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| La
théorie
de la mesure est née au tournant du XXe
siècle d'une nécessité profonde : donner un sens rigoureux à la notion
d'intégrale, et plus généralement
à celle de "taille" d'un ensemble. L'intégrale de Riemann, élaborée
au XIXe siècle, s'avérait insuffisante
pour traiter de nombreuses fonctions surgissant
naturellement en analyse, notamment
les limites ponctuelles de suites
de fonctions continues. Henri Lebesgue, dans
sa thèse de 1902, proposa une refondation complète de la théorie de
l'intégration en s'appuyant sur une nouvelle notion de mesure des ensembles.
Ce faisant, il ouvrit la voie à une branche des mathématiques
d'une extraordinaire fécondité, irrigant aujourd'hui la théorie des
probabilités,
l'analyse fonctionnelle, la physique mathématique
et l'économie théorique.
La question fondatrice peut s'énoncer simplement : est-il possible d'associer à tout sous-ensemble de la droite réelle un nombre positif ou nul représentant sa "longueur", de façon cohérente avec l'intuition géométrique et stable par les opérations ensemblistes usuelles? La réponse, comme le montre le fameux exemple de Vitali, est négative si l'on ne restreint pas la classe des ensembles considérés. C'est cette restriction, loin d'être un aveu d'échec, qui constitue le coeur de la théorie. Tribus et espaces
mesurables.
L'exemple central
est la tribu borélienne sur Mesures et espaces
mesurés.
La σ-additivité est une condition de régularité infinitésimale essentielle. Elle entraîne immédiatement la continuité croissante des mesures : si une suite d'ensembles mesurables est croissante pour l'inclusion, alors la mesure de leur réunion est la limite des mesures. De même, pour des suites décroissantes, sous une condition d'intégrabilité, la mesure de l'intersection est la limite des mesures. Ces propriétés de continuité sont le fondement des théorèmes de convergence qui font la puissance de la théorie. Parmi les exemples
fondamentaux, la mesure de Lebesgue
sur Fonctions mesurables
et intégrale de Lebesgue.
L'intégrale de Lebesgue se construit en trois étapes. Pour les fonctions indicatrices d'ensembles mesurables, l'intégrale est définie comme la mesure de l'ensemble. Pour les fonctions étagées (combinaisons linéaires finies de fonctions indicatrices à coefficients positifs) l'intégrale est la combinaison linéaire correspondante des mesures. Enfin, pour une fonction mesurable positive générale, l'intégrale est définie comme la borne supérieure des intégrales des fonctions étagées qui lui sont inférieures. Cette construction par approximation depuis le bas est la clé de toute la théorie. Le premier grand théorème est celui de convergence monotone de Beppo Levi : si une suite croissante de fonctions mesurables positives converge simplement vers une fonction f, alors les intégrales convergent vers l'intégrale de f. Ce résultat, qui échange limite et intégrale sans aucune condition d'intégrabilité uniforme, n'a pas d'équivalent dans la théorie de Riemann. Il en découle le lemme de Fatou et, pour les fonctions intégrables, le théorème de convergence dominée de Lebesgue : si une suite de fonctions mesurables converge simplement et est dominée en valeur absolue par une fonction intégrable, alors la limite des intégrales est l'intégrale de la limite. Espaces Lp
et complétude.
L'inégalité de Hölder, qui généralise l'inégalité de Cauchy-Schwarz, établit que le produit d'une fonction Lp et d'une fonction Lq est une fonction L1, dès lors que 1/p + 1/q = 1. Cette dualité entre exposants conjugués structure profondément la théorie des espaces fonctionnels. La complétude des espaces Lp, résultat du théorème de Riesz-Fischer, assure que toute suite de Cauchy converge, une propriété qui fait défaut pour les fonctions continues munies de la norme Lp, et qui justifie pleinement le passage au cadre lebesgusien. Mesures sur les
espaces produits et théorème de Fubini.
Le théorème de Fubini-Tonelli est l'un des résultats les plus utilisés en analyse : il affirme que pour une fonction mesurable positive, ou pour une fonction intégrable sur l'espace produit, le calcul de l'intégrale double peut être effectué par intégrations itérées dans n'importe quel ordre, les deux donnant le même résultat. Ce théorème, qui simplifie considérablement les calculs pratiques, est un exemple typique de la supériorité de l'intégrale de Lebesgue sur celle de Riemann, pour laquelle des résultats analogues requièrent des hypothèses beaucoup plus restrictives. Décompositions
et théorème de Radon-Nikodym.
Le théorème de Lebesgue-Radon-Nikodym établit que toute mesure σ-finie peut se décomposer de façon unique en une partie absolument continue et une partie singulière par rapport à une mesure de référence σ-finie. De plus, la partie absolument continue s'écrit ν(A) = ∫A f dμ pour une certaine fonction mesurable positive f, la dérivée de Radon-Nikodym de ν par rapport à μ, notée dν/dμ. Cette dérivée joue en théorie de la mesure le rôle que joue la dérivée ordinaire en analyse classique, et fonde rigoureusement la notion de densité de probabilité. Applications et
prolongements.
En analyse harmonique,
la mesure de Haar sur un groupe topologique
localement compact généralise simultanément la mesure de Lebesgue sur |
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