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L'origine
des mathématiques est très lointaine.
Mais
pour tout le temps qui précède l'invention de l'écriture,
il semble difficile d'énoncer autre chose que des généralités, seulement
étayées indirectement par quelques témoignages archéologiques (successions
d'entailles ou de marques qui peuvent faire penser à un comptage, etc.)
ou par les analogies que l'on peut tirer des études ethnologiques : on
savait compter; ici, plusieurs systèmes de numération ont pu être utilisés
(numération décimale, duodécimale, sexagésimale, etc.), là , on a pu
s'en tenir à l'usage de quatre nombres seulement (un, deux, trois, «
beaucoup »); on devait aussi connaître quelques principes d'arpentage
des champs cultivés, imposés par le développement de l'agriculture.
En tout cas, il est frappant de constater que l'invention de l'écriture
est partout étroitement liée à des préoccupations mathématiques, ou
du moins comptables. On commence par consigner des nombres, mais très
vite aussi, on en vient à s'interroger sur les rapports qui existent entre
eux. Posés et résolus de manière très rudimentaires en Mésopotamie
et en Egypte, ces problèmes dessinent
déjà les contours d'une arithmétique, d'une algèbre, d'une géométrie.
Mésopotamie.
Dans tous les domaines,
les connaissances des Babyloniens s'exprimaient prioritairement sous la
forme de listes. On connaît ainsi des tablettes d'argile sur lesquelles
apparaissent, dès l'époque sumérienne
(IIIe millénaire avant notre ère), des
listes de carrés ou de cubes de nombres mis en correspondance, et dans
lequelles on peut voir une forme archaïque de la notion actuelle de fonction.
Ces tables permettaient de calculer les surfaces
et les volumes, mais aussi la résolution d'équations
du 1er et du 2e
degré. Les mathématiciens mésopotamiens donnaient à (Pi)
la valeur approchée 3. La relation, dite de Pythagore, entre le
carré
de l'hypoténuse et la somme des carrés des côtés d'un triangle
rectangle leur était connue, à défaut d'avoir su la démontrer.
Egypte.
Les procédés de
calcul
des anciens Egyptiens étaient moins avancés que ceux des Babyloniens,
leurs formules métriques n'étaient souvent que grossièrement approchées;
ils n'en ont pas moins légué aux Grecs
des méthodes dont la tradition s'est conservée jusqu'à la chute de l'Empire
byzantin, notamment l'emploi, exclusif chez eux, de fractions
ayant pour numérateur l'unité, sauf celle de 2/3.
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Papyrus
mathématique égyptien d'Akhmim.
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Les mathématiques
antiques
Quant à la traditon
mathématique occidentale, il faut aller en chercher l'origine dans la
Grèce ancienne, où la discipline se constitue pleinement en tant
que science abstraite.
Grèce.
Le mot mathématique
vient du grec mathema, lequel a le sens général de
science
qui s'enseigne; la signification technique remonte à l'école
pythagoricienne, où l'on distingue quatre mathèmes.
«
Il y a quatre degrés de la sagesse, l'arithmétique, la musique, la géométrie,
la sphérique, rangées 1, 2, 3, 4. » (Pseudo-Pythagore, De Dits.)
Dès cette époque (Ve
siècle av. J.-C.) le caractère spécial de ces sciences est donc déterminé,
et elles sont classées d'après le développement qu'ont alors reçu leurs
diverses branches.
Chez les Grecs,
les sciences mathématiques se sont développées rapidement et ont
pris une forme classique bien connue, celle d'un ensemble de propositions
isolées, mais rigoureusement démontrées les unes par les autres à partir
de définitions ou d'axiomes
en petit nombre.
L'éveil
des mathématiques grecques.
Thalès
(né 600 ans av. J.-C.) est le premier nom connu, qui ait considéré d'une
manière abstraite les concepts géométriques.
On lui attribue la théorie des triangles semblables, ainsi que la proposition,
qu'il ne démontre pas (et qui est improprement nommée
théorème de
Thalès) selon laquelle deux droites parallèles
déterminent sur des sécantes
des segments proportionnels.
Pythagore,
ou du moins les premiers à se réclamer de lui, font des nombres
le principe de chaque chose. L'un des premiers Pythagoriciens (peut-être
Hippase
de Métaponte), établi la proposition du carré de l'hypoténuse et
son école parvient à en tirer quelques conséquences : on montre ainsi
l'irrationnalité de la racine carrée de
2 et, plus généralement, on envisage la question des grandeurs incommensurables
entre elles. Parmi les premiers Pythagoriciens on trouve aussi Archytas
de Tarente, et de son époque date la découverte de la propriété
du cercle ou de la sphère
d'être maximum parmi les figures de même périmètre
ou de même aire. Pour les Pythagoriciens,
la musique est une application de l'arithmétique
à l'acoustique, et est déduite des lois
fondamentales attribuées au maître (théorie des rapports
et des progressions). La tradition pythagoricienne
se poursuivra longtemps. A l'époque alexandrine, on peut encore citer
Nicomaque
de Gérase.
Anaxagore
de CIazomène (vers l'an 460) compose un traité sur la quadrature
du cercle. Mais le véritable essor de la géométrie
date de Platon (vers l'an 400), dont la partie
mathématique de l'oeuvre est encore d'inspiration pythagoricienne. Platon
introduit la méthode analytique, la théorie des sections
coniques et la doctrine des lieux géométriques.
Il installe la question de l'inscription dans une sphère des cinq
polyèdres
réguliers (les cinq corps platoniciens ou les cinq corps d'Euclide,
dira-t-on-plus tard) dans une sphère. Il donne aussi une solution simple
et élégante donnée de la duplication du cube. Cette question, que les
Anciens appellent le problème de Délos, avait déjà accaparé
l'intelligence d'Hippocrate de Chios et d'Archytas.
Aristote,
disciple de Platon, aborde les questions de l'infini et du continu. Sa
logique
sera la seule que connaîtront les mathématiciens jusqu'au XIXe
siècle.
Eudoxe développe la théorie des
proportions,
Menechme
étudie les sections coniques. Suivent-:
son frère Dinostrate, Autolycus de Pitane,
etc.
Les
mathématiques alexandrines.
En rassemblant les
découvertes de ses devanciers et les siennes, Euclide
de Cnide établit le lien entre l'école
platonicienne et l'école mathématique
d'Alexandrie. Il réunit les propositions qui avaient été découvertes
par ses prédécesseurs, et en compose son célèbre ouvrage des Éléments.
L'ouvrage, où apparaît notamment, pour la première fois, la méthode
de réduction à l'absurde, se compose de quinze
livres, dont les treize premiers ont été écrits par Euclide lui-même,
et les deux derniers paraissent avoir été ajoutés par Hypsiclès
d'Alexandrie. De même qu'avec les Pythagoriciens l'arithmétique avait
été appliquée à l'acoustique, à partir d'Euclide, également arithméticien
d'ailleurs (théorie des nombres irrationnels), la géométrie sera appliquée
à l'optique (perspective et catoptrique).
Après Euclide, on
voit briller Archimède, Apollonius,
Eratosthène,
Nicomède, et quelques autres, qui parviennent à constituer ce que nous
dénommons aujourd'hui les mathématiques élémentaires.
En trouvant le rapport
de la circonférence au diamètre,
Archimède donne les premiers exemples d'un problème résolu par approximation.
On lui doit encore un Traité des spirales, la proportion de la
sphère et du cylindre circonscrit, la cubature
des sphéroïdes et des conoïdes et la découverte de la quadrature rigoureuse.
La marche suivie par Archimède constitue la méthode
d'exhaustion (déjà esquissée par Euclide), où la méhode des limites
et le calcul différentiel se trouvent
en germe.
Les écrits d'Apollonius
de Perge (250 ans environ av. J.-C.) sont surtout relatifs à la géométrie
de la forme. Le principal semble être Ie Grand traité des coniques.
C'est lui, dit-on, qui le premier appliqua à ces courbes
les noms de parabole, d'ellipse
et d'hyperbole, sous lesquels on les a toujours
désignées depuis. On lui attribue aussi la théorie des épicycles.
-(Portraits
imaginaires).
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| Archytas
de Tarente. |
Euclide. |
Archimède. |
Parmi les mathématiciens
illustres, successeurs d'Apollonius et Archimède, nous mentionnerons
: Aristarque de Samos; Hipparque,
l'inventeur de la trigonométrie rectiligne
et sphérique; Ménélaüs, auteur d'un Traité
des sphériques, où l'on trouve la propriété des transversales dans
les triangles rectilignes ou sphériques; Ptolémée
(ca. 85 - ca. 165 ap. J.-C) qui, dans son Almageste ,
a laissé un traité de trigonométrie rectiligne et sphérique et est
aussi l'auteur d'une Optique et d'un Traité des trois dimensions
des corps; Héron d'Alexandrie;
Pappus,
qui, dans ses Collections mathématiques, donne une définition
précise de l'analyse et de la synthèse;
il y donne, de plus, la propriété fondamentale du rapport anharmonique
et le germe de l'involution. Après Pappus, l'école d'Alexandrie, à son
déclin, compte encore Screnus, Dioclès, l'inventeur
de la cissoïde, Proclus et plusieurs autres
commentateurs : Théon et sa fille
Hypatie;
Simplicius,
Eutocius
d'Ascalon.
Une fois soumis aux
Romains, pour qui la science pure n'a aucun attrait, le monde hellène
garde pour l'essentiel, mais sans l'accroître, le trésor de connaissances
qui a été amassé. Seul se détache, à cette époque, Diophante
(IIIe s. ?.) auquel on fait remonter ordinairement
l'origine de l'algèbre. L'ouvrage de Diophante
n'a trait qu'à une classe particulière de questions arithmétiques pour
la solution desquelles il déploie une habileté remarquable, et se situe
en fait à mi-chemin entre I'arithmétique et l'algèbre. Le mathématicien
représente l'inconnue d'un problème par l'abréviation
os, finale
du mot grec rithmos (nombre); il n'emploie ni les lettres de l'alphabet,
ni les signes des fonctions, excepté toutefois le signe de la soustraction,
qui est un Psi renversé et un peu tronqué ( ).
Rome.
Quant aux Romains,
comme on l'a dit, ils s'arrêtèrent peu aux spéculations désintéressées
des mathématiques. Notons simplement que Pline
et Varron montrent qu'ils savent compter sur leurs
doigts en traitant de la numération dactylique, et ajoutons que les Romains
adoptèrent aussi un système de numération
dans lequel les signes se trouvaient répétés un nombre de fois égal
à celui qui exprimait leur valeur absolue. Se conformant peut-être
au système des Étrusques, qui notaient
les époques avec des clous, ils se servirent des lettres I, V, X; L, C,
D, M, pour indiquer 1, 5, 10, 50, 100, 500, 1000, les combinant diversement
pour les nombres intermédiaires et pour les multiples.
La tradition mathématique
orientale
Les
mathématiques en Chine.
La réelle influence
des mathématiques chinoises sur les mathématiques indiennes et, partant,
sur les mathématiques arabes et occidentales, n'a probablement pas encore
été reconnue à sa juste place. Une influence directe des mathématiques
chinoises sur les mathématiques grecques
n'est peut-être pas à exclure.
Quoi qu'il en soit,
il ressort des documents existants (le Yijing, le Zhoubi
Suanjing, le Suà n shù shu et le Jiuzhâng Suà nshù,
pour citer les plus anciens) que les mathématiques
chinoises ne diffèrent pas essentiellement de celles des anciens peuples
orientaux en termes de niveau de connaissance. Les Chinois ont créé leur
propre système de numération et l'usage du boulier remontait chez aux
à des temps immémoriaux. Ils connaissaient le théorème de Pythagore
(au moins dans le cas classique 3, 4, 5), le triangle de pascal, et savaient
calculer, par des formules empiriques approchées, les aires et volumes
de figures simples. Le nombre
est connu à 6 décimales près. De nombreux problèmes d'arithmétique
et de géométrie sont également traités dans les ouvrages qui nous sont
restés. La résolution des équations (allant jusqu'au 14e
segré) est abordée. Parmi les faits intéressants, mentionnonera encore
la présence de carrés magiques, qui semblent être d'origine très ancienne
chez les Chinois.
