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Groenland
Kalaallit Nunaat

72 00 N, 40 00 W
Le Groenland est une vaste terre polaire arctique, située au Nord-Est du continent de l'Amérique du Nord, dont elle est complètement séparée par la mer. Cette île est presque toute couverte d'une épaisse cuirasse de glace, l'inlandsis (81% de la surface du Groenland), aboutissant sur les côtes, presque partout abruptes, à de longs glaciers d'où se détachent les plus gros icebergs flottant sur les mers. Le Groenland commence par 83° 40' de latitude Nord (le cap Morris Jessup, son point le plus septentrional n'est qu'à 700 km du pôle Nord), mais est flanqué au Nord d'autres terres encore plus septentrionales (île Lockwood, Melville Land, etc.), s'étend au Sud jusqu'au cap Farewell, par 60° de latitude Nord environ. Quoique cette latitude soit bien inférieure au cercle polaire, le Groenland appartient tout entier, avec la mer qui l'enveloppe, à la région polaire.
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Carte du Groenland.
Carte du Groenland .Source : The World Factbook.
(Cliquer sur l'image pour afficher une carte plus détaillée).

Avec une longueur du Nord au Sud de 2000 kilomètres, et une largeur moyenne de 1050 kilomètres, cette masse terrestre occupe 2 166 086 kilomètres carrés. Elle a une forme triangulaire marquée. Au sud elle s'effile dans l'Océan Atlantique, au Nord son rebord large se soude à l'immensité de la banquise polaire. 

Le contour de cette île est assez accidenté, la côte forme des saillants prononcés et engendre des presqu'îles. La partie occidentale est plus riche en articulations que la partie orientale, on y distingue les presqu'îles de Hall, Washington, Prudhoe, les golfes de Kane et d'Ingrefield, la baie de Melville. La côte Est, par contre, est entaillée par des fjords considérables : fjords du Roi Oscar, de l'Empereur François-Joseph. Au large une foule d'îles et d'îlots lui forment cortège, Clavering, Ymer, etc. 

La partie orientale laisse peu de place aux établissements humains, mais la région occidentale a une bande de terre appréciable dégagée de l'enveloppe glacée. En effet, en arrière de la côte s'étale un sol caillouteux formé par les moraines avec des placages fréquents de limon, et c'est seulement en arrière de celle-ci que la glace règne exclusivement. La surface de l'inlandsis est très accidentée avec des saillants rocheux et des dépressions dues à l'érosion des eaux de fonte. 

Géographie physique du Groenland

La calotte glaciaire.
La géographie du Groenland est dominée par une immense calotte glaciaire, connue sous le nom de Sermersuaq en groenlandais, qui couvre environ 80% de sa surface. Cette masse de glace est la deuxième plus grande au monde après celle de l'Antarctique. Elle atteint des épaisseurs de plus de 3000 mètres en son centre, ormant un dôme élevé, qui culmine à plus de 3200 mètres d'altitude, au Gunnbjorn. Le poids colossal de la glace a déformé la croûte terrestre sous-jacente, si bien qu'une grande partie du socle rocheux intérieur se trouve en dessous du niveau de la mer. Le volume de glace est tel que sa fonte totale contribuerait significativement à une élévation du niveau marin mondial.
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Cte du Groenland.
Une vue aérienne de la côte du Groenland.

Les zones côtières.
Les zones non recouvertes de glace sont cantonnées à une étroite bande côtière discontinue, principalement sur les côtes ouest et sud-ouest, bien que des régions libres de glace existent aussi à l'est et au nord-est. Ce littoral est extrêmement découpé, caractérisé par des montagnes abruptes, des fjords profonds et ramifiés sculptés par l'érosion glaciaire passée et actuelle, des promontoires rocheux et de nombreuses îles. Les vallées sont typiquement en auge, témoignant de leur origine glaciaire. Il y a très peu de basses plaines étendues; le paysage est majoritairement escarpé et spectaculaire, s'élevant rapidement depuis la mer ou les fjords vers la marge de la calotte glaciaire.

