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| La vie et l'oeuvre de Buffon |
| Aperçu | Vie et oeuvre | Doctrine |
| Georges-Louis Leclerc, chevalier, puis comte de Buffon est né à Montbard Désigné par son ami Cisternay du Fay, intendant du Jardin du roi, comme le successeur le plus apte à le remplacer, Buffon remplit les devoirs de sa charge avec une véritable passion et y réalisa de notables améliorations. En même temps, il concevait sur un plan grandiose le livre qui devait immortaliser son nom, mais il n'en aborda pas immédiatement la rédaction. Dans sa pensée, il ne s'agissait pas seulement de décrire les richesses, encore bien imparfaites, confiées à sa garde, mais de montrer dans une suite de tableaux habilement reliés entre eux, l'origine, la formation, les variations et les dégénérescences du globe et des êtres qui le peuplent, depuis l'infusoire Les trois premiers volumes de l'Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du cabinet du Roi, sortis des presses de l'Imprimerie royale, parurent en 1749. Le premier contenait la Théorie de la Terre et le Système sur la formation des planètes : le second, l'Histoire générale des animaux et l'histoire particulière de l'homme; le troisième une Description du Cabinet du roi (par Daubenton) et un chapitre sur les Variétés de l'espèce humaine. Ils furent reçus « avec un applaudissement universel » dit Grimm. « On est justement étonné, ajoute-t-il, de lire des discours de cent pages, écrits depuis la première page jusqu'à la dernière, toujours avec la même noblesse, avec le même feu, ornés du coloris le plus brillant et le plus vrai. »Raynal, dans les Nouvelles littéraires qu'il adressait aussi à la duchesse de Saxe-Gotha, attribue, non sans malice, ce succès à une autre cause : « Les femmes, prétend-il, étaient charmées de pouvoir lire avec bienséance un livre imposant où il se trouve beaucoup de choses libres et des détails qui les intéressent infiniment. »Et il ajoute que les gens instruits reprochaient à l'auteur des longueurs, des obscurités et une propension aux systèmes. Ces critiques et d'autres encore ont été formulées dans un recueil de Lettres à un Américain (1749-1751, 9 parties in-12), attribuées à un oratorien, l'abbé Lelarge de Lignac, mais dont le véritable inspirateur, sinon même l'auteur, serait Réaumur, selon le marquis d'Argenson. Buffon, fidèle au principe dont il ne se départit jamais, ne répondit pas plus à cette agression qu'il ne s'émut des réserves plus graves formulées par Linné, estimant que la meilleure manière de combattre ses adversaires était de continuer l'édification du monument qu'il avait entrepris. Les douze volumes suivants (1755-1767) furent consacrés à l'histoire des quadrupèdes. Après une interruption de près de deux années, causée par le chagrin profond que lui causa la mort de Mme de Buffon et par de cruelles atteintes de gravelle, il put, secondé par ses dévoués collaborateurs, donner au public l'Histoire naturelle des oiseaux et des minéraux (1771-1786, 10 vol. in-4), et sept volumes de Suppléments (1774-1789); le cinquième est formé par ces Epoques de la nature (1779), où l'on peut dire sans hyperbole que l'écrivain s'est surpassé et où le penseur ne fut jamais plus hardi; aussi faillit-il être de nouveau inquiété par la Sorbonne qui, en présence du discrédit dont ses arrêts étaient frappés d'avance, eut le bon esprit d'abandonner presqu'aussitôt son examen. L'Histoire naturelle ne fut achevée qu'en 1789 par les soins de Lacépède, bien que Buffon eût formellement désigné Faujas de Saint-Fond pour cette tâche. Lacépède se fit, dit-on, remettre ses notes et s'en aida pour mettre au jour le dernier volume consacré aux Serpents La part qui revient aux coopérateurs de Buffon est aujourd'hui nettement connue, mais les révélations qu'a fournies à P. Flourens l'examen des manuscrits conservés an Jardin des Plantes n'ont pas sensiblement diminué la gloire du maître. S'il a fallu, devant l'évidence, restituer à Bexon et à Guéneau de Montbeillard quelques-unes des pages les plus vantées de l'Histoire naturelle, tels que les morceaux sur le cygne, le paon et le rossignol, cette histoire des « ratures » de Buffon, comme l'a définie Sainte-Beuve avec un peu d'humeur, en nous initiant à ses procédés de travail, a détruit par cela même des légendes longtemps accréditées. Il était de tradition, notamment, que les Epoques de la nature avaient été recopiées dix-huit fois selon les uns onze fois, selon les autres, et l'on en pensait que cet effort réitéré avait principalement pour but la perfection du style. Flourens a démontré que ces retouches avaient porté moins sur la rédaction elle-même que sur la détermination des périodes désignées par le terme d' « époques » et des faits qui les caractérisent. Les brouillons des autres parties de l'Histoire naturelle attestent au contraire la docilité avec laquelle Buffon