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Les météorites
Les chondrites
Les chondrites sont des météorites pierreuses, qui représentent environ 86 % des météorites recuillies sur Terre. Leur caractéristique fondamentale et éponyme est la présence de chondres, des sphérules millimétriques de silicates ferromagnésiens qui se sont formées par fusion rapide puis cristallisation dans la nébuleuse protosolaire, avant de s'agglomérer avec d'autres matériaux pour former les corps parents des météorites. Les chondrites sont classées comme des roches non différenciées, ce qui signifie qu'elles n'ont jamais subi de processus de fusion à grande échelle ni de différenciation planétaire, contrairement aux planètes et aux gros astéroïdes où le matériau s'est séparé en un noyau, un manteau et une croûte. Cette absence de différenciation implique que leur composition chimique globale, en dehors des éléments les plus volatils comme l'hydrogène et l'hélium, est extrêmement proche de celle de la nébuleuse solaire primitive, et par extension, de la composition du Soleil lui-même. Étudier une chondrite, c'est donc analyser directement la matière première qui a servi à édifier les planètes il y a 4,56 milliards d'années.

Au-delĂ  de cette unitĂ© fondamentale, le monde des chondrites rĂ©vèle une diversitĂ© gĂ©ochimique et pĂ©trologique qui reflète les hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©s et les processus en vigueur dans le disque protoplanĂ©taire. La classification traditionnelle les divise en trois grands clans principaux, basĂ©s sur leur chimie globale et leur minĂ©ralogie : les chondrites ordinaires, les chondrites carbonĂ©es et les chondrites Ă  enstatite. Un quatrième clan, moins connu mais tout aussi important, est celui des chondrites de Rumuruti (chondrites du groupe R). 

Les chondrites ordinaires sont de loin les plus communes, représentant près de 80 % de toutes les chutes. Elles sont caractérisées par une abondance modérée en fer métallique et des chondres bien définis. Leur composition chimique, en particulier le rapport fer/silicium dans l'olivine et le pyroxène, permet de les subdiviser en trois groupes : H (haute teneur en fer), L (basse teneur en fer) et LL (très basse teneur en fer total et en fer métallique). La teneur en fer métallique, visible à l'oeil nu sur une surface sciée comme de minuscules grains brillants, est le critère le plus simple pour les distinguer visuellement.

Les chondrites carbonées (ou carbonacées) sont, pour leur part, les plus primitives de toutes et sans doute les plus étudiées en cosmochimie. Leur nom peut prêter à confusion, car elles ne contiennent pas nécessairement plus de carbone que les autres, mais ce carbone est présent sous des formes complexes, incluant des composés organiques et des carbonates. Leur caractéristique la plus importante est leur composition chimique réfractaire, enrichie en éléments comme le calcium, l'aluminium et le titane, qui est remarquablement proche de celle de la photosphère solaire. Ces météorites renferment les objets les plus anciens du Système solaire : les inclusions riches en calcium et en aluminium (CAI). Ces inclusions blanchâtres, pouvant atteindre le centimètre, sont datées de 4,567 milliards d'années et sont les premiers solides à s'être condensés dans la nébuleuse, fournissant une borne temporelle absolue pour la formation de notre système. Les groupes principaux sont nommés CI, CM, CV et CO. Le groupe CI est un cas d'école exceptionnel : les chondrites CI, dont la plus célèbre est Orgueil tombée en France en 1864, ne contiennent paradoxalement aucun chondre, mais leur composition chimique est la référence absolue pour l'abondance des éléments dans le Système solaire. Les groupes CM, comme Murchison, sont célèbres pour leur richesse en eau et en acides aminés extraterrestres, indiquant que les briques du vivant ont pu être apportées en partie sur la Terre primitive par ce type de matériau.

