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Le
terme langues andino-équatoriales a été parfois utilisé pour
désigner diverses familles de langues parlées dans une très vaste aire
géographique, le long de la cordillère des Andes
et dans une large bande équatoriale traversant le continent sud-américain .
Nous adoptons dans cette page ce regroupement pour la commodité de l'exposé,
mais il convient de noter que malgré la coexistence géographique des
familles qu'on a ainsi réunies, les tentatives de les relier génétiquement
n'ont jamais abouti à des résultats convaincants.
Ces langues peuvent
cependant partager des traits structurels, lexicaux ou culturels. Parmi
les caractéristiques communes présentées par les langues andines, on
note une ordre SOV (sujet-objet-verbe), un usage intensif de suffixes (agglutination),
distinction inclusive/exclusive dans les pronoms de la première personne
du pluriel, et des systèmes de marques évidentielles ou aspectuelles
développées (notamment en quechua). Ces traits ne sont pas exclusifs
aux langues andines, mais leur combinaison fréquente dans cette aire géographique
participe à définir une certaine « typologie andine ».
Les langues dites
équatoriales, comme les langues andines, présentent aussi des similitudes
observées entre certaines de leurs structures (ordre SOV, usage de suffixes,
ou présence de systèmes évidentiels), mais qui sont mieux expliquées
par des phénomènes d'aire linguistique (convergence) que par une origine
commune. L'Amazonie ,
en tant qu'espace de contacts millénaires entre groupes humains, ont favorisé
l'émergence de traits partagés sans nécessiter de parenté génétique.
Le groupe macro-tucanoan,
proposée pour regrouper certaines langues indigènes d'Amérique du Sud,
principalement réparties dans la région nord-ouest de l'Amazonie, couvrant
des parties du sud de la Colombie ,
de l'est de l'Équateur ,
du nord du Pérou
et de l'ouest du Brésil ,
est peut-être mieux défini, mais à ce jour, la validité génétique
du macro-tucanoan n'est pas reconnue de manière consensuelle, et n'est,
pour beaucoup, qu'une hypothèse de travail..
Langues andines
Les langues andines
sont un ensemble de langues autochtones parlées principalement dans la
cordillère des Andes, s'étendant du Venezuela
jusqu'au Chili
et Ă l'Argentine ,
en passant par la Colombie, l'Équateur, le Pérou et la Bolivie .
Ce terme correspond à une aire géographique et culturelle où coexistent
plusieurs familles linguistiques distinctes, certaines très vastes, d'autres
réduites à quelques variétés ou même éteintes.
Un trait notable
de nombreuses langues andines, en particulier le quechua et l'aymara, est
leur résistance au contact prolongé avec l'espagnol.
Malgré cinq siècles de domination coloniale et républicaine, ces langues
ont conservé des millions de locuteurs, des systèmes grammaticaux robustes,
et une forte présence dans la vie culturelle, rituelle et même politique
de plusieurs pays andins. Elles ont aussi profondément influencé le castillan
local, notamment en ce qui concerne la syntaxe,
la phonologie et le vocabulaire. Inversement,
elles ont intégré de nombreux emprunts lexicaux espagnols, surtout pour
désigner des réalités modernes ou techniques.
On ajoutera que les
langues andines ne sont pas seulement des systèmes de communication, mais
aussi des vecteurs essentiels de cosmologie, de mémoire historique et
d'identité collective. Leur transmission intergénérationnelle, bien
qu'encouragée par des politiques de reconnaissance officielle dans plusieurs
pays (comme la Bolivie, le Pérou ou l'Équateur), reste fragilisée par
l'urbanisation, la migration, la stigmatisation sociale et le manque de
supports éducatifs adéquats.
Quechuan.