Des glaciers émissaires s'écoulent depuis la calotte glaciaire vers les côtes, fréquemment en vêlant des icebergs dans les fjords ou l'océan, un phénomène particulièrement marquant sur la côte ouest, notamment au niveau du glacier Jakobshavn Isbrae. Les eaux de fonte de la glace et de la neige côtière alimentent de nombreux torrents et quelques lacs dans les régions libres de glace pendant l'été, mais de grands réseaux hydrographiques sont absents du fait de la domination de la couverture glaciaire et de la topographie. Le pergélisol est très répandu dans les zones déglacées, et influence la formation des sols et l'hydrologie de surface.

Climat.
Le climat du Groenland, majoritairement polaire et arctique,  est un des plus froids qu'on connaisse. Il est caractérisé par des températures extrêmement basses, surtout à l'intérieur de la calotte glaciaire où elles dépassent rarement 0°C même en été et peuvent chuter en dessous de -50°C en hiver. Les zones côtières connaissent un climat un peu moins rigoureux, influencé par les courants océaniques, avec des variations notables entre le sud-ouest plus clément et le nord et nord-est, parmi les régions les plus froides et sèches du monde. Les précipitations surviennent au mois de mars sous forme de tempêtes de neige, durant souvent 4 et 5 jours. La neige s'accumule sur la calotte, mais les côtes reçoivent aussi de la pluie durant le court été. Les vents violents, notamment les vents catabatiques descendant de la calotte, sont fréquents. 

Géologie.
Le Groenland fait partie du bouclier canadien, composé de roches parmi les plus anciennes de la Terre, principalement des gneiss et granits précambriens, qui forment le socle rocheux sous-jacent à la calotte glaciaire et les montagnes côtières. L'activité tectonique y est relativement faible. La géographie physique du Groenland est profondément dynamique et de plus en plus affectée par le changement climatique, qui accélère la fonte de la calotte glaciaire, contribue à l'élévation du niveau marin et modifie les paysages côtiers par le retrait des glaciers et l'exposition de nouvelles terres.
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Glaciers du Groenland.
Glaciers du Groenland, vus d'avion. Source : The World factbook.

Biogéographie du Groenland

Les conditions climatiques extrêmes du Groenland limitent sévèrement la vie, et concentrent la majeure partie de la biodiversité dans les zones côtières libres de glace.

Les habitats terrestres sont principalement constitués de toundra. Cet écosystème bas se développe sur des sols minces et gelés et est dominé par des plantes résistantes au froid et au vent. La toundra groenlandaise présente une grande variété, qui va de la toundra sèche et rocheuse avec une végétation très éparse (mousses, lichens, herbes clairsemées) à des zones plus humides ou abritées où poussent des prairies de carex et de graminées, ainsi que des landes d'arbustes nains. On trouve également des tourbières dans les zones de drainage lent, des éboulis, et des falaises côtières abruptes. Dans l'extrême sud, des conditions locales permettent le développement de bosquets de saules et de bouleaux nains plus denses, qui forment les seules formations végétales s'approchant d'une "forêt" dans l'île, bien qu'elles soient très basses et ouvertes.

La flore est adaptée aux contraintes arctiques : saison de croissance courte, faibles températures, vent et gel. La diversité spécifique est faible par rapport aux régions tempérées, mais l'abondance locale de certaines espèces peut être élevée. Les mousses et les lichens sont des composants essentiels de la végétation de la toundra. Les plantes vasculaires sont majoritairement herbacées ou des sous-arbrisseaux. Parmi les espèces typiques, on trouve de nombreuses graminées, cypéracées (comme les carex) et joncs. Les arbustes nains tels que le bouleau nain (Betula nana), diverses espèces de saules nains (Salix spp.), la camarine noire (Empetrum nigrum), l'airelle bleue (Vaccinium uliginosum) ou la bruyère arctique (Cassiope tetragona) forment des tapis ou de basses broussailles. Des plantes à fleurs aux couleurs vives, comme le pavot arctique (Papaver radicatum) ou diverses saxifrages, ajoutent des notes de couleur pendant le court été. La distribution des espèces est fortement influencée par des facteurs locaux tels que l'exposition, la durée de l'enneigement, le type de sol et la disponibilité de l'eau.

