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Les planétésimaux

 Un planĂ©tĂ©simal est un corps cĂ©leste solide de taille intermĂ©diaire, gĂ©nĂ©ralement compris entre quelques kilomètres et quelques centaines de kilomètres de diamètre, qui joue un rĂ´le fondamental dans les thĂ©ories modernes de la formation des planètes. Ces objets se forment au sein des disques protoplanĂ©taires, ces vastes structures de gaz et de poussière en rotation qui entourent les jeunes Ă©toiles. Le terme, qui signifie littĂ©ralement fragment de planète, dĂ©signe les briques Ă©lĂ©mentaires Ă  partir desquelles les planètes, les planètes naines et les petits corps du Système solaire se sont assemblĂ©s par accrĂ©tion gravitationnelle. Ils reprĂ©sentent l'Ă©tape charnière entre la poussière cosmique microscopique et les embryons planĂ©taires de taille continentale.
Le concept de planĂ©tĂ©simal a Ă©tĂ© introduit au dĂ©but du XXe siècle par  Thomas Chamberlin et Forest Moulton dans leur hypothèse planĂ©tĂ©simale, qui proposait que les planètes s'Ă©taient formĂ©es par l'accumulation de petits corps solides arrachĂ©s au Soleil lors d'une rencontre rapprochĂ©e avec une autre Ă©toile. Bien que ce scĂ©nario catastrophique ait Ă©tĂ© abandonnĂ© au profit de la thĂ©orie nĂ©bulaire moderne, qui intègre la formation dans un disque protoplanĂ©taire en rotation issu de l'effondrement d'un nuage molĂ©culaire, le terme planĂ©tĂ©simal  a Ă©tĂ© conservĂ© et raffinĂ©.
Le processus de formation des planétésimaux constitue l'une des étapes les plus complexes et les plus activement étudiées de l'astrophysique. Il débute par l'agglomération de grains de poussière silicatée et de glaces de taille micrométrique, qui entrent en collision à faible vitesse et adhèrent grâce aux forces de van der Waals et aux forces électrostatiques. Cependant, ce mécanisme de collision-collage rencontre un obstacle majeur connu sous le nom de "barrière du mètre". Au-delà d'une taille d'environ un mètre, les forces de traînée du gaz du disque protoplanétaire provoquent une dérive rapide des objets vers l'étoile centrale, où ils sont vaporisés, tandis que les collisions à plus haute vitesse ont tendance à fragmenter les agrégats plutôt qu'à les faire grossir. Pour contourner ce problème, les modèles actuels, comme l'instabilité de flux, proposent que les grains de poussière et les cailloux (pebbles) se concentrent localement dans des zones de haute pression du disque gazeux. Cette surdensité peut alors s'effondrer sous son propre poids, formant directement des planétésimaux de plusieurs kilomètres de diamètre en un temps géologiquement très court, sans passer par l'étape intermédiaire problématique du mètre.

Une fois formés, les planétésimaux deviennent les acteurs principaux de la phase d'accrétion planétaire. Leur masse, bien que modeste à l'échelle astronomique, est suffisante pour que leur attraction gravitationnelle commence à influencer leur environnement immédiat. Cela déclenche un processus de croissance incontrôlée, où les planétésimaux les plus massifs captent la matière environnante beaucoup plus efficacement que les petits, grossissant ainsi de manière exponentielle. Cette phase évolue ensuite vers une croissance oligarchique, au cours de laquelle quelques corps dominants, appelés embryons planétaires ou protoplanètes, nettoient leurs orbites respectives en accrétant la majorité des planétésimaux restants. Les collisions géantes entre ces protoplanètes, ainsi que l'absorption des derniers planétésimaux, mènent finalement à la formation des planètes telluriques et des noyaux solides des géantes gazeuses.

La composition des planétésimaux varie considérablement en fonction de leur distance à l'étoile centrale au moment de leur formation, dictée par la "ligne des glaces". En deçà de cette limite, où les températures sont élevées, les planétésimaux sont principalement constitués de matériaux réfractaires, tels que les silicates et les métaux, donnant naissance aux futurs corps rocheux. Au-delà de cette ligne, les températures plus basses permettent la condensation de composés volatils comme l'eau, l'ammoniac et le méthane sous forme de glace, conduisant à la formation de planétésimaux glacés ou mixtes. De plus, les planétésimaux les plus massifs ont pu subir une différenciation interne précoce. La chaleur générée par la désintégration d'isotopes radioactifs à vie courte, notamment l'aluminium 26, était suffisante pour faire fondre leur intérieur, permettant aux matériaux denses comme le fer de couler vers le centre pour former un noyau, tandis que les silicates plus légers remontaient pour former un manteau et une croûte.

Aujourd'hui, le Système solaire conserve de nombreux vestiges de cette époque révolue, qui sont considérés comme des planétésimaux survivants ou des fragments de ces derniers. La ceinture d'astéroïdes, située entre Mars et Jupiter, et la ceinture de Kuiper, au-delà de l'orbite de Neptune, abritent des millions de ces corps primitifs. Les comètes, avec leurs noyaux glacés et poreux, sont également des exemples emblématiques de planétésimaux formés dans les régions externes et froides du disque protoplanétaire. L'étude de ces objets, ainsi que celle des météorites qui tombent sur Terre et qui sont des fragments de planétésimaux brisés par des collisions, offre aux scientifiques une fenêtre directe sur les conditions chimiques et physiques qui prévalaient il y a 4,6 milliards d'années. Les missions spatiales récentes ont confirmé que certains de ces corps sont des agrégats de débris faiblement liés, préservant la matière primitive du système solaire sans avoir subi de transformation géologique majeure.

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