 |
Une fenĂȘtre
est une baie ou ouverture pratiquée dans le
mur extérieur d'une construction pour donner du jour et de l'air à l'intérieur.
Comme tout élément important dans la structure et pour l'usage des édifices,
les fenĂȘtres ont, suivant les climats, suivant les matĂ©riaux mis en oeuvre
et surtout suivant la destination des édifices, reçu des dimensions,
des formes, des dispositions et des décorations différentes. En outre,
le style et la richesse d'architecture d'une époque, exerçant leur influence
sur la décoration des chambranles ou
encadrements extĂ©rieurs des fenĂȘtres, assurent Ă ces derniĂšres une
place souvent considérable et quelquefois prépondérante dans l'ornementation
et par suite dans le caractÚre monumental des édifices.
-
Une
fenĂȘtre de l'HĂŽtel Fieubet, Ă Paris.
On ne peut douter que les Anciens n'aient
connu l'usage des fenĂȘtres, et un certain nombre de celles-ci, datant
d'époques bien différentes, mais remontant à plus de dix-huit siÚcles,
existent encore de nos jours, en partie ruinées il est vrai, dans les
Ă©difices Ă©levĂ©s par les Ăgyptiens ,
les Grecs
et les Romains .
Cependant le climat des bords de la mer Méditerranée étant plus chaud
que le climat des contrées du Nord-Ouest de l'Europe ,
la vie des anciens Ăgyptiens, des Grecs et des Romains, Ă©tant plus extĂ©rieure
que la nĂŽtre, cette vie se passant, beaucoup plus que la vie de nos jours,
sur la place publique ou sous les portiques sur lesquels s'ouvraient aussi
bien les portes des temples et des autres édifices
publics que celles des chambres des riches
maisons; enfin les rites des différentes religions égyptienne, grecque
ou romaine, ne permettant l'accÚs de l'intérieur des temples qu'à un
petit nombre d'initiés; toutes ces circonstances réunies ont fait que,
jusqu'au commencement de notre Ăšre, les fenĂȘtres n'ont occupĂ© qu'une
place assez restreinte dans la construction et par suite dans la décoration
des édifices.
L'Ăgypte
et la GrĂšce.
Dans l'ancienne Ăgypte
( L'architecture égyptienne ),
les pylÎnes, placés à l'entrée des temples, montrent encore les petites
fenĂȘtres, assez irrĂ©guliĂšrement disposĂ©es et semblables Ă des meurtriĂšres,
qui éclairaient des chambres à l'intérieur de ces pylÎnes et permettaient
aussi aux gens de service d'amarrer solidement les mĂąts et de hisser les
drapeaux que l'on y faisait flotter les jours de fĂȘte; de plus, certaines
grandes salles hypostyles présentaient, à leur partie supérieure et
grùce à la différence de hauteur de la nef centrale et des nefs latérales,
des fenĂȘtres s'ouvrant entre les terrasses couvrant ces nefs, fenĂȘtres
qui n'étaient autres que des vides réservés dans la construction et
fermés par des grillages de pierre ou claustra; enfin, sur les
représentations peintes ou sculptées de palais ou de maisons que nous
ont conservĂ©es les tombeaux, figurent de vĂ©ritables fenĂȘtres souvent
divisées par des meneaux en plusieurs ouvertures
rectangulaires et encadrées d'un chambranle
dont les pieds-droits, reposant sur un
appui, s'inclinent vers l'intérieur et diminuent de largeur à mesure
qu'ils s'élÚvent vers leur couronnement, lequel consiste assez souvent
en une gorge avec au-dessus un simple filet. Mais, dans les ruines de ThĂšbes ,
au pavillon royal de Médinet-Abou ,
appelé aussi pavillon de RamsÚs III, du nom
du pharaon qui le fit construire environ quinze siĂšcles avant notre Ăšre,
existent encore deux types diffĂ©rents de fenĂȘtres : l'un, dont la baie
est plus large que haute, offrant un chambranle formé par la saillie des
assises entre lesquelles s'ouvre cette baie et couvert, sur ses parties
montantes, de hiéroglyphes
tandis que la partie supérieure est décorée d'un globe ailé, et l'autre
dont le chambranle est ornĂ© de mĂȘme, mais a un trĂšs fort relief, ce
qui en forme comme un petit monument séparé, et est, de plus, couronné
d'une gorge décorée, elle aussi, d'un globe ailé et surmontée de cartouches
entourés et reliés par des ornements en forme de guirlandes.
