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Erythrée
Hagere Ertra

15 00 N, 39 00 E
L'Erythrée est un Etat de la Corne de l'Afrique, d'une superficie de 117.600 km² et peuplé de 6 millions d'habitants en 2012. Riverain de la Mer Rouge, le pays est frontalier avec le Soudan, l'Ethiopie et Djibouti
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Carte de l'Erythrée.
Carte de l'Erythrée. Source : The World Factbook.
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Administrativement, l'Erythrée est divisée en 6 régions (zobatat) : Anseba, Debub (Sudh), Debubawi K'eyih Bahri (Sud-Mer Rouge), Gash Barka, Ma'akel (Centre), Semenawi Keyih Bahri (Nord-Mer Rouge). 

La capitale de l'Erythrée est Asmara (564 000 habitants environ). Les autres villes sont de bien moindre importance : Keren (75 000 hab.), Massawa (23 100 hab.), Assab (21 000 hab.), etc.

Géographie physique de l'Erythrée

Le territoire de l'Erythrée peut être schématiquement divisé en trois grandes zones. 

La plaine côtière.
La première est la plaine côtière orientale, qui longe la mer Rouge. Cette bande étroite au nord s'élargit considérablement vers le sud pour inclure une partie de la dépression de Danakil (ou dépression de l'Afar), une région d'altitude très basse, extrêmement chaude et aride, caractérisée par des lacs salés, des formations volcaniques et des plaines de sel. Le climat y est désertique ou semi-désertique, avec des températures parmi les plus élevées au monde. La côte érythréenne est parsemée de nombreuses îles, la plus remarquable étant l'archipel des Dahlak, un vaste groupe d'îles coralliennes et volcaniques dans la mer Rouge.

Le plateau central.
À l'ouest de cette plaine côtière s'élève brusquement la seconde zone : le plateau central, qui constitue l'extension septentrionale du plateau éthiopien. La transition est marquée par un escarpement abrupt et spectaculaire, une ligne de faille majeure qui s'étend du nord au sud. Cette région d'altitude élevée abrite la capitale, Asmara, et bénéficie d'un climat plus tempéré, voire frais, comparativement aux basses terres, avec des précipitations plus importantes. Le paysage y est dominé par des montagnes escarpées, des collines ondulantes et des plateaux. C'est dans ces hautes terres que se trouve le point culminant du pays, le mont Emba Soira, qui s'élève à plus de 3000 mètres. L'altitude influence fortement le climat et la végétation, permettant une agriculture plus diversifiée dans certaines zones.

Les basses terres occidentales.
La troisième zone majeure est celle des basses terres occidentales, qui s'étendent à l'ouest du plateau central et descendent en pente douce vers la frontière soudanaise. Cette région est plus basse et plus chaude que les hautes terres, mais reçoit généralement plus de précipitations que la plaine côtière orientale, bien qu'elle reste majoritairement semi-aride. Le paysage y est caractérisé par des plaines légèrement vallonnées, des collines isolées et de vastes vallées fluviales. Les principaux cours d'eau érythréens, tels que le Barka et l'Anseba, sont principalement saisonniers (ou wadis) et prennent leur source dans les hautes terres pour traverser les plaines occidentales en direction du Soudan et, in fine, de la mer Rouge. Le système fluvial Gash-Setit traverse également le sud-ouest du pays.

Biogéographie de l'Erythrée

L'Érythrée se divise en plusieurs zones biogéographiques distinctes qui descendent d'un plateau central élevé vers des plaines arides à l'ouest et des plaines côtières chaudes et sèches à l'est. Le climat varie considérablement avec l'altitude; la côte de la mer Rouge est l'une des régions les plus chaudes et arides du monde, tandis que les hauts plateaux centraux bénéficient d'un climat tempéré avec des précipitations modérées et distinctes saisons humides et sèches, et les basses terres occidentales sont chaudes et semi-arides à arides avec une saison des pluies plus courte.