Les langues
quechua forment un large ensemble (une cinquantaine de langues), parlé
des hautes terres colombiennes jusqu'au nord de l'Argentine. Elles se caractérisent
par une morphologie fortement agglutinante, un ordre des mots généralement
SOV et un vaste système de suffixes capables d'exprimer nuances aspectuelles,
évidentielles, relationnelles et pragmatiques. Leur expansion est liée
Ă l'essor de l'Empire inca, qui en a fait
une langue administrative et véhiculaire, sans pour autant les unifier
totalement, si bien que l'on distingue aujourd'hui plusieurs variétés
régionales parfois peu intercompréhensibles. La phonologie repose sur
un inventaire consonantique relativement stable, incluant des séries non
éjectives, aspirées et glottalisées dans de nombreuses variantes du
sud, ainsi qu'un système vocalique restreint (souvent trois voyelles),
dont la réalisation peut être influencée par la consonne qui l'entoure.
La vitalité est contrastée : malgré plus se 8 millions de locuteurs,
les dynamiques sociopolitiques continuent d'exercer une pression linguistique
importante.
Aymaran.
Les langues aymara
(aymara bolivien (2 millions de locuteurs), aymara péruvien, jaqaru (=
aru)), plus restreintes géographiquement mais anciennement enracinées
sur l'Altiplano, se caractérisent également par une morphologie agglutinante
riche, mais avec une organisation interne différente de celle du quechua.
L'ordre de base est aussi SOV, et la syntaxe s'appuie sur des suffixes
qui marquent clairement la personne, le temps, l'espace et l'évidentialité.
Le système phonologique présente fréquemment des consonnes uvulaires
et des oppositions d'aspiration et de glottalisation, ce qui influe sur
la réalisation des voyelles. Malgré une parenté typologique
marquée avec le quechua, la relation génétique entre les deux familles
reste débattue. Le continuum aymara/jaqi est réduit aujourd'hui à quelques
langues, principalement l'aymara et le jaqaru/kawki, dont les locuteurs
sont plus dispersés mais conservent des traditions orales vivantes.
Araucanien.
L'araucanien (représenté
seulement aujourd'hui par le mapuche ou mapudungun ( = araucan) et ses
dialectes, le pehuenche et l'huilliche) s'étend historiquement sur le
centre-sud du Chili et certaines régions de l'Argentine. Ses structures
morphologiques sont également agglutinantes, mais il s'en distingue par
un système verbal particulièrement complexe, où les marques de directionnalité,
de valence et de voix jouent un rĂ´le fondamental.
On retrouve un ordre des mots assez flexible, avec une préférence SOV,
et un usage important de suffixes pour exprimer les relations grammaticales.
La phonologie du mapuche inclut un contraste entre des séries de consonnes
simples et aspirées, un inventaire vocalique modeste et une prosodie où
la distribution des accents dépend de facteurs morphologiques. Bien qu'isolé
génétiquement, l'araucanien a montré une grande résilience historique
et demeure aujourd'hui une langue identitaire forte, portée par un mouvement
de revitalisation et une présence culturelle marquée.
Autres langues
de la région andine.
Outre les familles
précédentes, les Andes abritent ou ont abrité de nombreuses autres langues,
souvent isolées ou appartenant à de petites familles.
Andes
du Nord.
Dans les Andes du
Nord (Équateur, sud de la Colombie, nord du Pérou), on retrouvait autrefois
des langues comme le cañari, le puruhá, le caranqui ou le pasto, aujourd'hui
éteintes ou ne subsistant que par des traces lexicales ou toponymiques.
Ces langues, mal documentées, sont généralement considérées comme
des isolats ou parfois rattachées, de façon hypothétique, à des familles
comme le barbacoano (une famille linguistique qui, bien que géographiquement
proche des Andes, est plutôt associée aux régions interandines et piémontaines
de l'ouest de la Colombie et du nord de l'Équateur). Le barbacoano comprend
des langues encore vivantes comme le tsafiki (colorado), le cha'palaachi
et l'awapit, mais ces idiomes ne sont généralement pas considérés comme
strictement andins au sens géolinguistique traditionnel.
