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Les Cévennes

Les Cévennes sont une chaîne de montagnes, dont le point culminant (mont Mézenc) a 1754 m d'altitude et qui peut être considérée comme l'épine dorsale de la France centrale et méridionale. Son nom vient du mot celtique 'Kefin, qui veut dire crête, et qui subsiste encore dans le dialecte bas-breton, avec ce sens et sous la forme Kefn ou Kevn.

Les Cévennes sont le talus oriental et curviligne du Massif central de la France, qui comprend en outre, trois autres parties séparées par la Loire, l'Allier et le Lot, à savoir : les monts du Velay et du Forez, les monts d'Auvergne ou plateau central proprement dit (Aubrac, Cantal, mont Dore, monts Dômes) et les causses. Du côté du Rhône, les Cévennes ont l'aspect d'un talus à très forte pente; vers la Loire et la Garonne, leur versant océanique est beaucoup moins prononcé et moins abrupt.

Les Cévennes sont depuis longtemps célèbres par les remarquables découvertes paléo-ethnologiques faites dans leurs  grottes et leurs dolmens et dues aux Marcel de Serres, Christol, Cazalis de Fondouce, Ollier de Marichard, Jeanjean, Poujol, Prunières, Malafosse, abbés Solanet, Cérés et Boissonnade, etc., et à tant d'autres persévérants fouilleurs. On sait ainsi qu'au point de vue pittoresque ces montagnes et les plateaux subordonnés des causses possèdent des merveilles non moins admirables, quoique dans d'autres genres, que les scènes grandioses des glaciers alpestres ou pyrénéens les belvédères des Cévennes centrales, le Mézenc surtout, avec leurs vues droites sur toutes les Alpes occidentales du lac de Genève à la Méditerranée; le riant bassin du Puy-en-Velay tout hérissé de dykes volcaniques, restes des cheminées d'éruptions; les colonnades de basalte, les chaussées de géants, les coupes ou cratères d'Aizac, Jaujac, Montpezat, etc., tout autour de Vals; les défilés étranges de Ruoms et de la basse Ardèche, le Pont-d'Arc, dans les calcaires jurassiques ou crétacés; les gorges du haut Allier et le chemin de fer de Clermont à Nîmes, entre les basaltes prismatiques du Velay et les granits de la Margeride; les cluses indescriptibles du Tarn surtout, de la Jonte, de la Dourbie, de la Vis et de l'Hérault peu connues avant la révélation qu'en fit Lequeutre en 1879, et dont la fantasmagorie n'est surpassée que par les canyons américains du Colorado; les puissantes sources de la Sorgues, de la Vis, de Bramabiau, etc„ aussi abondantes que Vaucluse, et plus curieuses par leurs grottes et galeries souterraines; enfin les trois cités dolomitiques, villes de rochers construites par la nature, ruinées par les érosions et toutes pleines de rues, basiliques, places, arènes et colonnes en apparence artificielles, du Bois-de-Païolive, près de Vals (Ardèche), de Mourèze, près de Lodève (Hérault), et de Montpeller-le-Vieux, près de Millau (Aveyron). Le tout digne d'un voyage spécial plus intéressant que beaucoup d'autres très lointains! 

Les Cévennes commencent, au Nord, près du Creusot, au bief de partage du canal du Centre, à l'étang de Long-Pendu (altitude 304 m), entre Charolles et Chalon-sur-Saône. Vers le Sud, les Cévennes se terminent plus nettement au seuil de Naurouse (189 m), que traversent, entre Villefranche et Castelnaudary, le canal du Languedoc et le chemin de fer de Bordeaux à Sète. De l'une à l'autre de ces extrémités, l'axe hydrographique ou ligne de faite qui détermine le sens de l'écoulement des eaux ne descend nulle part plus bas que 430 m; le développement des sinuosités principales atteint environ 650 km, tandis qu'à vol d'oiseau l'étang de Long-Pendu n'est qu'à 430 km en ligne droite du seuil de Naurouse. Les deux dépressions du Pas-de-l'Ane (625 m, entre Furens-Loire et Gier-Rhône), et de la Bastide (1077 m, entre Allier et Chassezac-Ardèche), partagent naturellement les Cévennes en trois sections :

1° Celle du Nord, du canal du Centre au Pas-de-l'Ane, sous lequel passe le chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon par Givors, dans un tunnel de 1298 m de longueur.