Les chondrites à enstatite, les plus rares des trois grands clans principaux, se sont formées dans un environnement extrêmement pauvre en oxygène, probablement dans la région interne du disque protoplanétaire. Cette condition rédox très particulière est attestée par la présence de minéraux qui, sur Terre, sont typiques des fonderies plutôt que des roches : une grande partie du fer est sous forme métallique, et des éléments normalement lithophiles (aimant les silicates) comme le calcium ou le magnésium se retrouvent sous forme de sulfures rares, comme l'oldhamite. Leurs compositions isotopiques pour l'oxygène, le chrome et le titane sont quasi identiques à celles de la Terre et de la Lune, ce qui suggère qu'elles pourraient représenter le principal matériau de construction de notre planète et des corps telluriques internes, un contraste saisissant avec les chondrites carbonées qui proviendraient de la région externe, au-delà de l'orbite de Jupiter.

Enfin, une classification transversale et fondamentale vient se superposer à ces groupes chimiques : le type pétrologique, qui renseigne sur l'intensité des transformations secondaires subies par la roche sur son corps parent, qu'il s'agisse d'altération aqueuse par des fluides ou de métamorphisme thermique en profondeur. Cette échelle va de 1 à 7. Un type 1, comme la chondrite CI d'Orgueil, a été si profondément altéré par l'eau que ses minéraux primaires sont presque entièrement transformés en argiles et ses chondres ont disparu. À l'opposé, un type 7 a subi un métamorphisme thermique si intense, flirtant avec le point de fusion, que les chondres deviennent très flous et la roche tend vers une texture granulaire équivalente à celle d'une roche plutonique primitive. Les types 3 sont les moins transformés et les plus recherchés, car leurs chondres et leur matrice fine n'ont quasiment pas été modifiés. Un spécimen noté "LL5" est donc une chondrite ordinaire du groupe LL qui a subi un métamorphisme thermique modéré à fort sur son corps parent, altérant la texture vitreuse de ses chondres en une matrice plus cristalline.

Ce métamorphisme thermique a effacé une autre composante primordiale : la matrice. Dans les chondrites de type 3 les moins évoluées, les chondres et les CAIs sont noyés dans une matrice sombre à grain très fin, riche en carbone et en silicates amorphes. Cette matrice est le ciment cosmique qui a lié les constituants. Elle renferme aussi les fameux grains présolaires, de véritables poussières d'étoiles, des nanodiamants, des carbures de silicium ou des graphites formés dans les vents stellaires ou les explosions de supernovae, et qui ont survécu à leur voyage interstellaire avant d'être incorporés dans la nébuleuse. Leur composition isotopique, radicalement différente de celle du Système solaire, trahit leur origine stellaire et permet d'étudier la nucléosynthèse dans des astres mourants bien antérieurs au Soleil.

L'étude des spectres de réflectance des astéroïdes a permis d'identifier des corps parents probables pour certains groupes. Ainsi, les chondrites ordinaires de type H sont très probablement issues de l'astéroïde (6) Hébé, ou de la famille d'astéroïdes qui en est issue. Les chondrites à enstatite trouvent leur équivalent spectral dans les astéroïdes de type E, comme (44) Nysa. Le cas des chondrites carbonées est lié à des astéroïdes sombres de type C ou G, potentiellement capturés dans la ceinture principale après avoir migré depuis les régions externes. Cette connexion directe entre un type de météorite et un corps céleste permet de cartographier grossièrement la structure chimique et thermique du disque protoplanétaire.
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Chondrites Ordinaires
Entre 70 et 80 % des mĂ©tĂ©orites qui atteignent la Terre appartiennent Ă  cette catĂ©gorie. Les chondrites ordinaires sont toutes riches en olivine, et secondairement en bronzite (une forme de pyroxène) et en plagioclase, et contiennent des mĂ©taux libres, moyennement oxydĂ©s, et dont les proportions variables sont la base d'un rangement en trois groupes :  
Type H - La proportion de fer (surtout), de nickel et de sulfure de fer (FeS ou troïlite) peut représente entre 12 et 21 % de la masse de ces météorites, correspondent à presque un tiers des chutes.
Type L - Ces météorites, qui représentent un peu plus du tiers des chutes, contiennent entre 5 et 10% de métaux. Le pyroxène y est surtout présent sous la forme d'hypersthène.
Type LL (ou amphotérites) - Faible teneur en fer métallique (2% environ). Outre de la bronzite et de l'olivine, ces météorites contiennent un peu d'oligoclase. Entre 7 et 8% météorites qui tombent sur la Terre sont de ce type.
Chondrites Carbonacées
Les Chondrites Carbonacées ou Carbonées sont celles qui contiennent les métaux les plus oxydés (pratiquement pas de métal libre). Même si leur constituant le plus marquant reste la plagioclase, ces météorites doivent leur nom à ce qu'elles renferment du carbone en proportions notables, éventuellement sous la forme de composés organiques tels que des acides aminés. On trouve aussi dans ces météorites des inclusions riches en calcium et aluminium, appelées CAI (Calcium-Aluminum-rich Inclusions), et dans lesquelles se rencontrent également d'autres éléments réfractaires rares sur Terre comme le titane.

