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Les épidémies et les pestes |
| Aperçu | Les croyances populaires | Mourir ou prévenir |
| Mourir
ou prévenir
La mortalité.
En mil trois cent quarante-huitEt pour la ville de Beaune En mil trois cent quarante-neufDans nombre de chroniques, les évaluations sont des plus approximatives; parfois même, quand l'auteur cherche à préciser, il se trouve qu'il y a plus de décédés que d'habitants! Au XIe siècle (1006, 1008, 1016, 1017), des narrateurs nous parlent de la pestilence qui frappe l'Europe, notamment l'Italie, et ici encore selon leurs récits le nombre des morts dépasse le chiffre des survivants. Il est question de 43 000 décès à Anvers Florence
perd, dit-on, plus de 15 000 habitants en 1340,
et 4000 en 1347. Ce n'est rien comparativement
aux données concernant la peste noire. S'agit-il de cette cité
de Florence, 600 décès par jour, au total 60 000; de cinq
individus existant au début du fléau, trois meurent. La proportion
est de sept sur dix à Pise En ce qui touche la France, une proportion
d'un quart de décès sur la population totale, indiquée
par Chauliac, paraît se rapprocher de
la vérité, tout en restant énorme. En 1361,
la peste revient à Avignon, on accuse
17 000 inhumations; nombre d'évêques et de cardinaux « en moins de cinq sepmaines trespasse en ville de Paris plus de L mil [cinquante mille] personnes. »Pour cette année, Monstrelet donne un chiffre encore plus élevé : « A Paris on se mouroit d'épidémie très merveilleusement dedans la ville car comme il fut trouvés par les curés des paroisses, il y mourut cette année oultre le nombre de quatre-vingts mille personnes. »Pour l'épidémie de 1438-1440, le même auteur donne le chiffre de 43 000 décès; à Bâle, où se tient le Concile, c'est un horrible massacre, « orrendo stragio ». Les années 1478 à 1485 comptent encore parmi les époques meurtrières; à Florence, 2000 défunts sont enterrés dans un seul cimetière, et pour Milan (1485) certains auteurs parlent de 137 000 morts! Frari ajoute que cela lui semble un peu exagéré : « crede qualche altro autore essere questo numero esagerato. »En résumé, la mortalité est terrible lors de ces épidémies si fréquentes, mais la peur faisant office de verre grossissant contribue à enfler les chiffres fournis par les chroniqueurs. La réalité demeure néanmoins effrayante et l'on conçoit que la peste noire amène des perturbations économiques profondes. Les remèdes
et moyens préventifs.
« La peste, dit-il, fut inutile et honteuse pour les médecins, d'autant qu'ils n'osoient visiter les malades de peur d'être infectés; et quand ils les visitoient ny faisoient guères et ne gagnoient rien; car tous les malades mouroient, excepté quelque peu sur la fin. »Un autre praticien n'hésite pas à déclarer ce mal sans remède : « curationem omnem respuit pestis confimata. »Cette méconnaissance des devoirs de la profession médicale n'est pas générale, et lors des différentes épidémies on trouve souvent la mention de médecins et de chirurgiens payés par les villes et se chargeant du soin des malades. A Clermont-Ferrand on accorde à un barbier franchise de taille sa vie durant et quarante sous par mois de traitement. A Dijon il y a aussi des héridesses (femmes soignant les malades et faisant les lessives) et des mangogets chargés de veiller les personnes atteintes du fléau, et d'inhumer les trépassés. A côté de défaillances, l'histoire enregistre nombre de dévouements admirables; celui de saint Roch est connu; sainte Catherine de Sienne va au plus fort de l'épidémie soutenir le courage des mourants, et saint Bernardin de Sienne pousse jusqu'à l'héroïsme l'esprit de sacrifice; à l'âge de vingt ans, en 1400, il se voue au service des pestiférés. Les soeurs de l'Hôtel-Dieu parisien meurent sur la brèche et trouvent immédiatement des remplaçantes; les Filles-Dieu agissent de même à Angers. A Westminster (1349) il reste une seule des personnes desservant l'hôpital Saint James (Brethren and Sisters), les autres sont mortes à leur poste. Les remèdes conseillés sont
de peu d'importance. La Faculté de Paris, dans sa consultation,
s'attache principalement aux moyens préventifs : air pur, viandes
légères, bon vin, exemption de fatigues et de soucis. A noter
que, d'accord en cela avec nos modernes hygiénistes, les médecins
du XIVe siècle
recommandent, si l'on n'a pas sous la main une eau irréprochable,
de la faire bouillir ou distiller, avant de la boire. L'isolement des malades,
la purification de l'air à l'aide de feux continuels, d'aromates,
sont des moyens couramment en usage. Les rapports entre pestiférés
et individus sains demeurent défendus par les règlements
des villes. Parfois les immeubles contaminés se trouvent signalés
à l'attention publique par une croix blanche ou un drapeau noir.
