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L'Oscillation
Décennale du Pacifique (ODP ou PDO = Pacific Decadal Oscillation)
est un mode de variabilité climatique de grande échelle qui s'exprime
principalement dans l'océan Pacifique
Nord et dont les répercussions se font sentir bien au-delà , à l'échelle
planétaire. Identifiée à la fin des années 1990 par le chercheur en
halieutique Steven Hare, qui étudiait les fluctuations des populations
de saumons, l'ODP a été conceptualisée comme un El
Niño de très longue durée, bien qu'elle s'en distingue fondamentalement
par sa persistance temporelle et ses mécanismes propres.
Le fondement physique
de l'ODP repose sur l'interaction couplée
entre l'océan et l'atmosphère au-dessus du bassin extratropical du
Pacifique Nord. Son empreinte spatiale caractéristique se lit dans la
température de surface de la mer (SST). Une phase chaude, ou positive,
se définit par une anomalie froide en forme de fer à cheval dans le centre
et l'ouest du Pacifique Nord, encerclant une large langue d'eau anormalement
chaude le long de la côte ouest des Amériques,
du golfe d'Alaska jusqu'aux abords de l'équateur. Inversement, une phase
froide, ou négative, voit ce motif s'inverser : les eaux côtières américaines
se refroidissent tandis que le centre du Pacifique Nord se réchauffe.
Ce contraste thermique océanique est intimement lié à un changement
dans la circulation atmosphérique
sus-jacente. Pendant une phase chaude, la dépression des Aléoutiennes,
une zone de basses pressions semi-permanente située au sud de l'Alaska,
se creuse anormalement, renforçant les vents d'ouest aux latitudes moyennes
et modifiant les échanges de chaleur entre l'océan et l'air. Lors d'une
phase froide, la dépression des Aléoutiennes faiblit, ce qui atténue
ces vents et réorganise les courants
océaniques de surface.
La signature la plus
remarquable de l'oscillation décennale pdu Pacifique est sa temporalité,
qui contraste radicalement avec celle d'El Niño-Oscillation Australe (ENSO),
avec laquelle elle partage pourtant une certaine parenté morphologique
dans le Pacifique tropical et extratropical. Là où ENSO oscille sur des
périodes de deux à sept ans, l'ODP évolue sur des échelles de temps
décennales à pluridécennales, typiquement de vingt à trente ans. Elle
ne présente pas de périodicité régulière, mais plutôt des basculements
marqués entre régimes persistants. L'analyse des données historiques
a mis en évidence des phases chaudes remarquables durant les années 1925-1946
et, de manière très prononcée, de 1977 au milieu des années 1990, avec
un basculement brutal en 1976-1977 qui a eu un impact écologique et climatique
mondial. Des phases froides ont dominé les périodes 1947-1976 et, dans
une certaine mesure, le début du XXIe
siècle après 1999, bien que des fluctuations internes à plus court terme
viennent constamment moduler ce signal décennal.
Les conséquences
climatiques de l'ODP sont profondes et organisent une grande partie de
la variabilité hydrologique et thermique du pourtour pacifique, en particulier
sur le continent nord-américain. Une phase
chaude tend à coïncider avec des hivers doux
et secs dans le nord-ouest des États-Unis
et le sud-ouest du Canada, tandis que le sud des
États-Unis, le Mexique et le sud-est américain
connaissent des conditions plus fraîches et plus arrosées. Cette configuration
est presque symétriquement opposée en phase froide, avec un nord-ouest
américain plus froid et neigeux et un sud souvent plus sec. Au-delà du
climat des terres émergées, la l'ODP module
les grands régimes de précipitation jusqu'en Asie
orientale, influençant la mousson et le risque
de sécheresses en Chine du Nord ou en Australie.
On lui attribue également un effet téléconnectif sur la circulation
de l'Atlantique Nord par le biais de
trains d'ondes atmosphériques, où une phase chaude de l'ODP peut favoriser
un renforcement de la dépression d'Islande et
donc une phase positive de l'Oscillation
de l'Atlantique Nord.
L'impact écologique
est tout aussi considérable, au point d'avoir motivé sa découverte.
Les phases de l'ODP orchestrent des changements de régime dans les écosystèmes
marins du Pacifique Nord. Les eaux chaudes côtières d'une phase positive,
pauvres en nutriments en raison d'une stratification accrue, entraînent
un effondrement des populations de plancton,
ce qui se répercute sur toute la chaîne
alimentaire et provoque un déclin spectaculaire des stocks de saumons
en Alaska mais une abondance accrue plus au sud, le long de la côte ouest
des États-Unis. La phase froide inverse ce schéma, avec des eaux riches
en nutriments qui soutiennent une forte productivité biologique en Alaska,
tandis que les eaux plus chaudes au large du Mexique perturbent les pêcheries
locales. Ces fluctuations exercent une pression directe sur les communautés
humaines dépendantes de la pêche et ont structuré l'histoire des industries
halieutiques tout au long du XXe siècle.
La dynamique de l'oscilation
décennale du Pacifique est complexe et ne relève pas d'un oscillateur
unique. Elle résulte d'une combinaison de forçages externes et de processus
internes couplés. La variabilité aléatoire de l'atmosphère,
par le biais du courant-jet et des systèmes dépressionnaires, imprime
un signal sur l'océan qui, en raison de son inertie
thermique et de sa lente circulation (notamment le gyre
subtropical du Pacifique Nord), intègre ces fluctuations sur de longues
périodes et les restitue avec retard. L'ODP incorpore également une composante
tropicale, car elle est partiellement esclave de l'ENSO : une succession
d'événements El Niño intenses peut favoriser
un basculement vers une phase chaude, mais la relation n'est pas linéaire
et l'ODP possède une dynamique extratropicale propre.
Des travaux récents
suggèrent que des mécanismes de réémergence océanique, où des anomalies
de température stockées en profondeur sous la couche de mélange hivernale
refont surface les années suivantes, contribuent à la mémoire pluriannuelle
du système, donnant à la PDO sa persistance caractéristique. Comprendre
et prévoir ces transitions décennales demeure un enjeu majeur de la climatologie,
car l'ODP module l'expression du réchauffement
climatique global, en masquant ou en accentuant temporairement la hausse
des températures sur de vastes régions du globe. |
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