La GrĂšce ancienne
offre, moins encore peut-ĂȘtre que l'Ăgypte ,
des exemples de fenĂȘtres Ă©clairant, soit l'intĂ©rieur des temples et
des édifices publics, soit l'intérieur des maisons: cependant un bas-relief
antique montre une fenĂȘtre plus large que haute, sur le cĂŽtĂ© d'un temple;
des fenĂȘtres, ouvertes Ă mĂȘme le mur et sans chambranle,
se voient aux portes de MessĂšne, et la cella
de Pandrose, dans l'Erechthéion d'AthÚnes
( Acropole ),
sorte de corridor étroit longeant le cÎté occidental du corps principal
de l'édifice, a conservé, dans les entre-colonnements de sa façade,
trois fenĂȘtres destinĂ©es Ă donner du jour dans cette partie du monument.
Nous reproduisons (fig. 1) l'ensemble d'une de ces fenĂȘtres ainsi que
le détail de la moulures en formant le chambranle,
fenĂȘtre et chambranle qui remontent Ă la reconstruction de l'ErechthĂ©ion
aprÚs les guerres médiques ,
c.-à -d. à la plus belle époque de l'art grec.
-
Fig.
1. - ĂlĂ©vation de la fenĂȘtre de la cella
de
Pandrose à l'Erechthéion d'AthÚnes,
et
coupe de la moulure du chambranle.
Rome.
Quoique les Romains
ne se servaient pas beaucoup plus que les Grecs
de fenĂȘtres pour Ă©clairer leurs temples et leurs maisons, nous connaissons
un certain nombre de types de fenĂȘtres romaines, types bien diffĂ©rents
dans leurs dispositions et leur décoration, suivant la destination des
édifices dont les ruines nous les ont conservés. C'est ainsi que les
fenĂȘtres du temple de la Fortune ,
Ă Praeneste (Italie )
(fig. 2), avec leurs crossettes qui élargissent le chambranle
Ă la hauteur de l'appui et du linteau et avec leurs fines consoles
portant une corniche de couronnement, offrent
un bel exemple emprunté au style gréco-romain, tandis que dans les grands
amphithéùtres, le Colisée
de Rome ou l'amphithéùtre de Pola (Istrie ),
les fenĂȘtres sont de simples baies, carrĂ©es ou rectangulaires, mĂ©nagĂ©es
dans la construction de l'étage supérieur et dépourvues de chambranles
saillants; en revanche, les salles de réunion des vastes ensembles d'édifices
constituant les Thermes des empereurs
étaient éclairées par de larges arcades
remplies par des claustra, et dans les maisons de Pompéi,
qui n'avaient que rarement des fenĂȘtres ouvrant sur la voie publique,
ces fenĂȘtres, peu importantes, souvent plus larges que hautes, Ă©taient
percĂ©es Ă mĂȘme la dĂ©coration du mur, et on peut en outre constater
que, dans la maison dite du PoĂšte tragique, qui, chose exceptionnelle,
a six fenĂȘtres Ă rez-de-chaussĂ©e, les appuis de ces fenĂȘtres sont plus
élevés au-dessus du sol des piÚces que ne le seraient à notre époque,
avec les rĂšglements de voisinage, les appuis de jours de souffrance; car
ces appuis de fenĂȘtres de PompĂ©i sont Ă plus de six pieds (2 m) au-dessus
du sol. C'est encore à Pompéi, dans une salle intérieure de la maison
dite de Plinius Rufus, que l'on voit un chambranle de fenĂȘtre avec
crossettes encadrant une surface de mur rectangulaire creusée en biseau
et dont une toute petite partie seulement est percée de part en part afin
de former une meurtriĂšre, tant dans les climats chauds et dans les maisons
romaines antiques les fenĂȘtres jouaient un rĂŽle diffĂ©rent de celui qu'elles
remplissent dans les climats plus souvent froids et dans les maisons modernes
du Nord de l'Europe.
-
Fig.
2. - ĂlĂ©vation de la fenĂȘtre du temple
de
la Fortune, Ă Praeneste (Italie).