C'est seulement Ã
partir du Xe siècle, que les livres
de mathématiques chinois perdent de leur originalité. Il devient en tout
cas de plus en plus en plust difficile de distinguer ce qui appartient
aux Chinois de ce qui a pu être importé d'autres traditions : indienne
ou arabe.
Les
mathématiques en Inde.
Quand les Arabes
font la connaissance des mathématiques orientales, les Indiens, avec des
énoncés de théorèmes sur les surfaces ou volumes
de figures simples, sont déjà en possession d'une géométrie
originale, et, surtout, se sont distingués aussi dans leurs recherches
sur les propriétés des nombres et sur les transformations
algébriques.
Dès le IVe
s. av. J.-C, Apâsthamba a composé les Sulvasûtra,
un traité destiné à rassembler les connaissances nécessaires pour la
construction des temples, et dans lequel on trouve notamment une formulation
du théorème de Pythagore. Au Ve s. ap.
J-C, Aryabhatta
a été l'auteur d'un ouvrage (l'Aryabhâtiyam), dans lequel apparaissent
pour la première fois les rapports que l'on appellera plus tard sinus
(les Grecs recourraient seulement à la notion de cordes). On y
trouve également une table de sinus exprimée
en vers, et donc supposée facile à mémoriser... Enfin, Brahmagupta,
vers le milieu du VIIe siècle, a été
l'auteur d'un traité qui aura bientôt une grande importance chez les
Arabes, le Siddhânta.
Plus tard, Bascora Acharay (ou Bhâskara),
né en 1114, écrira la Lilâvati (du nom de sa fille), dans lequel
on verra les quatre premières opérations en entiers et en fractions exécutées
couramment, la règle de trois, l'extraction des racines carrées et cubiques,
comme nous les faisons aujourd'hui
Les
mathématiques arabes.
Les Arabes, et les
peuples réunis un temps ou durablement à leur empire, ont connu le Siddhânta
(qu'ils nomme le Sindhind) Ã la fin du VIIIe
siècle par les traductions qu'en ont faites par Ibn Tariq et Al-Fazari.
Ils appellent la géométrie
handasa (ou kendes-séh,
selon les transcriptions), c'est-Ã -dire
art indien;
ils empruntent aux Indiens leur numération écrite, qu'il n'y a plus Ã
perfectionner, et en trigonométrie l'usage
du sinus (au lieu de la corde)
et peut-être de la
tangente.
A partir du règne
d'Al-Mammoun (813-834), grâce à l'oeuvre
de son bibliothécaire, Abou-'Abdallah
el-Khwârizmî, l'héritage mathématique des
Grecs commence à être véritablement connu et enrichi des connaissances
acquises par les mathématiciens indiens. Il étudie le Siddhanta
sanscrit, révise les tables
de Ptolémée et écrit sur l'algèbre des traités
que le Moyen âge allait traduire en latin.
C'est
à el-Khwârizmî (du nom duquel dérive d'ailleurs
le mot algorithme), que remonte le terme d'algèbre, dont
la fortune a été singulière, et qui n'avait d'ailleurs au départ qu'une
signification restreinte; l'appellation complète dont ce mot dérive (al-djebr
wa'l moukâbala, restitution et opposition) désigne originairement
chez al-Khwârizmi deux opérations nettement décrites dans Diophante
comme les premières à faire subir aux équations. L'une (restitution)
consiste à faire passer les quantités négatives d'un membre à l'autre,
de façon qu'il ne reste plus de part et d'autre que des termes positifs;
l'autre (opposition), à réduire les termes semblables de part et d'autre.
La Composition mathématique
de Ptolémée (l'Almageste )
est traduite par El-Ferghâni (Alfraganus),
dans
le premier tiers du IXe siècle; celui-ci
construit
aussi un nouveau nilomètre en Égypte et
compose un manuel d'astronomie; de même
Abou-Ma'char (Albumaser) , venu de Balkh, l'ancienne
Bactres.
Al-Hajjaj traduit
vers la même époque les Eléments d'Euclide, et, bientôt, Thâbit
ben Qorra(836-901), changeur de monnaies
à Harrân l'ancienne Carrhae, célèbre par la défaite de Crassus)
venu à la cour des califes, traduit le livre
des sections coniques d'Apollonius de Pergé,
et écrit des manuels pour l'enseignement; son fils et son petit-fils suivront
ses traces.
Les traductions se
poursuivent, mais on commence alors à voir apparaître les premiers travaux
originaux. Al-Mahani (mort vers 874), traducteur d'Euclide et d'Archimède,
mit en équations (approche algébrique) le problème (géométrique) d'Archimède
consistant à diviser une sphère en deux segments spéhriques de
raison donnée.
Vers 900, Abu Kamil,
algébriste continuateur de Khwarizmmi, s'inscrit aussi dans la même lignéequ'Al-Mahani
en étant un des premiers mathématiciens à aborder algébriquement les
problèmes géométriques.
Les progrès de la
trigonométrie doivent beaucoup à Al-Habash, contemporain du précédent,
Al-Battâni (Albategnius des Latins) et Ã
Abu l'Wafa. C'est eux qui on porté à six les fonctions circulaires toujours
en usage aujourd'hui, et qui on aussi établi les premières relations
trigonométriques.
Avicenne (980-1037)
nous a laissé un livre sur le calcul, dans lequel il traite des opérations
mathématiques et de la manière d'en faire la preuve, notamment celle
qu'on appelle preuve par neuf.
Ibn al-Haitham (Alhazen),
mort en 1038 au Caire, par la trisection de
l'angle et par les recherches sur les deux moyennes proportionnelles pour
la duplication du cube, résout des problèmes insolubles avant lui.
Le poète persan 'Omar
Khayyâm (XIe siècle) contribue Ã
la réforme du calendrier ordonnée
par le sultan Seldjoukide Malak-Châh,
surnommé Djelâl-ed-dîn, d'où le nom d'ère djélaléenne; il composa
un traité d'algèbre qui renferme une importante étude algébrique
et géométrique des équations jusqu'au troisème degré. Vers la
même époque, on peut encore mentionner Al Karkhi chez qui se lit l'influence
marqué des mathématiques indiennes.
Toûsî, né en
1201 à Toûs (Mèchhed, Khorasan persan), astrologue de Houlagou,
sauve un grand nombre de manuscrits lors de la prise de Bagdad.
Il fait de la trigonométrie une science à part et traduit
Euclide.
Le rôle joué dans l'histoire des mathématiques
par les Médiévaux, qu'ils soient
Arabes ou Latins, est principalement celui d'un relais. Ils ont recueilli
et transmis les connaissances acquises en Inde,
en Grèce ou à Byzance(
(où
l'on n'étudie plus les livres anciens que comme des curiosités sans grande
application en dehors de l'astrologie). Cela
permettra aux mathématiques, à partir de la Renaissance,
de retrouver leur fil. Des progrès ont
été accomplis pendant cette longue période, mais force est de constater
qu'ils ont été mineurs : on a souvent moins affaire à des
résultats nouveaux qu'à des remaniements de concepts anciens.
Dans l'Occident
latin, à la charnière de l'Antiquité
et de Moyen âge, on peut, au mieux, mentionner
Boèce
(ca. 480-524), auteur d'une
Arithmétique, qui n'est qu'une copie,
mal digérée d'ailleurs, de Nicomaque de
Gérase. Et on a aussi sous son nom (mais l'attribution est contestée)
un
Ars Geometriae, contenant notamment une traduction littérale
des quatre premiers livres d'Euclide, mais où
les démonstrations ont été omises. Environ
un siècle plus tard, Isidore, l'évêque wisigoth
de Séville, dans ses Etymologies,
explique que « la géométrie a le caractère de la multiplication »,
ce qui la distingue de l'arithmétique « dont le fondement est l'addition
». C'est dire où sont tombées les mathématiques à cette époque.
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Page
de l'Ars geometriae, autrefois attribué à Boèce.
Après une longue
période d'obscurité, pendant laquelle le comput pascal
a été le summum des connaissances désirables, l'enseignement des mathématiques
reparaît dans le quadrivium des arts libéraux
des universités, suivant la vieille
classification pythagoricienne. Roger Bacon
déclarait les mathématiques l'instrument le plus puissant pour pénétrer
dans les sciences, la science qui précède toutes les autres et nous dispose
à les comprendre. Mais bien rares sont encore ceux qui pensent comme lui.
Hildebert
du Mans, poète d'un grand renom à cette époque, est plus proche
de l'état d'esprit du moment, en composant un poème en quinze chants,
intitulé le Mathématicien, pour tourner en ridicule l'astronomie
et les astronomes.
Au XIIe
siècle, les Arabes, fondateurs des universités de Grenade
et de Cordoue font connaître en Occident
les Éléments d'Euclide. Ils ont reçu
des chrétiens de Syrie les trésors de la
science grecque et indienne : ils les transmettent à l'Europe latine;
grâce à des traductions entreprises notamment en Espagne.
Hermann le Dalmate fait connaître le planisphère de Ptolémée (1183),
Gérard
de Crémone traduit l'Almageste (1173). De son côté, Campano,
qui vit postérieurement à l'année 1200, commente Euclide, et étudie
la théorie des planètes et la quadrature du cercle.
Mais c'est surtout
des besoins pratiques du commerce qui se développent, surtout en Italie,
que vient un nouvel élan. Léonard de Pise,
dit Fibonacci, passe pour avoir, dans un traité
sur l'arithmétique (Liber abaci) publié en 1202, comprenant l'algèbre
telle qu'on la connaissait, enseigné ou plutôt propagé l'usage
des chiffres arabes, qu'il appelle nombre indiens,
et dont il indique la valeur relative ou de position. (Gerbert,
vers l'an mil, et un peu plus tard Adélard de Bath,
connaissaient déjà les chiffres numériques et l'arithmétique fondée
sur le système des Arabes, mais leur introduction en Occident avait eu
un impact très limité). Employé à la douane de Béjaia (Algérie actuelle),
Fibonacci recueillit tout ce que l'on savait d'arithmétique en Égypte,
en Grèce, en Syrie, en Sicile, et il en composa un traité.
Zéro,
selon lui, dérive du mot arabe Zephirum; mais son plus grand mérite
est d'avoir le premier, parmi les Latins, écrit sur l'algèbre, et de
telle manière que trois siècles de travaux assidus n'ont pas ajouté
la moindre chose à ce qu'il avait enseigné. Il s'applique à résoudre
des problèmes commerciaux sans faire la moindre allusion aux opérations
magiques, et cela à une époque où elles faisaient délirer les esprits
les plus distingués. Dès cette époque la science
paraît avoir été étudiée avec quelque assiduité en Italie, où l'on
peut citer notamment
Paul dall'Abaco, habile
mathématicien, qui représente, à l'aide de machines, tous les mouvements
des astres.
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| Boèce. |
Fibonacci. |
Regiomontanus. |
Le plus ancien livre
imprimé sur ce sujet fut composé par le frère mineur
Luca
Paciuolo
ou Lucas de Borgo (1445-1526) et parut en 1470. Il contient un traité
assez complet pour son temps sur l'algèbre, mais la science y est encore
à peu près dans l'état où l'avait laissée
Diophante
(qui ne semble d'ailleurs pas connu de l'auteur, celui-ci ayant seulement
puisé chez les Arabes). Son application se bornait à des questions assez
peu importantes relatives aux nombres, et elle ne pouvait encore que résoudre
les équations du 1er et du 2e
degré.
Le reste de l'Europe
va bientôt recommencer à s'intéresser au mathématiques. Mais il y a,
dans la période finale du Moyen âge, des esprits curieux plutôt que
savants. Nicolas Oresme ébauche la notation
des exposants. John Halifax, plus connu sous le nom de Sacrobosco
donne, outre son
Algorithme, un traité de la sphère. La trigonométrie
moderne est fondée au XVe siècle par
Regiomontanus.
Le nouveau langage
mathématique.
