 |
Le
milieu
interplanétaire est l'ensemble de l'espace situé entre les
corps du Système solaire, principalement
entre le Soleil et les planètes.
Longtemps perçu comme un vide absolu, cet environnement constitue en réalité
un milieu physique extrêmement complexe, dynamique et structuré par des
flux de particules chargées, des champs électromagnétiques, des rayonnements
et des populations de poussières interplanétaires ( Le
Nuage zodiacal).
Physique
et chimie du milieu interplanétaire. - Le milieu interplanétaire
est un espace très ténu, caractérisé par une densité extrêmement
faible, de l'ordre de 5 à 10 particules par centimètre cube près de
la Terre, principalement sous forme de plasma (ions
et électrons). Sa température
varie entre 100 000 et 1 000 000 de kelvins, bien que la température des
particules neutres soit bien plus basse, autour de 10 000 K. La pression
y est très faible, de l'ordre de 10-14
à 10-12 pascal. Le milieu est traversé
par le vent solaire, un flux supersonique de plasma (principalement des
protons
et des électrons) émis par le Soleil à des vitesses de 300 à 800 km/s,
transportant avec lui le champ magnétique
solaire qui forme une spirale en raison de la rotation du Soleil.
La composition chimique
du milieu interplanétaire est dominée par l'hydrogène
(environ 90 % en nombre d'atomes), suivi de l'hélium
(environ 10 %). On y trouve aussi des traces d'éléments plus lourds comme
l'oxygène, le carbone,
l'azote, le néon, le
magnésium,
le silicium et le fer,
souvent sous forme ionisée (O+, C+,
etc.). Ces éléments proviennent principalement du vent solaire et de
l'évaporation de comètes ou de la fragmentation
d'astéroïdes. Les poussières interplanétaires,
composées de silicates, de carbone amorphe
et parfois de glaces, représentent une fraction massique non négligeable,
bien que leur densité soit très faible (environ 1 grain par km3
près de la Terre).
Le milieu interplanétaire
est également baigné par divers rayonnements électromagnétiques (lumière
visible, UV, rayons X, ondes radio) et par des particules énergétiques
comme les rayons cosmiques, principalement
des protons et des noyaux d'hélium, accélérés par des phénomènes
violents dans le Soleil ou au-delà . Enfin, les neutrinos
solaires, produits par les réactions nucléaires au coeur du Soleil, traversent
ce milieu presque sans interaction.
La dynamique du
milieu interplanétaire est fondamentalement contrôlée par l'activité
solaire et par les processus de transport et d'interaction propres
aux plasmas magnétisés. L'étude du milieu interplanétaire
relève ainsi de la physique des plasmas spatiaux et constitue un domaine
privilégié pour l'analyse des phénomènes
de transport collisionnellement peu efficace, de turbulence magnétisée
et d'accélération des particules.
La structure globale
du milieu interplanétaire est limitée par l'héliosphère,
c'est-à -dire la cavité formée par l'expansion du vent solaire dans le
milieu
interstellaire local. À grande distance du Soleil, le vent solaire
finit par rencontrer la pression du plasma interstellaire. Cette interaction
conduit à la formation de structures telles que le choc terminal, l'héliogaine
et, selon les modèles et les conditions locales, une frontière externe
associée à l'héliopause.
L'étude du milieu
interplanétaire repose sur une combinaison d'observations in situ et de
mesures à distance. Les sondes spatiales
permettent de déterminer directement la densité, la vitesse, la température
et la composition du plasma, ainsi que l'intensité et l'orientation du
champ magnétique. Les instruments de détection des particules énergétiques
fournissent des informations sur les processus d'accélération et de transport.
Les observations à distance du Soleil et
de l'héliosphère permettent quant à elles de suivre l'évolution des
structures solaires et leur propagation. La comparaison entre modèles
numériques et données expérimentales
est indispensable pour caractériser les processus multi-échelles qui
dominent le milieu interplanétaire.
Le vent solaire.
