut confiée
à un chevalier, préfet ou procurateur, pour des territoires montagneux
ou peu étendus, comme la Judée ou les Alpes.
L'Égypte, grenier à blé de Rome,
fut un cas unique, propriété personnelle de l'empereur, gouvernée par
un préfet de l'ordre équestre, où l'entrée était interdite aux sénateurs
sans autorisation. Ce nouveau système apporta une administration plus
rationnelle. La fiscalité fut réformée, avec le recensement périodique,
la naissance d'un cadastre et une perception plus directe par des agents
impériaux, réduisant le rôle vorace des publicains. Le développement
d'une bureaucratie impériale, la création de routes et d'un service postal
(le cursus publicus), relièrent les provinces au centre. Surtout,
un processus lent d'intégration des élites provinciales fut amorcé,
les aristocraties locales se voyant offrir la citoyenneté romaine et l'accès
aux ordres supérieurs, prélude à leur entrée au Sénat. Le provincial
n'était plus seulement un sujet, mais un Romain en devenir.
L'Édit de Caracalla
en 212 ap. JC, octroyant la citoyenneté à presque tous les habitants
libres de l'Empire, abolit la distinction
fondamentale entre citoyens et non-citoyens qui fondait le statut provincial.
Cet acte transforma l'empire territorial en un empire universel de citoyens,
mais il en modifia aussi la nature fiscale, étendant l'impôt sur les
successions à tous. La grande crise du IIIe
siècle, marquée par les invasions, l'anarchie militaire et la sécession,
contraignit à une dernière métamorphose sous Dioclétien
et Constantin. Le maillage provincial fut
entièrement redessiné : les anciennes provinces, jugées trop vastes
pour des gouverneurs potentiellement dangereux, furent morcelées, leur
nombre doublant pour atteindre la centaine. Elles furent regroupées en
douze diocèses, confiés à des vicaires, eux-mêmes intégrés dans quatre
vastes préfectures du prétoire (Gaule, Italie,
Illyrie, Orient), véritables piliers d'un État centralisé et tentaculaire.
La fonction militaire, séparée de l'administration civile, fut confiée
à des duces. Le gouverneur provincial, totalement désarmé, devint
un pur administrateur civil, responsable de la justice et du fisc, noyé
dans une hiérarchie pyramidale de fonctionnaires aux titres ronflants.
Cette structure tétrarchique, lourde et coûteuse, parvint à stabiliser
l'Empire pour un temps, mais figea et étouffa les sociétés locales sous
une chape de contrôle étatique, une fiscalité écrasante et des charges
héréditaires obligatoires. L'ancienne province, espace de pillage puis
de romanisation progressive, était devenue un rouage d'une gigantesque
machine bureaucratique, matrice des circonscriptions territoriales qui
allaient survivre à la disparition de l'Empire d'Occident, leur nom même
restant inscrit dans le mot Provence, souvenir de l'antique Provincia
Narbonensis.
-
| Province |
Administrateur |
Légion |
Hispania
(Péninsule ibérique)
|
1
Tarraconensis |
legatus
pro proetore (de rang consulaire) |
IV
Macedonica 1
VI
Victrix 2
lX
Gemina 3 |
2
Lusitania
(créée
peut-être
dans
les premières années de Tibère). |
legatus
(prétorien) |
- |
Gallia
transalpina (Gaule
transalpine, provinces démembrées seulement sous Tibère?)
|
| 3
Germania superior |
legatus(consulaire) |
IIa
Augusta 4
XIII
Gemina 5
XIV
Gemina 6
XVI
- 7 |
| 4
Germania inferior |
legatus(consulaire) |
Va
Alauda
XX
Victrix 8-9
I,
XXI 10-11 |
5
Belgica |
legatus
(prétorien) |
- |
6
Aquitania |
legatus
(prétorien) |
- |
7
Lugdunensis  |
legatus
(prétorien) |
- |
|
Alpes
|
| 8
Alpes Maritimes |
procurator
Augusti |
- |
|
Illyrie
(démembrée peut-être sous Tibère seulement?)
|
9
Raetia |
procurator
Augusti |
- |
10
Noricum |
procurator
Augusti |
- |
11
Pannonia |
legatus
(consulaire) |
VIII
Augusta 12
IX
- 13
XV
Apollinaris 14 |
12
IIIyricum |
legatus
(consulaire) |
VII
15
XI
16 |
|
Créée
seulement par Tibère, d'ap. Appien (Illyr.,
30) :
|
13
Moesia |
legatus(consulaire) |
IV
Scythica 17
V
Macedonica 18 |
|
Galatie
|
| 14
Galatia |
legatus
(prétorien) |
- |
|
Réunies
sans doute en une seule province sous Auguste
:
|
| 15
Pamphylia |
legatus(prétorien) |
III
Gallica 19
VI
Ferrata 20
X
Fretensis 21 |
16
Cilicia |
legatus(prétorien) |
| 17
Syria |
legatus(consulaire) |
Égypte
|
| 18
Aegyptus |
praefectus |
III
Cyrenaïca 22
XII
Fulminata 23
XXII
Dejotariano 24 |
|
La
province d'Afrique, quoique sénatoriale, possède la II Augusta 25.
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