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Les Insectes
Aperçu Morphologie et anatomie Métamorphoses
Les Insectes (lat. insectum; de in, dans; secare, couper) composent la cinquième classe de l'embranchement des arthropodes, les autres classes étant les Crustacés, les Arachnides, les Myriapodes et les Onychaphores. La meilleure définition des Insectes paraît être celle de Claus, qui l'énonce ainsi : Arthropodes à respiration aérienne, à corps divisé en tête, thorax et abdomen; tête portant une paire d'antennes, thorax composé de trois anneaux, portant trois paires de pattes et le plus souvent deux paires d'ailes; abdomen formé de dix anneaux, souvent très réduit. Les Insectes sont parfois nommés Hexapodes, à cause du nombre de leurs membres. 
La classification des insectes
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Ptérygotes  Oligonéoptères
Quatre super-ordres.
Mécoptéroïdes :
Mécoptères : mouches-scorpion
Trichoptères : phryganes.
Lepidoptères: papillons.
Diptères : mouches, taons, moustiques, tipules.
Coléoptères : hannetons, doryphores, coccinelles, carabes, etc.
Hyménoptéroïdes :
Hyménoptères : abeilles, guêpes, fourmis.
Strepsiptères.
Nevroptéroïdes :
Mégaloptères.
Raphidioptères.
Planipennes.
Aphaniptéroïdes : puces
Autres groupes :
Paléoptères : éphémères, libellules, etc.
Polynéoptères : orthoptères (sauterelles, grillons, criquets), blattes, mantes, termites, perce-oreilles.
Paranéoptères : poux, cigales, pucerons, cochenilles, punaises, etc.
Aptérogygotes Quatre ordres :
Thysanoures: poisson d'argent.
Collemboles.
Protoures.
Diploures.
La paléontologie des insectes

L'histoire paléontologique des Insectes n'a été débrouillée qu'à partir de la fin du XIXe siècle, grâce surtout aux travaux de Scudder et de Ch. Brongniart. Le plus ancien débris fossile que l'on puisse rapporter à cette classe est une aile du silurien moyen du Calvados qui semble indiquer un Insecte voisin des Blattes (Palaeoblattina Douvillei). Dès l'époque carbonifère, avec le développement du règne végétal qui caractérise cette époque, les Insectes deviennent plus nombreux, mais ils ne sont pas encore des types très variés. Scudder les rapportait tous à un ordre synthétique, les Palaeodictyoptera, qui est essentiellement caractérisé par la présence de deux paires d'ailes semblables. Quelques-uns en avaient jusqu'à trois paires (Brongniart). Tous étaient dépourvus de métamorphoses complètes, c.-à-d. que la larve, souvent aquatique, ne différait de l'adulte que par l'absence d'ailes. En d'autres termes, ces Insectes primitifs ressemblaient aux Blattes, aux Mantes, aux Phasmes, aux Libellules, aux Ephémèrès et aux Perlides de l'époque actuelle. Quelques-uns atteignaient une taille gigantesque, comme le Titanophasma Fayoli des houillères de Commetry, que l'on peut se figurer comme une grande Libellule de près de 50 centimètres de longueur. Les Blattes sont très nombreuses dans tous les gisements paléozoïques.

Les types des ordres actuels ne font leur apparition qu'à l'époque secondaire ou mésozoïque, les Coléoptères au trias, les Diptères et les Hyménoptères au lias, les Lépidoptères enfin au jurassique. Dès le milieu de l'époque tertiaire, la faune entomologique de l'Europe semble avoir eu son faciès actuel : on n'y trouve plus de types de grande taille, bien que la flore ait eu, jusqu'à la fin du miocène, un aspect subtropical, et que ce caractère de la flore ait son retentissement sur les grands Vertébrés qui abondent à cette époque, et dont le développement contraste avec la médiocrité de la faune entomologique. Il semble que, dès cette époque, les types de grande taille étaient cantonnés dans la zone intertropicale ou dans l'hémisphère austral. Un grand nombre de types tertiaires ont été conservés dans l'ambre si abondant dans le Nord-Est de l'Allemagne : les gisements d'Aix (en Provence), d'Oeningen, de Radoboj, etc., celui de Florissant, en Amérique du Nord, sont parmi les plus remarquables par la bonne conservation de leurs débris d'Insectes.