Cette hétérogénéité environnementale soutient une grande variété d'habitats. La zone côtière et les îles de l'archipel des Dahlak sont caractérisées par une végétation désertique résistante au sel, des mangroves dans certaines criques protégées, et surtout des écosystèmes marins riches incluant des récifs coralliens et des herbiers marins qui abritent une faune sous-marine diverse. En remontant l'escarpement oriental vers les hauts plateaux, on trouve des zones de broussailles d'Acacia-Commiphora dans les parties plus sèches, laissant place à des vestiges de forêts de montagne (avec genévriers et oliviers sauvages) et des prairies dans les zones plus humides et d'altitude intermédiaire, bien que ces habitats aient été fortement impactés par l'activité humaine. Les hauts plateaux eux-mêmes sont dominés par des prairies d'altitude et des zones cultivées, avec des arbres clairsemés, qui reflète une longue histoire d'agriculture et de pâturage. Les vastes basses terres occidentales sont principalement couvertes de savanes arbustives, de prairies semi-arides et de woodlands d'Acacia, traversées par des lits de rivières saisonnières (wadis) qui soutiennent une végétation riveraine plus dense. Certaines parties de l'ouest sont extrêmement arides, et se fondent dans les déserts soudanais.

La faune érythréenne est un mélange d'espèces paléarctiques (surtout chez les oiseaux migrateurs) et afro-tropicales. Les mammifères comprennent diverses gazelles (comme la gazelle Dorcas et la gazelle de Soemmerring), le Grand Koudou, le phacochère, des babouins Hamadryas, des singes verts, diverses espèces de chacals et de renards, le caracal et le chat sauvage. Les grands mammifères comme les éléphants, les lions, les léopards, les guépards, l'Oryx et le zèbre de Grévy étaient autrefois présents mais sont maintenant extrêmement rares ou ont disparu localement en raison de la guerre, de la chasse et de la perte d'habitat. L'âne sauvage d'Afrique, une espèce menacée, pourrait encore survivre dans des zones très isolées près de la frontière éthiopienne. La mer Rouge est un habitat important pour les dugongs, les dauphins et une multitude d'espèces de poissons coralliens. L'avifaune est particulièrement riche, l'Érythrée étant située sur une voie de migration majeure pour de nombreuses espèces entre l'Europe et l'Afrique. On y trouve une grande variété d'oiseaux résidents adaptés aux différents milieux, des rapaces aux espèces de savane et de désert, en passant par les oiseaux aquatiques et marins. Les reptiles sont également bien représentés, notamment dans les zones arides et semi-arides, avec diverses espèces de lézards et de serpents, y compris des cobras et des vipères. Les écosystèmes d'eau douce sont moins développés en raison de la nature saisonnière de la plupart des cours d'eau, qui limitent la diversité des poissons d'eau douce et des amphibiens.

L'endémisme n'est pas aussi élevé que dans certaines régions isolées comme les hauts plateaux éthiopiens voisins, mais le pays abrite plusieurs espèces ou sous-espèces de plantes et d'animaux considérées comme quasi-endémiques ou dont l'aire de répartition est largement confinée à la Corne de l'Afrique et aux régions adjacentes, reflétant son histoire géologique et son isolement relatif dans certains écosystèmes.

Des décennies de conflit, l'expansion de l'agriculture, le surpâturage, la déforestation et les impacts du changement climatique (sécheresses accrues) ont gravement dégradé les habitats naturels à travers le pays. Bien que certaines zones aient été désignées comme parcs nationaux ou zones protégées (comme le parc national de Semenawi Bahri ou l'archipel des Dahlak proposé comme réserve), l'application et les ressources pour une gestion efficace sont souvent limitées. La protection des écosystèmes marins de la mer Rouge est d'une importance cruciale pour la biodiversité côtière et marine. 