Puis vient la renaissance
des mathématiques, qui suit la prise de Constantinople
par les Turcs (1453).
Toutefois, l'oeuvre principale du XVIe
siècle est la création de l'algèbre sous sa
forme actuelle. Cette branche des mathématiques existait dans la tradition
occidentale au moins depuis Diophante, et l'on
sait qu'on pouvait en trouver déjà les bases chez les Babyloniens, En
Egypte, en Inde, etc. Mais, trop arrimée aux nombres, attachée aux cas
particuliers, il lui manquait encore les outils qui lui confèreraient
toute sa puissance. Elle a acquis ses outils par étapes. Luca Paciuolo
commence ainsi par donner des méthodes pour
ramener toutes les équations du second degré
à trois cas. Viennent ensuite Niccolo Fontana, dit Tartaglia, Cardan et
Ferrari qui commencent à s'attaquer au problème général de la résolution
des équations du troisième et du quatrième degré. Après eux, Viète
est le premier à appliquer l'algèbre à la géométrie,
et jette ainsi les fondements de l'analyse
moderne.
L'algèbre,
un langage en quête de son vocabulaire.
Dès le début du
XVIe siècle, l'algèbre est cultivée
par un grand nombre de mathématiciens. Scipion Ferreo, professeur de mathématiques
à Bologne, vers 1505, rompt le premier les
barrières où, jusqu'alors, l'algèbre avait été emprisonnée et parvient
à résoudre un problème du 3e degré,
mais ne rend pas publique sa découverte.
Quelque temps plus
tard, Tartaglia (1500-1557), qui enseigne les
mathématiques à Venise, a connaissance d'un
défi porté, selon la mode du temps, par le mathématicien Fiori (ou Fior);
celui-ci, qui possède, dit-il, un procédé de résolution de l'équation
du troisième degré (peut-être lui vient-il de Scipion Ferro), engage
chez un notaire une certaine somme d'argent, contre la solution de trente
questions, c'est-Ã -dire que celui qui aurait, au bout d'un certain temps
(de trente à quarante jours), résolu le plus de questions, serait déclaré
vainqueur et gagnerait la somme déposée. En moins de deux heures, Tartaglia
résolut les questions proposées, qui toutes se réduisaient à un cas
particulier des équations cubiques, dont la formule est : x3 + px= q.
Jérôme Cardan
(né à Pavie en 1501, mort à Rome
en 1576) est en train de composer son Ars marna, sive de regulis algebraicis
liber unus (Nuremberg, 1545), lorsqu'il apprend le résultat de cette
joute scientifique. Il arrache à Tartaglia son secret, jurant sur les
Evangiles
de ne jamais le révéler, mais cette promesse solennelle ne l'empêche
pas de le publier dans son Ars magna, tout en rendant, il est vrai,
justice aux inventeurs précédents. D'ailleurs, tandis que Tartaglia ne
savait résoudre l'équation du troisième degré que dans le cas d'une
seule racine réelle, Cardan, esprit subtil et mathématicien génial,
remarque que, lorsque la formule de résolution contient des imaginaires,
l'équation admet trois racines réelles : c'est là le premier exemple
de la liaison entre quantités réelles et quantités imaginaires qui trouvera
son plein développement au XIXe siècle.
A l'âge de vingt-trois ans, Ferrari,
élève de Cardan, résout l'équation du quatrième degré. Ainsi est
acquise la résolution algébrique des équations des quatre premiers degrés,
les seules que l'on puisse, dans le cas général, résoudre par des extractions
de racines, comme devait le démontrer, au XIXe
siècle, le mathématicien Abel.
L'algèbre n'est encore, toutefois, qu'une
collection de recettes isolées, dont chacune a pour but la résolution
d'un problème particulier. De fait, Tartaglia et Cardan ne donnent pas
des formules de résolution au sens que nous attachons aujourd'hui à ce
mot. Les règles de Tartaglia sont mises en trois strophes de neuf vers,
consacrées chacune à décrire la suite, des opérations destinées Ã
résoudre chacune des formes d'équation que nous écririons aujourd'hui
:
x3
= px = q,
x3 + q
= px,
x3 = px
+ q,
formes que Tartaglia devait distinguer, parce
qu'il ne connaissait que des nombres positifs.
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| Tartaglia. |
Cardan. |
Recorde. |
Au nombre des hommes
qui, vers la même époque, contribuent au perfectionnement de l'algèbre
par l'introduction d'une notation concise et systématique, on doit citer
Stifel
(ou Stifelius), et Robert Recorde. L'ouvrage
du premier, intitulé Arithmetica integra, est publié en 1544.
Stifel adopte définitivement les signes + et - (plus et moins) déjÃ
introduits par Jean Widmann d'Eger, pour représenter l'addition
et la soustraction, ainsi que le symbole'
pour signifier radical ou racine. C'est encore lui qui introduit
les exposants numériques des puissances - 3. - 2, - 1 , 0, + 1, + 2, +3,
etc. On doit à Recorde (1552) l'invention du signe d'égalité (=); il
fait choix de ce symbole parce que, dit-il, il ne peut y avoir deux choses
plus égales entre elles que deux lignes parallèles ( L'origine
des symboles algébriques) . Après eux, Raphaël
Bombelli (1579) et Richard Steven (1585) méritent d'être mentionnés.
L'algèbre
selon Viète.
Mais le véritable fondateur de l'algèbre,
au sens où nous le concevons aujourd'hui, fut
François
Viète. Né à Fontenay dans le Poitou
en 1540, mort Ã
Paris en 1603, Viète, conseiller
au Parlement de Bretagne, puis maître des
requêtes à Paris et conseiller privé, fait imprimer à ses frais, Ã
partir de 1571, des opuscules qu'il envoie aux mathématiciens de tous
les pays. Viète expose les premiers principes de sa méthode dans son
Introduction
à l'art analytique (Isagoge in artem analyticam).
-
Son oeuvre essentielle est la création
du mécanisme algébrique; en complétant ainsi la
méthode analytique de Platon, il donne aux mathématiques
leur langue, à la fois analytique et synthétique. Avant lui, les mathématiciens
ne calculaient que sur les nombres, et l'inconnue seule, avec ses puissances,
était représentée par des signes; on ne faisait pas d'opérations
avec les lettres et le produit de deux quantités était représenté par
un nouveau symbole; en un mot, le calcul algébrique n'existait pas.
«
On conçoit, dit Michel Chasles dans son Histoire des méthodes géométriques,
que cet état restreint et d'imperfection ne constituait pas la science
algébrique de nos jours, dont la puissance réside dans ces combinaisons
des signes eux-mêmes qui suppléent au raisonnement d'intuition, et conduisent
par une voie mystérieuse aux résultats désirés. »
En représentant par
des lettres toutes les quantités tant connues qu'inconnues et en les soumettant
à toutes les opérations que l'on faisait sur les nombres, Viète constitue
dans sa forme moderne cette science des symboles qu'est l'algèbre, en
même temps langue que mécanisme, et en fait un moyen d'expression nouveau
et un nouvel instrument de découverte.
Ainsi, en transformant
Ie
raisonnement particulier en formule générale,
en loi, il contribue à développer la puissance des méthodes mathématiques.
Il étudie lui-même les équations algébriques de degré quelconque et
il imagine la plupart des simplifications que subissent, pour être plus
tôt résolues, les égalités algébriques. Il connaît probablement la
formule développant (a+b)n; il trouve
les formules exprimant sin mx et cos mx en fonction de sin x et cos x et
les applique à l'étude de certaines équations algébriques. Il donne
une expression de
sous forme de produit infini qui, sans avoir de
valeur pour le calcul pratique, est le premier exemple précis de cet emploi
des développements illimités qui,
au siècle suivant, marquera un si grand progrès de l'analyse mathématique.
En géométrie, il résout avec une élégance singulière le problème
consistant à mener un cercle tangent à trois cercles donnés.
Simon
Stevin. Adrianus Romanus.
Parmi les mathématiciens de la fin du
XVIe siècle, une place toute spéciale
doit être réservée à Simon Stevin (né Ã
Bruges
en 1548, mort à La Haye (?) en 1620). Dans
l'étude de l'équilibre des solides, il n'y avait eu aucun progrès depuis
Archimède : Stévin trouve, pour le plan incliné, le rapport de la force
motrice au poids du corps; il sait représenter les forces par des segments
de droite (vecteurs) et donner, avant Varignon,
la règle de composition des forces qui est la base de la mécanique. Continuant
en hydrostatique les découvertes de l'illustre Syracusain, il démontre
qu'un liquide peut exercer sur le fond d'un vase une pression supérieure
à son propre poids; c'est le paradoxe hydrostatique dont la découverte
a été souvent attribuée à Pascal. Ainsi, dans
la voie féconde de l'application des mathématiques à la mécanique,
Stévin précéde Galilée. Si l'on en croit
Cournot,
on doit aussi à Stévin l'usage du calcul des fractions
décimales, qui est comme le complément naturel de notre système de numération.
(D'autres attribuent ce système à Regiomontanus,
qui vivait au XVe siècle; Libri revendiquait
cette invention pour les Vénitiens dans le le XIVe
siècle; Biot, quant à lui, regardait plutôt
comme l'auteur de la notation actuelle de ces fractions, Néper).
Ajoutons, pour en finir avec les mathématiques
de la Renaissance, que grâce au progrès
extraordinaire des méthodes de calcul algébrique, Van Roomen, plus connu
sous le nom d'Adrianus Romanus (né
à Louvain en 1561, mort à Mayence
en 1615), calcula le nombre (Pi)
rapport de la circonférence à son diamètre, avec quinze décimales,
3,141. 592. 653. 589. 793.
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| Stevin. |
Van
Roomen. |
Napier. |
Les XVIIe
et XVIIIe siècles
La création de puissants
outils (XVIIe s.).
L'arithmétique, l'algèbre et même la
vieille géométrie héritée des Grecs, vont encore faire de nouveaux
progrès, mais les créations capitales du XVIIe
siècle en mathématiques sont la géométrie analytique, due à Descartes
et qui permet de traiter des propriétés géométriques d'une figure Ã
l'aide des procédés ordinaires de l'algèbre, et surtout le calcul
infinitésimal, préparé par Cavalleri (en transformant la méthode
d'exhaustion d'Archimède, il aboutit à sa géométrie des indivisibles),
et Fermat et Barrow (méthode des tangentes) et fondée par Newton et Leibniz,
et qui va augmenter prodigieusement la puissance des mathématiques pour
leur ouvrir des domaines nouveaux, non seulement en mathématiques
pures, mais aussi en mécanique et en physique.
Les
logarithmes.
Bien que l'arithmétique
indienne et la notation des fractions décimales réduisent les calculs
numériques au plus grand degré de simplicité, ces calculs seraient encore
souvent fort difficiles et même impraticables par leur longueur, si Néper
n'eût donné aux calculateurs un nouvel instrument, en imaginant les logarithmes,
au moyen desquels toutes les opérations s'abaissent pour ainsi dire d'un
degré. ( L'invention
des Logarithmes)
John Napier (Néper) décrit sa découverte
dans sa Logarithmorum canonis descriptio (Edimbourg, 1614), mais
sans exposer les moyens employés pour y parvenir. Il fait simplement appel
à des considérations mécaniques, et même les logarithmes dénommés
aujourd'hui népériens semblent avoir été imaginés par Speidel. Après
la mort de Napier, son fils publie sa Mirifici logarithmorum canonis
constructio (Lyon, 1620), qui dévoile les procédés mis en oeuvre
par son père. Puis Henry Briggs, a l'idée de
prendre 10 comme base du système de logarithmes, et il calcule la première
table de logarithmes des nombres de 1 à 1000 avec 14 décimales (1618).
Dans son Arithmetica logarithmica (1624), il compléte cet essai
en donnant les logarithmes de 1 Ã 20.000 et de 90.000 Ã 100.000. En 1628,
Vlacq comble la lacune de 20.000 à 90.000 en établissant des tables Ã
10 décimales qui contient, outre les logarithmes des nombres de 1 à 100.000,
les logarithmes des sinus, tangentes et sécantes, calculés de minute
en minute pour tous les degrés du quart de cercle (1633). Ce livre a été
la source où puiseront, au cours des siècles suivants, ses successeurs
: Callet (1783), Lalande
(1802), Prony et Schroen, pour ne citer que les
plus célèbres.