Il semble que les premiers Insectes devaient être aquatiques et dépourvus d'ailes comme les larves campodéiformes des Ephémères. Les ailes, qui ne sont pas de véritables membres, mais de simples expansions des téguments, ont dû constituer d'abord de simples lames branchiales, semblables à celles des Cloeopsis, servant à la fois à la nage et au vol, comme les nageoires des Poissons volants. C'est ainsi que s'est trouvé caractérisé le groupe primitif des Paloeodictyoptera où l'adulte ne différait de sa larve que par la présence des ailes. Les Paléodictyoptères se sont modifiés et spécialisés ensuite en donnant naissance aux types des ordres actuels; les deux paires d'ailes se sont différenciées, et les antérieures se sont durcies peu à peu pour protéger les postérieures à l'état de repos (Orthoptères, Hémiptères-Hétéroptères, Coléoptères), et former les élytres; chez les Diptères, la paire postérieure s'est atrophiée (balanciers). Enfin la métamorphose complète se montre comme un phénomène d'adaptation secondaire nécessité par un genre de vie exclusivement végétal ou parasitaire, en rapport avec la petitesse et le plus grand nombre des oeufs, ce qui provoque l'éclosion précoce de l'embryon au stade où il présente encore l'apparence d'un ver (larves helminthoïdes des Coléoptères, des Hyménoptères et des Diptères; chenilles des Lépidoptères). En effet, chez les Coléoptères notamment, toutes les larves carnassières, agiles et libres, sont campodéiformes, c.-à-d. ne différant de l'adulte que par des détails secondaires et l'absence d'ailes. (E. Trouessart).

La morphologie et l'anatomie des insectes

L'anatomie des insectes repose sur un plan d'organisation fondamentalement segmenté, recouvert d'un squelette externe rigide, la cuticule, qui constitue à la fois une armure protectrice et un support mécanique pour les muscles. Le corps se divise en trois régions distinctes, ou tagmes : la tête, le thorax et l'abdomen.

La tête est une capsule résistante formée par la fusion de plusieurs segments embryonnaires. Elle porte les yeux, les ocelles, les antennes et les pièces buccales. Les yeux composés, situés latéralement, sont constitués de milliers d'unités visuelles appelées ommatidies, chacune possédant sa propre cornée et ses cellules sensorielles. Entre eux se trouvent souvent trois ocelles, simples organes sensibles à l'intensité lumineuse. Les antennes, appendices mobiles et articulés, sont couvertes de sensilles qui détectent les odeurs, les goûts, les vibrations et l'humidité. Leur forme varie considérablement, pouvant être filiforme, plumeuse, coudée ou en massue selon les espèces. Les pièces buccales s'articulent autour de l'ouverture alimentaire. Le type broyeur primitif, que l'on observe chez le criquet, comprend une lèvre supérieure impaire, le labre, une paire de mandibules robustes et dentées pour couper et broyer, une paire de maxilles pourvues de palpes sensoriels, et une lèvre inférieure, le labium, également dotée de palpes et résultant de la fusion d'une seconde paire de maxilles. À l'intérieur de la cavité buccale, l'hypopharynx, une langue charnue, porte l'orifice des glandes salivaires. Ce plan de base a subi des modifications spectaculaires pour s'adapter à d'autres régimes alimentaires. Chez les lépidoptères, les maxilles s'allongent et s'engrènent pour former une trompe en spirale capable d'aspirer le nectar. Chez les diptères piqueurs comme le moustique, toutes les pièces s'allongent en stylets acérés, tandis que le labium forme une gaine. Les hémiptères, comme les punaises, possèdent un rostre articulé formé par le labium, abritant des stylets mandibulaires et maxillaires capables de percer les tissus végétaux ou animaux.