La faune terrestre est relativement peu diverse et dominée par des espèces adaptées au froid. Le boeuf musqué (Ovibos moschatus) peuple principalement le nord et le nord-est, se nourrissant de végétation de toundra. Le caribou ou renne (Rangifer tarandus groenlandicus) est plus largement répandu dans les zones libres de glace, effectuant parfois de longues migrations. Le renard arctique (Vulpes lagopus) est le prédateur terrestre le plus commun. On trouve également le lièvre arctique (Lepus arcticus) et, dans certaines régions du nord, le lemming à collier (Dicrostonyx groenlandicus). L'ours polaire (Ursus maritimus), bien que terrestre, dépend étroitement de l'environnement marin et de la banquise pour chasser les phoques.

Les eaux froides et riches en nutriments, influencées par les courants océaniques et la présence de glace, abritent une faune abondante. Diverses espèces de phoques (phoque annelé, phoque du Groenland, phoque barbu, phoque à capuchon) sont présentes et constituent une ressource vitale. Le morse (Odobenus rosmarus) se trouve principalement dans le nord-ouest. Le Groenland est un habitat essentiel pour de nombreuses espèces de baleines, à commencer par des espèces emblématiques comme le narval (Monodon monoceros), le béluga (Delphinapterus leucas) ou la baleine boréale (Balaena mysticetus), ainsi que des espèces migratrices comme le rorqual à bosse (Megaptera novaeangliae). Les eaux côtières et les fjords sont également riches en poissons, dont l'omble chevalier (Salvelinus alpinus), qui est à la fois une espèce d'eau douce et anadrome (migrant vers la mer).

L'avifaune est particulièrement remarquable pendant la saison de reproduction estivale. De nombreuses espèces d'oiseaux marins forment d'immenses colonies sur les falaises côtières, notamment de diverses espèces d'alcidés (guillemots, mergules, macareux) et de mouettes. Des oiseaux limicoles, des canards, des oies et de petits passereaux migrent également pour profiter de la courte saison de nidification. Parmi les oiseaux résidents toute l'année, on trouve le lagopède alpin (Lagopus muta), le corbeau (Corvus corax) et le faucon gerfaut (Falco rusticolus). 

Les invertébrés sont présents, avec des insectes adaptés au froid comme les moustiques, les simulies (particulièrement abondantes en été) et diverses espèces de papillons et d'hyménoptères.

La biodiversité globale est modeste en raison des conditions environnementales extrêmes et de l'histoire géologique récente de l'île. L'endémisme est relativement faible; la plupart des espèces végétales et animales ont des aires de répartition circumpolaires arctiques ou s'étendent aux régions voisines (Amérique du Nord, Europe/Svalbard). Les glaciations quaternaires successives ont joué un rôle important, en balayant la majeure partie de la vie et en imposant une recolonisation depuis les aires de refuge après le retrait des glaces. 

La biogéographie du Groenland est particulièrement vulnérable aux changements climatiques actuels. La fonte de l'inlandsis et de la banquise, l'élévation des températures et les changements dans les régimes de précipitations affectent déjà la distribution des habitats et des espèces, et posent des défis majeurs pour la conservation et la survie de sa faune et de sa flore. L'impact humain, autrefois principalement lié aux modes de vie traditionnels de chasse et de pêche des populations inuites, comporte aujourd'hui de nouvelles pressions comme la pollution, le tourisme et le potentiel développement des industries extractives.

Géographie humaine du Groenland

Population.
Avec une population d'environ 56 000 habitants, principalement concentrée le long des côtes sud-ouest et ouest, la densité de population du Groenland est l'une des plus faibles au monde. Cette répartition s'explique historiquement par les modes de vie traditionnels basés sur la chasse et la pêche côtières, ainsi que par la géographie, l'intérieur des terres étant couvert par une vaste calotte glaciaire. Au cours des dernières décennies, le Groenland a connu un phénomène d'urbanisation significatif, avec un exode des petits villages vers des centres plus grands comme Nuuk, Sisimiut, Ilulissat ou Qaqortoq, qui concentrent aujourd'hui la majorité de la population.