Géographie humaine de l'Erythrée

Population.
Les estimations de la population varient considérablement, allant de 3,5 à près de 6 millions d'habitants. Il est difficile de fournir des chiffres précis en raison de l'absence de recensement fiable et surtout, d'une émigration massive et continue. Le taux de croissance naturel est modéré, mais il est largement compensé, voire dépassé, par un taux d'émigration parmi les plus élevés au monde. Cette situation crée une structure d'âge déséquilibrée, avec une proportion importante de jeunes (bien que beaucoup cherchent à partir) et une fuite des cerveaux significative, car ce sont souvent les individus les plus éduqués et les plus dynamiques qui quittent le pays pour échapper au service national obligatoire (souvent de durée indéfinie) et au manque de débouchés. L'espérance de vie s'est améliorée par rapport aux années de guerre mais reste en deçà des moyennes régionales. La fécondité est modérée. L'urbanisation progresse, principalement autour de la capitale, Asmara, mais la majorité de la population reste rurale. La diaspora érythréenne est vaste et joue un rôle économique et social important par les transferts de fonds, mais aussi en maintenant des liens qui facilitent d'autres départs. Les réfugiés et demandeurs d'asile érythréens représentent une part significative des flux migratoires mondiaux, notamment vers l'Europe, le Soudan, l'Éthiopie et Israël.

La structure sociale traditionnelle est fortement basée sur le clan, la parenté et l'appartenance ethnique, mais ces structures sont de plus en plus érodées ou cooptées par le contrôle centralisé de l'État et du parti unique, le Front Populaire pour la Démocratie et la Justice (PFDJ). Le service national, qui comprend une composante militaire et civile et commence souvent à l'âge de 12-14 ans à l'école secondaire de Sawa, est une institution sociale centrale et universelle qui affecte profondément la vie des jeunes, retarde l'éducation, l'entrée sur le marché du travail et la formation de familles. Il est également une source majeure de mécontentement et un moteur de l'émigration. La famille reste une unité sociale fondamentale, mais elle subit d'énormes pressions dues aux séparations causées par l'émigration et le service national.

Le système éducatif est étatique, mais son fonctionnement est étroitement lié au service national. L'accès aux soins de santé de base s'est amélioré dans certaines zones, mais les infrastructures et le personnel qualifié sont limités, notamment en raison de l'émigration des professionnels de santé. La société civile indépendante est pratiquement inexistante, les libertés d'expression, d'association et de réunion étant sévèrement restreintes. Les organisations sociales, culturelles ou économiques sont soit sous contrôle étatique, soit interdites.

Sur le plan religieux, la population est approximativement également divisée entre chrétiens (principalement orthodoxes de l'Église Tewahedo d'Érythrée, ainsi que catholiques et protestants) et musulmans (majoritairement sunnites). Les affiliations religieuses coïncident souvent, sans être exclusives, avec les affiliations ethniques (par exemple, les Tigrinyas sont majoritairement chrétiens orthodoxes, tandis que les Tigrés, Afars et Sahos sont majoritairement musulmans). L'État reconnaît officiellement quatre confessions : l'Église Orthodoxe Tewahedo d'Érythrée, l'Église Catholique Romaine, l'Église Évangélique Luthérienne d'Érythrée et l'Islam Sunnite. Les autres groupes religieux sont soumis à des restrictions sévères, voire à la persécution. La religion est un facteur social important, mais son expression publique est sous la surveillance et le contrôle du gouvernement.

Quelques-unes des principales villes de l'Erythrée

• Asmara est la capitale de l'Érythrée et la plus grande ville du pays. Située à plus de 2300 mètres d'altitude sur les hauts plateaux, elle se distingue par son climat tempéré et son patrimoine architectural. Asmara possède un urbanisme moderniste qui remonte à l'époque coloniale italienne, avec des bâtiments Art déco, rationalistes et futuristes, ce qui lui a valu une inscription au patrimoine mondial de l'Unesco en 2017. Centre politique et administratif, la ville concentre les institutions gouvernementales, les universités principales, les centres culturels, ainsi que les sièges de plusieurs entreprises publiques. Malgré une économie limitée par l'isolement international, Asmara conserve une ambiance sereine, avec des boulevards calmes, des cafés italiens et une forte identité urbaine.

• Keren, deuxième plus grande ville du pays, se situe au nord-ouest d'Asmara, dans une région montagneuse à environ 1390 mètres d'altitude. Elle est un centre agricole et commercial important, notamment pour l'élevage et la culture des bananes, mangues et céréales. Keren est également un lieu de forte signification religieuse et culturelle, accueillant le sanctuaire marial de Mariam Dearit, un lieu de pèlerinage populaire. Ville majoritairement musulmane, elle joue un rôle dans le dialogue interconfessionnel et possède une ambiance multiculturelle avec une architecture influencée par les traditions locales et les styles coloniaux.