Le thorax constitue le centre locomoteur. Il se compose de trois segments : le prothorax, le mésothorax et le métathorax. Chaque segment est constitué de quatre plaques sclérifiées, un tergite dorsal, un sternite ventral et deux pleurites latéraux. Le prothorax porte la première paire de pattes, le mésothorax la deuxième paire de pattes et les ailes antérieures, le métathorax la troisième paire de pattes et les ailes postérieures. La structure interne du thorax est renforcée par des apodèmes, des invaginations cuticulaires servant d'ancrage aux muscles puissants du vol et de la marche. La patte typique se divise en plusieurs articles : la hanche, ou coxa, puis un petit trochanter, suivi du fémur, souvent robuste, du tibia grêle et porteur d'éperons, et enfin du tarse composé de plusieurs segments, les tarsomères, se terminant par un prétarse muni de griffes et parfois de coussinets adhésifs. Cette structure se spécialise selon le mode de vie : pattes ravisseuses du devant chez la mante, pattes postérieures saltatrices aux fémurs renflés chez le criquet, pattes fouisseuses chez la courtilière, pattes natatoires frangées de soies chez les coléoptères aquatiques, ou pattes collectrices portant une corbeille à pollen chez l'abeille ouvrière. Les ailes sont des expansions latérales de la cuticule du notum. Elles sont parcourues par un réseau de nervures rigides, tubes contenant trachées, nerfs et hémolymphe, qui définissent le motif architectural et assurent la rigidité. Ces nervures constituent des caractères taxonomiques essentiels. La jonction de l'aile avec le thorax est un point d'articulation complexe qui permet les battements. Le vol est actionné par deux types de muscles. Les muscles directs s'insèrent sur les sclérites alaires et contrôlent l'inclinaison de l'aile. Les muscles indirects, bien plus massifs, ne s'attachent pas aux ailes. Ils relient le tergite au sternite et, en se contractant, déforment le thorax : la contraction des muscles longitudinaux abaisse le notum et lève les ailes, tandis que la contraction des muscles dorso-ventraux relève le notum et abaisse les ailes. Ce mécanisme permet des fréquences de battement extrêmement élevées. Chez les coléoptères, les ailes antérieures se sont transformées en élytres rigides et cornés, servant d'étuis protecteurs et ne participant pas au vol, qui est assuré par les seules ailes postérieures membraneuses, repliées au repos. Chez les diptères, les ailes postérieures sont réduites à de petits balanciers, gyroscopes biologiques vibrants qui informent l'insecte sur sa rotation corporelle.

L'abdomen est la région contenant la majeure partie des viscères. Il est composé d'un nombre variable de segments, typiquement onze chez l'ancêtre hypothétique, mais souvent réduits ou fusionnés. Chaque segment abdominal est formé d'un tergite dorsal et d'un sternite ventral, reliés latéralement par une membrane pleurale souple qui permet la dilatation de l'abdomen pour la respiration, l'alimentation et la ponte. L'abdomen porte rarement des appendices locomoteurs chez l'adulte, à l'exception des fausses pattes des chenilles, qui sont charnues et armées de crochets. L'extrémité postérieure porte l'armure génitale et les cerques, appendices sensoriels plus ou moins développés. Chez la femelle de nombreux insectes, l'ovipositeur est une structure de ponte parfois très allongée et sclérifiée, capable de percer des substrats durs comme le bois ou le sol pour y déposer les œufs. Chez les hyménoptères aculéates, l'ovipositeur s'est transformé en un dard venimeux, déconnecté de la fonction de ponte et servant à la défense ou à la prédation.

Le système tégumentaire est l'enveloppe vivante que constitue la cuticule. C'est une production de l'épiderme sous-jacent, une unique couche de cellules. La cuticule est formée de plusieurs strates. La plus externe est l'épicuticule, très mince et dépourvue de chitine, composée de protéines tannées et de cires qui assurent l'imperméabilité. En dessous, la procuticule massive est composée de chitine, un polymère azoté, associé à des protéines. Sa partie externe, l'exocuticule, est dure, sclérifiée et souvent pigmentée. Sa partie interne, l'endocuticule, reste plus souple et lamellaire. Ce squelette externe est doublé intérieurement d'expansions, les apodèmes, qui servent de points d'attache musculaire, constituant un véritable endosquelette. La couleur des insectes provient de pigments déposés dans la cuticule ou l'épiderme, mais aussi de couleurs physiques, dites structurales, produites par des interférences lumineuses sur des microstries cuticulaires, comme les reflets métalliques des scarabées ou les écailles des ailes de papillons. Ces écailles, qui recouvrent les ailes des lépidoptères, sont des soies aplaties et modifiées, contenant des pigments et des structures photoniques.

