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Les météorites
Les achondrites
Les achondrites constituent une classe relativement rare de météorites pierreuses, représentant environ 8 % de toutes les chutes observées. Contrairement aux chondrites, qui sont les briques élémentaires primitives du système solaire et qui contiennent de petites sphérules silicatées appelées chondres, les achondrites se distinguent par l'absence totale de ces chondres. Cette absence est le signe d'une histoire géologique complexe : les achondrites proviennent de corps parents suffisamment grands pour avoir subi une différenciation planétaire, c'est-à-dire une fusion partielle ou totale qui a permis la séparation d'un noyau métallique, d'un manteau silicaté et parfois d'une croûte. 

En d'autres termes, ces météorites sont des roches ignées ou métamorphiques extraterrestres, analogues aux basaltes, gabbros, péridotites ou brèches que l'on peut trouver sur Terre, mais issues d'astéroïdes, de la Lune ou de Mars. Les achondrites apparaissent aisni comme des témoins uniques de mondes différenciés disparus ou inaccessibles autrement. Leur diversité minéralogique, texturale et isotopique reflète la variété des processus géologiques qui ont façonné les petits corps et les planètes du Système solaire primitif. 

Classification des achondrites.
Les achondrites sont classées en plusieurs groupes principaux selon leur composition minéralogique, leur texture et leur origine supposée. 

• Les achondrites primitives, comme les acapulcoïtes, les lodranites et les winonaïtes, occupent une position intermédiaire : elles ont subi un métamorphisme thermique intense et une fusion partielle très limitée, mais conservent parfois des reliques chondritiques. Elles proviennent d'astéroïdes qui ont commencé à se différencier sans atteindre une fusion complète. 

• Les achondrites astéroïdales évoluées comprennent des groupes majeurs comme les howardites, les eucrites et les diogénites, souvent regroupés sous l'appellation HED, car on pense qu'ils proviennent tous du même corps parent, probablement l'astéroïde Vesta. 

Les eucrites sont des basaltes riches en plagioclase et en pyroxène, formés en surface ou près de la surface par épanchement de laves; les diogénites sont des roches plutoniques plus profondes, composées presque exclusivement d'orthopyroxène, issues de la cristallisation lente d'un magma dans le manteau de l'astéroïde; les howardites sont des brèches mélangeant des fragments d'eucrites et de diogénites, témoignant d'impacts ayant brassé la croûte et le manteau. 
• Les météorites de fer pierreuses et les achondrites riches en olivine constituent un autre groupe important On y rencontre les brachinites, les uréilites et les winonaïtes, qui présentent des textures à gros grains et des minéraux mafiques abondants, suggérant des processus de fusion partielle ou de cristallisation dans des corps parents de taille moyenne. Les aubrites sont des achondrites extrêmement réduites, composées en grande partie d'enstatite presque pure, avec de petits grains de métal et de sulfures, et leur minéralogie indique des conditions de formation très pauvres en oxygène. Les angrites sont des roches basaltiques à grain fin ou moyen, riches en augite, en olivine et en plagioclase, avec des âges de cristallisation parmi les plus anciens du système solaire, dépassant souvent 4,56 milliards d'années. Elles proviennent d'un corps parent qui s'est différencié très tôt.
Autres achondrites. 
Parmi les achondrites, on trouve également des échantillons qui ne proviennent pas de la ceinture d'astéroïdes mais de corps planétaires différenciés plus massifs. 
• Les météorites lunaires, par exemple, sont des achondrites issues de la Lune, éjectées lors d'impacts suffisamment violents pour vaincre la gravité lunaire. Elles comprennent des basaltes des mers, des anorthosites des hautes terres et des brèches d'impact, et leur identification repose sur la comparaison de leur composition isotopique et minéralogique avec les échantillons rapportés par les missions Apollo et Luna. 

• Les météorites martiennes, regroupées sous l'acronyme SNC (pour Shergottites, Nakhlites, Chassignites), sont des achondrites provenant de Mars. Les shergottites sont des roches magmatiques basaltiques ou lherzolitiques, relativement jeunes, avec des âges de cristallisation souvent inférieurs à 600 millions d'années, ce qui implique une activité volcanique récente sur Mars. Les nakhlites sont des cumulats de clinopyroxène et d'olivine, formés dans des intrusions ou des coulées épaisses il y a environ 1,3 milliard d'années, et elles contiennent parfois des minéraux secondaires comme des carbonates ou des sulfates, témoignant d'interactions avec de l'eau. Les chassignites sont des dunites presque monominérales, composées d'olivine, avec de petites quantités de pyroxène et de chromite. L'identification de l'origine martienne de ces météorites repose notamment sur la composition des gaz nobles piégés dans des verres d'impact, qui correspond exactement à l'atmosphère mesurée par les atterrisseurs Viking, ainsi que sur des rapports isotopiques de l'oxygène distincts de ceux des autres achondrites.

Caractéristiques des achondrites.
Les textures des achondrites sont extrêmement variées et reflètent des processus géologiques profonds. On observe des textures ignées cumulatives, où les cristaux se sont accumulés par gravité dans une chambre magmatique, des textures basaltiques à refroidissement rapide avec des microlithes et des verres résiduels, des textures métamorphiques avec recristallisation et équilibrage des minéraux, et des textures bréchiques dues aux impacts répétés qui fracturent, broient et mélangent des roches de différentes profondeurs. Certaines achondrites présentent des traces de choc intense, comme des veines de verre fondu, des cônes de percussion ou des minéraux de haute pression tels que la ringwoodite ou la majorite, témoignant des collisions qui les ont arrachées à leur corps parent. D'autres contiennent des inclusions de métal fer-nickel, de troïlite ou de chromite, vestiges de la ségrégation noyau-manteau incomplète ou de processus magmatiques locaux.

La composition isotopique de l'oxygène est un outil essentiel pour distinguer les différents groupes d'achondrites et pour établir des liens génétiques entre eux. Chaque corps parent possède une signature isotopique particulière, résultant de son histoire thermique et de son brassage interne. Par exemple, les eucrites, les diogénites et les howardites partagent une même ligne de fractionnement isotopique de l'oxygène, ce qui a permis de les rattacher à Vesta, également étudiée par la sonde Dawn. Les angrites ont une signature très particulière, très pauvre en oxygène 17, ce qui indique un réservoir source distinct. Les achondrites primitives comme les acapulcoïtes et les lodranites montrent des compositions intermédiaires entre les chondrites ordinaires et les achondrites évoluées, ce qui confirme leur statut de pont évolutif.

L'étude des achondrites.
L'étude des achondrites est fondamentale pour comprendre la formation et l'évolution des planètes telluriques. Elles apportent des contraintes directes sur les processus de fusion partielle, de cristallisation fractionnée, de ségrégation noyau-manteau, de volcanisme et de métamorphisme dans des corps de tailles variées. Les âges de cristallisation obtenus par les chronomètres isotopiques à longue période, comme le système samarium-néodyme ou uranium-plomb, montrent que la différenciation des premiers astéroïdes a commencé moins de deux millions d'années après la formation des premiers solides du Système solaire, ce qui implique une source de chaleur intense, probablement la désintégration de l'aluminium 26. Les achondrites martiennes, en raison de leur jeunesse relative, permettent d'étudier l'évolution magmatique et hydrologique de Mars sur plusieurs milliards d'années, tandis que les météorites lunaires donnent accès à des régions de la Lune non échantillonnées par les missions habitées, y compris la face cachée.

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