2° Celle du Centre, du Pas-de-l'Ane au col de la Bastide, que la voie ferrée de Clermont-Ferrand à Nîmes, si belle à parcourir, franchit en tunnel à 1046 m d'altitude.

3° Celle du Sud, de la Bastide à Naurouse. 

Les deux premières peuvent être réunies sous le nom de Cévennes septentrionales; la troisième forme les Cévennes méridionales.

La division tripartite est basée sur des considérations géologiques et orographiques. Le corps, le noyau des Cévennes, est fondamentalement constitué par les formations dites primitives (ou paléozoïques) des terrains cristallins (granits, granulites, gneiss, etc.) et cristallophylliens (micaschistes, stéachistes, chloritoschistes, etc.); sur cette charpente partout reconnaissable se sont déposées ou épanchées les nappes sédimentaires ou éruptives des divers âges géologiques; or, dans les Cévennes septentrionales se rencontrent des terrains de toutes les époques, grès et calcaires primaires de Néronde, Tarare et Thizy (monts du Lyonnais); carbonifères du Creusot, Saint-Etienne, etc.; jurassique du Charolais et du Mâconnais; cénozoïques des vallées; porphyre éruptif dans le Beaujolais; etc. Les Cévennes centrales au contraire ont le monopole des roches volcaniques : trachytes et phonolithe du Mézenc; basaltes du Puy et du Velay; basaltes et laves de Vals et des Coirons; les porphyres du Forez qui en dépendent sont éruptifs aussi. Enfin le granit et les formations jurassiques contiguës aux causses, sont la caractéristique des Cévennes méridionales.

Chacune des trois divisions est nettement distinguée par le relief orographique, en même temps que la géologie lui donne un aspect pittoresque sui generis. La direction générale de la première section est celle du Nord au Sud; les deux autres s'infléchissent vers le Sud-Ouest, en décrivant, du Gier au col de Naurouse, un vaste arc de cercle de 340 km de rayon environ; le mont Aigoual coupe en deux moitiés cet arc de cercle dont le centre serait près de Civray (Vienne) à peu près à égale distance de Poitiers, Angoulême et Limoges.

Cévennes septentrionales.
Les Cévennes septentrionales, peu élevées et comprises entre le canal du Centre, la Loire, le Gier, le Rhône et la Saône, entre Charolles, Roanne, Saint-Etienne, Lyon, Mâcon et Chalon-sur-Saône, se composent des monts du Charolais, plateaux et vallons couverts de bois, vignes et prairies (mont Saint-Vincent, 603 m; Grandes-Roches, 774 m); du Beaujolais (mont Saint-Rigaud, dans le bois d'Ajoux ou de Jupiter, 1012 m); du Mâconnais, appendice des précédents (moins de 800 m) où se trouvent Cluny et le lac Saint-Point de Lamartine, et du Lyonnais (signal de Boussièvre, 1004 m, près de Tarare; mont Verdun, 625 et mont d'Or, 612 m, près de Lyon; Bois-de-Saint-André, 937 m).

