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Les
objets désignés dans ce site sous le qualificatif de planètes naines
et apparentés sont les planètes naines proprement dites, identifiées
comme telles par les astronomes, et un certain nombre d'autres objets qui
leur ressemblent (corps ayant atteint leur équilibre hydrostatique et
sensiblement sphériques ou ellipsoïdaux, intérieur possiblement différencié),
mais qui ne possèdent pas toutes les caractéristiques (par exemple certains
satellites naturels de planètes).
Les planètes naines
constituent une catégorie d'objets célestes officiellement définie par
l'Union astronomique internationale (UAI) lors de son assemblée générale
de Prague en août 2006, dans le cadre d'une réforme de la classification
des corps du Système solaire. Cette définition
résulte de la découverte, à partir des années 1990, d'un nombre croissant
d'objets transneptuniens comparables, voire supérieurs à Pluton par leur
taille. L'identification en 2005 d'Éris, dont la masse dépasse légèrement
celle de Pluton, rend en effet nécessaire une clarification de la notion
de planète. L'UAI établit alors trois critères pour qu'un corps soit
considéré comme une planète :
• Il doit
ĂŞtre en orbite autour du Soleil.
• Il doit posséder
une masse suffisante pour que sa pesanteur lui confère une forme proche
de l'équilibre hydrostatique.
• Il doit avoir
éliminé la majorité des autres objets présents dans son voisinage orbital.
Les planètes naines
satisfont aux deux premiers critères mais échouent au troisième : elles
demeurent intégrées à des populations d'objets partageant leur région
orbitale. Elles ne sont donc ni des planètes
au sens strict ni de simples petits corps du Système
solaire, mais une catégorie intermédiaire reflétant leur histoire dynamique
et géophysique.
Le critère de l'équilibre
hydrostatique joue un rôle fondamental dans cette définition. Lorsqu'un
objet atteint une masse suffisante, la pesanteur
interne devient capable de vaincre la résistance mécanique des matériaux
qui le composent et tend à lui imposer une géométrie sphéroïdale ou
ellipsoïdale. Cette transition dépend toutefois de la composition. Les
objets riches en glace atteignent généralement cette forme pour des diamètres
compris entre 400 et 600 kilomètres, tandis que les corps essentiellement
rocheux nécessitent souvent un diamètre supérieur à 800 kilomètres.
En pratique, la limite exacte reste difficile à déterminer, car elle
dépend également de l'histoire thermique, de la rotation, des impacts
subis et de la différenciation interne. Pour cette raison, plusieurs objets
candidats au statut de planète naine demeurent encore à l'étude.
Les planètes naines
constituent des fossiles de la formation planétaire, ayant subi relativement
peu d'évolution depuis les premiers millions d'années du Système solaire.
Ils conservent des informations précieuses sur les conditions physiques
et chimiques du disque protoplanétaire primitif. Leur composition isotopique,
leur abondance en glaces, leur structure interne et leurs propriétés
orbitales permettent de contraindre les modèles de migration des planètes
géantes, notamment ceux issus du modèle
de Nice, selon lequel Jupiter, Saturne,
Uranus et Neptune ont
profondément remodelé l'architecture primitive du Système solaire en
dispersant une immense population de petits corps.
Les planètes naines
jouent également un rôle essentiel dans la compréhension des processus
géologiques en environnement froid. Les missions
spatiales montrent que la faible taille d'un corps ne signifie pas
nécessairement une absence d'activité interne. Pluton et Cérès illustrent
l'existence de cryovolcanisme, de convection
solide, de tectonique et probablement d'océans souterrains entretenus
par la chaleur issue de la désintégration radioactive
et par des mélanges eau-ammoniac
abaissant le point de fusion. Ces observations ont profondément renouvelé
la planétologie moderne en montrant que l'activité géologique peut persister
pendant des milliards d'années même sur des objets beaucoup plus petits
que les planètes telluriques.
Enfin, les planètes
naines constituent un pont conceptuel entre les planètes majeures et les
petits corps du Système solaire. Elles illustrent la continuité des processus
de formation planétaire plutôt qu'une séparation nette entre différentes
catégories d'objets. Les recherches actuelles tendent à privilégier
une approche géophysique, fondée sur la structure interne et l'évolution
de ces corps, en complément de la classification dynamique retenue par
l'UAI.