-
Les Romains
imposĂšrent aux peuples qu'ils avaient conquis leur architecture, et, au
moyen des légionnaires cantonnés aux extrémités de l'Empire, ils firent
adopter dans toute la partie du monde soumise Ă leur domination leurs
types et leurs procédés de construction : cependant il est intéressant
de mentionner ici la seule reprĂ©sentation connue d'une petite fenĂȘtre,
bien simple, de forme rectangulaire, percĂ©e Ă mĂȘme la clĂŽture de bois
d'une hutte circulaire gauloise, fenĂȘtre qui se voit dans le bas-relief
romain, encadré dans le piédestal de
la statue
de MelpomÚne au musée du Louvre et représentant
un Gaulois défendant sa maison contre un légionnaire romain au temps
de la conquĂȘte de la Gaule par Jules CĂ©sar.
Le
Moyen Ăąge.
Dans l'architecture latine et dans l'architecture
byzantine ,
pendant les premiers siĂšcles du Moyen Ăąge ,
les fenĂȘtres continuĂšrent, comme Ă l'Ă©poque romaine ,
Ă ĂȘtre ou rectangulaires ou cintrĂ©es par le haut, et, si elles furent
plus nombreuses que dans les siÚcles précédents, leurs ouvertures furent
toujours, ou laissées béantes ou garnies de claustra de pierre, de marbre,
de bois ou de métal, claustra dont parfois les vides étaient garnis de
morceaux de verre. En effet, les Anciens
connaissaient le verre; mais ils ne le fabriquaient pas, comme on le fabrique
de nos jours, en grandes surfaces, pour l'employer Ă des usages courants.
Jusqu'au XIIe siÚcle, nombre d'églises
romanes eurent leurs fenĂȘtres dans les mĂȘmes conditions, mais avec un
large ébrasement intérieur, ainsi qu'on peut le voir sur le plan (fig.
3) qui accompagne l'Ă©lĂ©vation d'une fenĂȘtre de l'Ă©glise de SaveniĂšres,
sur la rive droite de la Loire, église dont on fait remonter au VIIIe
siÚcle la partie de façade latérale à laquelle est empruntée cette
fenĂȘtre.
-
Fig.
3. - Plan et Ă©lĂ©vation d'une fenĂȘtre
de
l'église de SaveniÚres (France).
L'ouverture extérieure en est de petites
dimensions, 1,10 m de hauteur sur 0, 60 m intérieurement, et est ornée
d'une archivolte et de pieds-droits
formés de briques et de morceaux de tuffeau blanc, tranchant heureusement,
comme coloration, avec la maçonnerie de petit appareil et d'un ton noirùtre
du reste du monument. Au reste, les fenĂȘtres de l'Ăšre romane primitive
prĂ©senteraient peu d'intĂ©rĂȘt, Ă cause de leur peu de variĂ©tĂ©, si
parfois, comme dans certains monuments carolingiens
de l'Est de la France ,
plusieurs fenĂȘtres n'Ă©taient rapprochĂ©es l'une de l'autre, formant ainsi
une fenĂȘtre double, triple et mĂȘme quadruple dont la retombĂ©e intĂ©rieure
des archivoltes ou les joints des linteaux reposaient sur des colonnettes
assez rudimentaires comme bases et comme chapiteaux,
mais ne manquant pas pourtant d'une certaine élégance de proportions.
En outre, dans les fenĂȘtres groupĂ©es par trois, celle du milieu avait
parfois une plus grande hauteur, surtout quand la fenĂȘtre Ă©tait placĂ©e
à la partie supérieure d'un pignon, et souvent
aussi un arc en décharge, placé au-dessus
de la fenĂȘtre et bien appareillĂ©, venait, comme Ă l'Ă©glise Saint-Front
de Périgueux, reporter le poids de la construction supérieure sur les
parties de mur Ă droite et Ă gauche de la fenĂȘtre, en mĂȘme temps qu'il
tranchait par sa courbe sur les assises horizontales de l'appareil du pignon.
-
Fig.
4. - Plan d'une fenĂȘtre des transepts
circulaires
de la cathédrale de Noyon.
Avec l'Ăšre de transition du roman
au gothique ,
les formes des fenĂȘtres devinrent plus variĂ©es, et les parties supĂ©rieures
des bras de la croisée de la cathédrale
de Noyon, véritables transepts bùtis sur un plan circulaire, vers 1150,
sont Ă©clairĂ©es par de longues fenĂȘtres jumelles plein cintre qui s'ouvrent
sur une galerie extérieure passant à travers les contreforts butant les
arĂȘtes des voĂ»tes ( fig.