Cévennes centrales.
Les Cévennes centrales s'étendent du Gier au col de la Bastide, c.-à-d. aux sources de l'Allier, entre cette rivière, la Loire, l'Ardèche et le Rhône, entre Issoire, Saint-Etienne, Valence et Alès. Elles se divisent en groupes du Mont-Pilat près de Saint-Etienne (Crêt de la Perdrix, 1434 m), où l'industrie a élevé plusieurs grands barrages formant, par la retenue des eaux, de grands lacs artificiels; chaîne des Boutières (Grand-Felletin, 1390 m); monts du Vivarais (Meygal, 1438 m; Mézenc, 1754 m, point culminant de toutes les Cévennes, suc de Montfol, 1601 m, Gerbier de Joncs, 1551 m, à la source de la Loire), dont dépendent le curieux chaos volcanique des sites, gravennes et coupes de Vals et de la haute Ardèche, et le plateau basaltique des Coirons près de Privas (roc de Gourdon, 1061 m); entre les sources de la Loire et celles de l'Ardèche, le cratère bien conservé du Suc de Bauzon a 1474 m. A 10 km au Sud-Ouest la forêt de Mazan, 1464 m, est un plateau d'où se détache, courant obliquement vers le Nord-Nord-Ouest, une longue suite de croupes, plateaux et hautes montagnes forme les monts du Vivarais et du Forez, l'une des quatre principales subdivisions du Massif central. Au Sud-Ouest de la forêt de Mazan, les montagnes de Bauzon, du Tanargue et de Valgorge dépassent plusieurs fois 1500 m: Rocher-d'Astet, 1551 m; Montgros, 1509 m; Croix de Bauzon, 1540 m; Bois de Tanargue, 1519 m; puis la crête s'abaisse lentement, domine de 200 m la célèbre trappe de Notre-Dame-des-Neiges, établie à la Felgère, 1100 m, de 1852 à 1861, dans un ravin tourné vers l'Allier, et atteint enfin le col de la Bastide.

Cévennes méridionales.
Aux Cévennes méridionales seules appartiennent en propre le nom local de Cévennes, que l'on a étendu aux deux divisions précédentes sans autre motif que la commodité de la nomenclature géographique. Le seuil de la Bastide est une coupe longue de 4 km. Au point le plus bas, 1077 m, il n'y a pas tout à fait 1 km d'épaisseur de roches entre le lit de l'Allier et celui d'un torrent tributaire du Chassezac, qui court lui-même à l'Ardèche. Sur la crête de cette croupe passe la route de Langogne et de la Bastide à Saint-Laurent-les-Bains et aux Vans; dans ses prés plats et étroits l'eau de pluie stationne avant d'opter pour l'Océan Atlantique ou la Mer Méditerranée. Bien indécise est donc ici la ligne de partage, et elle garde ce caractère pendant une dizaine de kilomètres encore vers l'Ouest, ne dépassant pas sur toute cette longueur l'altitude de 1298 m, et maintenant l'Allier et le Chassezac écartés de 2,5 à 5 km. - même, à la ferme de Prat-Claux, une prairie marécageuse suinte à la fois vers les deux rivières. Enfin, à la source même de l'Allier, se retrouve un sommet respectable, le Maure-de-la-Gardille, 1501 m; il domine cette forêt de Mercoire (Mercure), jadis le plus ample bois du Gévaudan, très réduit maintenant, et d'où sortit, en 1764, le géant et féroce animal qui, resté légendaire sous le nom de Bête du Gévaudan, terrorisa tout le pays pendant plus d'un an. Puis, toute ligne de faite s'efface dans le plateau sans pics que l'on appelle causse de Montbel et Palais-du-Roi, long d'une vintaine de kilomètres, large de 10, haut de 1198 à 1440 m.
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Bête du Gévaudan.
La Bête du Gévaudan (gravure de 1764).

Il convient de signaler l'importance orographique de ce véritable « toit de France ». C'est en effet l'agrafe qui attache ensemble : 

1° les Cévennes centrales, par la forêt de Mercoire; 

2° les Cévennes méridionales par la montagne du Goulet (V. ci-après); 

3° les monts d'Auvergne, par la chaîne boisée de la Margeride où culmine le signal de Randon, 1554 m; entre ce mont sans grandeur et le Maure-de-la-Gardille, Châteauneuf-de-Randon, ville triste et froide, à 1290 m, a vu la mort de Du Guesclin.

Au Sud du Palais du Roi, les Cévennes ne sont plus une chaîne d'axe perpendiculaire à celui des cours d'eau qui en descendent. Elles présentent d'abord trois crêtes parallèles aux thalwegs : la montagne du Goulet, 1499 m, celle de la Lozère, 1702 m au signal de Finiels et celle du Bougés, 1421 m, toutes trois séparées plutôt que liées par des cols bas où de grandes routes ne s'aperçoivent guère qu'elles franchissent un faite. 

