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La
viscosité
quantifie la résistance d'un fluide à l'écoulement
ou, plus précisément, sa résistance à la déformation tangentielle.
Elle est habituellement perçue de manière intuitive comme l'« épaisseur
» ou la « fluidité » d'un liquide : l'eau s'écoule facilement et est
dite peu visqueuse, tandis que le miel, qui s'écoule lentement, est hautement
visqueux. Physiquement, cette propriété résulte des forces de cohésion
moléculaire à l'intérieur du fluide et de l'échange de quantité
de mouvement entre les couches de fluide en mouvement. Bien qu'elle
soit ordinairement associée à des effets de dissipation et de résistance,
la viscosité est une condition nécessaire à de nombreux phénomènes
physiques qui structurent les écoulements.
À l'échelle microscopique,
la viscosité apparaît comme une force de frottement
interne. Lorsqu'un fluide s'écoule, on peut le concevoir comme une série
de couches glissant les unes sur les autres. La couche en mouvement le
plus rapide tend à entraîner la couche adjacente plus lente, tandis que
cette dernière tend à la ralentir. Cette interaction, qui transfère
de la quantité de mouvement de la couche rapide vers la couche lente,
se manifeste macroscopiquement comme une contrainte tangentielle. Newton
a été le premier à proposer une loi constitutive pour modéliser ce
phénomène. Pour un écoulement unidirectionnel simple, la contrainte
de cisaillement τ est proportionnelle au gradient de vitesse transverse.
Cette relation s'exprime par la loi de viscosité de Newton : τ = μ.(du/dy),
où μ est la viscosité dynamique (aussi appelée viscosité absolue)
et du/dy est le taux de déformation. Les fluides qui obéissent à cette
loi linéaire sont dits newtoniens; c'est le cas de l'eau, de l'air, de
l'huile moteur et de la plupart des gaz simples. À l'inverse, les fluides
dits non newtoniens voient leur viscosité effective varier en fonction
de la contrainte ou du taux de cisaillement appliqué. Par exemple, le
ketchup devient moins visqueux lorsqu'on le secoue (rhéofluidifiant),
tandis qu'un mélange de maïzena et d'eau devient plus résistant sous
une contrainte rapide (rhéoépaississant).
La viscosité
dynamique μ se mesure en pascal-seconde (Pa·s) dans le système international,
ou plus couramment en poiseuille (Pl), qui lui est équivalent. Une unité
encore fréquente est le centipoise (cP). Il est également courant d'utiliser
la viscosité cinématique ν, définie comme le rapport de la viscosité
dynamique à la densité du fluide : ν = μ / ρ. Cette grandeur, mesurée
en mètres carrés par seconde (m²/s) ou en stokes (St), intègre les
effets d'inertie et est particulièrement utile pour calculer le nombre
de Reynolds, qui détermine le régime d'écoulement (laminaire ou turbulent).
L'influence de la
température
sur la viscosité est opposée entre les liquides et les gaz. Pour les
liquides, la viscosité diminue de manière significative lorsque la température
augmente. Cela s'explique par l'agitation thermique moléculaire qui, en
s'accroissant, affaiblit la cohésion moléculaire et facilite le glissement
des couches. À l'inverse, pour les gaz, la viscosité augmente avec la
température. Le mécanisme dominant n'est plus la cohésion moléculaire
(qui est faible) mais le transfert de quantité de mouvement par échange
moléculaire. Une agitation thermique plus importante accélère ce transfert,
ce qui se traduit par une augmentation de la résistance à l'écoulement,
donc de la viscosité. La pression, quant à
elle, a un effet négligeable sur la viscosité des liquides, mais elle
tend à l'augmenter pour les gaz à très haute pression.
La viscosité joue
un rôle central dans la dynamique des fluides. Elle est à l'origine des
pertes de charge dans les conduites, où l'énergie du flux est dissipée
en chaleur par frottement visqueux. Elle est responsable de la formation
de la couche limite, cette fine région au voisinage d'une paroi où les
effets visqueux sont dominants et où la vitesse du fluide passe de zéro
(condition d'adhérence) à sa valeur en écoulement libre. La traînée
exercée sur un objet en mouvement dans un fluide, notamment la traînée
de frottement, est une conséquence directe de ces efforts visqueux. Enfin,
c'est le rapport entre les forces d'inertie et les forces visqueuses, le
nombre de Reynolds, qui détermine la stabilité d'un écoulement et sa
transition éventuelle vers la turbulence.
Sans viscosité, les avions ne pourraient pas voler (la portance
nécessite la circulation de l'air autour de l'aile, un phénomène lié
à la viscosité), les tourbillons ne se dissiperaient pas et le comportement
des fluides serait radicalement différent, régi par les équations d'Euler,
dépourvues de dissipation. |
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