Andes
centrales et méridionales.
Dans les Andes centrales
et méridionales, d'autres langues ont disparu sans laisser de traces claires.
Par exemple, dans l'actuel Pérou, plusieurs langues pré-incaïques telles
que le mochica (ou muchik), parlé sur la côte nord, et le puquina, parlé
autour du lac Titicaca ,
ont joué un rôle historique important. Le mochica, bien que non andin
au sens strict (plutôt côtier), a influencé certaines variétés de
quechua nord-péruvien. Le puquina, quant à lui, est parfois considéré
comme une langue d'élite dans les sociétés pré-incaïques du Titicaca,
et certains linguistes ont avancé qu'il pourrait être à l'origine de
quelques traits lexicaux ou grammaticaux de l'aymara ou mĂŞme du quechua,
bien que cette hypothèse reste controversée. Aujourd'hui, ni le mochica
ni le puquina ne sont parlés, bien que des efforts de revitalisation existent
pour le mochica.
Langues équatoriales
Arawak.
Les langues arawak
(chapacura-uanhaman, chamicuro, apolista, amuesha, araua, uru) constituent
l'une des plus vastes familles d'Amérique du Sud, autrefois diffusée
des Guyanes
jusqu'Ă l'Amazonie occidentale et aux Antilles .
Elles se distinguent par une morphologie synthétique à tendance agglutinante,
un ordre des mots souvent SVO mais variable selon les zones, et un ensemble
de marqueurs personnels qui peuvent s'exprimer soit par des préfixes,
soit par des suffixes selon les classes verbales. Un trait typique est
l'existence de systèmes classificatoires pour les noms,
liés à des notions de forme, d'animacité ou de possession. Les langues
arawak présentent aussi un lexique relativement homogène malgré leur
dispersion, signe d'un ancien réseau de contacts internes et d'une mobilité
historique importante. L'histoire de cette famille est intimement liée
à celle des réseaux fluviaux, où les communautés ont longtemps maintenu
des échanges économiques et rituels favorisant une large diffusion linguistique.
Tupi-guarani.
Les langues tupi-guarani
(guaranĂ, tupĂ, guarayu , tenetehara, kawahĂb, kamayurá, xingu, tupi–guaranĂ
du Nord, nheengatu) ont joué un rôle majeur dans la configuration culturelle
de l'Amérique du Sud tropicale. Caractérisées par une forte agglutination,
une alternance régulière de préfixes et suffixes personnels et une syntaxe
généralement SOV ou flexible, elles sont connues pour leur dynamique
d'expansion précoloniale, puis pour leur contact intense avec les langues
européennes dès le XVIe siècle. Le tupi
ancien, devenu lingua franca dans de vastes régions coloniales,
a profondément influencé la toponymie et les parlers métissés. Le système
phonologique des langues tupi-guarani comprend fréquemment des nasalisations
étendues, marquant des segments ou des syllabes entières, ainsi qu'une
distinction nette entre voyelles orales et nasales. Leur vitalité varie
fortement : certaines, comme le guarani paraguayen, jouissent d'un statut
national et d'un usage quotidien massif, tandis que d'autres sont menacées
ou en restructuration.
Jivaroan (chicham).
Les langues jivaroanes
(jivaro ( = shuar), achuar-shiwiar, aguaruna, huambisa), parlées
principalement sur les versants orientaux des Andes au Pérou et en Équateur,
forment un ensemble plus restreint mais cohérent, associé à des sociétés
historiquement réputées pour leur indépendance culturelle. Leur morphologie
est agglutinante avec des systèmes verbaux complexes, incluant des marqueurs
aspectuels et directionnels précis. Elles présentent habituellement un
ordre SOV, une riche dérivation nominale et un usage de suffixes pour
indiquer la valence, la possession ou des relations spatiales fines. La
phonologie se distingue par la présence de consonnes glottalisées et
d'oppositions de longueur vocalique dans certaines langues. Ces langues
montrent également une forte stabilité lexicale, soutenue par un mode
de vie forestier semi-dispersé et des réseaux d'alliances internes qui
maintiennent des variétés relativement proches malgré la fragmentation
géographique. Leur situation actuelle est contrastée, oscillant entre
vitalité locale et pressions sociolinguistiques dues au contact prolongé
avec l'espagnol et les fronts de colonisation.