Les planètes
naines du Système solaire.
Ă€ ce jour, cinq
objets sont officiellement reconnus comme planètes naines par l'UAI :
Cérès, Pluton, Hauméa, Makémaké et Éris. Ils appartiennent à deux
environnements très différents du Système solaire. Cérès est situé
dans la ceinture principale d'astéroïdes entre Mars et Jupiter, tandis
que les quatre autres résident dans la région transneptunienne, principalement
au sein de la ceinture de Kuiper ou de
son voisinage dynamique. Cette répartition témoigne de deux histoires
de formation distinctes. Cérès représente un embryon planétaire dont
la croissance a été interrompue par les perturbations
gravitationnelles de Jupiter, alors que les planètes naines transneptuniennes
sont les vestiges relativement intacts de la formation des régions externes
du disque protoplanétaire.
Cérès.
Cérès,
découvert en 1801 par Giuseppe Piazzi ,
constitue le plus grand objet de la ceinture principale. Initialement considéré
comme une planète, puis reclassé parmi les astéroïdes
au XIXe siècle lorsque de nombreux objets
analogues furent découverts, il retrouve un statut particulier en 2006
avec l'introduction de la catégorie des planètes naines. Son diamètre
moyen est d'environ 940 kilomètres pour une masse représentant près
du tiers de celle de toute la ceinture d'astéroïdes. Les observations
réalisées notamment par la sonde Dawn entre 2015 et 2018 révèlent un
monde géologiquement beaucoup plus complexe qu'on ne l'imaginait. Son
intérieur est différencié, avec un noyau rocheux entouré d'un manteau
riche en glaces et en matériaux hydratés. Sa faible densité indique
une importante proportion d'eau, probablement présente sous forme de glace
ou de saumures profondes. Les dépôts brillants du cratère
Occator sont aujourd'hui interprétés comme des accumulations de carbonates
et de sels issus de remontées de fluides salés. Ces observations suggèrent
que Cérès possède encore un réservoir de saumures en profondeur et
qu'une activité cryovolcanique relativement récente a pu exister. Le
relief Ahuna Mons est lui-même interprété comme un cryovolcan construit
par extrusion de matériaux riches en glace.
Pluton.
Pluton
demeure la plus célèbre des planètes naines. Découvert en 1930 par
Clyde Tombaugh, il est considéré pendant soixante-seize ans comme la
neuvième planète du Système solaire. Son déclassement en 2006 a suscité
un important débat médiatique, mais les recherches ultérieures ont démontré
que Pluton appartient bien Ă une vaste population d'objets similaires
de la ceinture de Kuiper. Son diamètre atteint environ 2377 kilomètres,
ce qui en fait le deuxième plus grand objet reconnu parmi les planètes
naines après Éris en termes de masse comparable. Les observations de
la mission New Horizons, qui le survole en juillet 2015, ont révolutionné
notre compréhension de cet objet. Pluton présente une géologie extrêmement
diversifiée comprenant des plaines d'azote solide,
des montagnes de glace d'eau, des glaciers actifs, des failles tectoniques,
des dépôts de méthane et de monoxyde de carbone
ainsi qu'une atmosphère ténue dominée par
l'azote. La vaste plaine Sputnik Planitia constitue probablement un bassin
d'impact rempli de glaces volatiles dont la convection lente renouvelle
continuellement la surface. Plusieurs indices suggèrent également l'existence
d'un océan liquide profond, maintenu par la chaleur radiogénique et la
présence éventuelle d'ammoniac jouant le rôle d'antigel. Pluton possède
cinq satellites connus, dont Charon, particulièrement
remarquable puisque son diamètre représente plus de la moitié de celui
de Pluton. Le barycentre du système se situe à l'extérieur du corps
principal, faisant de Pluton-Charon un quasi-système binaire.
Éris.
Éris,
découvert en 2005 par l'équipe de Michael Brown (Caltech, Mont Palomar),
est localisé dans le disque diffus au-delà de la ceinture de Kuiper.
Son diamètre est légèrement inférieur à celui de Pluton, mais sa masse
est environ 27 % plus élevée en raison de sa densité supérieure. Son
orbite fortement elliptique, inclinée d'environ 44 degrés par rapport
au plan de l'écliptique, l'amène à des
distances comprises entre environ 38 et 97 unités astronomiques. La température
extrĂŞmement basse de sa surface, voisine de 30 K, permet la condensation
du méthane et de l'azote sous forme de glaces très réfléchissantes,
expliquant son albédo exceptionnellement élevé.