4, le plan, et fig. 5, la vue perspective d'une de ces fenĂȘtres). Comme
le plan l'indique, dans ces fenĂȘtres, des feuillures intĂ©rieures pouvaient
servir aussi bien à les abriter du vent qu'à pourvoir à leurs réparations
possibles; en outre, fenĂȘtre, galerie, contreforts et grand arc
de décharge entre les contreforts, au-dessus de la claire-voie
de la galerie, forment un heureux contraste par leurs proportions différentes,
et produisent, sur cette façade circulaire, une grande variété de jeux
de lumiĂšre et d'ombres.
-
Fig.
5. - Vue perspective d'une fenĂȘtre
des
transepts de la cathédrale de Noyon.
A la fin du XIIe
siÚcle et pendant la premiÚre moitié du XIIIe
siĂšcle, les fenĂȘtres devinrent de plus en plus larges Ă mesure que les
édifices devenaient plus vastes, et le systÚme des meneaux
se généralisa, créant ainsi une clÎture de pierre largement ajourée
Ă l'intĂ©rieur des baies; souvent mĂȘme, au-dessus de deux fenĂȘtres jumelles
fut disposé un oeil-de-boeuf, ressouvenir de l'oculus des basiliques
latines, mais divisé par des réduits de pierre en plusieurs lobes rayonnant
autour d'une ouverture centrale. Parmi les plus belles fenĂȘtres de ce
genre, il faut citer les fenĂȘtres de l'Ă©glise haute de la Sainte-Chapelle
du Palais de Justice
de Paris ( fig.
6, le plan et l'Ă©lĂ©vation d'une de ces fenĂȘtres).
-
Fig.
6. - Plan et Ă©lĂ©vation d'une fenĂȘtre
de
l'église haute de la Sainte-Chapelle
de Paris.
Le vide est divisé en deux par un meneau
central portant deux arcs brisés et une rose;
mais les deux fenĂȘtres jumelles ainsi produites sont divisĂ©es Ă leur
tour par des meneaux plus petits qui portent aussi des arcs
brisés et une rose, ce qui diminue les dimensions des espaces à vitrer
et forme entre l'appui de la baie, les contreforts l'encadrant et l'arc
de décharge portant le pignon, une claire-voie
ajourée du plus heureux effet. Malheureusement, avec la fin du XIIIe
et le commencement du XIVe siĂšcle, se
multiplient les meneaux, et les divisions, d'abord de formes géométriques
(arcs brisés et roses), des claires-voies,
prennent des formes contournées, ressemblent à des coeurs
allongés, à des ailes, à des flammes, ce qui motive le nom de gothique
flamboyant donné à cette phase de l'architecture
gothique.
-
Oeil
de boeuf (rue CambacérÚs, à Paris).
On ne saurait nier que, dans les édifices
civils, les fenĂȘtres n'aient suivi les mĂȘmes transformations que dans
les édifices religieux et n'aient, elles aussi, présenté, aprÚs les
formes simples de l'Ăšre romane et de l'Ăšre de transition, les formes
plus sveltes de la premiÚre période ogivale et enfin les formes tourmentées
du style gothique flamboyant, et l'on en pourrait citer de nombreux exemples,
surtout dans les couronnements de lucarnes des édifices civils élevés
Ă la fin du XVe siĂšcle; cependant la
nécessité d'obéir à des exigences plus restreintes et aussi plus nettement
dĂ©finies maintint les formes et les divisions des fenĂȘtres des Ă©difices
civils dans des données moins fantaisistes, et l'on peut rappeler, comme
exemple de fenĂȘtre d'un Ă©difice civil de la fin du XVe
siĂšcle, la fenĂȘtre encore existante de la grande salle du palais des
Comtes, Ă Poitiers, fenĂȘtre surmontant
une cheminée à trois foyers dont le passage
des tuyaux de fumée a force d'aveugler une partie des travées du vitrage.
La
Renaissance.
