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Le noyau atomique
est la région centrale, dense et chargée positivement d'un atome.
Bien qu'il ne représente qu'une infime fraction du volume total de l'atome
(son diamètre est environ 100 000 fois plus petit), il concentre la quasi-totalité
de sa masse. Sa composition et sa structure sont
à la base de la physique nucléaire.
Il est constitué de deux types de nucléons
: les protons et les neutrons.
Les protons portent une charge électrique
positive, tandis que les neutrons sont électriquement neutres. Le nombre
de protons, appelé numéro atomique (Z), détermine l'identité chimique
de l'élément. Par exemple, tout noyau possédant 6 protons est un atome
de carbone. Le nombre total de nucléons,
protons et neutrons confondus, est le nombre de masse (A). Le nombre de
neutrons (N) est donc donné par N = A - Z.
Les forces qui maintiennent la cohésion
du noyau sont extrêmement complexes. La force électromagnétique, qui
provoque la répulsion entre les protons chargés positivement, tendrait
à faire éclater le noyau. Cependant, cette répulsion est surpassée
par une attraction bien plus forte à très courte portée : l'interaction
forte. Cette force fondamentale, médiée par des particules appelées
gluons,
agit entre les quarks qui composent les protons
et les neutrons. Le résidu de cette force lie également les nucléons
entre eux. L'interaction forte est environ 100 fois plus intense que la
force électromagnétique, ce qui explique pourquoi des noyaux contenant
de nombreux protons peuvent rester stables.
La stabilité d'un noyau dépend de l'équilibre
entre le nombre de protons et de neutrons. Pour les éléments légers,
la stabilité est généralement atteinte lorsque Z et N s'équilibrent
(ce qui définit un ensemble de valeurs dit vallée de la stabilité).
Pour les éléments plus lourds, la répulsion coulombienne entre protons
devient plus importante, nécessitant un excès de neutrons (N > Z) pour
ajouter l'attraction forte supplémentaire nécessaire sans augmenter la
répulsion électrostatique. Les noyaux qui présentent un déséquilibre
trop important deviennent instables et se désintègrent par radioactivité
pour atteindre une configuration plus stable.
La
vallée de stabilité des noyaux atomiques est une région du diagramme
portant les Z en abscisse et le N en ordonnées, où les noyaux atomiques
sont plus stables, c'est-à -dire qu'ils ont une probabilité réduite de
subir une désintégration radioactive. Ce domaine se situe environ autour
d'un ratio de neutrons à protons compris entre 1,0 et 1,5 pour les éléments
légers, mais qui augmente avec la charge nucléaire (le nombre de protons).
Les noyaux situés dans cette vallée possèdent un bon équilibre entre
le nombre de protons et de neutrons, ce qui favorise leur stabilité. Les
noyaux en dehors de cette zone sont instables et tendent à évoluer vers
la vallée de stabilité par des processus de désintégration radioactifs
comme l'émisson de particules ou de rayonnement gamma. La plupart des
éléments naturels connus se trouvent dans cette vallée, tandis que les
éléments plus lourds, comme ceux au-delà du bore, nécessitent davantage
de neutrons pour compenser l'effet de répulsion des protons.
Les noyaux atomiques
sont extrêmement petits, avec des dimensions typiques variant généralement
entre 1 et 10 femtomètres (fm, 1 fm = 10-15
mètres). La taille exacte d'un noyau dépend du nombre de protons et de
neutrons qu'il contient. Plus précisément, la dimension d'un noyau est
proportionnelle à la racine cubique du nombre de particules (nombre de
masse A) qu'il contient, souvent approximativement exprimée par la formule
R = R0A(1/3), où
R0 est une constante autour de 1,2 Ã 1,4 fm.
La densité des noyaux
atomiques est incroyablement élevée, atteignant environ 2,3 × 1017
kg/m³ pour des noyaux moyens, ce qui est environ 2 × 1014
fois plus dense que l'eau. La densité est uniforme à l'échelle de l'échelle
atomique, car les protons et les neutrons sont très proches les uns des
autres, remplissant presque entièrement le volume du noyau.
Cette grande densité
est due à la force forte, une interaction nucléaire intense qui agit
à courte portée et maintient les protons et les neutrons ensemble malgré
la répulsion électrostatique entre les protons. Cette force devient négligeable
à des distances supérieures à environ 1 fm, ce qui explique pourquoi
les noyaux ont des dimensions aussi minuscules.
En raison de cette
forte concentration de matière, les noyaux atomiques représentent la
majorité de la masse de l'atome, bien que leur volume soit négligeable
par rapport à celui des orbitales électroniques.
Les électrons, bien que contribuant à la charge
totale de l'atome, occupent une région beaucoup plus vaste autour du noyau
et ne constituent qu'une fraction infime de la masse totale de l'atome.
La forme des noyaux
n'est pas parfaitement fixes. La plupart des noyaux stables sont approximativement
sphériques, mais beaucoup sont déformés et prennent une forme ellipsoïdale
(prolate ou oblate). Le noyau peut également vibrer et tourner sur lui-même.
Il n'existe pas encore
de modèle omplet du noyau atomique, en mesure de rendre compte de tous
les phénomènes observés. Mais plusieurs modèles ont été constitués
au fil du temps, qui fournissent chacun une perspective particulière sur
la nature du noyau et peuvent être utilisés dans divers contextes. Parmi
les principaux, on peut mentionner :
• Le
modèle de la goutte liquide, étudié dès les années 1930 par George
Gamow et Niels Bohr, considère le noyau comme
une goutte de liquide incompressible. Les nucléons sont analogues aux
molécules d'un liquide, maintenus ensemble par l'interaction forte, de
la même manière que la tension superficielle maintient une goutte d'eau.
Ce modèle explique particulièrement bien le phénomène de fission
nucléaire.
• Le modèle
des couches, ou modèle nucléaire en couches, est l'analogue du modèle
à couches des électrons dans l'atome. Il postule que les nucléons se
répartissent sur des niveaux d'énergie discrets, ou couches, à l'intérieur
du noyau. Un noyau est particulièrement stable lorsque ces couches sont
complètement remplies; les nombres de masse correspondants sont alors
dits nombres magiques. Ce modèle réussit à prédire la stabilité, le
spin et le parité
de nombreux noyaux.
• Le modèle
collectif, ou modèle unifié, est une synthèse des deux précédents.
Il combine l'idée des niveaux d'énergie individuels du modèle en couches
avec les vibrations et rotations collectives de l'ensemble du noyau, inspirées
par la goutte liquide. Il décrit le noyau comme pouvant se déformer et
osciller, expliquant ainsi un plus large éventail de propriétés nucléaires.
• Le modèle
du gaz de Fermi est une vision plus simple où les nucléons sont considérés
comme des particules indépendantes se déplaçant dans un potentiel moyen
créé par tous les autres nucléons, sans former de couches distinctes.
Il sert de base conceptuelle à des modèles plus complexes.
• Le modèle
des quarks est la description la plus fondamentale selon les principes
de la chromodynamique quantique (QCD). Il se fonde sur l'idée que les
protons et les neutrons ne sont pas des particules élémentaires mais
sont eux-mêmes composés de quarks liés par des gluons. Ce modèle cherche
à expliquer la structure et les interactions nucléaires à l'échelle
la plus élémentaire.
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