• Massawa est le principal port maritime de l'Érythrée, situé sur la côte de la mer Rouge. Ancienne capitale de la colonie italienne avant le transfert à Asmara, la ville a un riche passé historique et culturel, ayant été sous domination ottomane, égyptienne, italienne et éthiopienne. Massawa possède une architecture distinctive en pierre de corail, des influences islamiques et méditerranéennes, mais a été gravement endommagée pendant la guerre d'indépendance. Aujourd'hui, malgré les efforts de reconstruction, elle reste en grande partie en ruines. Cependant, sa position géostratégique en fait un axe de développement maritime et touristique potentiel, soutenu par des projets portuaires à long terme.

• Assab est le second port maritime de l'Érythrée, situé dans le sud-est du pays, près de la frontière avec Djibouti. Ville portuaire autrefois active, Assab a souffert économiquement de la guerre avec l'Éthiopie et de la fermeture des échanges commerciaux. Elle possède une raffinerie de pétrole désaffectée, un aéroport et des infrastructures portuaires en attente de réhabilitation. Malgré sa situation côtière favorable, l'isolement géopolitiquedu pays  limite son activité, bien que le gouvernement érythréen ait montré un intérêt pour sa revitalisation dans le cadre de projets régionaux.

• Mendefera, capitale de la région du Debub, se situe au sud d'Asmara, dans une zone de collines fertiles. Elle est un centre commercial régional actif pour 

l'agriculture, notamment la production de céréales, légumes et bétail. Autrefois connue sous le nom d'Adi Ugri, Mendefera joue un rôle administratif et éducatif croissant, avec des écoles secondaires, des marchés et des services de santé. Elle symbolise également la résistance contre les conquêtes coloniales, ce qui en fait un point de référence historique pour la mémoire nationale.

• Dekemhare est une ville située à une quarantaine de kilomètres au sud-est d'Asmara. Ancien centre industriel sous l'Italie coloniale, elle était connue pour ses usines textiles, ses infrastructures ferroviaires et son agriculture. Aujourd'hui, Dekemhare tente de redévelopper ses activités économiques locales dans l'agroalimentaire et les petits commerces. Elle est aussi le siège d'initiatives éducatives régionales, avec un institut de formation technique et plusieurs établissements secondaires.

• Teseney, située à l'extrême ouest du pays, proche de la frontière avec le Soudan, est une ville de transit importante. Elle sert de carrefour commercial entre l'Érythrée et les pays voisins, notamment pour les échanges de bétail, de produits agricoles et d'articles manufacturés. Teseney a connu un développement rapide dans les années 1990, mais reste vulnérable aux fluctuations économiques et aux dynamiques migratoires. Elle reflète un brassage culturel fort, avec des influences tigréennes, soudanaises et kunama.

• Barentu est une ville du sud-ouest de l'Érythrée, capitale de la région de Gash-Barka, considérée comme le "grenier à blé" du pays. Elle est habitée par plusieurs groupes ethniques, dont les Kunama et les Nara, et joue un rôle agricole central. La région autour de Barentu est fertile, irriguée, et en développement grâce à des projets de culture à grande échelle. Barentu est aussi un centre administratif, éducatif et militaire stratégique pour l'ouest du pays.

• Adi Keyh, située au sud-est d'Asmara à plus de 2500 mètres d'altitude, est l'une des villes les plus élevées d'Érythrée. Elle est proche du site archéologique de Qohaito, vestige de l'époque aksoumite, et possède un fort héritage historique. Adi Keyh est aussi un centre éducatif avec l'université d'Adi Keih, spécialisée dans les sciences humaines. Malgré un climat rigoureux et une économie locale limitée, la ville reste importante pour le patrimoine  culturel du sud du pays.

• Senafe, ville montagneuse du sud proche de la frontière éthiopienne, est connue pour ses paysages spectaculaires et sa proximité avec des sites archéologiques. Elle est peuplée principalement par les Tigrignas et les Saho. Elle a été fortement marquée par le conflit frontalier avec l'Éthiopie. Bien que sa croissance ait été entravée par les tensions régionales, Senafe reste un symbole de résilience et d'ancrage historique.