Jusqu'à l'avénément des calculateurs
électroniques, dans la seconde moitié du XXe
siècle, les logarithmes sont restés le meilleur moyen d'aborder les calculs
numériques compliqués.
Théorie
des nombres. Fermat.
La théorie des nombres renaît au XVIIe
siècle avec Bachet de Méziriac (1587-1638),
qui donne (1621) la première bonne traduction de Diophante, et en 1624
un recueil de Problèmes plaisants et délectables qui se font par les
nombres. Le grand créateur est ici Pierre Fermat
(1601-1665), conseiller au Parlement de Toulouse,
l'égal dans toutes les parties de la science des meilleurs mathématiciens
de son temps. Son oeuvre arithmétique nous est connue par la publication
qu'a faite, en 1670, son fils Samuel Fermat, d'une édition de Diophante
accompagnée des notes que Pierre Fermat avait inscrites en marge de son
exemplaire; on y trouve les solutions de ces problèmes sur les nombres,
avec lesquels Fermat désespérait ses correspondants, et aussi des théorèmes
tels que, pour l'un au moins, la démonstration
complète a dû attendre 1994. Fermat possédait peut-être, pour l'étude
des nombres, une méthode simple qui nous est inconnue; en arithmétique,
il est resté sans égal.
-
Fermat.
Nouveaux
symboles algébriques.
Après Viète viennent
Albert Gérard (1629), qui le premier montre l'usage du signe négatif
dans la solution des équations; puis Harriot,
auquel on doit une découverte de la plus haute importance, à savoir que
toutes les équations algébriques peuvent être considérées comme le
produit d'autant d'équations simples qu'il y a d'unités dans le nombre
qui exprime son degré. On peut, par exemple. regarder une équation du
5e degré comme le produit de 5 équations
simples. Les signes < et > (« plus petit que » et « plus grand que
») sont de son invention. Oughtred, Ã
la même époque, introduit le signe x pour désigner la multiplication.
Descartes
et la géométrie analytique.
Après la chute
de l'Empire romain, la géométrie
avait eu le sort des autres sciences, et était tombée dans l'oubli. A
l'époque de la Renaissance, les savants, pendant un siècle entier, s'étaient
livrés si exclusivement au soin de traduire et de commenter les ouvrages
des anciens géomètres, qu'il est presque impossible de citer un véritable
progrès de la géométrie. Pour cela, il faut attendre Descartes
(1596-1650), l'esprit universel qui marque de son empreinte toute la philosophie
et toute la science de son temps. Son oeuvre scientifique est surtout mathématique.
Le Discours de la méthode
pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences,
publié en 1637, est suivi de trois suppléments : la Dioptrique,
les Météores et la Géométrie, où Descartes expose quelques
applications particulières de sa doctrine générale.
L'idée fondamentale de la géométrie
cartésienne ou géométrie analytique - la détermination d'un point
du plan par ses distances aux deux côtés d'un
angle droit -, n'est certes pas nouvelle, puisqu'on fixe depuis longtemps
la position d'un point sur la sphère terrestre par ses deux coordonnées
géographiques, la longitude et la latitude.
Mais Descartes, en établissant, entre les équations de l'algèbre (dont
il renouvelle le symbolisme) et les figures de la géométrie, une correspondance,
montre l'étonnante fécondité de la démarche. Il en dégage une méthode
générale pour traiter par l'algèbre toutes les questions de géométrie
et, en même temps, la meilleure classification des courbes;
bien plus, la notion de coordonnée, qui réalise cette correspondance,
dépasse le domaine de la géométrie pour s'étendre à la mécanique
et aux sciences physiques : toute théorie physique
est une représentation, une explication algébrique des phénomènes.
Ainsi Descartes, transportant les mathématiques dans des régions entièrement
nouvelles, considère le premier tous les phénomènes comme de simples
conséquences des lois de la mécanique. En dehors des mathématiques,
Descartes crée, par sa pensée, le monde extérieur, et sa physique est
une sorte de géométrie où l'expérience
n'a pas de place.
Descartes indique
en outre la manière de construire ou de représenter géométriquement
les équations des degrés supérieurs. Il donne une règle pour résoudre
une équation du quatrième degré un moyen d'une équation cubique et
de deux équations du second degré. Enfin il perfectionne les méthodes
employées par Cardan, Gérard, Harriot et d'autres mathématiciens pour
réduire et traiter les équations. Il introduit notamment la notation
des exposants et les principes de leur calcul.
Tandis que Descartes découvrrait la géométrie
analytique, les méthodes que la géométrie traditionnelle tenait
des Grecs ont été aussi complètement renouvelées, par Descartes encore
et par
Pascal, avec leurs considérations sur
les propriétés des projections et des transversales
et surtout par Girard Desargues (1593-1662),
qui jettent les bases de la géométrie descriptive, qui devra Ã
Monge
son entier développement, à la fin du siècle suivant. Desargues, qui
comme Monge, à qui il peut être comparé, applique déjà ses découvertes
à la pratique et notamment à la perspective et à la coupe des pierres.
Le
calcul différentiel et intégral.
Plus fécond encore que la géométrie
analytique, le calcul infinitésimal
(calcul différentiel et intégral)
sort à la même époque de deux problèmes d'abord traités isolément
l'un de l'autre : le calcul des quadratures et la recherche des tangentes.
Le problème, des quadratures, c'est-à -dire
le calcul des surfaces enfermées par une courbe, et celui des volumes
avaient été traités, dans des cas simples, par Archimède.
Le géomètre syracusain décomposait la surface ou le volume à calculer
en tranches minces parallèles (tranches infiniment petites), assimilées
à des rectangles ou à des cylindres et dont il calculait la somme. Tous
les mathématiciens, depuis Galilée et Kepler
(l'introducteur de la notion d'infini mathématique),
employèrent les méthodes de sommation d'infiniment petits. Dans sa Géométrie
des Indivisibles (1635), Cavalieri (1598-1647)
se bornait à les exposer sous forme systématique et ne les appliqua qu'aux
exemples les plus simples. Autrement importants vont être les résultats
obtenus par Roberval (1602-1675), qui semble
avoir trouvé sa méthode de sommation indépendamment de Cavalieri, par
Fermat, Torricelli, Descartes, Wallis,
et surtout par Pascal qui, par des prodiges d'ingéniosité, porte le problème
des quadratures aussi loin qu'il était possible avant l'invention du calcul
intégral. Leibniz dira des Lettres de Dettonville
(1659), où Pascal a publié les résultats obtenus sur la roulette, qu'elles
furent l'origine des idées qui l'ont conduit à la découverte du calcul
infinitésimal.
Le problème des tangentes, que les géomètres
se posent à la même époque, sans en apercevoir d'abord le lien avec
le problème des quadratures, était beaucoup plus difficile à résoudre.
Dans sa
Géométrie, Descartes donne une méthode générale de
recherche relativement compliquée; Fermat, ramenant le problème des tangentes
au problème des maxima et minima, imagine une solution bien meilleure,
dont d'Alembert a dit qu'elle est la première
application du calcul différentiel : Roberval et Torricelli trouvent aussi
la construction des tangentes par la considération du mouvement des figures.
Du problème des quadratures, qui était
une sommation d'infiniment petits, et de la recherche des tangentes, que
Fermat avait ramenée au calcul des rapports d'infiniment petits, l'esprit
philosophique de Leibniz va faire sortir la puissante synthèse qu'est
le calcul infinitésimal. Leibniz s'était peu occupé de mathématiques
jusqu'à l'époque où son séjour à Paris (1672-1676) lui fait connaître
Huygens
et les travaux des mathématiciens français, entre autres ceux de Pascal
et de Fermat. Il cherchait depuis longtemps Ã
représenter les opérations de l'esprit par des symboles abstraits et
à créer ainsi une sorte d'écriture universelle; c'est en essayant de
réduire à l'essentiel les idées et les calculs qui donnaient les quadratures
et les tangentes qu'il aperçoit que les deux problèmes sont inverses
l'un de l'autre, ce qui avait échappé à ses devanciers; il remplace
alors les raisonnements et les artifices
plus ou moins compliqués par un calcul soumis à des règles précises
et créé les notions nouvelles d'infiniment petits, de dérivées et d'intégrales
avec les méthodes et les notations qui sont encore employées. L'invention
de Leibniz, faite à Paris en 1675, n'a été publiée qu'en 1684 dans
les Acta Eruditorum de Leipzig.
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Newton.
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Leibniz.
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De son côté, Newton,
qui s'occupait surtout de mécanique, aboutit au nouveau calcul en considérant
les quantités mathématiques comme engendrées par le mouvement. Ainsi
apparaissent les notions de variables (fluentes) et de vitesse de
variation (fluxions); ainsi se posent les deux problèmes mécaniques
correspondant aux problèmes géométriques des tangentes et des quadratures
:
1° connaissant à chaque instant
l'espace parcouru par un mobile, trouver sa vitesse;
2° connaissant à chaque instant la vitesse
d'un mobile, trouver l'espace parcouru.
La réciprocité est évidente, et la méthode
de Newton, évitant en apparence la considération des infiniment petits,
paraît plus intuitive. Newton la découvre
sans doute dès 1671, par conséquent quelques années avant Leibniz, mais
il ne la publie qu'en 1704, à la fin de son traité de l'Optique.
Cette circonstance donnera lieu à une discussion qui s'est continuée
longtemps avec une grande aigreur, d'une part entre les mathématiciens
anglais qui revendiquaient les droits de Newton à l'honneur de la découverte,
et de l'autre les mathématiciens de France et d'Allemagne, qui en attribuaient
le mérite à Leibniz. (On s'accorde depuis longtemps à reconnaître ces
deux mathématiciens comme des inventeurs indépendants).
Le calcul infinitésimal a augmenté prodigieusement
le domaine et la puissance des mathématiques en y introduisant la notion
de variations déjà contenue dans la géométrie de Descartes; il en permet
l'application à l'étude des phénomènes naturels, où le mouvement occupe
le premier rang; des problèmes nouveaux sont dès lors posés et résolus,
non seulement en mathématiques pures, mais aussi en mécanique, en astronomie,
en physique; le calcul infinitésimal va favoriser le prodigieux développement
de la physique mathématique.
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Les premiers
successeurs de Newton et de Leibniz
Les premiers mathématiciens
qui, à la suite de Leibniz et de Newton, ont continué la découverte
mathématique sont des disciples de Leibniz et appartiennent à l'école
de Bâle. Ce sont : Jacques
Bernoulli (1654-1705)
et son frère Jean Bernoulli (1667-1748), qui enseignent successivement
à Bâle, et font connaître le « nouveau calcul
» par leurs leçons et leurs ouvrages; le marquis de L'Hospital,
élève de Jean Bernoulli, qui publie en France son Analyse des infiniment
petits (1696). Viennent ensuite Daniel Bernoulli (1700-1782), fils
de Jean; puis Léonard Euler (1707-1783), né à Bâle, élève de Jean
Bernoulli et qui a été sans doute le plus grand mathématicien du milieu
du XVIIIe siècle.
En Angleterre, Newton,
qui avait tardé à publier ses découvertes a eu peu de continuateurs
immédiats. Citons toutefois : Taylor (1685-1731),
Stirling (1696-1770) et Maclaurin (1698-1746). C''est surtout en France
que l'auteur des Principes mathématiques de la philosophie naturelle
aura ses véritables successeurs en Clairaut (1713-1765 ), d'Alembert (1717-1783)
et surtout Laplace (1749-1827). A ces maîtres se rattache Lagrange (1736-1813). |
Les développements
de l'analyse (XVIIIe s).