Les dynamiques démographiques sont marquées par une croissance souvent faible, voire négative, influencée par des taux de natalité variables et surtout par un solde migratoire négatif, notamment l'émigration vers le Danemark pour l'éducation supérieure, des raisons économiques ou de santé. La population est majoritairement jeune dans les centres urbains, mais les zones rurales connaissent un vieillissement. L'espérance de vie, bien qu'en amélioration, reste inférieure à celle des pays nordiques comparables.

La structure sociale a évolué avec l'urbanisation et le passage d'une économie de subsistance à une économie de marché et un secteur public important. Les liens traditionnels (famille, village) ont été mis à l'épreuve par les déplacements de population et les changements de mode de vie. La relation avec le Danemark est fondamentale. Elle comporte une subvention annuelle substantielle du Danemark, essentielle au fonctionnement de l'État groenlandais et à son système de protection sociale, largement inspiré du modèle danois. Cette dépendance économique, bien que souhaitée par certains, est également perçue par d'autres comme un frein à l'indépendance totale, une aspiration de plus en plus présente dans le débat politique.

Cependant, la société groenlandaise fait face à des défis sociaux considérables, souvent exacerbés par les traumatismes historiques de la colonisation, les changements sociaux rapides et les difficultés économiques. Les taux de suicide sont parmi les plus élevés au monde, particulièrement chez les jeunes, un problème complexe lié à une multitude de facteurs socio-économiques, psychologiques et culturels. L'alcoolisme et la violence domestique sont d'autres problèmes préoccupants. Le système éducatif, bien que financé par le Danemark, rencontre des défis pour adapter les programmes au contexte local et pour garantir l'équité des chances, particulièrement dans les régions éloignées. L'accès aux soins de santé spécialisés est également une préoccupation majeure en raison de l'éloignement et de la dispersion de la population.

Quelques-unes des principales villes du Groenland

Nuuk est la capitale et la plus grande ville du Groenland, située sur la côte sud-ouest. Avec environ 19 000 habitants, elle concentre près d'un tiers de la population du pays. C'est le centre politique, économique et culturel du Groenland. Nuuk accueille le gouvernement autonome groenlandais (Naalakkersuisut), le parlement, et les principales institutions du territoire. La ville mêle modernité et tradition : on y trouve des bâtiments administratifs modernes, des centres commerciaux, des cafés, mais aussi des maisons en bois colorées traditionnelles. Le Musée national du Groenland y abrite des momies inuites et de riches collections sur l'histoire et la culture inuit. En raison de sa croissance démographique et de son dynamisme, Nuuk attire des investissements et connaît une urbanisation croissante, avec des projets de logements et d'infrastructures modernes.

Sisimiut est la deuxième ville du Groenland, située à environ 320 km au nord de Nuuk, sur la côte ouest. Elle compte environ 5 500 habitants et constitue un important centre industriel et logistique. C'est également un port majeur, notamment pour la pêche, qui est l'activité économique principale de la ville. Sisimiut est aussi connue pour son offre touristique, notamment en hiver pour les sports de neige, et en été pour les randonnées dans les montagnes et les fjords environnants. La ville est un carrefour entre tradition inuit et modernité, et possède un centre culturel très actif. Elle est également le point de départ d'une célèbre randonnée de 160 km jusqu'à Kangerlussuaq.

Ilulissat, située sur la côte ouest également, est célèbre pour son fjord glacé classé au patrimoine mondial de l'Unesco : le fjord d'Ilulissat (ou Kangia), d'où se détachent d'immenses icebergs issus du glacier Sermeq Kujalleq. Avec environ 4 500 habitants, c'est la troisième ville du Groenland. Elle est fortement axée sur le tourisme polaire, avec des croisières, des randonnées sur la glace, des visites culturelles et des activités hivernales comme les traîneaux à chiens. C'est aussi un important site archéologique avec des traces de l'ancienne culture Saqqaq. L'économie repose sur la pêche, l'artisanat inuit et le tourisme international.

Qaqortoq, au sud du Groenland, est la principale ville de cette région, avec environ 3000 habitants. Elle se distingue par son ambiance paisible, son patrimoine colonial et ses paysages verdoyants l'été. Qaqortoq possède un centre-ville pittoresque, des œuvres d'art en plein air comme les sculptures du projet “Stone and Man”, et des vestiges historiques comme les ruines norvégiennes de Hvalsey à proximité. Elle est un centre éducatif régional, avec une école professionnelle importante. Le tourisme, l'artisanat, la pêche et l'élevage de moutons (plus courant dans le sud) soutiennent l'économie locale.