Le Goulet est le bastion du causse de Montbel, dont le Maure-de-la-Gardille est le bastion Nord-Est : 6560 m seulement d'espace aérien séparent les signaux géodésiques de ces montagnes; entre elles deux naît le Chassezac; de plus le Goulet produit le Lot, de même que le Maure a enfanté I'Allier: ainsi le causse de Montbel est bien le toit à trois faces, dont les gouttières se déversent en trois des grands bassins de France, Rhône, Garonne, Loire. La rectiligne crête du Goulet n'a que 12 km de longueur, de l'Ouest à l'Est. Au Sud, les vallons supérieurs, et opposés l'un à l'autre, du Lot et de l'Altier (affluent du Chassezac), qui communiquent ensemble par le col de Tribes, 1130 m (route de Mende à Villefort et Pont-Saint-Esprit), la séparent de celle de la Lozère, allongée dans le même sens, mais sur 35 km. Par le col de Montmirat, 1046 m (route de Mende à Florac), la Lozère qui est la plus haute montagne granitique de la France centrale, se soude au grand causse de Sauveterre. Un second fossé transversal à l'axe des Cévennes, se creuse entre elle et la montagne du Bougés : là coulent vers l'Est le ruisseau du Luech ou de Vialas (célèbres mines de plomb), tributaire du Rhône par la Cèze, et vers l'Ouest le Tarn, sorti des herbages du roc de Malpertus, 1683 m, en altitude la troisième bosse de la chaîne du mont Lozère; à 1082 m seulement s'élèvent le col de Saint-Maurice-de-Ventalon, et la route de Florac à Alès

La montagne du Bougés, troisième crête, ne chevauche pas sur l'axe hydrographique: elle s'y greffe seulement au signal de Saint-Maurice-de-Ventalon 1354 m, et s'allonge de 19 km vers l'Ouest, en culminant au signal 1424 m, et en se terminant au-dessus de Florac et du confluent du Tarn et du Tarnon, par la montagne de Ramponèche, 1100 et 1030 m. Le Bougés se dresse entre la haute gorge granitique du Tarn (à Pont-de-Montvert) et le val d'Arpaon, qu'arrose la Mimente, affluent du Tarnon. Un de ses hameaux, Grizar, a vu naître le pape Urbain VIII, et décider par les protestants la sanglante guerre des Camisards.

Du Bougés à l'Aigoual se ramifient tortueusement les vraies Cévennes, les seules auxquelles les paysans appliquent cette dénomination; elles n'atteignent nulle part 1200 m d'altitude, et s'abaissent souvent à moins de 1000 m, bien au-dessous par conséquent du causse Méjan, dont le rempart, 1025 à 1278 m, les commande de l'autre côté du Tarpon. C'est leur nom tout local qui a été étendu abusivement à la longue suite des hauteurs qui se juxtaposent de Long-Pendu à Naurouse. Dans ces Cévennes, on peut vraiment parler de ligne de partage, car une crête unique flanquée de contreforts, et contournée en une dizaine de directions, s'interpose franchement entre les Gardons d'une part, et le Tarnon et la Mimente d'autre part : plusieurs routes la couronnent, suspendues réellement sur deux versants opposés; elle a 50 km de développement total, alors que du signal de Saint-Maurice au sommet de l'Aigoual, 1567 m, la ligne d'air a 28 km seulement. Parfois il n'y a que 200 à 300 m de distance entre un tributaire du Rhône et un sous-affuent de la Garonne. C'est le Gard qui s'adjuge tous les Gardons des Cévennes, tantôt taris, tantôt furieux torrents venus de Saint-Germain-de-Calberte, Barre des Cévennes, Saint-André-de-Valborgne, Saint-Jean-du-Gard et la Salle. Entre Alès et Florac, le territoire de ces cinq chefs-lieux de canton, au milieu de gorges sauvages et broussailleuses, fut le théâtre principal des guérillas des Camisards : du 29 septembre au 14 décembre 1703, on y brûla trente et une paroisses, on y détruisit cent -quatre-vingt-dix-neuf villages. 