Au XVIIIe
siècle, Moivre, Stirling, Cotes,
Lambert,
Maclaurin,
Maupertuis,
d'Alembert,
Euler,
Lagrange,
et une foule d'autres mathématiciens développent et perfectionnent successivement
l'algèbre et surtout l'analyse
dans toutes leurs branches. La création du calcul
infinitésimal, l'établissement des principes (newtoniens) de la mécanique
et la découverte de la loi d'attraction universelle
marquent le début d'une ère nouvelle dans le développement des mathématiques
et des sciences physiques, ici indissociables. La grande pensée de Descartes,
l'application des mathématiques à l'étude des phénomènes naturels,
trouve dans le calcul infinitésimal son instrument d'exécution, dans
les mouvements des astres son premier champ de recherches; la mécanique
céleste est le fil conducteur du développement mathématique à cette
époque.
L'histoire de l'analyse
mathématique au XVIIIe siècle est ainsi
surtout celle des problèmes de la mécanique générale et de la mécanique
céleste. Lagrange crée la théorie des fonctions
analytiques; Laplace applique une analyse savante à la mécanique céleste.
Les relations de la science pure et de la science appliquée entraînent
le progrès mutuel des deux parties; la mise en équation des problèmes
de la mécanique conduit aux équations
différentielles dont l'intégration reste pourtant alors un domaine
à peine exploré.
-
Euler.
La
mécanique générale.
Le premier progrès,
préface nécessaire de tous les autres, est la constitution définitive
de la mécanique rationnelle. Le livre des Principes, de Newton,
contenait l'étude du mouvement d'un point; il reste à établir la mécanique
des ensembles : corps solides, liquides et gazeux. Huygens avait fait le
premier pas en étudiant le pendule composé. Varignon, dans sa Nouvelle
mécanique (1725), réduit maintenant l'équilibre des corps solides
à la règle du parallélogramme des forces il y publie la lettre de Jean
Bernouilli (1717) contenant l'énoncé définitif du principe des déplacements
virtuels.
Avec d'Alembert,
la mécanique se dégage des considérations métaphysiques qui entravaient
son développement : partant du principe qui porte son nom, d'Alembert,
dans son Traité de dynamique (1743), première synthèse des résultats
acquis, expose une méthode générale pour mettre en équation tous les
problèmes du mouvement, obtient les équations de l'hydrodynamique et
du mouvement des gaz et donne une première forme des équations du mouvement
d'un corps solide, à laquelle Euler trouve la forme définitive.
Après Maupertuis,
qui
énonçe le principe de la moindre action, Lagrange
réunit sous un même point de vue les découvertes de ses prédécesseurs.
Il en montre la liaison et la dépendance réciproque; sa Mécanique
analytique (1788), chef-d'oeuvre de clarté, d'élégance et de méthode,
achève de constituer la mécanique rationnelle newtonienne.
La
mécanique céleste.
Parallèlement se
poursuit l'étude des problèmes posés par l'astronomie.
Newton avait déjà expliqué non seulement les mouvements elliptiques
képlériens, mais aussi la plupart des phénomènes observés : mouvement
de la Lune ,
perturbations
planétaires, marées,
forme
de la Terre ,
précession
des équinoxes; mais il n'avait pu, en l'état des connaissances mathématiques
de son temps, qu'ébaucher ces diverses théories. Tous les grands problèmes
de la mécanique céleste sont repris par les continuateurs de Newton;
en les choisissant comme sujets de ses prix, l'Académie
de Paris provoque les recherches des mathématiciens les plus brillants.
Daniel Bernoulli, Euler, Maclaurin, Clairaut, d'Alembert, Lagrange (Mécanique
analytique,1788), ne parviennent qu'à des solutions approchées :
Laplace
donne des solutions approfondies, fondées à la fois sur le calcul et
l'observation. Son grand Traité de mécanique céleste (1799-1825)
et son Exposition du système du monde (1796), vulgarisation anticipée
de ce grand ouvrage, constituent un tableau complet des résultats obtenus
alors en astronomie. L'oeuvre inaugurée par les Principes de Newton
aboutit à ce qui alors, et jusqu'aux premières années du XXe
siècle (Einstein), semble être sa conclusion
définitive : les mouvements et les formes des astres sont bien la conséquence
de l'unique loi de l'attraction universelle.
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| Clairaut. |
Moivre. |
Bezout. |
La
résolution des équations.
L'algèbre des équations
s'est peu à peu constituée au cours du XVIIIe
siècle. Après Rolle, qui avait donné en 1690
la méthode si simple de séparation des racines constamment employée
depuis, l'abbé de Gua démontre (1741) la règle des signes de Descartes.
Le théorème fondamental sur l'existence des racines, énoncé par d'Alembert,
est démontré rigoureusement pour la première fois par Gauss (1799).
La résolution des équations est l'objet des travaux de Bezout
(Théorie générale des équations algébriques, 1779), et surtout
de Lagrange (Traité de la résolution des équations numériques,
1798), qui aperçoit, dans l'étude des fonctions des racines, la véritable
base de la résolution algébrique, préludant ainsi à l'oeuvre, au siècle
suivant d'Abel et de Galois.
Le XIXe
siècle
Le XIXe
siècle va encore ouvrir de nouveaux débouchés à l'ardeur intellectuelle
des mathématiciens; ce sera la théorie des nombres, négligée entre
Fermat et Euler; ce sera celle des fonctions en général, en particulier
l'étude des fonctions elliptiques (Abel, Weierstrass,
Jacobi,
Charles
Hermite,
Bertrand,
Picard
et
Poincaré); ce sera aussi la géométrie
moderne, constituée par Chasles, sans oublier
les investigations de Legendre, Gauss, Poisson, Sturm,
Cauchy, etc., pour ne parler que des domaines sur lesquels les progrès
vont être le plus décisifs.
L'étude approfondie de la nature est la
source la plus féconde des découvertes mathématiques jusqu'à Laplace
et Fourier; mais, avec Gauss et Cauchy, les mathématiques se sont orientées
vers la pure analyse : pour donner toute sa puissance à l'instrument mathématique,
on est conduit à généraliser les problèmes particuliers posés par
les phénomènes naturels, et l'on revient aux principes pour reconstruire
l'édifice sur de nouveaux plans élargis : de là sortent les théories
générales des équations algébriques, des fonctions de variables imaginaires,
des équations différentielles. Dans cette oeuvre, où Gauss
aura été un précurseur, le principal rôle revient à Cauchy,
à qui l'on doit les définitions précises et les méthodes rigoureuses
de l'analyse moderne.
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Gauss.
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Cauchy.
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La mécanique rationnelle
semble ne plus avoir qu'à perfectionner ses méthodes d'exposition, mais
ses applications pratiques présentent une importance extraordinaire, en
raison du développement de l'industrie et des emplois de la vapeur et
de l'électricité; toutes les branches de la physique sont soumises successivement
au calcul et se subordonnent aux mathématiques, tandis que l'astronomie
acquiert une précision de plus en plus grande et aborde des problèmes
jusqu'alors considérés comme insolubles.
Dans le même temps,
et ne cessant de s'accentuer tout au long du siècle, une forme de division
du travail commence à bien dessiner les contours de deux domaines distincts
: celui de l'ingénieur avec les mathématiques appliquées qui gagnent
une forme d'autonomie, et celui du mathématicien pur, désormais de plus
en plus inquiet de la fragilité des bases théoriques sur lesquelles il
a progressé jusqu'alors.
L'analyse.
En analyse,
les recherches de Legendre sur les intégrales elliptiques forment un nouveau
et très beau chapitre de l'ancien calcul intégral, sans aucune modification
profonde de la méthode. Les idées nouvelles qui transformeront cette
partie de la science mathématique appartiennent à Abel et à Jacobi.
Théorie
des fonctions de variables imaginaires.
La théorie des fonctions va être la
conquête la plus importante de l'analyse pendant le XIXe
siècle. Le Traité des fonctions elliptiques (1826), de Legendre,
s'inspirait encore des méthodes de l'ancien calcul intégral, lorsque
deux jeunes mathématiciens, Abel (1802-1829) et Jacobi (1804-1851), découvrent
la propriété fondamentale de la double périodicité et donnent à la
théorie tout entière une orientation nouvelle infiniment plus féconde.
Comme la double périodicité ne peut apparaître que dans le domaine de
la variable imaginaire ou complexe, il faut étendre le champ de la variable
jusqu'aux valeurs complexes. Ce fut l'oeuvre essentielle de Cauchy (1789-1857).
Sa théorie des fonctions d'une variable complexe domine de si haut les
mathématiques de ce temps que tous les grands analystes du XIXe
siècle ne sont que ses continuateurs.
Après Cauchy, deux mathématiciens allemands,
Riemann
(1826-1866) et Weierstrass (1815-1897), achevent de fonder la théorie
générale des fonctions : Riemann, avec les méthodes intuitives de la
géométrie,
en donne une lumineuse interprétation (1857). Wierstrass, par ses méthodes
de pure logique, ramène tout à la considération des séries (vers 1870)
et fait de l'analyse un prolongement de l'arithmétique.
L'intégration
des équations différentielles.
Le principal problème des mathématiques,
celui que les applications aux sciences physiques ont imposé dès la création
du calcul infinitésimal, est l'intégration des équations différentielles.
Jusqu'au XVIIIe siècle, on a cherché
à exprimer la fonction inconnue par des fonctions déjà connues ou par
des quadratures; mais les cas sont rares où le problème de l'intégration
peut être ainsi résolu, et l'étude des fonctions elliptiques sera une
première occasion de lui donner son aspect moderne, à savoir la recherche
des propriétés de la fonction nouvelle.
Laplace,
qui avait poursuivi ses recherches, perfectionne les procédés d'intégration
des équations; mais là encore, c'est
Cauchy qui va jouer le rôle le plus important en démontrant l'existence
des solutions et en donnant des méthodes de calcul approché. L'étude
de l'équation hypergéométrique par
Gauss, Kummer,
Riemann et Goursat, les travaux de Fuchs sur
les équations différentielles linéaires, les études de Painlevé sur
les équations à points critiques fixes sont relatifs au domaine de la
variable complexe.
Développements
en séries de Fourier.
Dans le domaine de la physique mathématique,
Fourier
(1768-1830), lorsqu'il invente le développement en série trigonométrique,
dote les analystes logiciens d'un instrument capital, qui leur permet de
donner à la notion de fonction des développements extraordinaires : la
série
de Fourier joue en mathématiques un rôle différent, mais aussi important
que la série de Taylor.
L'ouvrage de Fourier (Théorie analytique de la chaleur) contient
en germe les méthodes employées pour beaucoup d'autres équations de
la physique mathématique, qui ont fourni Ã
Poisson,
Cauchy, Green,
Lamé,
Neumann,
Picard,
Poincaré,
Hadamard,
l'occasion de recherches du plus haut intérêt. Enfin Fredholm et Volterra,
par la création des équations intégrales, créent une méthode nouvelle
pour résoudre plus simplement et plus complètement les problèmes anciens.
Mécanique
rationnelle. Mécanique céleste.
Avec Lagrange, la mécanique rationnelle
a pris sa forme définitive, et Poisson, Hamilton
(principe des quaternions, calcul s'appliquant aux figures géométriques
de l'espace), Jacobi, ne font que donner à ses équations de nouvelles
formes analytiques; il y a lieu cependant de signaler les élégantes méthodes
géométriques appliquées par Poinsot (1777-1859)
à la mécanique.
Le seul fait marquant
à enregistrer en mécanique céleste est la découverte de la planète
Neptune ,
au moyen du seul calcul, par Le Verrier (1811-1877).
Pour expliquer les écarts entre le mouvement observé d'Uranus
et le mouvement calculé, Le Verrier les attribue à l'action d'une planète
inconnue, dont il calcule la position; l'astronome Galle,
de Berlin, apercevra la planète Neptune (1846) à l'endroit indiqué par
Le Verrier; on y a vu une confirmation saisissante de la loi d'attraction
newtonienne.
En 1880, Henri Poincaré
(1854-1912) commence l'étude géométrique des courbes définies par les
équations différentielles, qui est le principe de ses Méthodes nouvelles
de la mécanique céleste. Si les résultats obtenus sont très importants,
le bloc des équations différentielles restera encore pendant plusieurs
décennies une forteresse presque intacte.