Maniitsoq, surnommée « la Venise du Groenland » en raison de ses nombreux îlots et canaux naturels, est une ville de la côte ouest comptant environ 2 500 habitants. Moins touristique qu'Ilulissat ou Nuuk, elle possède néanmoins un charme naturel très apprécié, notamment pour l'observation des baleines et des fjords. Maniitsoq a une tradition forte de pêche, notamment de poissons d'eau froide et de crevettes. La ville abrite également des projets liés à l'hydroélectricité et au développement de l'industrie minière, bien que ceux-ci soient encore en phase de planification ou d'étude.

Tasiilaq, principale ville de la côte est du Groenland, compte environ 2 000 habitants. Elle est isolée du reste du pays par la calotte glaciaire, ce qui la rend accessible principalement par la mer ou par avion via l'Islande. Tasiilaq est entourée de paysages montagneux spectaculaires, de fjords profonds et de glaciers. Elle vit essentiellement de la pêche, de la chasse traditionnelle et du tourisme, surtout en été. La culture inuit y est particulièrement vivace, et la langue groenlandaise orientale y est couramment parlée. Le musée local et les traditions artistiques y jouent un rôle important.

Narsaq, petite ville du sud du Groenland avec environ 1 300 habitants, est connue pour son agriculture locale (élevage ovin, culture de légumes), ses paysages verts en été, et sa proximité avec des gisements de minéraux rares. Elle possède un charme rural et traditionnel, avec de nombreuses maisons colorées et un rythme de vie lent. Narsaq est également un lieu de recherche scientifique en raison des formations géologiques uniques de la région, qui intéressent particulièrement les géologues.

Kangerlussuaq est un ancien site militaire américain devenu une localité de transit, abritant le plus grand aéroport international du Groenland. Située dans l'intérieur des terres, à environ 100 km du bord de la calotte glaciaire, elle ne compte que 500 à 600 habitants, mais son rôle stratégique est crucial pour la logistique aérienne du pays. Kangerlussuaq est également le point de départ de nombreuses expéditions scientifiques et touristiques vers l'inlandsis groenlandais. Elle est aussi connue pour son climat relativement sec et stable.

Qaanaaq, anciennement connue sous le nom de Thulé, est l'une des localités les plus septentrionales du Groenland. Elle se situe au nord-ouest, dans une région arctique extrême, et abrite une population d'environ 600 personnes, essentiellement inuit. La chasse traditionnelle au phoque, à l'ours polaire et au narval reste vitale pour la subsistance. L'isolement géographique est extrême, et les conditions climatiques très rudes. Qaanaaq est aussi un lieu de coopération scientifique internationale sur le climat arctique et l'environnement. 

Groupes ethnolinguistiques.
La population est majoritairement composée d'Inuits groenlandais, ou Kalaallit, la population autochtone de l'île,  (nviron 90% des habitants), le reste étant principalement d'origine danoise ou ayant des origines mixtes. La langue officielle est le kalaallisut (groenlandais occidental) , une langue du groupe eskimo-aléoute, étroitement apparentée aux langues inuites parlées au Canada

Bien que le terme Kalaallit désigne l'ensemble des Inuits du Groenland, il existe des distinctions basées sur des dialectes régionaux, qui reflétent des histoires de peuplement différentes. Le dialecte le plus répandu et qui sert de base à la langue écrite standard est parlé sur la côte ouest, où vit la majorité de la population; ces Inuits sont parfois appelés spécifiquement Kalaallit par opposition aux groupes de l'est et du nord. Sur la côte est vit la population Tunumiit, qui parle le tunumiisut, un dialecte dont les différences phonologiques et lexicales par rapport au kalaallisut de l'ouest sont si importantes qu'il est parfois considéré comme une langue distincte. À l'extrême nord, dans la région de Qaanaaq (Thulé), réside le petit groupe des Inughuit, dont le dialecte, l'inuktun (ou dialecte inuit polaire), est encore plus distinct du kalaallisut standard et montre des affinités plus marquées avec certains dialectes inuktitut du Canada. Malgré ces variations linguistiques régionales, il existe un fort sentiment d'appartenance commune parmi les Inuits du Groenland en tant que peuple autochtone de Kalaallit Nunaat (Pays des Kalaallit, nom groenlandais du Groenland). 