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Groupes ethnolinguistiques.
La diversité ethnolinguistique de l'Érythrée est reconnue officiellement par le gouvernement qui identifie neuf groupes principaux. Chacun de ces groupes possède sa propre langue, ses traditions et généralement un mode de vie adapté à la région qu'il habite. Bien que les pourcentages soient des estimations et puissent varier, cette classification officielle sert de cadre pour comprendre la diversité ethnolinguistique de la nation. Les langues tigrinya et arabe considérées comme les langues de travail, tandis que l'anglais est utilisé dans l'éducation supérieure et les affaires, mais la préservation et l'utilisation des langues des neuf groupes sont encouragées.

Tigrinya.
Le groupe le plus important est celui des Tigrinya, qui représente environ 55% de la population. Ils habitent principalement sur le plateau central et dans les hauts plateaux méridionaux. Leur langue, le tigrinya, est une langue sémitique, étroitement liée à l'amharique et à l'arabe. Majoritairement agriculteurs, les Tigrinya sont principalement chrétiens orthodoxes de l'Église Tewahedo érythréenne, avec des minorités catholiques et musulmanes. Ils jouent un rôle central dans la vie politique et économique du pays.

Tigre.
Le deuxième groupe en taille est celui des Tigre (Tigré), constituant environ 30% de la population. Ils vivent dans les basses terres du nord et de l'ouest. Ils parlent la langue tigre, également une langue sémitique, distincte mais apparentée au tigrinya. Les Tigre sont majoritairement musulmans et ont traditionnellement un mode de vie pastoral ou semi-nomade, bien que certains pratiquent également l'agriculture sédentaire.

Afar.
Les Afar représentent environ 4% de la population et habitent les basses terres arides du sud-est, le long de la côte de la mer Rouge, une région connue sous le nom de Denkalia. Leur langue, l'afar, appartient à la branche couchitique de la famille afro-asiatique. Ce sont principalement des pasteurs nomades ou semi-nomades, qui élèvent des chameaux, des chèvres et des moutons dans des conditions difficiles. Ils sont presque exclusivement musulmans et sont également présents en Éthiopie et à Djibouti.

Saho.
Les Saho constituent environ 3% de la population et vivent dans les basses terres orientales, le long de l'escarpement et dans certaines parties des hauts plateaux au sud d'Asmara. Ils parlent le saho, une autre langue couchitique, étroitement liée à l'afar. Comme les Afar, ils sont majoritairement musulmans et pratiquent l'agro-pastoralisme, généralement avec une transhumance saisonnière.

Bilen.
Les Bilen, ou Blin, représentent environ 2% de la population et sont concentrés autour de la ville de Keren et de ses environs dans la région d'Anseba. Ils parlent le bilen, une langue couchitique qui appartient au groupe agaw. Les Bilen sont divisés à parts égales entre le christianisme orthodoxe et l'islam, et sont principalement des agriculteurs sédentaires.

Kunama.
Les Kunama forment environ 2% de la population et habitent les basses terres du sud-ouest, principalement dans la région de Gash-Barka, le long de la frontière soudanaise et éthiopienne. Ils parlent le kunama, une langue qui est classée comme isolée au sein de la famille nilo-saharienne. Traditionnellement animistes, de nombreux Kunama se sont convertis au christianisme ou à l'islam. Ils sont principalement des agriculteurs et ont historiquement été confrontés à des pressions extérieures.

Nara.
Les Nara, également environ 2% de la population, vivent dans la même région de Gash-Barka que les Kunama, mais plus au nord. Ils parlent le nara, une langue parfois liée au kunama ou considérée comme une branche distincte du nilo-saharien. La plupart des Nara sont musulmans, bien qu'il existe des minorités chrétiennes. Ils sont également principalement des agriculteurs.

Hedareb.
Les Hedareb, ou Beja, représentent environ 2,5% de la population et habitent les basses terres du nord-ouest, le long de la frontière soudanaise. Ils parlent le to bedawie (ou beja), une langue couchitique, et beaucoup parlent également l'arabe. Ce sont principalement des pasteurs nomades musulmans et font partie du groupe ethnique Beja plus large présent au Soudan et en Égypte.