Mûriers et oliviers, châtaigneraies, maquis, pâturages sont la végétation étagée en quatre gradins sures pentes des Cévennes, presque toutes de schistes et de granit. La ligne de faîte s'y peut suivre sur le terrain comme sur la carte : signal de Saint-Maurice, col de Jalcreste, 957 m, entre la Mimente et le gardon de Dèze, le Cabanis (signal), 1166 m (le plus haut sommet des Cévennes propres); Barre des Cévennes bâti sur la crête même, à 930m (le plus bas point), route de Florac à Anduze; col de Faisses, 1020 m, autre route de Florac à Anduze; signal de l'Hospitalet, 1112 m dominant un petit plateau calcaire, la Can de l'Hospitalet curieusement détaché du causse Méjean par le Tarnon, et remarquable par ses roches bizarres en forme de champignons; entre les cols du Marqueirès et Salides; signal du Tarpon, 1097 m aux sources de la rivière de ce nom; enfin, la croupe orientale de l'Aigoual s'élève progressivement de 1228 à 1567 m.

L'Aigoual est une grosse masse rayonnante autour de laquelle s'étoilent les hauts ravins d'où sortent l'Hérault au Sud, des sous-Gardons à I'Est, des tributaires plus ou moins directs du Tarn au Nord et à l'Ouest (Tarnon, Jonte, Butézon, Brèze et Bonheur). Deux de ses rayons sont les isthmes étroits du Perjuret, 1031 m, et de la Croix de Fer, 1406 et 1189 m, vraies passerelles qui, de part et d'autre de la haute Jonte, relient à l'Aigoual les deux citadelles de pierre du causse Méjan et du causse Noir. La montagne a deux sommets, l'un de 1564 , l'autre de 1567 m, la Hort-Dieu (jardin de Dieu) paradis des botanistes, que son admirable situation météorologique a fait pourvoir d'un observatoire à l'instar du Puy-de-Dôme, du Ventoux et du Pic du Midi : la Méditerranée n'en est distante que d'une centaine de kilomètres, les Alpes et les Pyrénées s'y laissent voir quand le ciel est pur. Au pied Sud occidental de l'Aigoual, le col de la Sereyrède (environ 1290 m), s'ouvre comme un créneau où rarement le vent cesse de hurler entre la vallée de Valleraugue (Hérault supérieur), et la source de ce singulier ruisseau de Bonheur qui va s'engloutir à 5 km plus à l'Ouest dans les cavernes, jusqu'en 1888 inconnues de Bramabiau : au col même, la maison des gardes-forestiers, pour résister au perpétuel choc des tourmentes, a dû être ancrée dans le sol avec des chaînes, et son toit déverse les pluies par une gouttière à l'Atlantique, par l'autre à la Méditerranée : la ligne de partage continue donc à être bien nette comme dans les vraies Cévennes. Elle subsiste encore plus loin comme rebord oriental d'un pays de sources doucement incliné au Sud-Ouest, coupé à pic au Nord-Est sur l'Hérault, et qui n'envoie ses eaux qu'au Tarn, par le Trévesel et la Dourbie : ce rebord est la montagne de Lespérou, 1380 m, que plusieurs routes escaladent. 

Le chaînon du Suquet, 1341 m, terminé entre Trèves et Nant par le petit causse Bégon, sépare la Dourbie du Trévesel. Puis la chaîne maîtresse se relève de nouveau vers le Sud-Ouest, entre la Dourbie d'une part, et les bassins des deux plus gros affluents de l'Hérault, l'Arre (qui passe au Vigan) et la Vis : belles par leurs eaux, leur verdure et leurs panoramas sont Ià les montagnes d'Aulas, 1422 m (source de la Dourbie), du Lingas, 1440 m, et du Saint-Guiral, 1365 m, dénommées ensemble monts du Vigan. Leurs crêtes sont régulièrement perpendiculaires aux ravins, et leurs rameaux présentent la classique disposition en feuille de fougère. Mais au seuil de Sauclières, 793 m (route du Vigan à Millau), tout faite s'évanouit au contact du Larzac : sous la masse de ce plateau les Cévennes semblent pénétrer déprimées; elles n'en ressortent que plus bas encore, et 25 km plus loin au Sud-Ouest, à 675 m d'altitude, au col de Montpaon, sous lequel le chemin de fer de Millau à Béziers change de mer en un tunnel de 1711 m de longueur. 