L'autre groupe ethnolinguistique important est constitué de personnes d'origine danoise. Le Danemark a eu une présence coloniale de longue date au Groenland, et bien que le Groenland ait obtenu l'autonomie interne en 1979 (Hjemmestyre) puis l'autonomie renforcée (Selvstyre) en 2009, une population danoise substantielle y réside toujours. Ces individus sont souvent impliqués dans l'administration, l'éducation supérieure, la santé, les infrastructures ou les affaires. Ils parlent le danois, qui bénéficie d'un statut co-officiel avec le kalaallisut et reste essentiel pour les études supérieures, les relations internationales et certains aspects de l'administration. Un nombre important de Kalaallit, en particulier dans les zones urbaines, parmi les jeunes générations et les diplômés, sont bilingues en Kalaallisut et en danois. 

Outre ces deux groupes principaux, il existe de plus petits groupes issus d'autres pays européens et, de manière croissante, d'autres régions du monde, généralement liés à des emplois spécifiques, à la recherche ou au commerce international. Cependant, leur nombre est relativement faible par rapport aux Kalaallit et aux Danois. Le paysage ethnolinguistique du Groenland est donc principalement défini par l'interaction et la coexistence du peuple autochtone Kalaallit, dont la langue est le Kalaallisut, et de la population d'origine danoise, parlant le danois, évoluant dans un contexte d'autonomie croissante tout en cherchant à préserver son identité culturelle et sa langue dans un monde arctique en mutation rapide. La vitalité du Kalaallisut, aux côtés de la nécessité pratique du danois et, de plus en plus, de l'anglais, constitue un élément central de la réalité ethnolinguistique contemporaine du Groenland.

Culture.
Le Groenland abrite une culture marquée par le lien indéfectible avec la nature, la solidarité communautaire et une capacité remarquable à s'adapter aux conditions extrêmes tout en intégrant les influences extérieures.  Aujourd'hui, la culture groenlandaise est ainsi dans un état de transition. Elle fait face aux défis de la modernisation, de l'urbanisation rapide, de l'influence des médias mondiaux et, de manière cruciale, de l'impact accéléré du changement climatique qui menace directement le mode de vie traditionnel lié à la glace et à la mer.

Les racines de cette culture remontent à des millénaires, aux vagues migratoires des Inuits venues d'Amérique du Nord, apportant avec elles des techniques de survie, des croyances et une vision du monde adaptées à l'Arctique. Leurs descendants ont développé un mode de vie basé sur la chasse aux mammifères marins (phoques, baleines, morses) et à d'autres animaux, ainsi que sur la pêche, en utilisant des équipements et des savoir-faire transmis de génération en génération. Cette dépendance à la nature a forgé un système social basé sur le partage des ressources et l'entraide pour assurer la survie collective.

L'arrivée des Européens, notamment des Norvégiens (Vikings) au Moyen Âge puis des Danois à partir du XVIIIe siècle, a introduit de nouvelles dynamiques. La colonisation danoise a apporté le christianisme (le luthéranisme est aujourd'hui la religion majoritaire, bien que des éléments des anciennes croyances animistes subsistent), des technologies et un système administratif qui ont modifié la société groenlandaise. Cependant, contrairement à d'autres régions colonisées, la culture inuit a montré une grande capacité de persistance et d'adaptation. La langue et les traditions ont été préservées malgré les pressions extérieures. 

L'art et l'artisanat, connu sous le nom de tuno, sont une expression vivante de l'histoire et des croyances. Les tupilaq, petites sculptures traditionnellement faites d'os, de dents, de bois ou de corne, qui représentent des figures mythiques ou grotesques, étaient autrefois considérés comme des amulettes ou des figures vengeresses, mais sont aujourd'hui principalement des objets d'art prisés des collectionneurs et des visiteurs. Les vêtements traditionnels, en particulier les kamik (bottes hautes en peau de phoque) et les anoraks festifs, sont des oeuvres d'art en soi. Richement décorés de perles, de broderies et de mosaïques de cuir, ces vêtement témoignent d'un savoir-faire exceptionnel dans le travail des peaux et des matériaux naturels. La sculpture sur ivoire et sur bois, ainsi que la création de bijoux et la production d'estampes, sont d'autres formes d'expression artistique importantes.