Son satellite Dysnomie permet de déterminer avec précision sa masse grâce
à l'étude de son mouvement orbital. Éris constitue aujourd'hui une référence
importante pour comprendre les objets massifs du disque diffus et les mécanismes
de diffusion gravitationnelle provoqués principalement par Neptune durant
la migration des planètes géantes.
Hauméa.
Hauméa présente
des caractéristiques uniques dans le Système solaire. Découvert officiellement
en 2004, cet objet transneptunien possède une forme extrêmement allongée
résultant d'une rotation exceptionnellement rapide de seulement 3,9 heures.
Cette rotation impose un équilibre hydrostatique de type ellipsoïde triaxial
plutôt qu'une sphère classique. Son grand axe dépasse largement son
petit axe, donnant à Hauméa une apparence comparable à celle d'un ballon
de rugby fortement aplati. Sa densité élevée indique une composition
dominée par les silicates, tandis que sa surface
est recouverte de glace d'eau cristalline très pure. Deux satellites,
Hiʻiaka et Namaka, gravitent autour de lui. Hauméa est également associé
à une véritable famille collisionnelle : plusieurs objets transneptuniens
possèdent des propriétés orbitales et spectrales similaires, indiquant
qu'ils proviennent vraisemblablement d'un gigantesque impact ayant arraché
une partie importante du manteau glacé du corps initial. En 2017, des
observations d'occultation stellaire révèlent également la présence
d'un anneau étroit autour de Hauméa, faisant
de lui le premier objet transneptunien connu à posséder un tel système.
Makémaké.
Makémaké, découvert
en 2005, appartient Ă la population classique de la ceinture de Kuiper.
Son diamètre avoisine 1430 kilomètres. Sa surface est dominée par des
glaces de méthane accompagnées de faibles quantités d'éthane et probablement
d'azote. L'irradiation prolongée de ces glaces par les rayons
cosmiques et le rayonnement ultraviolet solaire produit des composés
organiques complexes, notamment des tholins, responsables
de sa coloration rougeâtre. Contrairement à Pluton, Makémaké semble
avoir perdu la quasi-totalité de son azote volatil, probablement en raison
de sa gravité légèrement plus faible. Son atmosphère, si elle existe
encore, est extrêmement ténue et uniquement transitoire lorsque l'objet
s'approche du Soleil. La découverte en 2016 de son satellite MK2 permet
une meilleure estimation de sa masse et de sa densitĂ©, paramètres jusque-lĂ
très incertains.
Candidats et apparentés.
Objets
candidats.
Au-delĂ de ces
cinq objets officiellement reconnus, plusieurs dizaines de candidats présentent
des caractéristiques compatibles avec le statut de planète naine. Parmi
les plus étudiés figurent Sedna, Orcus,
Quaoar, Gonggong, Salacia, Varda, Ixion et Varuna.
Certains dépassent largement 800 kilomètres de diamètre et semblent
en équilibre hydrostatique. D'autres nécessitent encore des observations
complémentaires afin de confirmer leur structure interne et leur forme
globale. Les progrès des grands relevés astronomiques, comme ceux réalisés
par le télescope Vera C. Rubin, devraient conduire à la découverte de
nombreux nouveaux objets transneptuniens suffisamment massifs pour rejoindre
cette catégorie.
Objets
apparentés.
On trouve ici des
objets qui n'orbitent directement autour du Soleil : ce ne sont pas Ă
proprement parles des planètes, mais des satelittes naturels, comme la
Lune, les satellites galiléens,
Titan, Triton), ou de
gros astéroïdes au statut incertain comme Pallas,
Vesta ou Hygie. On ajoutera
Mercure, qui est une planète, mais de dimensions
et d'aspect similaires à ceux de la Lune. Si cet apparentement éloigne
de la classification dynamique actuelle, il a aussi l'avantage de rapprocher
des corps aux caractéristiques géophysiques analogues.
NB
: Le terme de petites panètes est également utilisé aujourd'hui.
Mais ce site présentant divers textes anciens où "petites planètes"
désigne les astéroïdes, il a semblé préférable, pour éviter toute
confusion, de ne parler pour les questions présentés ici que de planètes
naines.
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