A la charniĂšre entre le Moyen Ăąge
et la Renaissance
on voit apparaĂźtre, en France
particuliĂšrement, des fenĂȘtres des formes les plus variĂ©es et dont la
partie supérieure fut tantÎt formée par un arc surbaissé et tantÎt
couronnée par un arc en accolade; mais,
avec la Renaissance, reparurent, pour les fenĂȘtres comme pour les autres
parties des édifices, tous les éléments de l'architecture antique. DÚs
la fin du XVe siĂšcle, les palais de l'Italie
prĂ©sentĂšrent des fenĂȘtres Ă plates-bandes ou cintrĂ©es,
avec claveaux appareillés, encadrées par
des assises disposées réguliÚrement et souvent taillées en bossages,
avec des moulures formant chambranles,
et ces derniers souvent couronnés de frontons
aigus ou circulaires. Il en fut de mĂȘme en France; seulement, fidĂšles
aux traditions du Moyen Ăąge ,
les fenĂȘtres y conservĂšrent plus longtemps, mĂȘme dans les Ă©difices
civils, la division en meneaux, lesquels formaient
une croix Ă un ou plusieurs croisillons dans lesquels des feuillures recevaient
des chùssis vitrés indépendants les uns
des autres. On peut citer, comme un bel exemple appartenant Ă la Renaissance
française, les fenĂȘtres du premier Ă©tage de la cour du Louvre,
dans la partie due Ă Pierre Lescot et Ă Jean
Goujon ( fig. 7, une de ces fenĂȘtres
empruntée à un des avant-corps et surmontée
de lions affrontĂ©s mais sĂ©parĂ©s par une tĂȘte de femme, tandis que les
fenĂȘtres des arriĂšre-corps ont pour couronnement, au-dessus de la corniche,
un fronton aigu ou circulaire).
-
Fig.
7. - FenĂȘtre du premier Ă©tage
de
la cour du Louvre.
Dans ces fenĂȘtres, on remarquera de plus
le contre-chambranle recevant la riche console qui porte la saillie de
la corniche et a permis de sculpter au-dessus,
en haut relief, les lions
et la tĂȘte de femme, et on remarquera aussi que, la partie supĂ©rieure
du chambranle proprement dit, formant architrave,
l'ensemble de l'encadrement de la baie renferme tous les éléments : architrave,
frise et corniche d'un entablement
complet. Au reste, les fenĂȘtres ainsi traitĂ©es, de mĂȘme que les portes,
doivent obéir, dans les édifices dont le style d'architecture est imité
de l'antique, Ă des rĂšgles concernant les proportions et la richesse
de leurs divers éléments, rÚgles qu'elles ont de commun avec les ordres
qui décorent les édifices et qu'a formulées le plus anciennement Vitruve
dans le livre IV de son Cours d'architecture au chapitre VI : de
la proportion des portes des temples et de leurs chambranles.
La fig. 8 donne l'Ă©lĂ©vation d'une fenĂȘtre,
sinon plus riche que la précédente, mais dans laquelle des colonnes corinthiennes,
placées à droite et à gauche de la baie, supportent, au-dessus de cette
baie, un entablement couronné par un fronton alternativement aigu ou circulaire.
Cette fenĂȘtre appartient au deuxiĂšme Ă©tage de la façade des « Procuratie
nuove », sur la place Saint-Marc,
à Venise, édifice construit à la fin du
XVIe siĂšcle sur les dessins de V. Scamozzi
et qui passe pour l'oeuvre la plus remarquable de cet architecte. L'ensemble
de l'encadrement de la baie, dont les colonnes sont portées sur des piédestaux
entre lesquels rĂšgnent la balustrade
et l'appui de la fenĂȘtre, est Ă©tudiĂ© suivant les rĂšgles formulĂ©es
par les maĂźtres du XVIe siĂšcle et par
Scamozzi lui-mĂȘme pour l'ordre corinthien,
et les moulures de l'entablement
profilĂ©es Ă droite et Ă gauche de la fenĂȘtre indiquent la sĂ©paration
en deux étages, dont un peu important, situé à la partie supérieure
et éclairé par des mezzanines, du deuxiÚme étage des « Procuratie
nuove ».
-
Fig.
8. - FenĂȘtres avec mezzanine de l'Ă©tage supĂ©rieur
des
Procuratie nuove, de Venise. © Photos : Serge
Jodra, 2009-2012.
L'époque
moderne.