La musique et la danse traditionnelles sont habituellement centrées autour du tambour (qilaat), un instrument à cadre unique. La danse du tambour (kalaallit qilaatersuat) est une forme narrative et expressive, historiquement utilisée pour raconter des histoires, partager des expériences de chasse ou même régler des différends de manière rituelle par le chant et l'humour. Aujourd'hui, aux côtés de ces traditions, le Groenland possède une scène musicale contemporaine, avec des groupes et des artistes qui fusionnent les rythmes et les instruments occidentaux avec des influences mélodiques et lyriques inuit, et abordent (souvent en kalaallisut) des thèmes de la vie moderne, de l'identité et des défis sociaux.

Les croyances traditionnelles inuit étaient animistes. Elles imaginaient la présence d'esprits dans tous les êtres vivants et les éléments naturels. Les angakkoq, ou chamans, jouaient un rôle important en tant qu'intermédiaires entre le monde humain et le monde autre. L'arrivée des missionnaires a conduit à une conversion massive au christianisme, mais de nombreux récits, mythes et un certain sens du mystique et du surnaturel persistent dans la culture contemporaine, souvent entrelacés avec les conceptions portées par le christianisme.

L'oralité a joué un rôle immense dans la transmission culturelle avant l'introduction de l'écriture. Les mythes, légendes, contes populaires et récits de chasse ont été transmis de génération en génération, et ont véhiculé des connaissances sur le monde naturel, l'histoire du peuple et les valeurs sociales. Ces histoires continuent d'être une source importante de sagesse et d'identité culturelle.

La cuisine groenlandaise est directement issue des ressources locales disponibles. Le phoque, la baleine, le poisson (flétan, morue, saumon) et les oiseaux marins constituent la base de l'alimentation traditionnelle. Des plats comme le suaasat (une soupe épaisse à base de viande ou de poisson) sont emblématiques. La capacité de conserver les aliments par séchage, fermentation ou congélation naturelle a été essentielle pour survivre aux longs hivers. L'importation de denrées étant coûteuse, la cuisine locale reste centrale, bien que les influences modernes et les produits importés gagnent du terrain, en particulier dans les zones urbaines.

Economie.
L'économie du Groenland est une économie petite, fortement dépendante et impactée par des caractéristiques géographiques et climatiques extrêmes. L'activité économique est concentrée sur les côtes, principalement dans les villes et villages côtiers.

Le secteur le plus important et le pilier historique de l'économie groenlandaise est la pêche et la transformation des produits de la mer. La crevette nordique (Pandalus borealis) a longtemps été l'espèce la plus précieuse, mais la pêche s'est diversifiée pour englober d'autres espèces comme le flétan noir, la morue, le crabe des neiges et d'autres poissons de fond. La pêche et son industrie de transformation (usines de congélation, de filetage) représentent la majeure partie des exportations du Groenland et une part significative du PIB et de l'emploi, particulièrement dans les petites communautés côtières où elle est généralement la seule source d'activité économique. La gestion des quotas de pêche est essentielle pour la durabilité des stocks, et le secteur est sensible aux fluctuations des prix sur les marchés internationaux et aux impacts potentiels du changement climatique sur la distribution des espèces.

Un autre élément fondamental de l'économie groenlandaise est la taille importante du secteur public et la dépendance structurelle vis-à-vis du Danemark. Le gouvernement autonome groenlandais (Naalakkersuisut) et les municipalités emploient une part considérable de la population active. Le budget de l'État groenlandais dépend fortement d'une subvention globale annuelle versée par le gouvernement danois. Ce financement extérieur représente une part très importante (ordinairement autour d'un quart ou plus) du PIB et permet de financer les services publics essentiels (santé, éducation, infrastructures de base) qui seraient insoutenables autrement étant donné la base fiscale limitée du Groenland. Cette dépendance financière est un facteur clé dans le débat politique interne sur l'avenir du Groenland et son aspiration potentielle à une indépendance totale, qui nécessiterait d'atteindre une plus grande autosuffisance économique.
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Le Groenland vu depuis l'espace.
Le Groenland vu depuis l'espace. En haut, à gauche, le point de convergence des lignes
géodésiques signale la position du pôle Nord, au centre de la calotte de glaces de l'Océan
Arctique. A droite, on a dessiné le contour des côtes de l'Islande pour en montrer la position
sous la couche de nuages qui couvre tout le Nord de l'Océan Atlantique. Source : Nasa.