Le constituant dominant
du milieu interplanétaire est le vent solaire,
c'est-à -dire un écoulement de plasma continuellement éjecté par la
haute atmosphère solaire. Sa composition
est principalement protonique et électronique,
avec une contribution non négligeable de particules
alpha et d'ions lourds fortement ionisés.
Le vent solaire trouve son origine dans la couronne
solaire, dont la température cinétique,
de l'ordre de plusieurs millions de kelvins, ne suffit cependant pas Ã
expliquer à elle seule la dynamique observée. La compréhension de l'accélération
coronale constitue encore un problème majeur de la physique solaire. Les
mécanismes proposés impliquent notamment le chauffage turbulent, les
ondes
d'Alfvén, la reconnexion
magnétique et la dissipation de fluctuations magnétohydrodynamiques
dans les régions coronales ouvertes.
Dans l'approximation
d'un écoulement stationnaire et radial ( La
mécanique des fluides), le vent solaire se propage à partir du Soleil
en conservant approximativement le flux de masse à travers des surfaces
sphériques. Sa densité décroît donc globalement comme l'inverse du
carré de la distance héliocentrique. Toutefois, cette description
idéale est rapidement perturbée par la structure magnétique et par les
interactions entre les différents régimes d'écoulement. Le vent solaire
rapide est principalement associé aux lignes de champ ouvertes des trous
coronaux, tandis que le vent lent présente une origine plus complexe,
fréquemment liée aux régions de séparation entre configurations magnétiques
ouvertes et fermées. La distinction entre ces deux composantes ne repose
pas uniquement sur la vitesse, mais également
sur leurs propriétés thermodynamiques,
leur composition ionique et leur degré de structuration magnétique.
Sur le plan théorique,
le vent solaire est généralement décrit comme un plasma quasi neutre
et faiblement collisionnel. La quasi-neutralité implique que, sur des
échelles spatiales supérieures à la longueur
de Debye, la densité électronique compense approximativement la densité
ionique. La longueur de Debye constitue ainsi une échelle fondamentale
en dessous de laquelle les effets électrostatiques deviennent prépondérants.
À des distances interplanétaires, les collisions coulombiennes sont relativement
rares et ne permettent pas d'imposer un équilibre
thermodynamique local au sens classique. Le milieu interplanétaire est
donc un plasma cinétique, dont la fonction de distribution des particules
peut s'écarter fortement d'une distribution
maxwellienne. Cette non-maxwellianité est particulièrement importante
pour les électrons, qui peuvent présenter des composantes de type halo
ou strahl, ainsi que pour les ions, dont les températures parallèles
et perpendiculaires au champ magnétique peuvent différer significativement.
Le champ magnétique
interplanétaire.
Le champ
magnétique interplanétaire est la seconde composante fondamentale
de cet environnement. Il est transporté par le plasma solaire dans le
cadre de l'approximation du gel des lignes de champ, qui découle de la
forte conductivité électrique
effective du plasma à grande échelle. La rotation différentielle et
la rotation globale du Soleil imposent une géométrie spiralée au champ
magnétique interplanétaire. Cette configuration, connue sous le nom de
spirale
de Parker, résulte de la combinaison de l'expansion radiale du vent
solaire et de la rotation du Soleil. La composante radiale du champ décroît
approximativement comme r-2, tandis que
la composante azimutale décroît plus lentement à grande distance. La
géométrie du champ tend ainsi à devenir progressivement plus tangentielle
à mesure que l'on s'éloigne du Soleil.
Le champ magnétique
interplanétaire n'est cependant pas un champ régulier et stationnaire.
Il est caractérisé par des fluctuations sur une large gamme d'échelles
spatiales et temporelles. Ces fluctuations sont l'expression d'une turbulence
magnétisée particulièrement complexe. Les mesures in situ montrent
l'existence d'un spectre de puissance
présentant des régimes inertiels associés au transfert non linéaire
d'énergie entre différentes échelles. Dans les plasmas du vent solaire,
les fluctuations d'Alfvén jouent un rôle majeur dans la dynamique turbulente.