AprĂšs la Renaissance
et jusqu'au XIXe siĂšcle, les fenĂȘtres,
obéissant comme par le passé aux styles dominants en architecture, furent
généralement rectangulaires au XVIIe
siÚcle pour prendre une forme cintrée et souvent surbaissée au XVIIIe;
les meneaux disparurent; les chambranles,
d'un certaine sobriété sous Louis XIII, prirent
une allure magistrale sous Louis XIV et suivirent
tous les caprices de la mode sous Louis XV jusqu'Ă
ce que, sous Louis XVI et le premier Empire
( Napoléon
I), se produisit une réaction empreinte de froideur et de classicisme
et inspirée par une trop méticuleuse imitation de l'Antiquité
encore peu connue et mal interprétée.
Enfin, Ă partir de la fin du XIXe
siĂšcle, les fenĂȘtres rappelant, comme les Ă©difices dans lesquelles elles
s'ouvrent, les différents styles des époques précédentes, mais offrant
parfois des motifs d'une originalité de bon aloi, font souvent appel au
métal, non seulement pour la fermeture de la baie, mais encore pour les
divisions de la croisée et ont souvent leurs chambranles
ornés de terre cuite et de faïence émaillée. (Ch. Lucas).
Les types de fenĂȘtres.
Les fenĂȘtres offrant dans leurs dispositions,
dans leurs formes et dans leurs encadrements, les variétés les plus grandes,
il y a lieu de rappeler les principales dĂ©nominations donnĂ©es aux fenĂȘtres
avec les quelques explications sommaires que comportent ces dénominations
:
-
| FenĂȘtre
Ă balcon. - FenĂȘtre dont l'ouverture descend de niveau ou presque
avec le plancher de l'appartement et
dont l'appui est supporté par des balustres ou des entrelacs de pierre,
de bois ou de métal.
FenĂȘtre
Ă fer maillĂ© et Ă verre dormant. - FenĂȘtre qui, obĂ©issant Ă des
prescriptions légales sur les jours ouverts dans un mur non mitoyen joignant
immédiatement l'héritage du voisin, est garnie extérieurement d'un treillis
de fer à mailles d'un décimÚtre d'écartement et intérieurement d'un
chĂąssis ne pouvant s'ouvrir.
FenĂȘtre
Ă l'italienne. - FenĂȘtre divisĂ©e en trois parties dans le sens de
la largeur et dont la partie médiane, toujours plus haute et souvent plus
large que les autres, est fermée par des colonnettes recevant la retombée
d'un arc dont l'imposte prolongée de droite
et de gauche forme les linteaux des deux ouvertures latérales.
FenĂȘtre
Ă meneaux et Ă croisĂ©e. - FenĂȘtre divisĂ©e dans sa largeur et souvent
aussi dans sa hauteur par des meneaux de pierre,
de bois ou de métal formant des compartiments recevant des chùssis différents.
Lorsque la fenĂȘtre est divisĂ©e par deux meneaux, l'un vertical et l'autre
horizontal formant une croix, la fenĂȘtre est dite Ă croisĂ©e, et, s'il
y a deux meneaux verticaux, Ă double croisĂ©e: dans ces derniĂšres fenĂȘtres,
l'espace compris entre les deux meneaux horizontaux sert parfois Ă masquer
le passage, à travers la baie, d'un plancher divisant l'étage ou une
partie de l'étage en deux étages dont un entresol.
FenĂȘtre
atticurge.
- FenĂȘtre rĂ©trĂ©cie par le haut, c.-Ă -d. dont le linteau est moins large
que l'appui et dont les montants ou pieds-droits sont inclinés obliquement
l'un vers l'autre. Cette fenĂȘtre doit son nom Ă sa ressemblance avec
la porte appelée par Vitruve
atticurge.
FenĂȘtre
avec ordre ou fenĂȘtre d'ordre toscan, dorique, etc. - FenĂȘtre
qui, outre un chambranle, comprend un
contre-chambranle, un pilastre ou une colonnette rappelant, par ses éléments
dĂ©coratifs, un ordre d'architecture antique, et cette fenĂȘtre est, de
plus, surmontée par un entablement soumis aux rÚgles de cet ordre. Les
fenĂȘtres ainsi dĂ©corĂ©es prennent le nom de l'ordre auquel appartiennent
les détails d'architecture qui les encadrent.
FenĂȘtre
biaise. - FenĂȘtre dont, en vue de faciliter l'introduction de la lumiĂšre,
les tableaux encadrant la baie ne sont pas, quoique parallĂšles entre eux,
taillés en retour d'équerre avec le mur de face.