Le tourisme est un secteur en croissance, bien qu'encore relativement modeste par rapport à la pêche et au secteur public. Le Groenland attire les visiteurs intéressés par ses paysages naturels spectaculaires (icebergs, fjords, calotte glaciaire), sa faune  (baleines, phoques, ours polaires) et sa culture. Les croisières représentent une part importante de l'activité touristique, mais il existe également un tourisme d'aventure et de nature indépendant, bien que celui-ci soit limité par des infrastructures d'accueil et de transport entre les localités souvent chères et restreintes. Les défis pour le développement du tourisme concernent les coûts élevés du voyage pour atteindre le Groenland, la saisonnalité (principalement l'été) et la nécessité de développer les infrastructures sans nuire à l'environnement fragile. Des projets de développement aéroportuaire sont en cours pour améliorer l'accessibilité.

Le Groenland possède un potentiel minier et en hydrocarbures significatif, perçu par beaucoup comme une voie potentielle vers la diversification et une plus grande indépendance économique. Des gisements de terres rares, de minerais comme le rubis, le zinc, le plomb, le fer, et potentiellement du pétrole et du gaz offshore, sont connus. Cependant, l'exploitation de ces ressources fait face à d'énormes défis : conditions d'extraction difficiles et coûteuses (climat, glace), nécessité d'infrastructures lourdes (ports, routes d'accès, énergie), volatilité des prix des matières premières sur les marchés mondiaux, et surtout des préoccupations environnementales majeures, notamment concernant l'impact sur l'écosystème arctique fragile et les activités traditionnelles comme la pêche et la chasse. Le débat public et politique sur l'opportunité et les modalités de l'exploitation minière est intense, et certaines interdictions (comme l'exploitation de l'uranium) ont été mises en place.

L'infrastructure constitue un défi majeur pour l'économie groenlandaise. Il n'existe pratiquement pas de réseau routier reliant les villes et villages entre eux en raison du terrain accidenté et de la présence de la calotte glaciaire. Les déplacements et le transport de marchandises entre les localités se font principalement par avion (services intérieurs gérés par Air Greenland) et par bateau (services côtiers). Cela rend les biens et services coûteux, limite le commerce intérieur et complique le développement d'industries nécessitant des chaînes logistiques efficaces. Les coûts de construction et d'entretien des infrastructures sont également très élevés en raison du climat.

Le marché du travail est restreint du fait de la faible population. Bien que le taux d'emploi soit élevé dans certaines régions, il peut y avoir une pénurie de compétences spécifiques, nécessitant souvent l'importation de main-d'œuvre qualifiée ou d'expertise pour des projets complexes (construction, exploitation minière potentielle). Le niveau d'éducation et de formation est un enjeu clé pour le développement futur.

En termes de commerce extérieur, les exportations sont largement dominées par les produits de la pêche et de la chasse. Le Groenland importe en revanche la quasi-totalité des biens de consommation, des équipements, des matières premières et des denrées alimentaires (à l'exception des produits locaux de la pêche et de la chasse). Ses principaux partenaires commerciaux sont le Danemark et l'Union Européenne.

L'objectif stratégique principal du gouvernement groenlandais est la diversification économique afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la pêche et du bloc grant danois. Parmi les pistes étudiées, on note le développement du tourisme, l'exploitation potentielle des ressources minérales, le développement de petites industries locales (artisanat, produits alimentaires spécifiques), et potentiellement l'aquaculture. Cependant, la réalisation de cette diversification est un processus lent et complexe, confronté aux contraintes géographiques, climatiques, de coûts élevés, de taille du marché intérieur et de besoin d'investissements importants.

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