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Le
plasma sanguin constitue la fraction liquide du sang,
un milieu biologique d'une complexité remarquable qui sert de matrice
aux éléments figurés que sont les globules rouges,
les globules blancs et les plaquettes.
Il représente environ 55 % du volume sanguin total, ce qui, chez un adulte,
équivaut à près de trois litres. D'apparence translucide et de teinte
jaune paille, due principalement à la présence de bilirubine et de caroténoïdes,
il est composé à environ 91 à 92 % d'eau, support universel des échanges
et des réactions biochimiques. Le reste, soit 8 à 9 % de sa masse, est
formé de solides dissous, au premier rang desquels figurent les protéines
plasmatiques, mais également des électrolytes, des nutriments, des gaz
respiratoires, des hormones, des vitamines,
des oligo-éléments et des déchets métaboliques.
Les protéines représentent
la part organique la plus abondante du plasma, avec une concentration normale
de l'ordre de 60 à 80 grammes par litre. L'électrophorèse permet
de les séparer en plusieurs fractions : l'albumine, les globulines alpha-1,
alpha-2, bêta et gamma, ainsi que le fibrinogène qui migre entre les
bêta et gamma globulines. L'albumine,
synthétisée exclusivement par le foie, est la
protéine majoritaire. Elle remplit une fonction osmotique capitale en
maintenant la pression oncotique du plasma, ce qui retient l'eau à l'intérieur
du compartiment vasculaire et conditionne la répartition des liquides
entre le sang et les tissus interstitiels. Une baisse de l'albuminémie,
comme on l'observe dans la cirrhose hépatique, le syndrome néphrotique
ou la dénutrition sévère, se traduit cliniquement par des oedèmes.
Par ailleurs, l'albumine assume un rôle de transporteur universel, capable
de fixer et de véhiculer des acides gras libres, la bilirubine
non conjuguée, de nombreux médicaments, des hormones thyroïdiennes et
stéroïdiennes ainsi que des ions comme le calcium.
Les globulines
forment un groupe hétérogène tant par leur origine que par leurs fonctions.
Parmi elles, les alpha-1 et alpha-2 globulines comprennent des inhibiteurs
de protéases comme l'alpha-1-antitrypsine, des protéines de la phase
aiguë de l'inflammation telles que la protéine C réactive et l'haptoglobine,
ou encore la céruloplasmine qui transporte le cuivre.
Les bêta-globulines incluent la transferrine, responsable du transport
du fer, le complément, les lipoprotéines
de basse densité et le fibrinogène. Les gamma-globulines, quant à elles,
sont essentiellement constituées des immunoglobulines, anticorps sécrétés
par les plasmocytes issus de la différenciation
des lymphocytes B. Ces immunoglobulines, réparties
en cinq classes principales (IgG, IgA, IgM, IgE, IgD), sont les piliers
de l'immunité humorale, reconnaissant
avec une extrême spécificité les antigènes étrangers pour les neutraliser
ou en faciliter l'élimination. Une élévation polyclonale des gamma-globulines
signe une stimulation antigénique chronique, alors qu'un pic monoclonal
évoque une gammapathie, bénigne ou maligne comme le myélome multiple.
Les électrolytes
dissous dans le plasma comprennent le sodium,
le potassium, le calcium, le magnésium,
le chlore, les bicarbonates et les phosphates.
Le sodium et le chlore, majoritaires dans le secteur extracellulaire, gouvernent
l'osmolalité et le volume liquidien. Le potassium, principal cation
intracellulaire, n'est présent qu'en faible concentration plasmatique
mais des variations même minimes de sa valeur peuvent entraîner des troubles
graves du rythme cardiaque. Le calcium ionisé participe à la coagulation,
à la contraction musculaire et à la transmission nerveuse. Le système
bicarbonate-acide carbonique, couplé à l'hémoglobine
et aux protéines, confère au plasma un pouvoir tampon qui maintient le
pH sanguin dans une étroite fourchette de 7,35
à 7,45, condition indispensable au fonctionnement enzymatique de l'organisme.
Le plasma véhicule également les gaz respiratoires : une faible partie
de l'oxygène y est dissoute, tandis que le
dioxyde de carbone y circule sous forme dissoute,
combinée à l'eau pour former de l'acide carbonique, ou lié aux protéines.
