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Le neutrino
est une particule élémentaire, membre de
la famille des leptons. Son nom, inventé par
Enrico
Fermi, signifie "petit neutre" en italien, une appellation qui souligne
l'une de ses caractéristiques les plus fondamentales : il est électriquement
neutre, c'est-à -dire qu'il ne porte aucune charge électrique. Cette neutralité
a une conséquence majeure : contrairement aux électrons
ou aux protons, les neutrinos ne sont pas affectés
par la force électromagnétique, celle qui régit les interactions entre
particules chargées et qui est responsable de la plupart des phénomènes
que nous observons dans la vie quotidienne, de la lumière à la chimie.
Initialement
postulé en 1930 par Wolfgang Pauli pour expliquer
l'absence apparente de conservation de l'énergie
et du moment cinétique dans la désintégration
bêta (où un neutron se transforme en proton,
électron et antineutrino), le neutrino est resté une particule hypothétique
pendant plus de deux décennies. Sa détection expérimentale directe a
été une prouesse technique majeure, réalisée pour la première fois
par Clyde Cowan et Frederick Reines en 1956 près d'un réacteur nucléaire,
une source intense de neutrinos.
En plus de sa neutralité, le neutrino est
un fermion, possédant un spin de 1/2. Il est
longtemps resté insaisissable en raison de son mode d'interaction très
faible avec la matière. En effet, le neutrino interagit presque exclusivement
par le biais de la force nucléaire faible (responsable de la radioactivité
bêta, par exemple) et de la gravitation. La force faible, comme son nom
l'indique, a une portée extrêmement courte et une probabilité d'interaction
très faible. Cela signifie qu'un neutrino peut traverser d'immenses quantités
de matière sans jamais interagir avec un atome.
Des milliards de neutrinos solaires, par exemple, traversent notre corps
chaque seconde sans que nous ne le sentions ou ne soyons affectés le moins
du monde.
Il existe trois types, ou saveurs, de neutrinos,
chacun associé à l'un des leptons chargés : le neutrino électronique
(νe), le neutrino muonique (νμ),
et le neutrino tauique (ντ). Pendant longtemps,
on a cru que les neutrinos étaient de masse nulle, comme le photon.
Cependant, la découverte des oscillations de neutrinos ( = la capacité
pour un neutrino d'une saveur donnée de se transformer en une autre saveur
au cours de son trajet) a démontré de manière irréfutable que les neutrinos
possèdent une masse, bien que celle-ci soit extraordinairement petite,
des millions de fois inférieure à celle de l'électron, et même des
plus légers des autres fermions (les quarks u
et d). La mesure précise de cette masse est l'un des défis majeurs de
la physique des particules actuelle.
Les neutrinos sont produits en abondance
dans une variété de processus astrophysiques
et terrestres. Le Soleil est une source majeure
de neutrinos électroniques, issus des réactions de fusion nucléaire
en son coeur. Les supernovae (explosions d'étoiles
massives) émettent un flot colossal de neutrinos de toutes saveurs, un
événement qui fournit des informations précieuses sur les processus
internes de ces explosions cosmiques. Les réacteurs nucléaires, les accélérateurs
de particules, les désintégrations radioactives naturelles dans la croûte
terrestre, et l'interaction des rayons cosmiques
avec l'atmosphère terrestre sont autant
d'autres sources de neutrinos. Il existe même un fond cosmologique de
neutrinos, relique des tout premiers instants de l'expansion
de l'univers, similaire au
fond diffus cosmologique pour la lumière, mais beaucoup plus
difficile à détecter.
L'étude des neutrinos est un domaine de
recherche très actif. Leur faiblesse d'interaction, bien que rendant leur
détection difficile - elle nécessite d'énormes détecteurs remplis de
matériaux comme de l'eau, de la glace ou du scintillant, souvent situés
sous terre ou sous l'eau pour se protéger du bruit de fond d'autres particules
-, en fait également des sondes préciseuses de phénomènes inaccessibles
autrement. Ils peuvent s'échapper de régions denses comme le centre du
Soleil ou le coeur d'une supernova, portant des informations directes sur
ces environnements extrêmes.
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En
librairie -
François Vannucci, Le miroir aux neutrinos,
Odile Jacob, 2003. - Michel Cribier, Michel Spiro et Daniel Vignaud, La
lumière des neutrinos, Ed. du Seuil,
1995. - Martin Gardner, L'Univers
ambidextre, Le Seuil (Points), 1994.
(Un ouvrage sur tout ce qui dans l'univers physique fait la distinction
entre la droite et la gauche... et bien sûr les neutrinos sont de la partie). |
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