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Le
courant
des Aiguilles est un courant marin chaud
et rapide de l'océan Indien sud-occidental
qui s'écoule vers le sud-ouest le long de la côte orientale de l'Afrique
australe, depuis la région du canal du Mozambique et du sud de Madagascar
jusqu'Ă la pointe sud du continent africain, puis au-delĂ du banc des
Aiguilles, où il se dirige brusquement vers l'est dans l'océan Indien.
Il constitue le courant de bord ouest du gyre subtropical
de l'océan Indien Sud, et représente l'un des courants de bord ouest
les plus puissants de l'hémisphère austral, comparable dans sa dynamique
au Gulf Stream, au Kuroshio
ou au courant du Brésil, bien que ses caractéristiques, son trajet et
son devenir soient fortement influencés par la configuration particulière
des continents et des seuils bathymétriques de la région.
Le courant des Aiguilles
se forme par la convergence de plusieurs branches alimentées par le courant
sud-équatorial de l'océan Indien, qui se divise en arrivant sur Madagascar
et la cĂ´te africaine. Une partie de ces eaux traverse le canal du Mozambique,
une autre contourne Madagascar par le sud, et d'autres apports proviennent
de la circulation Ă l'est de Madagascar, puis ces masses d'eau se rejoignent
au large du Mozambique et de l'Afrique
du Sud pour former un courant étroit, intense et bien défini. Sa
largeur typique est de l'ordre de cent kilomètres, mais son influence
dynamique s'étend sur plusieurs centaines de kilomètres, et sa profondeur
peut dépasser mille à deux mille mètres dans les sections les plus énergétiques.
Les vitesses de surface sont généralement comprises entre un et deux
mètres par seconde, avec des pointes supérieures à deux mètres et demi,
voire trois mètres dans les passages resserrés près de la côte sud-africaine.
Le débit total du courant est considérable, généralement estimé entre
soixante-dix et cent millions de mètres cubes par seconde, ce qui en fait
l'un des plus gros transporteurs de masse océanique au monde.
Les eaux du courant
des Aiguilles sont chaudes, salées et pauvres en nutriments,
avec des températures de surface comprises entre vingt-quatre et vingt-huit
degrés Celsius dans sa partie septentrionale, qui diminuent légèrement
vers le sud tout en restant nettement plus élevées que celles des eaux
environnantes de l'Atlantique Sud et de
l'océan Austral. La salinité est élevée,
typiquement supérieure à trente-cinq pour mille, en raison de l'évaporation
intense dans l'océan Indien subtropical. Ces eaux chaudes contrastent
fortement avec les eaux froides du courant
de Benguela et de la dérive antarctique circumpolaire, et ce contraste
thermique est à l'origine de gradients frontaux très marqués, de tourbillons
énergétiques et d'échanges de chaleur considérables avec l'atmosphère.
La trajectoire du
courant suit d'abord la pente continentale du Mozambique et de l'est de
l'Afrique du Sud, en restant relativement stable mais en développant des
méandres, des ondes et des tourbillons qui se propagent vers le sud-ouest.
En approchant du sud de l'Afrique, vers le banc des Aiguilles, la topographie
devient complexe, le plateau continental s'élargit et le courant subit
une rétroflexion marquée : la plus grande partie de ses eaux se replie
vers l'est et retourne dans l'océan Indien sous la forme du courant de
retour des Aiguilles, qui circule le long du front subtropical, tandis
qu'une fraction variable, sous forme d'anneaux, de filaments et de tourbillons,
parvient à franchir la région du cap de Bonne-Espérance et à pénétrer
dans l'Atlantique Sud. Ce mécanisme de rétroflexion est l'un des plus
spectaculaires de la circulation océanique
mondiale, car il s'accompagne de la formation de grands anneaux anticycloniques,
de diamètres pouvant dépasser deux cents kilomètres, qui se détachent
du courant principal et dérivent vers le nord-ouest dans l'Atlantique
Sud-Est, où ils transportent des eaux chaudes et salées d'origine indienne.
Ces anneaux peuvent conserver leur identité pendant plusieurs mois, voire
plusieurs années, et contribuent de manière importante au flux de chaleur
et de sel de l'océan Indien vers l'Atlantique, ce qui participe ainsi
à la circulation thermohaline globale et au maintien de la salinité de
l'Atlantique Nord.