L'algèbre et
domaines connexes.
Naissance
de la théorie des groupes.
La résolution algébrique des équations,
qui avait été le tourment des mathématiciens du XVIIIe
siècle, trouve enfin sa base définitive grâce au prodigieux génie d'Évariste
Galois (1811-1832).
Après Abel, qui avait démontré l'impossibilité
de résoudre par radicaux l'équation générale du cinquième degré,
Galois,
dans le sillage de Lagrange, Gauss
et
Vandermonde, renouvelle le problème
de la résolution des équations algébriques en montrant qu'à chaque
équation correspond un groupe de substitutions
où se reflètent ses caractères essentiels. Il n'est peut-être pas,
au XIXe siècle, de découverte plus féconde
que celle de ce jeune homme qui, se jetant dans la mêlée politique en
juillet 1830, va mourir en duel à l'âge de vingt et un ans. La veille
de sa mort, il écrit à son ami Auguste Chevallier une sorte de testament
scientifique qui se termine par ce regret poignant : «Je n'ai pas le temps!
»; il y indique certaines propriétés des intégrales de fonctions algébriques,
que Riemann ne devait trouver que vingt-cinq ans plus tard.
Les notions introduites par Galois, prolongées
par Jordan (Substitutions des équations algébriques,
1870), dépassent le domaine de I'algèbre, et le concept de groupe
d'opérations a pris une place importante et sans cesse croissante
en mathématiques. Sophus Lie (1838-1899), étudiant
les groupes continus contenant une infinité de transformations, crée
un instrument dont l'usage va se révéler fécond en géométrie, dans
la théorie des fonctions, dans les équations différentielles, et, on
le constatera au siècle suivant, jusqu'en physique, où il intervint dans
la théorie de la relativité aussi bien que
dans la physique des particules.
Théorie
des nombres.
La théorie des
nombres,
négligée après Fermat et remise en honneur par Euler
et Lagrange, doit des résultats importants à Legendre et surtout à Gauss
(1777-1855).
Dans sa Théorie
des nombres (1830), Legendre (1752-1833)
expose non seulement le résultat de ses travaux personnels, mais l'ensemble
des résultats obtenus jusqu'à cette époque en arithmétique supérieure.
Dans le domaine où
l'algèbre rejoint la théorie des nombres, Hermite
obtient (1873) ce résultat longtemps cherché que le nombre
e,
base des logarithmes naturels, n'est racine d'aucune équation algébrique
à coefficients entiers. En suivant la même marche, Lindemann démontre
la transcendance de
(1882), établissant ainsi rigoureusement l'impossibilité de la quadrature
du cercle.
La
calcul des probabilités.
On doit Ã
Laplace
la constitution définitive d'une branche de la science mathématique dont
l'importance ira croissant. Le calcul des probabilités
né au XVIIe siècle avec Pascal, Fermat,
Huygens, avait, au siècle suivant, retenu l'attention de Jacques Bernouilli,
Montmort,
Moivre, Buffon, et l'Essai sur les probabilités
de la durée de la vie humaine (1746), de Deparcieux,
avait posé les bases de la théorie des assurances sur la vie. Au XIXe
siècle, Laplace, reconnaissant l'importance générale de cette science
et de ses applications, en fait une exposition magistrale dans son Essai
philosophique sur les probabilités, introduction à la seconde édition
(1815) de la Théorie analytique des probabilités.
La géométrie.
Dans la voie ouverte
par Descartes, la géométrie a continué de
progresser et, après les méthodes de l'algèbre, a employé les ressources
du calcul infinitésimal. Monge a été ici le grand créateur et le précurseur
des mathématiciens du XIXe siècle qui
cultivent la géométrie des surfaces; on lui doit notamment l'introduction
du principe de continuité, et aussi la forme actuelle de la géométrie
descriptive (1799), qu'il a construite en réduisant à l'essentiel les
recettes empiriques appliquées par les charpentiers et les tailleurs de
pierre. Enfin Lazare Carnot (1753-1823) occupe
dans l'histoire des sciences une place notable que dans celle des événements
politiques; sa Géométrie de position (1803) et son Essai sur
les transversales (1806) vont être le point de départ des recherches
de géométrie pure tout au long du XIXe
siècle.
On peut encore signaler
les travaux de Hachette, Brianchon,
Gergonne,
Dandelin,
Quetelet;
ceux de Gaultier, de Steiner et de Gudermann
sur la géométrie de la sphère, déjà cultivée par Lexell,
Fuss,
Lhuillier et Magnus; la Théorie de la rotation des corps de Poinsot;
les études de Cauchy et de Bertrand sur les polyèdres; les recherches
de géométrie infinitésimale d'Ossian Bonnet.
Citons enfin Mannheim, qui par sa géométrie
cinématique (1894), tire de la mécanique rationnelle de nouvelles méthodes
pour la détermination des propriétés projectives.
Géométrie
projective. Topologie.
Depuis Descartes, le calcul avait dominé
la géométrie; il se produisit, au XIXe
siècle, une révolution inverse. Après les travaux de transition de Carnot
et de Charles Dupin (Les
Développements de géométrie), l'initiateur de ce retour Ã
la géométrie pure est Poncelet
(1788-1867), dont le Traité des propriétés projectives des figures
(1822) définit les caractères de la géométrie projective, laquelle
étudie les propriétés des figures restant inaltérées par une projection
conique : l'idée fondamentale nouvelle consiste à envisager les figures
géométriques dans leurs relations avec certaines transformations de l'espace.
Après
Poncelet, découragé par l'indifférence
de Cauchy, la géométrie nouvelle est développée
systématiquement par Michel
Chasles (introducteur des principes de
dualité et d'homographie), Moebius, Steiner,
von Staudt, Plücker, L.
Hesse, Sylvester et Cayley
(déterminants, matrices), Laguerre, et
Félix
Klein, dont les doctrines prolongent la géométrie grecque. Klein,
qui est aussi, en plaçant la théorie des groupes et le concept de symétrie
au coeur du programme qu'il énonce à Erlangen en
1872, l'initiateur d'une démarche visant à inscrire dans un cadre conceptuel
unique des différentes branches des mathématiques. Le programme d'Erlangen
sera une des lignes de force qui ont sous-tendu l'évolution des mathématiques
au XXe siècle et dont des artisans ont
été, par exemple, Emmy Noether (1882 - 1935)
ou Alexander Grothendieck (né en 1928 Ã
Berlin, mort en 2014 à Saint-Lizier), le refondateur de la géométrie
algébrique.
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| Sylvester. |
Cayley. |
Klein. |
En même temps, l'application de l'analyse
infinitésimale à la géométrie se poursuivait dans la voie ouverte
par Euler et Monge. Ici encore, Gauss apporte (Disquisitiones generales
circa superficies curvas, 1827) une conception originale et féconde
en caractérisant la topographie sur une surface par une forme quadratique
de différentielles (appliquée à l'espace à trois dimensions, cette
conception deviendra la base de la relativité générale d'Einstein).
On ne peut énumérer ici toutes les acquisitions de la géométrie infinitésimale;
le chef de l'école, Gaston Darboux (1842-1917),
en a donné un tableau d'ensemble dans ses
Leçons sur la théorie générale
des surfaces.
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Le programme
d'Erlangen
Le Programme d'Erlangen
est une proposition visionnaire de classification et d'unification des
différentes géométries existantes faite par Felix Klein en 1872, Ã
l'occasion de son discours inaugural en tant que professeur à l'université
d'Erlangen. À cette époque, l'étude de la géométrie s'était diversifiée
au-delà de la seule géométrie euclidienne, avec l'émergence des géométries
non euclidiennes, de la géométrie projective, et d'autres encore, ce
qui rendait souhaitable un cadre conceptuel pour les relier et les comprendre
dans leur ensemble.
L'idée fondamentale
du Programme d'Erlangen est de définir une géométrie non pas tant par
un ensemble d'axiomes décrivant un espace (comme les postulats d'Euclide
ou les axiomes plus tardifs de Hilbert), mais par un espace sous-jacent
(un ensemble de points, par exemple) et un groupe de transformations agissant
sur cet espace. Le groupe de transformations représente les mouvements
ou les déformations "autorisés" dans cette géométrie particulière.
Selon ce programme,
l'objet d'étude d'une géométrie spécifique est l'ensemble des propriétés
des figures qui restent inchangées ou "invariantes" sous l'action de toutes
les transformations appartenant au groupe définissant cette géométrie.
Autrement dit, une propriété est considérée comme "géométrique" dans
le sens du Programme d'Erlangen si elle est préservée par les transformations
caractéristiques de la géométrie considérée.
Ce point de vue groupal
permet d'établir une relation hiérarchique claire entre différentes
géométries. Si le groupe G1 d'une géométrie est un sous-groupe du groupe
G2 d'une autre géométrie, alors toute transformation de G1 est aussi
une transformation de G2. Par conséquent, toute propriété invariante
sous G2 (le groupe plus large) sera également invariante sous G1 (le sous-groupe).
Cependant, G1 étant un sous-groupe, il "autorise" moins de transformations
que G2. Il y aura donc des propriétés invariantes sous G1 qui ne le sont
pas sous G2. La géométrie définie par G1 est ainsi "plus riche" en invariants
que celle définie par G2; inversement, celle définie par G2 est "plus
générale" car elle étudie des propriétés qui subsistent sous un ensemble
plus large de transformations.
Un exemple emblématique
de cette hiérarchie est la relation entre la géométrie projective, la
géométrie affine et la géométrie euclidienne. La géométrie projective,
souvent considérée comme la plus générale dans cette séquence, est
associée au groupe des transformations projectives. La géométrie affine
est associée au groupe des transformations affines, qui est un sous-groupe
du groupe projectif. Les propriétés affines (comme le parallélisme ou
les rapports de longueurs sur des droites parallèles) sont invariantes
sous transformations affines mais pas nécessairement projectives. Enfin,
la géométrie euclidienne est associée au groupe des isométries (translations,
rotations, réflexions), qui est un sous-groupe du groupe affine. Les propriétés
euclidiennes (comme la longueur, l'angle, l'aire) sont invariantes sous
isométries mais pas nécessairement sous transformations affines. Chaque
étape descendante dans cette hiérarchie (de projective à euclidienne)
correspond à la considération d'un groupe de transformations de plus
en plus restreint et, par conséquent, à l'étude d'un ensemble d'invariants
de plus en plus large. D'autres géométries peuvent être intégrées
ou comprises dans ce cadre, comme la topologie (étudiant les invariants
sous le groupe des homéomorphismes) ou la géométrie conforme (étudiant
les invariants sous les transformations qui préservent les angles).
L'impact du Programme
d'Erlangen a été majeur. Il a fourni un principe unificateur qui a éclairé
les relations entre les diverses géométries connues et a suggéré une
voie pour la découverte de nouvelles géométries en étudiant de nouveaux
groupes de transformations. Il a fermement ancré l'importance de la théorie
des groupes dans l'étude de la géométrie, montrant comment les structures
algébriques peuvent caractériser les espaces géométriques. Le programme
a déplacé l'attention des figures statiques et de leurs propriétés
métriques vers les transformations qui préservent ces propriétés, une
perspective dynamique qui s'est avérée extrêmement féconde. Bien que
le Programme d'Erlangen ne soit pas le seul moyen de fonder la géométrie
(les approches axiomatiques restant cruciales), il a offert une organisation
puissante et une vision profonde qui a influencé non seulement les mathématiques
pures, mais aussi des domaines comme la physique théorique, notamment
avec le rôle des groupes de symétrie dans les théories des champs et
la relativité. En substance, ce n'était pas un manuel de géométrie,
mais une feuille de route et une philosophie pour la géométrie, centrée
sur la puissance unificatrice des groupes de transformations. |
Les
géométries non-euclidiennes.