Elles correspondent à des perturbations couplées du champ magnétique
et de la vitesse du plasma se propageant le long des lignes de champ. À
plus petites échelles, les effets cinétiques deviennent importants et
les mécanismes de dissipation de l'énergie turbulente ne peuvent plus
être décrits par la seule magnétohydrodynamique idéale.
La turbulence interplanétaire
constitue un problème central de la physique des plasmas. En effet, l'absence
de collisions fréquentes signifie que la dissipation de l'énergie turbulente
ne peut être assimilée à une simple viscosité
hydrodynamique. Les fluctuations se propagent et interagissent par l'intermédiaire
de modes collectifs, tandis que les effets de dispersion, de résonance
cyclotronique et de Landau
peuvent intervenir aux échelles cinétiques. La cascade turbulente conduit
alors à un transfert d'énergie vers les petites échelles, où celle-ci
peut être convertie en énergie thermique ou
participer à l'accélération non thermique des particules. L'étude de
ces processus est essentielle pour comprendre l'évolution du plasma solaire
au cours de son expansion.
Les éjections
coronales.
L'activité
solaire modifie profondément les conditions du milieu interplanétaire.
Les éruptions solaires correspondent à des libérations brutales d'énergie
magnétique dans l'atmosphère solaire,
principalement par des processus de reconnexion magnétique. Elles produisent
un rayonnement intense et peuvent accélérer des particules jusqu'à des
énergies élevées. Les éjections
de masse coronale constituent quant à elles des structures macroscopiques
de plasma magnétisé expulsées depuis la couronne. Lorsqu'elles se propagent
dans le milieu interplanétaire, elles forment des structures appelées
ICME ( = Interplanetary Coronal Mass Ejections). Leur évolution
est contrôlée par la pression dynamique du vent solaire, les forces magnétiques
et les interactions avec les écoulements environnants.
Les ICME peuvent
générer des ondes de choc lorsque leur
vitesse excède la vitesse locale des perturbations magnétohydrodynamiques.
La vitesse d'Alfvén, définie par le rapport entre le champ magnétique
et la racine carrée de la densité massique du plasma, constitue l'une
des échelles caractéristiques de cette propagation. Lorsque le nombre
de Mach magnétique devient supérieur à l'unité, une onde de choc
peut se former en amont de la structure. Ces chocs interplanétaires sont
capables d'accélérer des particules par des mécanismes de type accélération
diffusive au front de choc. Les particules peuvent alors subir des processus
de diffusion répétée entre la région amont et la région aval, entraînant
une augmentation progressive de leur énergie.
Les particules énergétiques
solaires constituent une population particulièrement importante du milieu
interplanétaire. Leur accélération peut
être associée aux éruptions solaires ou aux chocs générés par les
éjections de masse coronale. Leur transport est fortement anisotrope et
dépend de la topologie du champ magnétique interplanétaire. Les particules
se propagent préférentiellement le long des lignes de champ, tandis que
la diffusion perpendiculaire résulte de fluctuations magnétiques et de
processus de diffusion turbulente. La description de leur transport nécessite
donc des modèles combinant convection par
le vent solaire, diffusion parallèle et perpendiculaire, pertes d'énergie
et éventuels mécanismes d'accélération.
Les rayons cosmiques.
À ces populations
solaires s'ajoutent les rayons cosmiques
galactiques, constitués principalement de protons
et de noyaux atomiques relativistes d'origine
extrasolaire. Le vent solaire et le champ magnétique interplanétaire
modulent leur propagation dans l'héliosphère.
Cette modulation dépend fortement de l'activité solaire et de la phase
du cycle solaire. Les particules cosmiques peuvent subir des processus
de diffusion et de convection dans le vent solaire, ce qui entraîne une
variation de leur flux mesuré à proximité de la Terre. Le milieu interplanétaire
constitue ainsi une région de transport et de modulation des rayons cosmiques,
plutôt qu'un simple espace de propagation balistique.
