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L'Arctique

90 00 N, 0 00 E
L'Arctique est une région polaire située à l'extrême nord de la Terre. Elle est caractérisée par des climats extrêmement froids et un couvert de glace permanente ou saisonnière. Elle est centrée sur l'océan arctique qui englobe plusieurs mers polaires comme la mer de Groenland, la mer de Laponie, la mer de Beaufort, la mer de Chuckchi, la mer de Laptev, la mer de la Terre de Sibérie, la mer de Kara et la mer de Barents. 

Les températures dans cette région sont très basses, avec des hivers rigoureux où il fait souvent moins de -30°C. En été, bien que les températures puissent monter jusqu'à 10°C, la glace reste présente sur une grande partie des mers arctiques. L'Arctique joue un rôle esentiel dans le système climatique mondial, influençant notamment les courants océaniques et atmosphériques.

Cette zone est essentiellement composée de zones continentales, de plateaux marins, d'îles, et de vastes étendues de glace flottante. Elle comprend aussi plusieurs territoires administratifs, tels que le Nunavut au Canada, le nord de la Russie, le Groenland (autonome au sein du royaume du Danemark), le nord de la Norvège, le nord de la Suède, le nord de la Finlande et l'Alaska aux États-Unis. Les populations humaines qui y vivent sont majoritairement autochtones, comme les Inuits et les Samis. Les perspectives offertes d'exploitation de ses ressources naturelles confèrent à la région une  importance géopolitique croissante. 

Géographie physique.
Le trait dominant de la région est l'océan Arctique, le plus petit et le moins profond des cinq grands océans du monde. Il est presque entièrement entouré par la terre et sa surface est recouverte en grande partie par une banquise permanente, bien que celle-ci ait considérablement diminué ces dernières années. Le plancher océanique est complexe, caractérisé par la présence de plusieurs dorsales sous-marines, notamment la dorsale de Lomonossov, une chaîne de montagnes sous-marine qui divise le bassin arctique en deux bassins principaux : le bassin eurasien et le bassin amérasien.

Les terres arctiques se composent de plusieurs types de paysages. De vastes étendues sont constituées de boucliers, des zones de roches précambriennes anciennes et stables, comme le bouclier canadien et le bouclier balte. Ces régions sont généralement plates ou légèrement ondulées. On y trouve également d'importantes chaînes de montagnes, notamment la chaîne des Innuitiennes dans l'archipel arctique canadien et les montagnes de l'Oural en Russie, qui s'étendent jusqu'à l'océan Arctique. Le Groenland, la plus grande île du monde, est dominé par une immense calotte glaciaire qui recouvre la majeure partie de son territoire.

La cryosphère, c'est-à-dire l'ensemble des glaces, est un élément fondamental du paysage arctique. Outre la banquise, elle comprend d'imposantes calottes glaciaires et des glaciers qui couvrent de vastes zones terrestres. Le pergélisol, un sol gelé en permanence, sous-tend une grande partie des terres émergées de l'Arctique. La fonte saisonnière de la couche superficielle du pergélisol (la couche active) crée des paysages avec des lacs thermokarstiques, des polygones de toundra et des phénomènes de solifluxion.

Le climat arctique est caractérisé par des hivers longs et froids et des étés courts et frais. Les températures hivernales peuvent chuter bien en dessous de -40°C. Les précipitations sont généralement faibles, la majeure partie tombant sous forme de neige. La région connaît des phénomènes lumineux extrêmes : la nuit polaire en hiver, où le soleil ne se lève pas pendant des semaines ou des mois, et le soleil de minuit en été, où il reste visible 24 heures sur 24.

L'hydrologie de la région est caractérisée par de grands fleuves qui se jettent dans l'océan Arctique, tels que le Mackenzie en Amérique du Nord et l'Ob, l'Ienisseï et la Léna en Sibérie. Ces fleuves transportent d'énormes quantités d'eau douce et de sédiments vers l'océan, ce qui influence sa salinité et sa circulation. De nombreux lacs et zones humides parsèment le paysage de la toundra, créés par la fonte des neiges et du pergélisol.

Biogéographie.
L'Arctique se signale par des conditions environnementales extrêmes : un froid intense, de longues périodes d'obscurité et de lumière, une faible productivité biologique et la présence omniprésente de glace et de neige. Les organismes vivants dans cette région ant dû développer des adaptations particulières pour survivre.