Autres langues
équatoriales.
Ayoreo.
Les langues ayoreo,
parlées par les populations Ayoreo situées principalement au Paraguay
et en Bolivie, proches du sous-groupe mataco-mataguayo. Elles présentent
une morphologie agglutinante, souvent suffixale, avec des marques claires
de personne, d'aspect
et de possession. L'ordre des mots tend vers SOV, mais une certaine flexibilité
pragmatique est observée. Les systèmes phonologiques comprennent des
voyelles orales et nasales, ainsi qu'un inventaire consonantique comprenant
occlusives, nasales, fricatives et quelques glissantes. Les langues ayoreo
se caractérisent également par des distinctions fines entre formes verbales
selon le degré de volition et la transitivité. La vitalité de ces langues
est menacĂ©e, avec une transmission intergĂ©nĂ©rationnelle limitĂ©e Ă
certaines communautés rurales.
Kariri.
Les langues kariri,
historiquement parlées dans le nord-est du Brésil, forment un petit groupe
aujourd'hui éteint ou presque disparu. Leur morphologie était agglutinante,
avec un usage de suffixes pour marquer la personne, le nombre et des catégories
aspectuelles. L'ordre des mots était principalement SOV. Les sources historiques
indiquent une phonologie comprenant des voyelles orales et nasales, ainsi
que des consonnes simples et aspirées. Ces langues ont été fortement
impactées par la colonisation et la substitution linguistique par le portugais,
entraînant leur disparition progressive.
Guahibo.
Les langues guahibo,
parlées dans les Llanos orientaux de Colombie et du Vénézuela, présentent
une morphologie agglutinante modérée et un ordre des mots généralement
SOV. Elles possèdent un système verbal riche en suffixes indiquant le
temps, l'aspect et la modalité, ainsi qu'un marquage de la personne sujet-objet
sur le verbe. Phonologiquement, ces langues montrent
une distinction entre voyelles orales et nasales, ainsi que des consonnes
occlusives, nasales et fricatives avec des variations régionales. Leur
vitalité reste relativement stable grâce à la cohésion sociale des
communautés et à un usage quotidien soutenu.
Mocoa.
Les langues mocoa,
parlées dans des poches géographiques du sud-ouest de la Colombie, sont
peu documentées et leur classification reste incertaine. Elles montrent
des traits morphologiques agglutinants et un usage de suffixes verbaux
pour marquer l'aspect et la personne. L'ordre SOV semble prédominant,
et leur phonologie inclut des voyelles orales et nasales ainsi que des
consonnes simples et glottalisées. Ces langues sont aujourd'hui gravement
menacées, avec un nombre de locuteurs très réduit.
Piaroa-saliban.
Les langues piaroa-saliban,
localisées dans la région du haut Orénoque
au Venezuela et au nord du Brésil, forment un groupe restreint mais cohérent.
Leur morphologie est agglutinante, avec des suffixes exprimant la personne,
le nombre et l'aspect. L'ordre des mots est souvent SOV, et les structures
verbales peuvent inclure des distinctions de directionnalité et d'évidentialité.
La phonologie se caractérise par des voyelles orales et nasales, et un
inventaire consonantique comprenant occlusives, nasales et fricatives.
Ces langues maintiennent une vitalité modérée grâce à la continuité
culturelle et à l'usage quotidien dans certaines communautés.
Harákmbut–katukinan.
Les langues harákmbut-katukinan
regroupent deux ensembles distincts mais souvent étudiés conjointement
pour leur situation géographique dans l'Amazonie péruvienne.