Le Larzac étant un causse n'a pas d'eaux courantes : seules les sources de son pourtour optent selon leur situation pour la Méditerranée ou l'Atlantique, et c'est sous terre qu'il faudrait tracer la ligne de partage. Ces sources ou foux, clairs et puissants bouillons presque fleuves dès qu'ils sortent de leur prison calcaire, sont pour le Sud la foux de la Vis, le Buèges, la Lergue, tous trois voués à l'Hérault, et enfin l'Orb bien petit quoique fleuve à Béziers; pour le Tarn, la Sorgues (non moins poétique et plus verdoyante que son homonyme de Vaucluse, et rencontrée en formation sous terre, à 2,5 km en amont de son point d'émergence, par Martel et Gaupillat en juillet 1889, au fond de l'abîme du Mas-Raynal, creux de 106 m à pic), le Cernon et la Durzon, d'où la Dourbie tire la majeure partie de son eau. Ainsi, le Larzac chevauche sur les deux versants; il empâte l'axe hydrographique des Cévennes; il appartient à celles-ci aussi bien qu'aux causses. Brûlant en été, Sibérie en hiver, il nourrit de son gazon aromatique les brebis du Larzac, dont le lait produit le fromage de Roquefort; il possède encore des restes de voies romaines et des remparts de vieilles commanderies de Templiers. Deux de ses angles s'effilent en vraies chaînes au Sud I'Escandorgue (calcaire et volcanique), 735 et 697 m, entre Lodève et Bédarieux, la Lergue et l'Orb; au Sud-Est la Séranne, 943 m, allongée jusqu'à Gouges au confluent de la Vis et de l'Hérault. Le Larzac a de 559 à 912 m d'altitude extrêmes, et en moyenne de 700 à 900 m. A l'Est, la Vis en a détaché, au Sud des monts du Vigan, deux petits causses secondaires, ceux de Campestre et de Blandas.

Du col de Montpaon on a grand-peine à spécifier quelle est la croupe qui forme la résurgescence des Cévennes : un seuil voisin tombe même à 667 m. Seulement à 18 km au Sud-Ouest, la montagne de Marcou au Nord-Ouest de Bédarieux, remonte à 1094 m : de son sommet à celui du Saint-Guiral, l'oiseau vole pendant plus de 50 km, et ne voit sous soi, au lieu d'une crête continue, qu'un creux profond et une plaine haute : le creux est la vallée de l'Orb; la plaine est le Larzac. 

Ensuite, les sommités, de plus en plus confuses quant à la disposition et à la nomenclature, qui vont mourir à Naurouse, ne dépassent nulle part 1266 m.

« Plus que jamais la Cévenne se déchire. »
On appelle parfois monts Garrigues cette partie des Cévennes mais sans que ce nom soit justifié : en fait, dans le Languedoc, on nomme Garrigues les pentes rocailleuses des Cévennes où ne pousse que le chêne-vert (Garrus). Les Garrigues sont donc le Revermont des Cévennes; et la crête dont il s'agit est réellement une dépendance des Cévennes propres.