Rashaida.
Le plus petit des neuf groupes officiellement reconnus est celui des Rashaida, qui constitue moins de 1% de la population. Ils vivent le long de la côte septentrionale et sur certaines îles. Ils parlent un dialecte arabe (arabe hejazi). Les Rashaida sont des nomades musulmans, arrivés relativement récemment (au XIXe siècle) de la péninsule arabique, et sont connus pour leur élevage de chameaux et le commerce côtier, ainsi que pour le voile distinctif porté par leurs femmes.

Culture.
La cuisine érythréenne est un aspect central de la vie sociale et culturelle, et elle est étroitement liée à celle de l'Éthiopie voisine. Le plat de base est l'injera, une grande galette spongieuse et fermentée, traditionnellement faite de farine de teff (une petite céréale locale sans gluten). L'injera sert à la fois de plat et d'ustensile  on l'utilise pour prélever divers accompagnements appelés wat ou tsebhi, qui peuvent être à base de viande (boeuf, poulet, agneau) ou de légumes et légumineuses (lentilles, pois chiches, épinards). Ces wats sont généralement très épicés, et utilisent un mélange d'épices appelé berbere. La cérémonie du café (buna) est un rituel social très important, qui exprime l'hospitalité et l'amitié. Le café est torréfié, moulu et infusé sur place, servi dans de petites tasses sans anse (sini), souvent accompagné de popcorn ou de collations traditionnelles. Des boissons traditionnelles comme le t'ej (hydromel) et le suwa (bière de sarrasin ou d'orge) sont également populaires.

La musique et la danse varient considérablement entre les groupes ethniques. Les instruments traditionnels comprennent le krar (une lyre à cinq ou six cordes) et le masinko (une viole à une seule corde). La musique est volontiers mélancolique ou rythmée, et accompagne les célébrations, les mariages et les événements sociaux. Chaque groupe ethnique a ses propres styles de danse, souvent caractérisés par des mouvements d'épaules et des pas rythmés, comme le guayla des Tigrinya.

La vannerie est particulièrement réputée dans le sud du pays, avec des paniers tressés de couleurs vives et aux motifs complexes. L'artisanat du métal, notamment les croix orthodoxes en argent portées en pendentif ou utilisées comme ornements, est également important. La poterie, le tissage et la sculpture sur bois sont d'autres formes d'expression artistique. L'art religieux, comme les peintures murales et les icônes dans les églises orthodoxes, est une tradition ancienne.

La tradition orale est forte en Érythrée, avec des contes, des légendes, de la poésie et des proverbes transmis de génération en génération, particulièrement dans les groupes où l'alphabétisation écrite était moins répandue historiquement. La littérature écrite se développe, généralement influencée par l'histoire récente du pays, la guerre d'indépendance et les défis contemporains.

Les coutumes sont profondément ancrées dans le respect, l'hospitalité et la communauté. Accueillir des invités est un devoir sacré. Le respect des aînés est primordial. Les liens familiaux sont très forts, et la famille élargie joue fréquemment un rôle de soutien essentiel. Le concept de mesgebo, une forme d'entraide communautaire, illustre l'importance de la solidarité. La résilience est une valeur culturelle clé, forgée par des décennies de conflit et de difficultés.

Le calendrier culturel est ponctué par de nombreuses fêtes. Les fêtes religieuses comme Meskel (la découverte de la Vraie Croix), Gena (Noël orthodoxe), Fasika (Pâques orthodoxe), ainsi que l'Eid al-Fitr et l'Eid al-Adha pour les musulmans, sont célébrées avec faste. Les fêtes nationales, comme le Jour de l'Indépendance (24 mai) et le Jour des Martyrs (20 juin), sont d'une grande importance et sont marquées par des commémorations et des célébrations qui renforcent l'identité nationale.

Les vêtements traditionnels varient grandement. Les femmes Tigrinya portent ordinairement la zuria ou habesha kemis, une longue robe de coton blanc ornée de broderies colorées. D'autres groupes ont des tenues distinctes, comme les voiles colorés des femmes Rashaida ou les tenues adaptées à la vie nomade ou pastorale des Afar ou des Kunama.

