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| Les langues > langues afrasiennes > langues sémitiques |
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| L'amharique
est une des langues sémitiques, branche
de la famille des langues afrasiennes.
Cettte langue est principalement parlée en Éthiopie Aujourd'hui, l'amharique
est parlée par plus de 30 millions de personnes, dont environ 25 millions
comme langue maternelle, principalement dans les régions Amhara,
Addis-Abeba,
et dans de nombreuses communautés urbaines à travers le pays. Malgré
la diversité linguistique très marquée de l'Éthiopie (avec plus de
80 langues vivantes), l'amharique demeure un pilier de l'unité nationale,
tout en étant le sujet de débats politiques et identitaires, particulièrement
dans un contexte de revendications régionales pour la reconnaissance linguistique
et culturelle. La langue amharique est également utilisée par la diaspora
éthiopienne à travers le monde, notamment aux États-Unis L'amharique possède un système d'écriture unique, dérivé du guèze, une ancienne langue liturgique éthiopienne. Ce système, appelé fidel, est un abugida, c'est-à-dire qu'il combine des consonnes avec des voyelles dans des caractères indivisibles, chaque symbole représentant une syllabe. L'alphabet amharique compte 33 lettres de base, chacune ayant sept formes dérivées correspondant aux sept voyelles du système vocalique de la langue. Cet alphabet complexe, d'une grande beauté graphique, est largement enseigné dans les écoles éthiopiennes. Contrairement à beaucoup d'autres langues africaines, l'amharique n'a jamais été transcrite en alphabet latin de manière officielle, bien que des adaptations existent dans certains contextes académiques ou informatiques. Sur le plan phonologique,
l'amharique se distingue par un système consonantique riche, incluant
des sons gutturaux, pharyngaux et éjectives, typiques des langues sémitiques.
Il possède également un système tonal rudimentaire, bien que moins développé
que dans les langues tonales d'Afrique de l'Ouest ou d'Asie.
Le vocabulaire amharique contient une base sémitique très ancienne, mais il a également absorbé de nombreux emprunts du couchitique, du nilo-saharien, et plus récemment de l'anglais et de l'italien, en raison des contacts historiques avec ces langues. L'italien, notamment, a laissé une trace dans certains termes techniques ou culinaires, héritage de la brève occupation italienne de l'Éthiopie dans les années 1930-1940. De plus, en tant que langue du pouvoir religieux historique, l'amharique a intégré un grand nombre de termes d'origine guèze, surtout dans les domaines de la théologie et de la liturgie orthodoxe éthiopienne. L'apprentissage de l'amharique pose certains défis aux non-natifs, notamment en raison de son alphabet non latin, de sa phonétique exigeante et de sa grammaire complexe. Cependant, son importance géopolitique croissante, combinée à l'essor économique de l'Éthiopie, suscite un intérêt accru dans les milieux universitaires et diplomatiques. Grammaire.
Les verbes sont construits à partir d'une racine trilitère (parfois quadrilatère) de consonnes. En insérant ces racines dans différents schèmes vocaliques, on produit des formes dérivées exprimant la voix (causative, réfléchie, passive) et d'autres nuances. La conjugaison marque le temps (passé, présent-futur, parfait, imparfait), la personne, le genre (masculin/féminin) et le nombre (singulier/pluriel) du sujet. Une caractéristique majeure est l'accord dit à superposition ou en amalgame : le verbe s'accorde non seulement avec son sujet, mais aussi avec son objet direct défini, intégrant les marques de l'objet sous forme de préfixes, d'infixes ou de modifications de la voyelle finale. Le système nominal présente deux genres (masculin, souvent non marqué, et féminin, souvent marqué par le suffixe -*t*) et deux nombres (singulier et pluriel). La formation du pluriel est irrégulière et peut se faire par modification interne (changement de voyelle), par suffixation, ou par une combinaison des deux. Il n'existe pas d'article indéfini, mais l'article défini est marqué par le suffixe -*u* (masculin) / -wa (féminin) / -*i* (pluriel) attaché au nom. Le cas n'est pas marqué par des déclinaisons mais principalement par des prépositions et l'ordre des mots. La syntaxe repose fortement sur l'ordre des mots et les particules. L'ordre canonique est sujet-objet-verbe. Pour marquer l'objet direct défini, on utilise souvent la particule -*n* avant l'objet. Les propositions relatives sont formées en utilisant le participe relatif, qui s'accorde en genre et en nombre avec son antécédent, et non par des pronoms relatifs comme en français. Les phrases sont fréquemment liées par des conjonctions en fin de mot, comme la conjonction de coordination "et" qui est le suffixe -na. L'histoire de
l'amharique.