Le nuage zodiacal.
Le milieu interplanétaire
contient également une composante solide sous la forme de poussières
interplanétaires ( Le
nuage zodiacal). Ces particules sont issues principalement de la fragmentation
des astéroïdes, de l'activité cométaire
et de processus collisionnels affectant les petits corps. Leur dynamique
est gouvernée par la l'attraction gravitationnelle
solaire, la pression de radiation
et les forces électromagnétiques lorsque les grains acquièrent une charge
électrique. Pour les particules de petite taille, la pression de radiation
peut modifier sensiblement le rapport entre les forces radiative et gravitationnelle.
Le paramètre β, correspondant au rapport entre ces deux forces, permet
notamment de caractériser la dynamique orbitale des grains. Lorsque β
devient suffisamment élevé, certaines particules peuvent être expulsées
vers des trajectoires très différentes de celles des corps parents.
La poussière interplanétaire
joue un rôle important dans l'observation et la compréhension du Système
solaire interne. La lumière zodiacale
résulte de la diffusion de la lumière solaire
par cette population de grains. Sa distribution spatiale fournit des informations
sur les sources et les mécanismes d'évolution de la poussière. Les collisions
entre grains peuvent provoquer une fragmentation en cascade, tandis que
l'effet Poynting-Robertson
entraîne progressivement certaines particules vers le Soleil. Ces mécanismes
contribuent à maintenir une population de poussières en renouvellement
permanent. La poussière interplanétaire représente ainsi un système
dynamique soumis à des processus gravitationnels, radiatifs et collisionnels
simultanés.
Les magnétosphères.
Les interactions
entre le vent solaire et les corps planétaires constituent un autre aspect
fondamental du milieu interplanétaire. Dans le cas d'une planète magnétisée,
le plasma solaire est dévié par le champ magnétique planétaire. La
rencontre entre les deux plasmas conduit à la formation d'une magnétosphère,
dont la taille dépend de l'équilibre entre la pression dynamique du vent
solaire et la pression magnétique du champ planétaire. La magnétopause
constitue la frontière principale de cette région, tandis que le choc
d'étrave et la magnétogaine correspondent à la zone de transition entre
le vent solaire non perturbé et le plasma magnétosphérique. Les processus
de reconnexion magnétique peuvent permettre un transfert de flux magnétique
et d'énergie à travers la magnétopause.
Dans le cas de la
Terre,
l'interaction entre le milieu interplanétaire et la magnétosphère est
à l'origine de phénomènes de météorologie
spatiale. Les variations du champ magnétique interplanétaire, en
particulier de sa composante orientée vers le sud dans certaines configurations,
peuvent favoriser la reconnexion avec le champ terrestre. L'énergie solaire
est alors transférée à la magnétosphère et peut alimenter des courants
et des processus de précipitation de particules. Les aurores
polaires constituent l'une des manifestations visibles de ces interactions.
Les perturbations géomagnétiques associées peuvent également affecter
les satellites, les systèmes de navigation et les infrastructures technologiques
dépendant de l'environnement spatial.
Les éjections
des noyaux cométaires.
Les comètes
offrent un exemple particulièrement remarquable d'interaction directe
avec le milieu interplanétaire. L'échauffement solaire provoque la sublimation
des glaces du noyau cométaire et l'expansion d'une atmosphère ténue
appelée coma. Les molécules neutres libérées
peuvent être ionisées par le rayonnement solaire ultraviolet
ou par des processus de charge d'échange. Les ions ainsi produits sont
incorporés dans le plasma solaire et soumis au champ magnétique interplanétaire.
La queue ionique d'une comète constitue donc une structure de plasma directement
contrôlée par le vent solaire. Les instabilités et les reconnexions
magnétiques qui peuvent se produire dans cet environnement illustrent
la complexité des interactions entre un plasma en expansion et une atmosphère
d'origine cométaire. |
|