Le système nerveux central est ventral. Il comprend une chaîne nerveuse ganglionnaire. Dans la tête, le cerveau, situé au-dessus de l'œsophage, résulte de la fusion de trois paires de ganglions. Le protocérébron innerve les yeux et les ocelles et contient les corps pédonculés, centres de l'apprentissage et de la mémoire. Le deutocérébron innerve les antennes. Le tritocérébron est relié aux commissures entourant le tube digestif. Sous l'œsophage, le ganglion sous-œsophagien fusionné contrôle les pièces buccales. De là part la chaîne nerveuse ventrale, double, qui court le long du plancher du corps et présente une paire de ganglions par segment, souvent fusionnés en masses plus complexes dans le thorax et l'abdomen. Le système nerveux stomatogastrique, ou viscéral, innerve le tube digestif antérieur. Les organes des sens sont extrêmement diversifiés. Les sensilles mécanoréceptrices, comme les soies tactiles ou les plaques chordotonales, détectent les déplacements d'air et les vibrations. Les organes tympaniques, véritables oreilles, sont situés sur les tibias des pattes antérieures chez les sauterelles, sur les côtés de l'abdomen chez les criquets ou sur le thorax chez certains papillons nocturnes, et perçoivent les ultrasons des chauves-souris. Les sensilles gustatives sont localisées sur les pièces buccales, mais aussi sur les tarses, permettant à une mouche de goûter en marchant. Les sensilles olfactives, majoritairement sur les antennes, peuvent détecter des molécules à l'état de traces, comme les phéromones.

Le système digestif est un tube divisé en trois régions aux origines embryonnaires distinctes. L'intestin antérieur, ou stomodéum, commence par la bouche et se poursuit par le pharynx, l'œsophage et un jabot de stockage. Il se termine par un gésier, ou proventricule, qui est armé de dents cuticulaires et broie les aliments avant de les filtrer dans l'intestin moyen. L'intestin moyen, ou mésentéron, est le siège de la digestion enzymatique et de l'absorption des nutriments. Sa paroi sécrète la membrane péritrophique, un tube de chitine et de protéines qui enveloppe le bol alimentaire et protège les cellules de l'abrasion. À sa jonction avec l'intestin postérieur débouchent les tubes de Malpighi, organes excréteurs principaux. Ce sont de longs filaments aveugles baignant dans l'hémolymphe, qui extraient les déchets azotés, principalement sous forme d'acide urique, et les rejettent dans la lumière intestinale sous forme de cristaux. L'intestin postérieur, ou proctodéum, est responsable de la réabsorption de l'eau et des ions avant l'élimination des excréments secs par l'anus. Cette réabsorption est une adaptation capitale à la vie en milieu terrestre sec.

La circulation est ouverte. L'hémolymphe, liquide qui baigne tous les organes, remplit l'hémocèle, la cavité générale du corps divisée par des diaphragmes en sinus. Le vaisseau dorsal est l'organe propulseur. Il s'étend sous le tergite sur toute la longueur du corps. Sa partie postérieure, dans l'abdomen, forme le cœur, segmenté en chambres munies d'ostioles, ouvertures latérales par lesquelles l'hémolymphe entre. Le cœur pompe le sang vers l'avant, dans l'aorte antérieure thoracique et céphalique, qui le déverse dans la tête. L'hémolymphe circule alors passivement dans les lacunes corporelles, irriguant les organes, avant de regagner le sinus péricardique puis le cœur. L'hémolymphe transporte les nutriments, les hormones et les cellules immunitaires, mais n'a qu'un faible rôle dans le transport des gaz respiratoires.

La respiration est entièrement trachéenne et indépendante du système circulatoire. Elle repose sur un réseau de tubes, les trachées, qui s'invaginent à partir du tégument et se ramifient en trachéoles de diamètre infime, pénétrant jusqu'au cytoplasme de chaque cellule pour y apporter directement l'oxygène. Les trachées communiquent avec l'extérieur par des stigmates, paires d'orifices latéraux sur le thorax et l'abdomen, souvent munis de filtres et de valves régulant l'ouverture. Chez les insectes très actifs, la ventilation est activée par des mouvements de compression et dilatation de l'abdomen, et les trachées peuvent s'élargir en sacs aériens collabables.