Le guèze, consigné dans l'écriture éthiopienne ancienne, a servi de base à la formation des langues modernes éthiosémitiques, et notamment l'amharique. Ce n'est qu'entre le IXe et le XIVe siècle que l'amharique commence à émerger comme une langue distincte, probablement dans les régions montagneuses du nord et du centre de l'Éthiopie, notamment autour du lac Tana. À cette époque, le royaume chrétien d'Éthiopie, alors centré dans la région de l'actuelle du Tigré, commençait à s'étendre vers le sud, entraînant une migration des élites chrétiennes vers des zones où les langues couchitiques étaient dominantes. Dans ce contexte, l'amharique, parlée par des groupes locaux, a progressivement acquis une importance politique et sociale. Le tournant décisif survient à partir du XIIIe siècle, lorsque la dynastie des Solomides, qui revendiquait une ascendance biblique remontant à Salomon et à la reine de Saba, établit son pouvoir dans le sud du plateau éthiopien. Avec l'ascension de cette dynastie, la cour royale s'installe progressivement dans les régions où l'amharique est parlée, notamment autour de la future capitale impériale, Gondar. C'est à partir de cette période que l'amharique commence à apparaître dans des inscriptions royales, dans des textes administratifs et religieux non liturgiques, et surtout dans la littérature vernaculaire. Les premiers textes clairement identifiables comme amharique datent du XIVe siècle, notamment des poèmes religieux et des traductions partielles de textes sacrés, qui utilisent encore fortement le vocabulaire et la syntaxe du guèze, mais avec des traits phonologiques et morphologiques propres à l'amharique. À partir du XVIIe siècle, sous les règnes des empereurs de Gondar, l'amharique devient de plus en plus la langue de la cour, de l'armée et de l'administration centrale, même si le guèze reste la langue sacrée de l'Église éthiopienne. Cette dualité linguistique (guèze pour le sacré, amharique pour le profane) favorise le développement d'une littérature amharique séculière et religieuse originale. Les qéné (poèmes allégoriques aux jeux de mots complexes), les chroniques royales, les contes et les traités juridiques ou historiques sont rédigés dans un amharique de plus en plus standardisé. Ce processus est renforcé par l'usage croissant de l'alphabet éthiopien, adapté à la phonologie de l'amharique, qui permet une transcription précise et élégante de la langue. Le XIXe siècle marque une nouvelle étape cruciale dans l'histoire de la langue, avec la centralisation de l'État sous les empereurs Tewodros II, Yohannes IV, et surtout Ménélik II. Ce dernier, après avoir conquis de vastes territoires au sud, à l'ouest et à l'est, entreprend une politique de modernisation et d'unification nationale dans laquelle l'amharique joue un rôle central. L'enseignement de l'amharique est encouragé dans les écoles missionnaires et les premières écoles publiques. La presse écrite en amharique apparaît, notamment avec la création du journal Berhanena Salam (Notre Lumière et notre Paix) en 1924. L'alphabet amharique est utilisé pour imprimer des manuels scolaires, des textes juridiques, des proclamations impériales et des oeuvres littéraires. Sous le régime de Haïlé Sélassié (1930-1974), l'amharique est officiellement consolidée comme langue nationale et unique langue d'enseignement dans tout le pays, ce qui lui confère un statut de prestige, mais au prix d'une marginalisation des autres langues éthiopiennes. Cette politique linguistique centralisatrice renforce l'image de l'amharique comme langue du pouvoir, mais alimente aussi des tensions ethniques et linguistiques, notamment parmi les Oromo, les Somali, les Tigréens et d'autres groupes ayant leurs propres langues et traditions. Pendant la brève occupation italienne (1936-1941), l'italien est imposé dans l'administration, mais l'amharique résiste dans la sphère privée et devient même un symbole de résistance nationale. Après la chute de la monarchie en 1974 et l'arrivée au pouvoir du régime marxiste du Derg, la politique linguistique reste essentiellement inchangée : l'amharique demeure la langue dominante de l'éducation, de l'administration et des médias. Cependant, les années 1990 voient un changement radical avec la chute du Derg et la prise de pouvoir du Front de libération du peuple éthiopien (EPRDF), dirigé par des élites tigréennes. La nouvelle constitution fédérale de 1995 reconnaît le multilinguisme et accorde à chaque région le droit d'utiliser sa propre langue officielle. L'enseignement dans les langues régionales est encouragé, et l'amharique perd son monopole dans de nombreuses sphères, bien qu'elle conserve son rôle de lingua franca nationale. Depuis lors, l'amharique continue d'évoluer sous l'influence de la modernité, des médias numériques, de la musique, du cinéma et de la diaspora. Elle absorbe des emprunts lexicaux de l'anglais, notamment dans les domaines de la technologie, de la politique et de la culture populaire. En même temps, des efforts sont faits pour préserver la richesse de sa grammaire et de son lexique traditionnel. Les variétés
amhariques.
La littérature
amharique.
La période moderne commence au tournant du XXe siècle avec le règne de Ménélik II et s'épanouit sous le règne de Haïlé Sélassié. L'introduction de l'imprimerie et la modernisation de l'État stimulent une littérature plus séculière. Les premiers romans voient le jour, comme Libb Wälläd Tarik (Histoire née d'un coeur) de Afäwarq Gäbrä Iyäsus en 1908, considéré comme le premier roman amharique. Le théâtre se développe également. Cette littérature traite souvent de questions sociales, de progrès et d'identité nationale. La période contemporaine, surtout après la révolution de 1974, voit une diversification des thèmes et des styles. La poésie devient un moyen puissant d'expression politique et personnelle. Le roman s'émancipe, explorant la condition humaine, la vie urbaine, les conflits historiques et les réalités sociales avec plus de réalisme et parfois de critique. Des auteurs comme Baalu Girma, avec son roman Oromay, ou Haddis Alemayehu, avec Fïqir Iske Meqabir (Amour jusqu'à la tombe), ont marqué leur époque. Aujourd'hui, la littérature amharique est vivante et prolifique, avec une production constante de romans, nouvelles, poésies et essais. La presse et les médias en ligne jouent également un rôle important dans l'évolution dynamique de la langue écrite. |
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