Le Marcou, le Plo de Brus, 1100 m, le Caroux, 1093 m, sont les trois principales têtes de cette partie des Cévennes qui possèdent les mines de Graissesac et les bains de Lamalou sur la rive droite de l'Orb. Près du Plo de Brus et de la source de l'Agout (qui se rend au Tarn en laissant au Nord les monts de la Caune hauts de 1266 m. au mont Grand), les monts de l'Espinouse font suite; ils terminent à l'Ouest, au-dessus de Castres par le plateau de Sidobre, et sont parallèles, ainsi que la Lozère, et non perpendiculaires aux rivières voisines, Agout, Arn et Thoré pour le Tarn, Jaur pour l'Orb; ils n'atteignent que 1126 m à la naissance de l'Agout, et 1019 m au Saumail. Le col de la Feuille, 430 m, la plus basse dépression de toutes les Cévennes, fait communiquer le Jaur et le Thoré, Saint-Pons et l'industrieux Mazamet : bien que situé sur la ligne de partage, il sépare la chaîne de l'Espinouse d'une dernière série de hauteurs orientées aussi de l'Est à l'Ouest, mesurant plus de 100 km depuis l'Orb jusqu'à Naurouze, et subdivisée en trois parties : les monts du Minervois (dépassant 800 m) en plein bassin méditerranéen entre le Jaur et l'Aude, pleins de grottes curieuses et de roches pittoresques; la montagne Noire, 1210 m au pic de Nore, qui redevient, comme les monts du Vigan, faite d'entre deux mers et branche de fougère; enfin les coteaux de Saint Félix, 339 m, au bout desquels les Cévennes meurent aux Pierres de Naurouze, 215 m.

Climat.
Les Cévennes méridionales séparent deux climats distincts : au Nord-Ouest, les Causses et le plateau central sévères et froids, avec leurs vents âpres, leurs neiges, leur sol de granit, de lave ou de chaux rebelle à la culture, et leurs rudes et laborieux Caussenards, cévenols et Auvergnats. Au Sud-Est le Languedoc gai et chaud, illuminé par le ciel et le soleil de Grèce, enrichi par l'olivier, la vigne et le mûrier que les brises méditerranéennes vivifient dans les grasses alluvions des plaines. Bien saisissant contraste pour le voyageur qui passe d'un versant à l'autre.(E. A. Martel).



Mario Colonel, Cévennes, Alcide, 2006. - u gré des saisons, en hélicoptère ou à pied, Mario Colonel explore l'univers cévenol dont il restitue les sensations avec une lumineuse justesse.

Photographe internationalement reconnu, Mario Colonel est membre des éditions Pêcheurs d'Images, aux côtés de Yann Arthus-Bertrand et Philip Plisson, et associé de l'agence américaine Aurora. Passionné de montagne et alpiniste chevronné, il concentre son œuvre sur les massifs du Mont-Blanc et de l'Himalaya.

Séduit par les Cévennes, Mario Colonel prolonge aujourd'hui son travail dans cet univers qui correspond si bien à la philosophie de sa photographie : pour la nature, pour un certain rapport de l'homme à la nature, pour susciter curiosité et émerveillement. "Je reste convaincu qu'il y a un message à faire passer : la nature, l'humilité qu'elle impose, ce rapport presque mystique qui nous ramène à ce que nous sommes. Il faut que les gens se remémorent ce rapport de l'homme à la montagne, cette grande histoire. C'est elle qu'il faut transmettre." On ne pouvait mieux montrer les Cévennes qu'à travers cette conviction.

Cet ouvrage a bénéficié d'une réalisation particulièrement soignée et généralement réservée aux livres d'art : le traitement spécifique des photographies met plus encore en valeur le travail extraordinaire de ce photographe d'exception. (couv.).

Robert Louis Stevenson, Voyages avec un âne dans les Cévennes, Editions De Borée, rééd. 2010
2844940625
Du Monestier, près du Puy, jusqu à Saint-Jean-du-Gard, aux alentours d'Alès, Robert Louis Stevenson emprunte les chemins de traverse pour tenter de trouver un dérivatif à la tristesse qui l a envahi après le départ de Fanny, la femme aimée. Entre le 22 septembre et le 4 octobre 1878, en compagnie de Modestine, l'ânesse achetée au départ, il fuit les routes fréquentées, trop directes et trop rapides. La lenteur du trajet lui convient, elle lui permet de s'incorporer aux lieux et de restituer les tonalités changeantes de l'automne dans les Cévennes. Que le lecteur soit assis dans un confortable fauteuil ou engagé sur le G.R. dans les pas de Stevenson, ce récit précis et admiratif devant les beautés de la nature offre un point de vue original et poétique sur les paysages traversés. (couv.).

Anne Le Maître, Sur les pas de Robert-Louis Stevenson, Le Rouergue, 2004.



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