Les organes reproducteurs sont situés dans l'abdomen. La femelle possède une paire d'ovaires, chacun composé de tubes ovariens, les ovarioles, où les ovocytes se développent en œufs richement pourvus en vitellus. Les oviductes latéraux convergent en un oviducte commun, qui s'ouvre dans la chambre génitale. Une spermathèque, poche reliée à la chambre génitale, stocke les spermatozoïdes reçus lors de l'accouplement et les maintient viables pendant une très longue période, la femelle pouvant alors féconder ses œufs au moment de la ponte, bien après l'accouplement. Des glandes accessoires sécrètent les substances collantes pour fixer les œufs ou le matériau des oothèques. Le mâle possède une paire de testicules, des canaux déférents et des vésicules séminales de stockage. Un canal éjaculateur unique parcourt l'organe copulateur médian. Les glandes annexes mâles produisent le liquide séminal et, parfois, une enveloppe nutritive, le spermatophore, contenant les spermatozoïdes et offert à la femelle. L'armure génitale mâle, très complexe et hautement spécifique, agit comme une clé ne s'adaptant qu'à la serrure de la femelle de la même espèce, assurant un isolement reproductif mécanique.
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Abeille.
Les Insectes (ici une Abeille) possèdent un exosquelette composé de chitine, un glucide.

La métamorphose des insectes

La métamorphose est le processus de transformation post-embryonnaire qui conduit un insecte de l'éclosion de l'oeuf à l'état adulte, ou imago. Ce phénomène est sous le contrôle d'un système hormonal complexe orchestrant des mues successives et des remaniements tissulaires profonds. Il ne s'agit pas d'une simple croissance, mais d'une suite de changements de forme, de structure et de fonction, dont le degré de radicalité permet de distinguer plusieurs grands types de développement.

Le type le plus simple est la métamorphose dite amétabole, observée chez les insectes aptérygotes primitifs comme les lépismes. L'œuf éclôt en un jeune qui est une miniature quasi parfaite de l'adulte, à l'exception de la taille et de la maturité sexuelle. Ces insectes continuent de muer même après avoir atteint l'état adulte fonctionnel, ce qui est une caractéristique ancestrale. Leur croissance se fait par une succession de mues sans changement fondamental de plan d'organisation corporel.

La métamorphose hémimétabole, ou incomplète, caractérise de nombreux ordres comme les orthoptères, les hémiptères, les odonates ou les éphéméroptères. De l'œuf éclôt un stade juvénile appelé larve, ou nymphe chez les hétérométaboles plus évolués. Ce stade ressemble déjà à l'adulte par sa forme générale, avec des yeux composés, des pièces buccales de même type et des pattes articulées. La différence majeure réside dans le développement des ailes et des organes reproducteurs. Les ailes apparaissent progressivement sous forme de bourgeons externes, les fourreaux alaires ou ptérothèques, qui grandissent à chaque mue successive. Ces ébauches sont visibles de l'extérieur, fixées sur le thorax. Le nombre de stades larvaires séparés par des mues varie selon les espèces, de cinq à plusieurs dizaines. Le dernier stade larvaire effectue une mue imaginale et donne directement l'adulte ailé, sexuellement mature. Chez les odonates, les éphéméroptères et les plécoptères, les stades larvaires sont aquatiques et possèdent des organes respiratoires spécialisés comme les branchies trachéennes, absentes chez l'adulte aérien, ce qui constitue un changement d'habitat radical lors de la mue imaginale.

La métamorphose holométabole, ou complète, est la forme la plus élaborée et la plus spectaculaire. Elle caractérise les ordres qui représentent l'immense majorité de la diversité des insectes : coléoptères, lépidoptères, diptères, hyménoptères, etc. Ici, le cycle vital comporte quatre stades fondamentalement différents : l'œuf, la larve, la nymphe et l'adulte. La larve, stade d'alimentation et de croissance intensive, est morphologiquement très éloignée de l'adulte. Elle ne présente jamais d'ébauches alaires externes et ses pièces buccales, ses yeux, ses pattes et son mode de vie sont souvent totalement distincts. Une chenille de papillon est une machine à manger dotée de pièces buccales broyeuses, de fausses-pattes abdominales et de glandes séricigènes, alors que le papillon adulte possède une trompe pour aspirer le nectar, des ailes couvertes d'écailles et des pattes uniquement thoraciques. Un asticot de mouche est totalement apode et acéphale au sens apparent, vivant dans un substrat nutritif liquide, l'adulte étant un voilier hautement spécialisé. Cette larve passe par plusieurs stades séparés par des mues de croissance, durant lesquels sa taille augmente mais sa forme reste fondamentalement la même. Le dernier stade larvaire cesse de s'alimenter et se transforme en nymphe, ou chrysalide chez les lépidoptères, pupe chez les diptères. À l'intérieur de cette enveloppe protectrice, souvent immobile en apparence, se produit un bouleversement anatomique total : la métamorphose proprement dite.