FenĂȘtre
bombĂ©e. - FenĂȘtre dont la fermeture est formĂ©e d'une portion d'arc
de cercle ou d'une demi-ellipse.
FenĂȘtre
carrĂ©e. - FenĂȘtre souvent employĂ©e dans les Ă©tages d'attique et
dont la hauteur est égale à la largeur.
FenĂȘtre
cintrĂ©e. - FenĂȘtre dont la fermeture est une demi-circonfĂ©rence
de cercle.
FenĂȘtre
d'encoignure. - FenĂȘtre qui s'ouvre dans un pan coupĂ© ou dans l'arrondissement
d'un angle. |
FenĂȘtre
dormante ou condamnĂ©e. - FenĂȘtre dont le chĂąssis est fixĂ© Ă demeure,
de façon à ne pouvoir s'ouvrir, mais qui complÚte l'illusion d'une véritable
fenĂȘtre.
FenĂȘtre
droite. - FenĂȘtre d'une rĂ©gularitĂ© parfaite, dont les tableaux sont
d'équerre avec le mur de face et dont la fermeture est un linteau horizontal.
FenĂȘtre
Ă©brasĂ©e. - FenĂȘtre dont les tableaux, au lieu d'ĂȘtre parallĂšles,
forment au dehors une large embrasure qui facilite l'introduction de la
lumiĂšre.
FenĂȘtre
en abat-jour. - FenĂȘtre dont l'appui ou le linteau et parfois tous
les deux forment au dedans une embrasure donnant plus de passage Ă la
lumiĂšre.
FenĂȘtre
en angle. - FenĂȘtre disposĂ©e sur une façade tellement prĂšs de l'angle
rentrant formé par un autre corps de bùtiment qu'il n'y a pas place de
ce cÎté pour la partie de chambranle
encadrant la baie.
FenĂȘtre
en embrasure. - FenĂȘtre dont l'embrasure intĂ©rieure est trĂšs Ă©brasĂ©e
ou largement ouverte.
FenĂȘtre
en tour creuse. - FenĂȘtre circulaire en plan, concave au dehors et
convexe en dedans, tandis que la fenĂȘtre en tour ronde, Ă©galement circulaire
en plan, est convexe au dehors et concave au dedans.
FenĂȘtre
en tribune. - FenĂȘtre s'ouvrant, comme la fenĂȘtre en balcon, jusqu'au
niveau du plancher de l'appartement, mais dont le balcon fait une assez
forte saillie au-devant de la façade. GĂ©nĂ©ralement, les fenĂȘtres en
tribune, placées au bel étage ou étage d'honneur et au milieu de la
façade d'un Ă©difice, se distinguent des autres fenĂȘtres de cet Ă©tage
autant par les plus grandes proportions de leur baie que par la richesse
de leur ornementation dans laquelle entre souvent un ordre d'architecture.
FenĂȘtre
feinte ou fausse fenĂȘtre. - FenĂȘtre peinte sur une muraille
en rĂ©pĂ©tition d'une vĂ©ritable fenĂȘtre, ou encore fenĂȘtre dont l'embrasure
existe, mais dont le chùssis dormant est appliqué sur un remplissage
en maçonnerie légÚre de la baie.
FenĂȘtre
gisante. - fenĂȘtre plus large que haute, appelĂ©e par les Italiens
fenĂȘtre mezzaninĂ©e, servant Ă Ă©clairer un Ă©tage d'attique
ou d'entresol et souvent ouverte dans la hauteur de la frise
d'un entablement.
FenĂȘtre
en oeil-de-boeuf ou fenĂȘtre ronde. - FenĂȘtre circulaire,
véritable oculus, dont la baie forme un cercle parfait.
FenĂȘtre
ovale. - FenĂȘtre ou oeil-de-boeuf de forme ovale, soit dans le sens
de son grand axe ou de son petit axe.
FenĂȘtre
rampante. - FenĂȘtre dont l'appui n'est pas horizontal, le plus souvent
parce que cet appui suit inclinaison de l'emmarchement d'un escalier.
FenĂȘtre
rustique. - FenĂȘtre dont l'encadrement est formĂ© ou tout au moins
entrecoupé de bossages faisant saillie. |
FenĂȘtre
style Art nouveau de la maison de
saint-Cyr,
Ă Bruxelles.
Source
: The World Factbook.
|
|