Sur le plan nutritionnel,
le plasma transporte les produits de la digestion
absorbés au niveau intestinal, qu'il s'agisse du glucose,
principale source énergétique cellulaire, des acides aminés issus de
l'hydrolyse des protéines alimentaires, ou des lipides
organisés en lipoprotéines de différentes densités, chylomicrons, VLDL,
LDL et HDL. Les déchets du métabolisme
cellulaire, comme l'urée, la créatinine
et l'acide urique, sont collectés par le plasma puis éliminés par
les reins. Les hormones, sécrétées par les glandes
endocrines, y sont diluées à des concentrations infimes et voyagent soit
librement soit liées à des protéines de transport, avant d'atteindre
leurs organes cibles.
La coagulation est
une autre fonction vitale tributaire du plasma. Le fibrinogène,
glycoprotéine soluble produite par le foie, est le précurseur de la fibrine.
Lorsqu'une brèche vasculaire survient, la cascade enzymatique de la
coagulation, mettant en jeu une série de facteurs plasmatiques numérotés
de I à XIII, aboutit à la transformation du fibrinogène en un réseau
insoluble de fibrine qui emprisonne les plaquettes et les globules rouges
pour former le caillot. Le plasma contient en outre des inhibiteurs physiologiques
de la coagulation, comme l'antithrombine III et la protéine C, empêchant
la thrombose excessive. En clinique, la distinction entre plasma et sérum
revêt une importance diagnostique : le plasma est obtenu à partir d'un
échantillon sanguin prélevé sur un anticoagulant, qui préserve les
facteurs de coagulation, alors que le sérum est le liquide surnageant
après coagulation complète, dépourvu de fibrinogène et des facteurs
consommés.
Le plasma possède
des propriétés rhéologiques qui influencent directement l'écoulement
sanguin et la perfusion des tissus. Sa viscosité, bien que modeste comparée
à celle du sang total, dépend étroitement de la concentration en protéines
de haut poids moléculaire. Des états d'hyperviscosité plasmatique,
rencontrés par exemple lors d'une macroglobulinémie de Waldenström
ou d'une hyperfibrinogénémie, peuvent perturber la microcirculation
et engendrer des manifestations neurologiques ou cardiovasculaires.
D'un point de vue
thérapeutique, le plasma et ses dérivés occupent une place de premier
ordre. La transfusion de plasma frais congelé permet de corriger des déficits
complexes en facteurs de coagulation, comme lors d'une hémorragie massive
ou d'une insuffisance hépatocellulaire aiguë. Grâce aux techniques
de fractionnement industriel, on prépare des concentrés d'albumine
utilisés en réanimation pour restaurer la volémie, des concentrés d'immunoglobulines
polyvalentes employées dans les déficits immunitaires primitifs ou les
pathologies auto-immunes, ainsi que des concentrés de facteurs de coagulation
spécifiques, facteur VIII ou IX, qui ont transformé le pronostic des
hémophiles. Le plasma fait également l'objet de dons, le plus souvent
par plasmaphérèse, un procédé qui prélève sélectivement le plasma
en restituant au donneur ses éléments figurés. Ce don, utilisé directement
ou comme matière première pour les médicaments dérivés du sang, est
un pilier de la médecine transfusionnelle.
Au-delà de sa composition
biochimique, le plasma sanguin constitue un miroir de l'état physiologique
ou pathologique d'un individu. Toute modification de ses constituants
peut orienter le diagnostic : une hyperglycémie évoque un diabète, une
élévation des transaminases une cytolyse hépatique, un pic monoclonal
une hémopathie lymphoïde, une hypocalcémie une tétanie. La recherche
clinique s'appuie constamment sur ce liquide biologique pour identifier
des biomarqueurs précoces de maladies, évaluer l'efficacité d'un
traitement ou surveiller l'évolution d'une pathologie chronique. Le
plasma, loin d'être un simple liquide de remplissage, s'affirme ainsi
comme un tissu conjonctif fluide hautement spécialisé,
orchestrant le transport, la régulation, la défense et la réparation
au sein de l'organisme tout entier. |
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