Les malades sont répartis fréquemment dans des loges ou cabanes
situées en dehors de la cité et brûlées ensuite.
Nombre de localités appliquent la même mesure radicale aux
habitations privées. Nous trouvons à Compiègne (1499)
mention de « deux escus de Roy » délivrés
à «-ung bon homme a quy on
a brullé sa maison, où ses enffans sont morts. ».
Le Conseil de ville de Troyes fait livrer aux flammes un petit bâtiment
dans lequel un homme et ses quatre enfants viennent de mourir. On expulse
les pauvres ou on les renferme. A signaler aussi des hécatombes
de chiens et de chats Ce n'est pas tout. A partir du XIIIe siècle apparaissent de nombreuses ordonnances des magistrats prescrivant des mesures d'assainissement dans les centres populeux, si insalubres au Moyen âge, avec leurs rues étroites, leurs maisons aux étages surplombants qui arrêtent les rayons du Soleil. Il faut y joindre l'accumulation de fumiers, matières fécales, etc. On songe alors à imposer le nettoyage des rues, le transport au loin des immondices : « Que nul barbier, disent les coutumes de Lunel (1367), quand il fera une saignée n'ose tenir en dehors de la porte de sa boutique plus de deux écuelles de sang... »Il est prescrit de n'élever dans les villes « aucuns bestiaux qui causent de l'infection ». Une ordonnance du Prévôt de Paris - 16 novembre 1510, « enjoint de plus à toutes personnes qui ont été malades de la contagion et à toutes celles de leur famille, de porter à leur main en allant par la ville, une verge ou bâton blanc, à peine d'amende arbitraire. »Toutes ces mesures sont impuissantes à enrayer des fléaux qui tiennent à des causes plus générales. Le meilleur préservatif est l'isolement, il faut autant que possible éviter les localités contaminées. Le duc de Savoie Amédée VIII (plus tard anti-pape sous le nom de Félix V) ne manque pas lorsqu'il doit se déplacer d'envoyer un médecin pour s'assurer « de certain s'il n'y a aucune infection d'aer ne aultre maladie. » En 1492 le roi de France, devant se rendre à Compiègne, députe son maréchal des logis « pour savoir et avoir oppignion si il n'y a aucun dangier pour la personne dudit Seigneur touchant la malladie de la peste »; une assemblée est convoquée à l'hôtel de ville en vue d'entendre les dépositions. Quelques cas suspects sont signalés. « Et pour ce que Mondit Seigneur le Mareschal a dit que on ne recélast point la chose que c'estoit sur la vie de ceulx qui le recelleroyent, a esté conclud de aller par devers Monseigneur le Bailly de Senlis, pour illec mander les curez, prieur de l'Ostel Dieu, médecins et barbiers dudit Compiègne, afin d'en savoir plus amplement la vérité. »Ces enquêtes marquent bien les inquiétudes qui envahissent l'esprit au seul mot de peste et l'impression profonde laissée par la mort noire, venant au milieu du XIVe siècle bouleverser l'état social des peuples en les décimant. (Léon Lallemand). -
Une colonne mariale (ou colonne trinitaire), en République Tchèque. Nombre de ces colonnes; dédiées à la Vierge ou à la Trinité, furent élevées en Europe centrale au XVIIIe siècle pour conjurer une épidémie de peste.Photo : © Angel Latorre, 2008 .-
La peste de nos jours. En rouge, les cas humains signalés entre 1977 et 1998; en jaune; les zones où la maladie affecte des animaux. |
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