De ces recherches, qui prolongent la géométrie
des anciens Grecs, on doit rapprocher celles qui ont pour objet les fondements
mêmes de cette géométrie. Euclide n'avait pu rattacher logiquement son
postulat aux axiomes plus ou moins intuitifs sur
lesquels il s'appuyait. C'est seulement au XIXe
siècle que, réalisant une idée qu'avait probablement eue Gauss, Lobatchevski
en 1829 et Bolyai
en 1832 (auxquels ont doit joindre les noms de
Beltrami et Sophus Lie) édifient chacun de son côté la première
géométrie non-euclidienne. Dans des écrits qui ouvrent une seconde direction
de recherches, Riemann
en 1854 et Helmholtz en 1867 démontrèrent que le déplacement des corps
solides joue un rôle essentiel, et construisirent une troisième géométrie,
tout aussi cohérente que les deux premières. On peut caractériser ces
trois géométries par le fait que la somme des angles d'un triangle est
inférieure, égale ou supérieure à deux droits, selon qu'il s'agit de
la géométrie de Lobatchevski, de celle d'Euclide
ou celle de Riemann.
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| Cantor. |
Poincaré. |
Hilbert. |
Les
fondements de la géométrie.
Utilisant la théorie des groupes de transformations,
qu'il avait créée, Sophus Lie
entreprend dans toute son ampleur la recherche des hypothèses fondamentales
et peut en donner une solution complète. La géométrie s'établit Ã
la fin du XIXe siècle sur un système
complet et non contradictoire d'axiomes indépendants. Poincaré fait ressortir
l'importance de toutes ces recherches pour I'analyse de notre intuition
de l'espace.
Chemin faisant de
nouveaux questionnements théoriques, essentiellement autour de la logique,
des fondements des mathématiques et des problèmes de calculabilité,
commencent à se faire jour et à esquisser ce qui sera le programme des
mathématiques du XXe siècle : Boole
(les lois de la pensée, 1854), Cantor (théorie
des ensembles, 1872), Peano
(recherches logistiques, 1890), Hilbert (fondements
de la géométrie, 1899), etc..
(D. V. / NLI / P. T. / etc.).
Les mathématiques au
XXe siècle
La nature des mathématiques
(1900-1940).
Posée dès la fin
du siècle précédent, la question des fondements des mathématiques conduit
maintenant à un important effort de formalisation. Il s'agit de réécrire
la totalité des connaissances mathématiques sous la forme d'un tout rigoureux
et cohérent à partir d'un système d'axiomes de base et de l'application
d'un ensemble de règles logiques simples bien définis. L'entreprise culminera
avec le grand travail de synthèse mené, à partir de années 1930, par
le groupe Bourbaki (un pseudonyme collectif),
et qui débouchera sur ce qu'on a appelé les «-mathématiques
modernes »
|
Le groupe
Bourbaki
Le groupe Bourbaki
est fondé en 1934 par un groupe de jeunes mathématiciens français, dont
les membres fondateurs incluent constitué autour de Jean
Dieudonné (1906-1992), Henri Cartan (1904-2008),
André
Weil (1906-1998), Claude Chevalley (1909-1984),
parmi d'autres, et rejoints plus tard par des figures telles que A.
Grothendieck (1928-2014), par exemple. Le pseudonyme de Nicolas Bourbaki,
un nom fictif emprunté à un général français du XIXe
siècle, Charles-Denis Bourbaki, est utilisé pour maintenir l'anonymat
du groupe, bien que les membres soient bien connus dans la communauté
mathématique.
L'objectif principal
de Bourbaki est de formaliser les mathématiques en mettant l'accent sur
les structures abstraites et en utilisant un langage rigoureux. Il s'agit
d'unifier et de clarifier les bases des mathématiques modernes. Le groupe
s'emploie à réécrire les différents domaines des mathématiques en
utilisant une approche systématique et axiomatique, afin de créer une
base solide pour les théories mathématiques.
Le groupe est organisé
en diverses sections, chacune spécialisée dans un domaine particulier
des mathématiques. Les membres travaillent en collaboration pour rédiger
les textes et s'assurer de leur cohérence. L'oeuvre majeure du groupe
Bourbaki est la série de livres intitulée Éléments de mathématique.
À partir des années 1970, l'activité du groupe Bourbaki a diminué,
bien que les membres aient continué à publier des ouvrages et à organiser
des séminaires. |
Parmi les premiers
à aborder de front la question du fondement des mathématiques, on trouve
Gottlob
Frege (1848-1925). Au début du XXe
siècle, la théorie des ensembles de Georg Cantor est reconnue comme le
meilleur point de départ (d'autres viendront plus tard, telle la théorie
des catégories proposée dans les années 1942-1945 par Samuel Eilenberg
et Saunders Mac Lane et pouvant jouer un rôle similaire). C'est donc sur
la théorie des ensembles que Frege s'appuie pour formuler
les règles de base de l'arithmétique. Mais, à peine énoncée, la promesse
d'un système mathématique parfait s'effondre, car la théorie des ensembles
recèle des failles. L'une de ces incohérences, relevée par le mathématicien
et philosophe
Bertrand Russell (1872-1970),
et connue sous le nom de paradoxe
de Russell, apparaît lorsqu'on se demande si l'ensemble de tous les
ensembles qui ne s'appartiennent pas à eux-mêmes s'appartient à lui-même.
On ne peut pas répondre sans contradiction à cette question.
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| Frege. |
Russell. |
Gödel. |
La réécriture par
Ernst Zermelo, Abraham Fraenkel et Thoralf Skolem de la théorie
des ensembles permet de s'affranchir des paradoxes inhérents Ã
la théorie de Cantor, mais elle ne règle pas tout. En 1931, Kurt
Gödel (1906-1978) montre que tout système formel contenant l'arithmétique
est incomplet, en ce sens qu'il contient des énoncés indécidables :
il est incapable de les démontrer ou de les infirmer (théorèmes
d'incomplétude de Gödel). C'est le cas, par exemple, comme l'on montré
Paul Cohen et Gödel lui-même, de l'hypothèse
du continu émise par Cantor, qui appartient à la théorie des ensembles,
mais qui ne peut se déduire de ses axiomes ni être réfutée grâce Ã
eux). Diverses options s'offrent dès lors aux mathématiciens, qui sont
autant d'approches philosophiques de la nature des mathématiques. Quel
sont donc le sens et la portée des mathématiques? Parlent-elles la langue
du réel ou servent-elles seulement à façonner l'image que nous pouvons
en avoir? Questions toujours ouvertes.
L'âge des calculateurs
électroniques (après 1940).
Dès leur apparition,
les ordinateurs ont été le révélateur de nouveaux aspects des mathématiques.
Ils ont rendu nécessaires de nouveaux progrès. Des limitations des mathématiques,
différentes de celles que l'on a dites, et parfois déjà soupçonnées,
apparaissent maintenant au grand jour. Des possibilités inédites commencent
aussi à s'ouvrir.
Pendant la Seconde
Guerre mondiale, les mathématiciens alliés ont fourni un effort important
afin de décrypter les messages allemands chiffrés par une machine nommée
Enigma.
En Angleterre, une équipe, conduite par Alan Turing
(1912-1954), est parvenue à craquer ces codes et à donner un avantage
décisif aux Alliés. Alan Turing a ainsi été mis sur la voie des premiers
calculateurs programmables, dont il élabore les bases théoriques. John
von Neumann (1903-1957), impliqué dans la mise au point de la bombe
atomique, a été l'un des principaux créateurs de cette informatique
naissante, est aussi l'auteur de la théorie des jeux, qu'il élabore Ã
partir de 1944. Il s'agit d'un outil mathématique d'aide à la décision
qui va notamment être développé et utilisé pour répondre aux problématiques
de la Guerre froide (par exemple, la théorie
des jeux sert à la définition du concept de dissuasion nucléaire).
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| Turing. |
Von
Neumann. |
Grothendieck. |
L'avènement de l'âge
numérique stimule d'autres recherches et ouvre aussi des territoires nouveaux
: théorie de l'information de Claude Shannon (1916-2001), mathématiques
discrètes et théorie des graphes, géométrie
fractale de Mandelbrot (prolongement d'un chantier ouvert au siècle
précédent par Cantor, Jordan, Peano et, plus tard, Hausdorff), etc. La
puissance des ordinateurs permet également d'envisager des calculs
auparavant hors de portée. On l'applique notamment à la résolution de
problèmes anciens comme ceux issus de la théorie
des systèmes dynamiques initiée par Poincaré. La prévision du temps
ou la question de la stabilité du Système solaire relèvent de cette
problématique. Mais les mathématiciens se sont alors acheminés
vers une nouvelle déconvenue, en constatant l'existence de vastes territoires
inaccessibles par le calcul. Une limitation qui ne tient pas à celles
des ordinateurs eux-mêmes, mais bien aux mathématiques (fonctions non-intégrables).
Il a fallu dès lors renoncer à l'idée que le déterminisme auquel répond
un phénomène assure la prédictibilité de son évolution.
Les ordinateurs sont
aussi intervenus d'une autre manière dans les progrès des mathématiques,
en permettant d'automatiser certaines démonstrations. C'est ainsi par
exemple que Wofgang Haken et Kenneth Appel ont pu démontrer, en 1976,
le théorème des quatre couleurs
conjecturé dès 1852 (quatre couleurs seulement suffisent pour colorier
n'importe quelle carte sans que deux régions adjacentes aient la même
couleur). Cette démonstration a demandé l'étude d'une telle quantité
de cas possibles (près de 1500, demandant plus de 1200 heures-machine)
qu'aucun être humain n'aurait été capable d'en venir à bout. Paradoxalement
ce succès pose de nouveaux problèmes : quel statut donner à un résultat
mathématique qu'aucun mathématicien ne peut contrôler parce qu'il ne
peut suivre toutes les étapes qui y ont conduit? Jusqu'à quel point peut-on
faire confiance aux machines?
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Le programme
de Langlands
Le programme de Langlands
est une vaste et profonde toile de conjectures mathématiques initiée
par Robert Langlands dans les années 1960.
C'est un réseau complexe et interconnecté de conjectures qui a déjÃ
transformé de nombreux domaines des mathématiques, fournissant des outils
puissants et ouvrant de nouvelles voies de recherche. Il vise à établir
des liens fondamentaux et inattendus entre deux domaines a priori très
distincts des mathématiques : la théorie des nombres, qui étudie les
propriétés des nombres entiers et des équations qui les impliquent,
et la théorie des représentations, qui analyse les symétries (groupes)
à travers des transformations linéaires d'espaces
vectoriels. Au coeur de ce programme se
trouve l'idée d'une correspondance ou d'une dualité profonde entre certains
objets arithmétiques et certains objets analytiques/géométriques.
Du côté arithmétique,
les objets centraux sont les représentations galoisiennes. Une représentation
galoisienne est un homomorphisme continu du groupe de Galois absolu d'un
corps de nombres (comme les nombres rationnels Q) vers un groupe de matrices
(souvent GL(n, C) ou GL(n, E) où E est un corps p-adique). Le groupe de
Galois absolu encode les symétries des extensions de corps, ce qui reflète
la structure arithmétique du corps de base. Ces représentations galoisiennes
apparaissent naturellement dans de nombreux contextes en théorie des nombres,
par exemple, dans l'étude des points sur les variétés algébriques via
la cohomologie étale, ou dans la théorie d'Iwasawa. Elles portent une
information arithmétique cruciale, comme la distribution des nombres premiers
à travers les symboles d'Artin associés à des extensions abéliennes,
ou des informations plus complexes pour des extensions non abéliennes.
Du côté analytique/géométrique,
les objets centraux sont les formes automorphes et, plus précisément,
les représentations automorphes. Ce sont des généralisations modernes
des formes modulaires classiques. Les formes automorphes sont des fonctions
très spéciales définies sur des espaces quotients de groupes de Lie
par des sous-groupes discrets, ou plus généralement, comme des fonctions
sur l'espace des adèles d'un groupe algébrique (comme GL(n) sur les adèles
de Q) qui sont invariantes sous l'action des points rationnels du groupe
(comme GL(n, Q)). Ces fonctions sont généralement des vecteurs propres
d'opérateurs différentiels ou d'algèbre de Hecke, et elles possèdent
des propriétés analytiques très riches. L'étude moderne utilise le
langage des représentations automorphes, qui sont des représentations
de groupes adéliques apparaissant dans certains espaces L².