La variabilité du
courant des Aiguilles est forte à toutes les échelles de temps. On observe
des fluctuations saisonnières liées aux vents
de mousson et Ă la position de la zone de convergence
intertropicale, des variations interannuelles associées à des phénomènes
couplés de l'océan Indien comme le dipôle de l'océan Indien, et des
tendances Ă long terme en lien avec le changement
climatique. Les passages de dépressions extratropicales et de fronts
froids venant de l'Atlantique Sud peuvent interagir avec le courant, générer
des ondes de tempête, modifier la hauteur de mer et provoquer des phénomènes
océaniques violents. La région est d'ailleurs connue pour ses vagues
géantes et ses conditions de mer extrêmement difficiles, en raison de
la rencontre entre le courant chaud rapide et les vents d'ouest ou de sud-ouest,
ce qui a valu à cette zone une réputation dangereuse pour la navigation,
les plateformes et les navires de commerce, notamment le long de la cĂ´te
du Transkei et du Natal.
Le courant des Aiguilles
influence fortement le climat de la cĂ´te orientale
de l'Afrique du Sud, du Mozambique et du Zimbabwe,
en réchauffant l'air au-dessus de la mer, en augmentant l'évaporation
et en fournissant de l'humidité aux masses
d'air qui se dirigent vers l'intérieur des terres. Il contribue à des
précipitations abondantes sur les versants orientaux du Drakensberg et
des régions côtières subtropicales, tout en renforçant le contraste
avec les zones arides de l'ouest du pays soumises au courant
froid de Benguela. Les brouillards marins, les orages cĂ´tiers et les
cyclones tropicaux venant du canal du Mozambique sont aussi modulés par
la température de surface de la mer, et les anomalies chaudes ou froides
du courant peuvent influencer la trajectoire et l'intensité de ces systèmes.
Le courant des Aiguilles
est globalement oligotrophe au large, mais ses bords, ses méandres et
ses tourbillons créent des zones de front où la production primaire augmente,
et il interagit avec les upwellings cĂ´tiers locaux, notamment au large
du Natal et du Cap oriental, ainsi qu'avec les apports du fleuve Zambèze
et d'autres cours d'eau, ce qui enrichit les eaux de surface et favorise
la présence de plancton, de petits pélagiques,
de calmars, de thons, de marlins, d'espadons et de requins.
Le courant sert de corridor de migration
pour de nombreuses espèces, y compris des poissons
pélagiques, des tortues marines et des mammifères marins, et il transporte
des larves et des œufs depuis les zones tropicales vers les régions tempérées,
contribuant à la connectivité des populations marines entre Madagascar,
le Mozambique, l'Afrique du Sud et l'Atlantique. La pĂŞche sportive et
commerciale dépend largement de la présence du courant et de ses structures
associées.
Les interactions
du courant des Aiguilles avec le courant de Benguela sont essentielles
pour l'équilibre thermique et halin de l'Atlantique Sud. L'injection intermittente
d'eaux chaudes et salées dans l'Atlantique Sud-Est modifie la stratification,
la température de surface, la salinité et la circulation de cette région,
et influence Ă distance la formation des eaux de mode subtropicales, la
branche supérieure du retournement méridien de l'Atlantique et le transport
de chaleur vers le nord. Les anneaux des Aiguilles constituent l'un des
principaux mécanismes de fuite de chaleur de l'océan Indien vers l'océan
Atlantique, avec un débit moyen estimé de plusieurs millions de mètres
cubes par seconde, et leur fréquence, leur intensité et leur trajectoire
varient selon les conditions climatiques de l'océan Indien et de l'Atlantique
Sud.
La structure verticale
du courant des Aiguilles est marquée par un fort cisaillement, une thermocline
inclinée, des eaux centrales sud-indiennes, des eaux intermédiaires antarctiques
et des eaux profondes qui circulent en dessous. Près du fond, la topographie
accidentée du banc des Aiguilles et des monts sous-marins voisins génère
des ondes internes, des mélanges intenses et des remontées d'eaux profondes
qui participent aux échanges verticaux de nutriments. Dans la zone de
rétroflexion, les eaux du courant rencontrent celles de la dérive antarctique
circumpolaire et du courant de Benguela, ce qui crée un triple point de
rencontre de masses d'eau d'origines très différentes, avec des gradients
de température et de salinité parmi les plus forts du monde, et une activité
tourbillonnaire exceptionnellement élevée.
La surveillance du
courant des Aiguilles repose sur un ensemble de moyens, parmi lesquels
des satellites altimétriques, des radiomètres, des flotteurs profileurs,
des mouillages, des gliders et des modèles numériques haute résolution.
Les recherches visent à mieux comprendre la variabilité de son transport,
la formation et le détachement des anneaux, les échanges de chaleur et
de sel avec l'atmosphère et les océans voisins, l'impact sur les pêcheries
et la biodiversité, ainsi que les conséquences
du changement climatique sur l'intensité du courant et ses interactions
avec la circulation globale. |
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