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Le
Kuroshio,
dont le nom japonais signifie courant
noir en raison de la teinte sombre et profonde de ses eaux pauvres
en particules, est un courant marin chaud de
surface de l'ouest de l'océan Pacifique
Nord. Il constitue la branche occidentale de la circulation anticyclonique
subtropicale du Pacifique Nord et se forme à partir du courant nord-équatorial
qui, en rencontrant les Philippines vers
douze à quinze degrés de latitude nord, se divise en deux branches principales
: une partie repart vers l'est et une autre remonte vers le nord le long
de la marge orientale de l'archipel philippin, puis longe la côte orientale
de Taïwan, traverse le passage de Yonaguni et
s'écoule ensuite le long de la pente continentale de la mer
de Chine orientale et de la côte sud du Japon,
avant de quitter la côte japonaise au large du cap Inubo, vers trente-cinq
degrés de latitude nord, pour former l'extension du Kuroshio qui se prolonge
vers l'est dans le Pacifique sous le nom de dérive du Pacifique Nord.
Le Kuroshio est un
courant de bord ouest intense, rapide, relativement étroit et profond,
avec une largeur typique de l'ordre de cent à cent cinquante kilomètres,
une profondeur d'influence qui peut dépasser mille mètres dans sa partie
la plus énergétique, et des vitesses de surface généralement comprises
entre un et deux mètres par seconde, avec des maxima parfois supérieurs
à deux mètres et demi dans les sections les plus resserrées, notamment
au sud du Japon. Son débit est considérable, ordinairement estimé entre
vingt et quarante millions de mètres cubes par seconde selon les sections
et les saisons, ce qui en fait l'un des courants
les plus puissants du globe. Ses eaux sont chaudes, salées et pauvres
en nutriments en surface, avec des températures de l'ordre de vingt-quatre
à 29 °C dans sa partie méridionale, et une salinité élevée de plus
de trente-quatre et demi à trente-cinq pour mille, caractéristiques typiques
des eaux subtropicales du Pacifique occidental.
La trajectoire du
Kuroshio est remarquablement stable sur de longues distances, mais elle
est ponctuée de méandres, de tourbillons, de recirculations et de variations
saisonnières et interannuelles importantes. Au sud du Japon, le courant
présente deux configurations principales : un trajet direct le long de
la côte et un grand méandre au large, dont l'apparition, la persistance
et la disparition modifient fortement les conditions océanographiques
régionales, la position des fronts thermiques, la productivité biologique,
la pêche et le climat côtier. Ce grand méandre du Kuroshio alterne avec
des phases sans méandre sur des périodes de quelques années à plus
d'une décennie, et ses déplacements latéraux peuvent atteindre plusieurs
centaines de kilomètres. Des tourbillons chauds et froids sont régulièrement
détachés de part et d'autre du courant, et contribuent au mélange des
masses d'eau, au transport de chaleur, de sel, de plancton
et de larves d'organismes marins sur de longues
distances.
Le Kuroshio transporte
d'énormes quantités de chaleur des basses latitudes vers les latitudes
moyennes, et constitue un élément majeur du système
climatique de l'Asie de l'Est. Il réchauffe l'atmosphère au-dessus
de lui, augmente l'évaporation, alimente en humidité les masses d'air
qui affectent le Japon, la Corée, l'est de la Chine
et les régions voisines, et influence la trajectoire des cyclones tropicaux
en modulant la température de surface de la mer. Il contribue à la douceur
relative des hivers sur la côte pacifique du Japon et à la forte pluviosité
des régions traversées par les fronts qui se forment à son contact,
notamment pendant la saison des pluies de juin
et juillet et lors du passage des typhons. Les anomalies de température
de surface associées au Kuroshio et à son extension influencent la circulation
atmosphérique à grande échelle, la position du jet
stream, les téléconnexions avec le Pacifique central et oriental,
et peuvent moduler des phénomènes comme El Niño
ou les oscillations décennales
du Pacifique.