Economie.
L'économie de l'Érythrée est largement caractérisée par un contrôle étatique important et une orientation vers l'autosuffisance, héritage de décennies de conflit et d'isolement. Elle reste l'une des économies les moins transparentes au monde, avec des données officielles rares et peu fiables, ce qui rend toute analyse précise difficile pour les observateurs extérieurs. Ce modèle centralisé limite considérablement le développement du secteur privé et freine les investissements, à l'exception notable du secteur minier.

Traditionnellement, l'agriculture a constitué l'épine dorsale de l'économie érythréenne, employant la majorité de la population active, estimée à plus de 70%. Ce secteur est principalement basé sur l'agriculture de subsistance, avec la production de sorgho, de millet, de blé, d'orge, ainsi que l'élevage de bétail. Cependant, il est fortement dépendant des conditions climatiques, particulièrement vulnérable aux sécheresses, et souffre d'un manque d'investissements, de technologies modernes et d'infrastructures d'irrigation adéquates. La productivité reste faible, ce qui limite sa capacité à assurer la sécurité alimentaire du pays et à générer des excédents pour l'exportation. Les politiques foncières et la mobilisation de la main-doeuvre rurale pour le service national affectent également négativement ce secteur vital.

Un secteur de plus en plus important pour l'Érythrée est celui de l'extraction minière. Le pays dispose de ressources considérables en or, cuivre, zinc et argent, dont l'exploitation s'est intensifiée ces dernières années, principalement via des coentreprises avec des sociétés étrangères. La mine de Bisha, opérée par une société canadienne en partenariat avec l'entreprise minière d'État érythréenne, a été une source majeure de revenus d'exportation, et d'autres projets miniers, comme celui de Zara, contribuent également. Ce secteur est la principale source de devises étrangères pour le gouvernement érythréen, essentiel pour financer les importations. Cependant, les revenus issus de l'exploitation minière sont gérés de manière opaque par l'État et leur contribution au développement économique large ou à la réduction de la pauvreté n'est pas clairement visible.

Les autres secteurs de l'économie, tels que l'industrie manufacturière et les services, sont relativement sous-développés et largement dominés par des entreprises publiques. L'industrie est principalement axée sur la transformation des produits agricoles et la production de biens de consommation de base, avec une capacité limitée et souvent obsolète. Le secteur des services, bien qu'il comprenne des activités portuaires (Assab et Massawa) qui ont un potentiel géostratégique, ainsi qu'un potentiel touristique (le long de la côte de la mer Rouge et avec des sites historiques), est freiné par le manque d'investissements, les infrastructures médiocres et la politique d'isolement. Le commerce est également fortement contrôlé par l'État ou des entités liées au gouvernement.

L'économie érythréenne souffre structurellement d'un environnement des affaires très difficile. Le secteur privé est étouffé par la bureaucratie, la réglementation excessive, l'accès limité au crédit et la concurrence déloyale des entreprises d'État. L'absence d'institutions financières robustes et transparentes, ainsi que la gestion centralisée des devises, entravent l'investissement et le commerce. Les infrastructures de transport (routes, voies ferrées) et d'énergie nécessitent également des investissements massifs, bien que certains projets soient en cours, ordinairement liés à l'exploitation minière ou financés par des partenariats étrangers.

Un défi démographique et économique majeur est le service national prolongé, qui mobilise une part importante de la jeunesse masculine et féminine pendant de nombreuses années, souvent bien au-delà de la durée initialement annoncée. Cela a un impact négatif majeur sur la disponibilité de la main-d'œuvre qualifiée pour le secteur privé, limite le développement des compétences et contribue à l'émigration massive de jeunes Érythréens. Paradoxalement, les transferts de fonds de la diaspora constituent en retour une source vitale de devises pour de nombreuses familles restées au pays et indirectement pour l'économie nationale, bien que le gouvernement cherche à capter une partie de ces flux.

Malgré l'accord de paix signé avec l'Éthiopie en 2018, qui a fait espérer une ouverture économique, régionale et internationale, ainsi qu'une levée des sanctions onusiennes (intervenue en novembre 2018), les réformes structurelles majeures attendues pour libéraliser l'économie et favoriser un environnement propice aux affaires ne se sont pas matérialisées à grande échelle. Le contrôle étatique reste prédominant.

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