• Les
langues harákmbut présentent une morphologie agglutinante, un ordre
SOV et un système verbal complexe marqué par l'aspect, la personne et
la direction.
• Le katukinan
partage plusieurs traits typologiques, avec des suffixes verbaux et des
distinctions morphosyntaxiques fines, mais reste phonologiquement distinct,
avec des contrastes de longueur vocalique et de glottalisation consonantique.
Les deux groupes connaissent
aujourd'hui une vitalité faible, avec des locuteurs dispersés et un usage
limité face à la pression de l'espagnol et du portugais.
Langues macro-tucanoanes
Au coeur de ce regroupement
hypothétique se trouve la famille tucanoane, qui, elle, est bien attestée
et reconnue comme une unité génétique cohérente. Autour de cette famille
bien définie, plusieurs linguistes ont tenté d'élargir le cadre en incluant
d'autres langues ou familles géographiquement proches ou jugées similaires
sur le plan typologique. C'est ainsi que sont parfois intégrées au macro-tucanoan
des langues isolées ou de petites familles comme le maku (ou nadahup),
le nambikwara ou le katukina. Les langues souvent associées au macro-tucanoan
est leur intégration dans des réseaux linguistiques complexes marqués
par le bilinguisme obligatoire, la spécialisation rituelle et l'interdépendance
ethnique. Dans la région du Vaupés, par exemple, il n'est pas rare qu'un
individu maîtrise trois ou quatre langues différentes, issues de familles
linguistiques distinctes (tucanoan, maku, etc.), sans qu'il y ait nécessairement
de parenté génétique entre elles. Ce contexte favorise l'émergence
de traits partagés (ce qu'on appelle une aire linguistique) qui peuvent
facilement être interprétés à tort comme des indices de parenté historique.
Tucanoan.
Les langues tucanoanes
(tucano, tuyuca, korewahe, kubewa, desana,
wanano, siona, secoya , coreguaje, etc.) sont parlées principalement
dans le nord-ouest amazonien (Colombie, Brésil, Venezuela), principalement
le long des fleuves Putumayo, Caquetá, Vaupés et Napo, dans une zone
caractérisée par un intense multilinguisme, des règles strictes d'exogamie
linguistique (où les individus doivent épouser des personnes parlant
une langue différente) et une forte tradition orale. Elles constituent
un ensemble comprenant plusieurs sous-groupes étroitement liés, et se
caractérisent par une morphologie agglutinante à tendance suffixante,
des systèmes de marquage nominatif-accusatif sur le verbe, et un recours
fréquent à la classification nominale fondée sur l'animacité et la
forme. Un trait culturel et linguistique majeur réside dans l'exogamie
linguistique : les communautés tucanoanes pratiquent systématiquement
le mariage entre locuteurs de langues différentes, ce qui entraîne un
haut degré de bilinguisme et une diffusion de traits structuraux entre
langues voisines. Phonologiquement, ces langues montrent souvent des tons
ou des contrastes prosodiques pertinents, ainsi que des systèmes consonantiques
qui incluent des affriquées et une distinction entre occlusives plaines
et aspirées dans certaines variétés. Leur organisation syntaxique est
généralement SOV, avec un enchaînement serré de suffixes exprimant
aspect, direction et valence.
MakĂş-puinavean.
Le groupe makĂş-puinavean
(makú ( = nadahup), nukak-kakwa, puinave), longtemps débattu sur le plan
génétique, réunit des langues parlées par des populations semi-nomades
de l'interfleuve Negro-Vaupés et des régions frontalières entre Colombie,
Venezuela et Brésil. Les langues makú proprement dites présentent des
traits typologiquement distinctifs : morphologie plutĂ´t isolante ou faiblement
agglutinante, riche emploi de particules, absence ou limitation de la nominalisation,
et systèmes pronominaux réduits mais fonctionnels. Le puinave, de son
côté, possède une morphologie plus développée, avec des préfixes
personnels et des marqueurs aspectuels bien établis. Malgré la proximité
géographique, les similitudes structurales entre makú et puinave demeurent
limitées, ce qui alimente le débat sur leur appartenance commune. La
phonologie est souvent marquée par des contrastes de nasalité, des consonnes
glottalisées et des jeux de ton ou d'accent, variables selon les langues.