La conjecture fondamentale
du programme de Langlands postule une correspondance naturelle et explicite
entre les représentations galoisiennes de dimension n et les représentations
automorphes du groupe GL(n) sur les adèles (= vecteurs de valuation) d'un
corps de nombres donné. Cette correspondance n'est pas un simple bijection,
mais un lien profond qui se manifeste le plus clairement à travers les
fonctions L. Chaque représentation galoisienne et chaque représentation
automorphe (dans une classe admissible) possède une fonction L associée
(respectivement, fonction L d'Artin et fonction L automorphe). La conjecture
clé est que la fonction L d'Artin d'une représentation galoisienne irréductible
correspondante est égale à la fonction L automorphe d'une représentation
automorphe cuspidale correspondante. L'égalité de ces fonctions L est
d'une importance capitale car les fonctions L encodent des informations
très différentes sur les objets dont elles proviennent : la fonction
L d'Artin capture l'information arithmétique (par exemple, comment les
nombres premiers se factorisent dans certaines extensions), tandis que
la fonction L automorphe capture l'information analytique et spectrale.
L'égalité signifie que ces informations sont en fait les deux faces d'une
même médaille.
Le programme de Langlands
ne se limite pas à GL(n). Une partie majeure et plus générale postule
une correspondance similaire entre les représentations galoisiennes et
les représentations automorpères pour d'autres groupes algébriques réductifs
G. Cette correspondance est formulée en termes de "paquets de L-indiscernabilité"
du côté automorphe et de représentations du groupe de Langlands LG
associé à G, qui est relié au groupe de Galois.
Un aspect crucial
du programme est le principe local-global. La correspondance globale devrait
découler de correspondances locales compatibles aux places du corps de
nombres (c'est-à -dire pour chaque nombre premier p et pour la place archimédienne
à l'infini). La correspondance de Langlands locale pour GL(n) sur un corps
local (comme le corps des nombres p-adiques Qp) est
une partie majeure du programme qui a été en grande partie établie,
reliant les représentations du groupe de Galois local aux représentations
lisses admissibles irréductibles de GL(n, K) où K est un corps local.
Un autre concept
central est celui de la fonctorialité de Langlands. Il s'agit d'une conjecture
encore plus ambitieuse qui stipule que si l'on a un homomorphisme entre
les groupes de Langlands de deux groupes G et H, alors cela devrait induire
un "transfert" ou un "relèvement" des représentations automorphes de
H vers G. La fonctorialité est considérée comme le cœur du programme,
car elle implique de nombreuses autres conjectures et fournit une sorte
de "tableau périodique" des formes automorphes. Par exemple, la fonctorialité
de GL(n) Ã GL(m) pour un certain m est l'une des conjectures les plus
importantes et les plus difficiles.
Bien que le programme
complet soit loin d'être prouvé, de nombreux cas spécifiques et des
parties importantes ont été établis et ont eu un impact considérable
sur les mathématiques. L'exemple le plus célèbre est la preuve du théorème
de modularité (la conjecture de Taniyama-Shimura-Weil), qui établit un
lien entre les courbes elliptiques (des objets arithmétiques) et les formes
modulaires (un type de forme automorphe). Cette preuve, achevée par Andrew
Wiles (avec les contributions de Taylor, Breuil, Conrad, Diamond), a été
l'étape clé dans la démonstration du dernier théorème de Fermat. La
preuve du théorème de modularité est un cas particulier de la correspondance
de Langlands pour n = 2, reliant les représentations galoisiennes de dimension
2 associées aux courbes elliptiques aux formes modulaires.
Le programme de Langlands
s'étend également au-delà du cadre traditionnel des corps de nombres.
Il existe une version géométrique du programme de Langlands pour les
corps de fonctions (extensions finies de k(t), où k est un corps fini
ou C). Cette version géométrique a des liens profonds avec la géométrie
algébrique, la théorie de D-modules, et même avec certaines théories
physiques comme la théorie
quantique des champs et la théorie des
cordes (par exemple, la correspondance de Langlands géométrique pour
GL(1) sur une courbe est étroitement liée aux fibrés en droites). |
Heureusement, les
mathématiques peuvent encore faire des progrès sans recourir aux ordinateurs,
même si c'est parfois au prix d'efforts colossaux. Ainsi, entre 1955 et
1983, il n'a pas fallu moins d'une centaine de mathématiciens pour venir
à bout de la classification des groupes finis simples. Un autre accomplissement,
peut-être encore plus spectaculaire est dû aux mathématiciens qui se
sont attelés, par étapes, à la démonstration du dernier théorème
de Fermat. Cette recherche a donné lieu à des travaux d'une extrême
complexité. Il a été d'abord montré que la démonstration du
théorème de Fermat (qui n'est encore à ce stade qu'une conjecture) devait
passer par la démonstration d'une autre conjecture, plus générale, énoncée
par Yutaka Taniyama (1927-1958) et Goro Shimura (né en 1930), reformulée
dans les années 1960 par André Weil, et aujourd'hui connue sous le nom
de théorème de modularité. Une trentaine d'années de recherches plus
tard, c'est finalement, Andrew Wiles (né en 1953) qui vient à bout du
fameux théorème, en 1995. Sa démonstration remplit une centaine de pages...
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Clifford
A. Pickover, Le Beau Livre des Maths - De Pythagore à la 57e dimension,
Dunod , 2010. - Ce magnifique ouvrage en couleur
retrace l'histoire des mathématiques en 250 grandes étapes. Les entrées
sont chronologiques, du pédomètre des fourmis (150 millions d'années
avant JC) à l'hypothèse de Max Tegmark qui stipule que l'univers physique
n'est pas seulement décrit par les mathématiques mais qu'il EST une structure
mathématique (Hypothèse de l'Univers Mathématiques, MUH, 2007). Chaque
idée fait l'objet d'un court descriptif (1 page) et est accompagnée d'une
belle et évocatrice illustration en couleur. (couv.).
Karine
Chemla, Mathématiques et connaissance du monde réel avant Galilée,
Omniscience, 2010. - On associe souvent le nom de
Galilée
au tournant que constitua, pour les sciences, la mathématisation de la
physique
et, plus spécifiquement, celle du mouvement. Dans quelle mesure Galilée
héritait-il de siècles de réflexions en philosophie naturelle et de
tentatives d'employer des outils mathématiques
pour rendre compte du réel? Telle est la question-clé
qui oriente cet ouvrage. On y examine comment, entre le XIVe et XVIe siècles,
s'articulent arguments mathématiques, physiques, mais aussi philosophiques,
logiques
ou théologiques, dans différents domaines
: la composition du continu à partir d'atomes, la musique, la mécanique
et l'architecture. Ces préoccupations seront au coeur des travaux de Galilée.
À
travers les écrits des atomistes d'Oxford, comme Nicole
Oresme, Thomas Bradwardine ou Thomas
Harriot, ce livre étudie tout d'abord comment on a associé mathématiques
et phénomènes réels dans les discussions
sur le continu. L'examen des théories musicales de Jean de Murs et de
Jean de Boen permet ensuite de jeter un jour nouveau sur l'emploi des mathématiques
pour traiter le rythme ou la consonance dans le contexte de l'Ars Nova.
Puis l'ouvrage se tourne vers l'utilisation des mathématiques en mécanique.
On y montre comment Blaise de Parme introduit les raisonnements
de philosophie naturelle dans une science des poids et des machines simples,
auparavant purement mathématique. On y dégage le lien intime qui se noue
entre outils mathématiques et raisonnements physiques dans la mécanique
galiléenne. Le livre se conclut par un nouvel éclairage sur le rôle
des mathématiques dans l'architecture
de la Renaissance. (couv.)
Karine
Chemla - Guo Shuchun, G. Lloyd. Les Neuf Chapitres, le classique
mathématique de la Chine ancienne et ses commentaires, Dunod,
2004. -
Les
Neuf chapitres sur les procédures mathématiques, un ouvrage vieux
de 2000 ans, constitue le classique de la tradition mathématique
chinoise.
Méconnu
en Occident, il contredit l'idée répandue selon laquelle le concept
de démonstration a été développé uniquement
par les mathématiciens grecs de l'Antiquité, et invite à reconsidérer
l'origine de nos connaissances et de nos pratiques
mathématiques.
À la différence de la littérature mathématique grecque,les connaissances
que présentent les
Neuf chapitres - arithmétique
des fractions,extraction des racines carrée et cubique, mode de calcul
de l'aire du cercle, volume de la pyramide et pivot de Gauss...
- sont exposées sous forme d'algorithmes, ces procédures de calcul
que le développement de l'informatique a mises au centre de l'intérêt
des mathématiciens d'aujourd'hui.
Comme
tout classique chinois, Les Neuf chapitres a suscité des commentaires
qui se sont transmis au fil des siècles en même temps que le texte. Les
commentaires de Liu Hui (IIIe siècle) et de Liu Chunfeng (VIIe siècle)
sont réunis dans le présent volume. L'ouvrage compte également l'édition
bilingue du texte original,sa traduction abondamment annotée,ainsi qu'un
glossaire exposant la terminologie mathématique de la Chine ancienne,
avec des calligraphies de Toshiko Yasumoto.
L'ensemble permet ainsi au lecteur une approche globale et précise des
concepts, des résultats,des pratiques qui constituent la tradition mathématique
de l'Antiquité chinoise (couv.).
Michel
Rousselet, Catherine Morice-Singh, A la découverte des mathématiques
des pharaons, des mayas et de l'Inde ancienne : Pack en 3 volumes,
Pole , 2010. • Le calcul et la géométrie
au temps des pharaons • Les mathématiques de l'Amérique précolombienne
(Aztèques,
Mayas,
Incas)
• Le calcul et la géométrie dans l'Inde ancienne et médiévale. Cette
série de trois livres illustrés groupés sous film traite des mathématiques
dans trois anciennes civilisations. Si le lecteur adulte peut sans aucun
doute y trouver nombre de sujets d'intérêt, c'est avant tout pour les
collégiens et les lycéens que ces ouvrages ont été conçus. Pour le
professeur de mathématiques, ce sera une excellente occasion de joindre
ses efforts à ceux du professeur d'histoire pour leur faire comprendre
comment l'étude d'une époque passée peut, en retour, éclairer sur la
nôtre. Il est intéressant, par exemple, de comparer la numération égyptienne
à notre écriture décimale, de s'intéresser à la représentation des
nombres chez les Incas ou encore de découvrir la règle trairashika des
Indiens, notre règle de trois. Chaque thème commence par une page illustrée
pouvant être projetée ou photocopiée et se poursuit par des exercices
de niveau collège qui utilisent les notions introduites. Les numéros
des exercices commencent par un 6, un 5, un 4 ou un 3 selon le niveau de
la classe. (couv.).
Jean-Jacques
Samueli, Jean-Claude Boudenot (préf. Ed. Brézin), Trente livres
de mathématiques qui ont changé le monde, Ellipses 2006. - Le
but de cet ouvrage est de présenter quelques livres comportant des découvertes
ou progrès mathématiques importants en
réunissant, d'une part, une courte biographie des auteurs éponymes de
ces inventions, théorèmes ou algorithmeset,
d'autre part, un petit extrait des oeuvres originales concernées. Les
ouvrages anciens, qui sont souvent complexes et obscurs, diffèrent fortement
de la façon dont on les expose aujourd'hui. Le lecteur en prendra sans
doute conscience en lisant les extraits proposés ici.
Voici
donc trente livres, publiés entre 1482 et 1916, bien connus par l'influence
qu'ils ont exercée sur l'évolution de la science mathématique et sur
la mathématisation d'autres disciplines telles que la physique.
Nous avons inclus dans le champ des mathématiques, la mécanique que Lagrange
considérait comme une géométrie à quatre
dimensions et les probabilités qui prennent
une place de plus en plus grande dans les sciencesmodernes.
(couv).
Barbin, La révolution mathématique du XVIIe siècle, Ellipses
Marketing, 2006.
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