On pense que les Chondrites CarbonacĂ©es proviennent de rĂ©gions externes de la ceinture principale d'astĂ©roĂŻdes, et sont considĂ©rĂ©es comme des tĂ©moins très primitifs de la nĂ©buleuse solaire. On les rattache aux astĂ©roĂŻdes de type C ou D, classes desquelles sont rapprochĂ©s Ă©galement les deux satellites de Mars, Phobos et Deimos, que l'on a parfois dĂ©signĂ©s comme les source de ces mĂ©tĂ©orites, du fait de leur relative proximitĂ©. Les chutes de mĂ©tĂ©orites de ce type ne dĂ©passent pas les 6%. On range ces mĂ©tĂ©orites en 7 groupes :  

CI (Ivuna, Orgueil).
CM (Mighéï, Murchinson).
CO (Ormans).
CV (Vigarano, Allende).
CK (Karounda).
CR (Renazzo).
CH (ALH 85 085).
Chondrites
Ă  Enstatite
Ces mĂ©tĂ©orites, qui sont les chondrites les moins oxydĂ©es, reprĂ©sentent seulement 1% Ă  1,5 % des chutes. Elles contiennent une proportion importante d'Ă©lĂ©ments rĂ©fractaires, et sont supposĂ©es venir des rĂ©gions internes du Système solaire, oĂą elle sont subit l'effet de tempĂ©ratures dĂ©passant les 600 °C. Elles se composent principalement de pyroxène et de plagioclase, ainsi que de quartz et de tridymite. Leur phase silicatĂ©e est presque entièrement reprĂ©sentĂ©e par de l'enstatite (MgSiO3). Deux subdivisions sont couramment reconnues pour ces mĂ©tĂ©orites : 
EH : Haute teneur en fer métallique (jusqu'à 1/3 de la masse).
EL : Faible teneur en fer (moins de de 12%).
Chondrites du Groupe R
Les deux représentants de ce groupe sont la météorite de Rumuruti. et celle de Carlisle Lake. Riches en olivines, pauvres en métal.
Chondrites du Groupe B
Les chondrites du groupe B correspondent à une division récente. Elle réunit les météorites de Bencubbin, de Weatherford, ainsi que HaH 237 et GRO95551. Riches en FeNi.
Lodranites
ou AcapulcoĂŻtes
Les Lodranites ou Acapulcoïtes ne correspondent en fait qu'à deux chutes connues : la météorite d'Acapulco, et celle de Lodran. Leur composition fait une part égale à l'olivine, au pyroxène et aux métaux. On pense qu'elles proviennent du même corps parent. On les classe aussi parfois parmi les sidérolithes.
On mentionnera aussi : les brachinites (Brachina) parfois classées avec les météorites martiennes de type chassignites.

Les météorites dépourvues de chondres sont dites achondrites.

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