La vitalité est très inégale, allant de langues gravement menacées
à des communautés plus stables mais de petite taille.
• Le
makú regroupe des langues comme le nadëb, le dâw (à ne pas confondre
avec le tucano, parfois aussi appelé dâw), le hup et le yuhup, parlées
dans la région du Vaupés et du Rio Negro. Ces langues, bien que partageant
l'espace linguistique avec les langues tucanoanes, présentent des structures
très différentes : elles ne sont pas tonales, utilisent un ordre SOV
mais avec une morphologie plus synthétique, et possèdent des systèmes
pronominaux et verbaux distincts. Néanmoins, en raison de leur cohabitation
de longue date avec les groupes tucanoans, elles ont développé de nombreux
emprunts lexicaux et des convergences typologiques, ce peut alimenter l'idée
d'une parenté plus profonde.
• Le puinave,
langue parlée dans le sud-est de la Colombie, est souvent cité dans les
discussions sur le macro-tucanoan. C'est probablement une langue isolée,
non apparentée à aucune autre famille connue, mais elle présente certaines
caractéristiques phonologiques et morphosyntaxiques qui rappellent celles
des langues tucanoanes, comme l'ordre SOV, une tendance Ă l'agglutination
et quelques similarités lexicales. Cependant, ici encore, ces ressemblances
peuvent tout autant résulter de contacts prolongés que d'une origine
commune.
Nambikwara.
Les langues nambikwara
(nambikwara méridional et septentrional, sabanê), parlées dans le centre-ouest
du Brésil, montrent une grande diversité interne malgré un nombre de
locuteurs relativement réduit. Leur structure syntaxique est généralement
SOV, mais s'accompagne d'une flexibilité pragmatique marquée. La morphologie,
de type agglutinant, est connue pour son vaste inventaire de suffixes verbaux
exprimant des distinctions aspectuelles fines, ainsi que des systèmes
de marquage nominatif ou ergatif selon les contextes discursifs. Plusieurs
langues nambikwara possèdent aussi des inventaires consonantiques restreints,
parfois dominés par des occlusives, fricatives simples et nasales, tandis
que les voyelles peuvent présenter des contrastes de longueur ou de nasalité.
Un trait sociolinguistique notable est la fragmentation en nombreux dialectes
et les interactions prolongées avec des groupes voisins, qui ont entraîné
des emprunts lexicaux mais une conservation frappante de la structure de
base.
Katukina.
Le groupe katukina
(à distinguer de la langue homonyme parlée en Acre et non apparentée)
comprend quelques langues du sud-ouest amazonien (kanamarĂ, katawixĂ,
etc.), caractérisées par une morphologie agglutinante et un usage fréquent
de suffixes nominaux indiquant relation spatiale, possession et classifications
diverses. Ces langues montrent un ordre des mots plutôt SOV et un système
verbal impliquant des marqueurs tam (temps-aspect-mode) et parfois des
distinctions directionnelles pertinentes pour l'orientation dans l'espace
fluvial et forestier. Phonologiquement, les langues katukina présentent
souvent un inventaire relativement simple, avec des oppositions orales/nasales
bien marquées et une prosodie dépendante de l'accent lexical. Leur documentation
est limitée, ce qui rend l'évaluation interne du groupe difficile; néanmoins,
les traits communs suggèrent une cohérence typologique, soutenue par
des modes de vie similaires basés sur la mobilité saisonnière et des
réseaux d'échanges interethniques. Leur vitalité varie, mais certaines
langues sont en danger avancé du fait de la pression du portugais et de
la dispersion des communautés. |
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