acceptait une correction proposée par l'un ou l'autre de ses aides et changeait à leur gré une épithète, ou parfois même un paragraphe entier. Buffon. Statue de la façade du pavillon Richelieu du musée du Louvre. © Photos : Serge Jodra, 2009. Alors même que le renom du savant n'eût pas dicté à l'Académie française un choix ratifié d'avance par l'opinion publique, l'écrivain s'était, du premier coup, rendu digne de ses suffrages. Buffon fut élu en 1753 comme successeur de Languet de Gergy, archevêque de Sens, et prononça, le 25 août de la même année, le discours célèbre où il définissait la qualité suprême de l'art d'écrire. Le passage fameux et qui a prêté à tant de controverses « Le style est l'homme même » ne se retrouve pas dans une minute recopiée par le président de Buffey et publiée par Nadault de Buffon; il a été ajouté sur la version définitive. Ce ne fut pas la seule fois que Buffon prit publiquement la parole : il eut successivement à répondre à La Condamine, à Watelet et à Coetlosquet, évêque de Limoges (1761), et plus tard à Chastellux et au duc de Duras (1775). C'est dans ce dernier discours qu'il plaça la Henriade Au premier rang des ennemis irréconciliables du grand écrivain, il faut placer d'Alembert : non content de s'abaisser jusqu'à mimer en petit comité la démarche et les attitudes de Buffon, qu'il appelait volontiers, par allusion au principal personnage du Glorieux de Destouches, « le comte de Tuffières de la littérature », il entravait de toute son influence les candidatures qu'il appuyait. La lutte prit un caractère particulièrement aigu en 1782, lors de l'élection de Condorcet, soutenu par d'Alembert et le parti philosophique, contre Bailly que patronnait Buffon. Condorcet fut élu par seize voix contre quinze et ne dut ce mince succès qu'à la défection suprême du comte de Tressan. La même hostilité s'était fait jour quelques années auparavant (1773), lors de l'élection de Condorcet comme secrétaire perpétuel adjoint de l'Académie des sciences et en concurrence avec le même rival. Les hommages rendus à Buffon par l'Europe S'il est vrai, comme l'a dit Buffon, que le génie ne soit qu'une longue patience, sa vie toute entière témoignerait de la justesse de cet axiome, car peu d'existences furent mieux réglées que la sienne. Huit mois sur douze il habitait Montbard « C'est le montent de mon repos, disait-il, il importe peu dès lors que mes paroles soient soignées ou non. »Son dernier secrétaire, Humbert Bazile, qui nous a transmis ce propos, ajoute : « Il avait un tact exquis pour reconnaître le degré de capacité de ceux avec lesquels il s'entretenait, et il proportionnait le ton à l'intelligence du visiteur; il ne parlait que salade et raves aux jardiniers; que de jardiniers sont venus à Montbard pour l'entendre parler des Epoques de la nature! »Une déception toute semblable était réservée aux lecteurs de sa Correspondance inédite, rassemblée par son arrière petit-neveu, H. Nadault de Buffon (1860, 2 vol. in-8), et publiée avec un luxe d'annotations auxquelles nuit leur mauvaise distribution matérielle. Cette correspondance qui commence en 1729, se clôt par un billet, dicté à son fils pour Mme Necker et signé d'une main défaillante, elle apporte quelques détails nouveaux sur la vie privée de Buffon, sur ses habitudes de travail, sur la gestion du Jardin du roi ou de ses affaires privées, etc., mais elle n'offre littérairement aucun enseignement, ni aucun charme. Elle n'a rien ajouté au prestige dont jouit depuis deux siècles l'Histoire naturelle, en dépit des découvertes ultérieures qui sont venues infirmer les théories de Buffon et des variations de notre goût que ses descriptions pompeuses, en « style soutenu », agacent plus qu'elles ne satisfont. Sainte-Beuve a dit de l'auteur que son génie manquait d'attendrissement. Pour sentir la justesse et la profondeur du mot, il suffit de comparer l'une ou l'autre des pages les plus célèbres de Buffon à tel chapitre de l'Insecte ou de l'Oiseau de Michelet. Néanmoins, l'Histoire naturelle, à qui ses majestueuses proportions n'ont jamais permis de figurer parmi les livres de lecture courante, fait, à juste titre, partie des chefs-d'oeuvre de la langue française. Buffon, marié en 1752 à Mlle de Saint-Belin, alors âgée de vingt ans, et resté veuf en 1769, avait eu deux enfants, une fille morte en bas âge et un fils, Georges-Louis-Marie, né en 1764, guillotiné à Paris le 22 rnessidor an Il (10 juillet 1794). En lui s'éteignait la postérité directe de Buffon. Il avait épousé, en 1784, Mlle de Cépoy, devenue peu après la maîtresse déclarée de Philippe-Egalité et contre laquelle le jeune comte de Buffon obtint le divorce le 14 janvier 1793. Il se remaria la même année à Betzy Daubenton, fille du collaborateur de son père. Leur union ne dura qu'un an à peine et fut également stérile. (Maurice Tourneux). |
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