La végétation terrestre est dominée par la toundra, un biome sans arbres caractérisé par un sol pauvre en nutriments et une couche de pergélisol. La flore est basse et se compose principalement de mousses, de lichens, de cypéracées, de graminées et d'arbustes nains comme les saules et les bouleaux. Ces plantes ont des cycles de croissance courts, ce qui leur permet de profiter du bref été arctique pour fleurir et se reproduire rapidement. Les adaptations comprennent des structures en coussinet pour se protéger du vent et du froid, et des couleurs sombres pour absorber la chaleur solaire. La limite nord de la croissance des arbres, appelée la ligne des arbres, marque la transition entre la taïga (forêt boréale) et la toundra arctique.

La faune terrestre est limitée en diversité mais comprend des espèces emblématiques. Les grands mammifères herbivores sont le caribou (ou renne en Eurasie), le boeuf musqué et le lièvre arctique, qui sont des proies pour les prédateurs comme le loup arctique et le renard arctique. L'ours polaire est le superprédateur de la région, particulièrement adapté à la chasse sur la banquise. De nombreux oiseaux migrateurs, tels que les oies des neiges, les sternes arctiques et divers limicoles, affluent dans la toundra en été pour se reproduire, profitant de l'abondance d'insectes et de la lumière du jour continue. Pour survivre aux hivers rigoureux, les animaux ont développé des adaptations comme une fourrure épaisse ou un plumage dense, des couches de graisse isolantes, des couleurs de pelage blanches pour le camouflage et des stratégies d'hibernation ou de migration.

Le milieu marin arctique, bien que froid et souvent couvert de glace, abrite une vie étonnamment riche. La base de la chaîne alimentaire marine est constituée de plancton (phytoplancton) et d'algues de glace, qui connaissent une efflorescence spectaculaire au printemps et en été lorsque la lumière du soleil revient. Le phytoplancton nourrit le zooplancton, notamment les copépodes et le krill, qui sont à leur tour la nourriture de base pour de nombreuses espèces. Les poissons adaptés au froid, comme le cabillaud polaire, l'omble chevalier et le flétan du Groenland, sont abondants.

Les mammifères marins sont des éléments essentiels de l'écosystème. Plusieurs espèces de phoques (comme le phoque annelé et le phoque barbu) et le morse dépendent de la banquise pour se reposer, se reproduire et chasser. Diverses espèces de baleines habitent les eaux arctiques, y compris des résidents permanents comme le béluga et le narval, et des visiteurs saisonniers comme la baleine boréale, le rorqual commun et la baleine à bosse. L'ensemble de cet écosystème marin est intrinsèquement lié à la glace de mer, qui fournit un habitat et une plateforme de chasse essentiels. La variabilité saisonnière et la diminution à long terme de la banquise due au changement climatique ont  des conséquences profondes sur l'ensemble de la biogéographie de l'Arctique.

Le changement climatique affecte de manière disproportionnée la région arctique, et entraîne des modifications rapides et profondes de son environnement physique, biologique et social. L'augmentation des températures entraîne une fonte rapide des glaces polaires et des calottes glaciaires. Cette réduction de la couverture de glace en surface et favorise la fonte des pergélisol,. La fonte des glaces  accélère aussi le réchauffement global du fait de la diminution de la réflexion de la lumière solaire par la neige et la glace. Les eaux arctiques se réchauffent, ce qui affecte les courants océaniques et peut avoir des impacts globaux. La fonte du pergélisol libère du méthane, un puissant gaz à effet de serre, ce qui augmente encore davantage le réchauffement climatique. Le changement climatique modifient également les écosystèmes marins et terrestres de l'Arctique. Les populations de mammifères marins, comme les phoques et les ours polaires, sont directement affectées par la réduction de leur habitat naturel. L'accès à la nourriture devient plus difficile pour ces espèces, mettant en péril leur survie. De même, les oiseaux migrateurs et les plantes arctiques subissent des perturbations de leurs cycles de reproduction et de croissance. Les populations locales, souvent dépendantes des terres gelées pour leurs infrastructures et leur mode de vie, sont confrontées à des effondrements de bâtiments, de routes et de pipelines. Pararllèlement, le réchauffement climatique ouvre également la région arctique à de nouvelles activités humaines, notamment la navigation maritime et la prospection des ressources naturelles. La fonte des glaces permet une exploitation accrue des ressources énergétiques, minérales et halieutiques, mais cela pose des défis en termes de gestion durable et de protection de l'environnement. Les routes maritimes comme la route du Nord russe deviennent plus accessibles. Cela, facilite le transport maritime et attirent de nouvelles industries, mais augmentent aussi les risques d'accidents maritimes et de pollution.
Géographie humaine.
La population totale de l'Arctique est d'environ quatre millions de personnes, mais la densité est extrêmement faible et la distribution très inégale, concentrée le long des côtes et des systèmes fluviaux.