Les eaux du Kuroshio
sont relativement oligotrophes, c'est-à -dire pauvres en éléments nutritifs
en surface, car la thermocline y est
profonde et la production nouvelle limitée, mais le courant traverse ou
longe des zones où il interagit avec des eaux côtières plus riches,
des upwellings locaux, des décharges
fluviales et des remontées induites par la topographie, ce qui crée des
fronts, des tourbillons et des zones de productivité accrue. Ces structures
favorisent la concentration de plancton, de petits poissons
pélagiques, de calmars, de thons, de bonites, de dorades, de maquereaux
et de nombreuses autres espèces exploitées par les pêcheries japonaises,
taïwanaises et chinoises. Le Kuroshio sert aussi de corridor biogéographique
pour les espèces tropicales et subtropicales qui migrent vers le nord,
et ses tourbillons chauds peuvent transporter des communautés entières
d'organismes associés aux récifs coralliens,
aux poissons larvaires et aux algues flottantes sur des centaines de kilomètres.
Dans la mer de Chine
orientale, le Kuroshio circule le long du talus continental, séparé des
eaux côtières peu profondes et moins salées par un front thermohalin
marqué. Il interagit avec le courant de Taïwan, le courant de Tsushima
qui s'en détache pour pénétrer dans la mer du Japon, et avec les apports
d'eau douce et de sédiments du fleuve Changjiang et d'autres fleuves
chinois. Ces interactions déterminent la répartition des masses d'eau,
la sédimentation, la turbidité, la production primaire et les conditions
biogéochimiques sur le plateau continental, qui est l'une des zones de
pêche les plus productives du Pacifique occidental. Plus au nord, le Kuroshio
longe la côte sud du Japon, traverse le bassin de Shikoku, puis quitte
la côte au niveau du cap Inubo et forme une zone frontale très dynamique
avec les eaux froides et peu salées du courant d'Oyashio, descendant du
nord, ce qui donne naissance à la région de transition Kuroshio-Oyashio,
l'une des zones de front océanique les plus riches et les plus variables
de la planète, où la productivité est élevée, les pêcheries abondantes
et les variations décennales très marquées.
Le Kuroshio est aussi
un vecteur de chaleur vers le nord qui contribue à la formation de la
branche nord-ouest de la circulation de retour subtropicale, Ã l'alimentation
de la dérive du Pacifique Nord et au transport de masse vers l'est, ce
qui influence la répartition de la température et de la salinité Ã
l'échelle du bassin tout entier. Les anomalies thermiques créées dans
la zone d'extension du Kuroshio se propagent vers l'est et peuvent persister
plusieurs années, modifiant la couverture nuageuse, les vents et les précipitations
au-dessus du Pacifique Nord. Le courant joue également un rôle dans le
cycle du carbone océanique, car ses eaux chaudes absorbent moins de dioxyde
de carbone que les eaux froides, mais les zones de mélange et les tourbillons
associés modifient localement les échanges
air-mer et la pompe biologique.
La variabilité du
Kuroshio est observée à de multiples échelles de temps, depuis la marée
et les ondes internes jusqu'aux fluctuations saisonnières, interannuelles
et décennales, en passant par les passages de typhons qui peuvent fortement
perturber la structure thermique et le transport du courant sur quelques
jours. Les changements à long terme liés au changement
climatique se manifestent par une intensification possible du transport,
une augmentation de la température des eaux de surface, un déplacement
vers le nord des fronts et des espèces, une modification de la stratification
et des interactions avec l'atmosphère,
ainsi qu'une évolution des régimes de précipitations sur l'Asie de l'Est.
La surveillance du Kuroshio repose sur un vaste ensemble de moyens, incluant
des mouillages océanographiques, des profileurs, des satellites altimétriques
et thermiques, des campagnes hydrographiques et des modèles numériques
de circulation, en raison de son importance pour la navigation, la pêche,
la défense côtière, l'énergie marine et la prévision climatique régionale
et globale. Le Kuroshio a aussi une forte dimension culturelle et économique
pour les sociétés riveraines, car il a historiquement servi de voie de
navigation, de dispersion des espèces, d'influence sur les climats locaux. |
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