Le cœur de ce processus réside dans le remaniement cellulaire des tissus. Les organes larvaires sont détruits par un processus d'histolyse, impliquant l'autophagie programmée des cellules et l'action phagocytaire des hémocytes. Dans le même temps, la construction des structures adultes se fait par histogenèse à partir de disques imaginaux. Ces disques sont des amas de cellules embryonnaires indifférenciées, mises en place durant la vie embryonnaire et restées quiescentes durant toute la vie larvaire. Chaque disque est prédéterminé pour former une structure adulte précise : aile, patte, œil, antenne, pièce génitale. Sous l'influence hormonale adéquate, ces disques s'évaginent, prolifèrent et se différencient pour édifier le plan d'organisation de l'imago, en utilisant comme matériaux nutritifs les produits de la lyse des tissus larvaires. La nymphe est donc un stade de transition où cohabitent les tissus en dégénérescence et les tissus en construction.

Le pilotage endocrinien de ces transformations est remarquablement conservé. Le cerveau sécrète une neurohormone, l'hormone cérébrale, qui active les glandes prothoraciques situées dans le thorax ou la tête. Ces glandes produisent alors l'ecdysone, une hormone stéroïdienne, véritable inductrice de la mue. Le type de mue, larvaire ou métamorphique, est quant à lui déterminé par le taux d'une troisième hormone, l'hormone juvénile. Celle-ci est produite par les corpora allata, des glandes situées près du cerveau. Tant que le taux d'hormone juvénile est élevé, une mue provoquée par l'ecdysone maintient les caractères larvaires et aboutit au passage au stade larvaire suivant. Chez les hémimétaboles, le taux d'hormone juvénile décroît progressivement à chaque mue, ce qui permet une apparition graduelle des caractères adultes. La dernière mue, qui donne l'imago, a lieu lorsque le taux d'hormone juvénile est devenu quasi nul. Chez les holométaboles, la situation est binaire. Les premiers stades larvaires se déroulent sous un fort taux d'hormone juvénile. Puis, au dernier stade larvaire, la production d'hormone juvénile chute brutalement. La sécrétion d'ecdysone qui suit déclenche alors la mue nymphale, avec construction du cocon ou de la pupe et engagement dans la métamorphose. Une seconde sécrétion d'ecdysone, cette fois en l'absence totale d'hormone juvénile, déclenche la mue imaginale qui libère l'adulte.

L'émergence de l'adulte est un moment critique. L'insecte fraîchement sorti de son exuvie nymphale est pâle, mou, ses ailes sont repliées et froissées. Il doit alors accomplir un travail physiologique et mécanique crucial : l'expansion des ailes. En pompant de l'hémolymphe et de l'air dans le réseau des nervures alaires, il déploie et met en tension les membranes, qui vont ensuite se solidifier par sclérification et dessiccation. Une fois cette étape accomplie, la cuticule durcit, les pigments se fixent et l'insecte acquiert sa forme, ses couleurs et sa rigidité définitives. L'adulte, ou imago, est le stade reproducteur. Chez la plupart des espèces, il ne mue plus jamais, son squelette externe est figé et sa croissance est définitivement arrêtée. Sa durée de vie est très variable, de quelques heures chez certains éphéméroptères dont les pièces buccales sont atrophiées et qui ne se nourrissent pas, à plusieurs années pour les reines de certaines fourmis ou les termites royaux.

Les adaptations écologiques liées à la métamorphose holométabole sont une des clés du succès évolutif des insectes. La larve et l'adulte d'une même espèce exploitent souvent des niches écologiques radicalement différentes, ce qui élimine la compétition intraspécifique pour la nourriture et l'habitat. Une chenille phytophage et un papillon butineur n'exploitent pas les mêmes ressources. Un asticot saprophage et une mouche floricole non plus. La larve est une phase optimisée pour l'accumulation de réserves, l'adulte une phase optimisée pour la dispersion et la reproduction. Ce découplage fonctionnel a permis aux insectes holométaboles d'occuper une diversité de milieux et de régimes alimentaires sans équivalent dans le monde animal.

L'écologie des insectes

Le genre de vie des Insectes est tellement varié qu'on n'en peut présenter un tableau général. Ils habitent sous toutes les latitudes, la terre comme les eaux; même certaines Hydrocorisès nagent sur les vagues de la haute mer et beaucoup de Coléoptères se laissent entièrement recouvrir par la marée haute. Les pays froids ou chauds ont leurs espèces, comme les montagnes et les plaines; les déserts de sable en renferment de particulières, comme les forêts luxuriantes des tropiques. 