Historiquement et culturellement, la région est le foyer de nombreuses populations autochtones qui ont développé des modes de vie profondément adaptés à cet environnement extrême. En Amérique du Nord et au Groenland, les Inuits et d'autres groupes apparentés ont traditionnellement vécu de la chasse aux mammifères marins et terrestres. En Eurasie, des peuples comme les Sámis en Scandinavie et dans la péninsule de Kola, et les Nenets, Khantys, et Evenks en Sibérie, ont développé des sociétés basées sur l'élevage nomade du renne, la chasse et la pêche. Ces sociétés possèdent des connaissances traditionnelles approfondies de leur environnement, essentielles à leur survie et à leur identité culturelle. Aujourd'hui, bien que beaucoup vivent dans des établissements permanents, la chasse, la pêche et l'élevage du renne restent des piliers économiques et culturels importants.

La colonisation et l'établissement de populations non autochtones ont commencé plus tardivement et ont généralement été motivés par le commerce des fourrures, la chasse à la baleine, puis, de manière plus significative, par l'exploitation des ressources naturelles et des considérations militaires. Des villes comme Mourmansk en Russie, Tromsø en Norvège ou Fairbanks en Alaska sont devenues des centres administratifs, industriels et de transport importants. La majorité de la population arctique vit aujourd'hui en Russie. Les établissements humains sont souvent isolés, reliés entre eux et au reste du monde principalement par voie aérienne ou maritime, bien que certaines régions disposent de réseaux routiers ou ferroviaires limités.

L'économie de l'Arctique repose en grande partie sur l'extraction des ressources. Le sous-sol est riche en pétrole, en gaz naturel, en minéraux comme le nickel, le cuivre, le zinc, le diamant et l'or. L'exploitation de ces ressources constitue le pilier économique de nombreuses populations arctiques, mais elle génère également des tensions environnementales et sociales, qui affectent les modes de vie traditionnels et les écosystèmes fragiles. La pêche commerciale est une autre industrie vitale, en particulier dans la mer de Barents et les eaux islandaises.

Sur le plan géopolitique, l'Arctique est une région de coopération et de compétition. La gouvernance est principalement assurée par les huit États arctiques, qui collaborent au sein du Conseil de l'Arctique, un forum intergouvernemental qui inclut également les organisations des peuples autochtones en tant que participants permanents. Le changement climatique et la fonte de la banquise ouvrent de nouvelles voies de navigation, comme le passage du Nord-Ouest et la route maritime du Nord, ce qui intensifie l'intérêt économique et stratégique pour la région et soulève des questions complexes de souveraineté, de sécurité et de gestion environnementale.

Le Conseil de l'Arctique est une organisation intergouvernementale créée en 1996, regroupant huit États riverains de l'océan Arctique : le Canada, les États-Unis, la Russie, la Norvège, le Danemark (par l'intermédiaire du Groenland et des îles Féroé), la Suède, la Finlande et la Norvège. Ce conseil est né dans un contexte des changements climatiques accélérés qui modifient profondément l'Arctique, qui rendent ses ressources naturelles plus accessibles et ouvrent la région à de nouvelles perspectives économiques, tout en posant de nouveaux défis environnementaux et géopolitiques. Le Conseil a été conçu comme un espace de dialogue informel, où les États peuvent discuter des questions touchant à l'environnement, aux peuples autochtones, au développement durable, à la sécurité maritime, aux infrastructures et à la recherche scientifique. Contrairement à d'autres organisations internationales, il n'a pas de statuts formels, de budget propre ou de structures administratives complexes. Chaque pays assume la présidence du Conseil pendant deux ans, ce qui permet de diversifier les perspectives et les priorités stratégiques. Depuis sa création, le Conseil de l'Arctique a travaillé sur plusieurs projets clés. Il a adopté des initiatives visant à protéger l'environnement arctique, notamment en matière de gestion des déchets, de protection des espèces menacées et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les discussions portent également sur la gestion des ressources marines, la navigation maritime et la sécurité des routes maritimes, qui deviennent de plus en plus accessibles avec la fonte des glaces. Le Conseil encourage également la participation des peuples autochtones, qui jouissent d'un statut particulier dans ses travaux, reconnaissant leur rôle central dans la conservation de la culture et des savoirs traditionnels liés à l'Arctique. Bien que le Conseil de l'Arctique ne soit pas une organisation décisionnelle au sens strict, il joue un rôle important dans la coordination des efforts entre les États membres et dans la promotion de la stabilité régionale. Cependant, certaines critiques ont été formulées à son sujet, notamment concernant son manque de pouvoir décisionnel et son incapacité à résoudre certains conflits territoriaux ou environnementaux. 
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