La répartition des Insectes sur le globe est sujette à des lois assez fixes et se laisse ramener à des principes essentiels assez nets, d'où la séparation en faunes. Les espèces les plus grandes, les plus brillantes de couleurs habitent surtout les pays chauds; plus on se dirige vers les régions froides, plus les formes deviennent petites et obscures. Les pays les plus riches en formes extraordinaires sont la région austromalaise (Australie, Malaisie, Papouasie) à laquelle il faut joindre Madagascar, la région brésilienne et les pays africains s'étendant du Mozambique à la côte des Graines et contrées voisines. Les faunes les plus pauvres sont les pays patagons et ceux qui avoisinent le cap Horn, la Terre de Feu, les terres australes et aussi l'extrême Nord de l'Europe. En Europe, la faune la plus intéressante est la circaméditerranéenne à laquelle vient se rejoindre, par des passages nombreux, celle de la Haute-Égypte et de la mer Erythrée. 

Toutes les matières sont attaquées par eux; pas de plantes qui n'en nourrissent quelques-uns, peu d'animaux terrestres qui n'en portent de parasites même jusque dans leur corps. Aussi les Insectes comptent-ils parmi les animaux les plus nuisibles à l'agriculture, autant par leur multiplication formidable que par la difficulté pratique de les détruire sans endommager les végétaux, les grains ou les fruits attaqués. D'autres rongent les denrées, les fourrures, les draps, les bois, les cuirs, les papiers. Les Termites finissent par détruire les maisons en minant les charpentes; d'autres Insectes xylophages sont dans le même cas. Tout le monde connaît les effrayants ravages des Criquets. Par contre, l'utilité qu'on tire des Insectes est plus restreinte; mais il ne faut pas oublier que c'est d'eux que nous viennent la soie, la cire et le miel. Il faut aussi compter les Coléoptères vésicants, les Cochenilles, les Hémiptères qui produisent la gomme laque, quelques autres espèces utiles encore.

Les insectes jouent également un rôle central dans les écosystèmes car ils sont, avec le vent, mais bien plus sûrement que ce dernier, les agents naturels de la fécondation d'un grand nombre de plantes ayant leurs étamines et leurs pistils sur des fleurs séparées. Dans leurs visites de fleur en fleur à la recherche du miel, ils portent évidemment le pollen des anthères des étamines aux stigmates des fleurs à pistil. Beaucoup de fleurs complètes, ayant leurs pistils et leurs étamines très rapprochés, sont construites de telle façon que le pollen ne peut jamais, sans aide extrinsèque, atteindre le pistil de sa propre fleur ou servir à féconder celle d'aucune autre. La fertilisation croisée est d'ailleurs nécessaire aux fleurs de la même espèce, afin de favoriser la plus grande vigueur du produit et pour empêcher les particularités individuelles de se perpétuer. (Maurice Maindron  / DV.).



D. Ponsonby - C. Beverley, Les insectes, Marabout, 2006. - Partez à la découverte du monde étrange et exotique des insectes! En rassemblant plus de 600 planches, gravures et dessins d'une grande richesse d'informations, les auteurs présentent les insectes à travers le regard des premiers naturalistes. Le texte étonnant qui les accompagne nous raconte la soif de découverte des entomologistes. Les premiers spécimens, la classification et l'habitat de ces incroyables créatures n'auront plus de secret pour vous, de même que leur anatomie complexe. L'ouvrage présente les insectes selon les différents types et aborde presque toutes les familles, allant des abeilles aux papillons en passant par les mouches et les fourmis. Entomologiste, Claire Beverley est membre de la Royal Entomological Society of London, et fait partie du groupe de recherche sur le terrain Ecology Research Group. Le docteur David Ponsonby est maître de conférence au Canterbury Christ Church University College. Il supervise également un groupe de recherche sur le recours aux insectes et aux prédateurs des acariens pour la lutte contre les ravageurs. (couv.).
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Heiko Bellmann, Gérard Luquet,  Insectes d'Europe, Artémis-Proxima, 2007. - Une information d'une extrême concision, aussi complète et précise que les meilleures encyclopédies, dans un format exceptionnellement maniable. (couv.).

H. Mann, P. Pâquerette, Les insectes, Quatre fleuves, 2004.

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