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Les monts Zagros
Les monts Zagros constituent une imposante chaîne de montagnes qui s'étendent principalement dans l'ouest de l'Iran, depuis le détroit d'Ormuz dans le golfe Persique jusqu'au haut-plateau arménien dans le sud-est de la Turquie, en traversant le nord-est de l'Irak. Cette chaîne orientée nord-ouest/sud-est s'étire sur environ 1600 kilomètres et culmine à 4409 mètres d'altitude au Qash-Mastan, dans le massif de Dena. Les Zagros forment une barrière naturelle majeure qui isole l'intérieur du plateau iranien des influences maritimes, contribuant ainsi à l'aridité de cette région. La biodiversité des monts Zagros est remarquable, avec une flore caractérisée par la forêt-steppe dominée par le chêne perse. La faune comprend des espèces emblématiques et parfois menacées comme le léopard perse ou la chèvre sauvage et divers reptiles adaptés aux milieux montagneux. Cette richesse écologique fait des Zagros un espace naturel d'importance majeure, bien que certaines espèces y soient aujourd'hui vulnérables en raison des pressions environnementales et humaines. Sur le plan historique, les Zagros présentent un héritage exceptionnel avec une occupation humaine remontant au Paléolithique inférieur. Cette région fut l'un des berceaux de l'agriculture et de l'élevage au Néolithique.

La géographie physique des mont Zagros.
géologie et relief.
La chaîne des monts Zagros forment la ceinture de plissement et de chevauchement la plus jeune et la plus active de la ceinture alpine-himalayenne. Cette orogenèse résulte de la collision continentale toujours en cours entre la plaque arabique et la plaque eurasienne, un processus qui a débuté au Cénozoïque après la fermeture de l'océan Néotéthys.

Du sud-ouest au nord-est, la chaîne se divise en trois zones tectoniques parallèles principales. Au sud-ouest, la ceinture de plissement et de chevauchement des Zagros (ZFTB) est une vaste zone de plis asymétriques, parfois qualifiée de simplement plissée, composée d'une épaisse couverture sédimentaire phanérozoïque plissée et chevauchée. En se déplaçant vers le nord-est, on rencontre la zone métamorphique de Sanandaj-Sirjan (SSZ), une ceinture de roches métamorphiques qui représente une suture majeure entre les deux plaques. Enfin, à l'arrière-pays, se trouve l'arc magmatique d'Urumieh-Dokhtar (UDMA), une chaîne volcanique formée par la subduction avant la collision. La morphologie générale de la chaîne est caractérisée par un relief en "treillis", où les principaux cours d'eau coulent dans les vallées synclinales avant de traverser les anticlinaux via des gorges profondes.

Dans le secteur nord-ouest, l'épaississement crustal est relativement uniforme, formant un orogène symétrique et large. À l'inverse, dans la partie centrale, des données géophysiques révèlent un épaississement crustal plus brutal et localisé, interprété comme le résultat d'un processus de relamination. Ce processus complexe implique le détachement et l'underplating ( = sous-charriage) de la croûte supérieure felsique de la plaque arabique sous la croûte mafique de la plaque iranienne. Cette variation latitudinale est probablement contrôlée par la fermeture oblique du Néotéthys, qui était plus jeune et plus large au sud-est, conduisant à la formation d'un orogène plus élevé et étroit dans le centre des Zagros.

Climat et hydrographie.
Le climat dominant est de type semi-aride et tempéré. Les précipitations annuelles, comprises entre 400 et 800 mm, tombent principalement en hiver et au printemps, habituellement sous forme de neige en haute altitude. Les étés sont chauds et secs, tandis que les hivers sont froids, avec des températures pouvant descendre en dessous de -25 °C dans les sommets. Ce gradient climatique, couplé à la géologie, façonne un réseau hydrographique dominé par des rivières éphémères dans les zones plus sèches et par de grands fleuves permanents comme le Grand Zab et le Karoun, qui prennent leur source dans la chaîne et alimentent les plaines de Mésopotamie et le golfe Persique. Les rivières Zarineh et Simineh qui se jettent dans le lac d'Ourmia. L'érosion fluviale, les processus karstiques dans les plateaux calcaires et la formation de vastes cônes alluviaux sont les principaux agents géomorphologiques actifs.

La biogéographie des monts Zagros.
La biogéographie des monts Zagros est façonnée par la position de cette chaîne comme un immense couloir montagneux au sein de la région biogéographique irano-touranienne, formant une partie essentielle du point chaud de biodiversité irano-anatolien. S'étendant sur près de 400 000 kilomètres carrés, cette écorégion de forêts-steppes tempérées de feuillus représente un habitat de transition entre les déserts mésopotamiens à l'ouest et les plateaux arides de l'Iran central à l'est. Le climat y crée des conditions écologiques extrêmement contraignantes qui ont sélectionné une flore et une faune hautement spécialisées, mais d'une richesse exceptionnelle. Cependant, le surpâturage est particulièrement préoccupant, comme en témoigne la situation dans la région de Fereydunshahr, où les pressions anthropiques sont très élevées en l'absence de statut de protection. À l'échelle de l'écorégion, seulement cinq pour cent de la superficie totale bénéficie d'un statut de protection, un chiffre nettement inférieur aux objectifs internationaux de conservation de la biodiversité. Les menaces sont multiples et incluent, outre le surpâturage, la conversion des terres pour l'agriculture, la surexploitation des nappes phréatiques, le braconnage et la pêche illégale, notamment par électrocution, comme observé dans la région de l'Assos où cette pratique menace directement les populations de poissons. Le changement climatique global constitue une menace supplémentaire pour les écosystèmes de haute montagne, avec un risque de réduction des habitats alpins et subnivaux qui abritent une proportion très élevée d'espèces endémiques.

La flore.
La flore des Zagros est remarquablement riche, avec un inventaire de 3642 espèces de plantes vasculaires recensées, ce qui représente environ 21 pour cent d'endémisme spécifique à la chaîne. Les zones de haute montagne, comme le massif de Dena qui culmine à 4409 mètres, constituent des centres d'endémisme particulièrement importants. Une étude récente dans la région de Fereydunshahr, dans le centre des monts Zagros, a identifié 308 espèces appartenant à 185 genres et 47 familles, les plus représentées étant les Astéracées avec 44 espèces, les Fabacées avec 32 espèces, les Brassicacées avec 29 espèces et les Lamiacées avec 27 espèces. Le genre Astragalus, avec 23 espèces, domine largement ce paysage floristique. La forme de vie prédominante est celle des hémicryptophytes, qui constituent 53 pour cent des espèces, une adaptation aux conditions climatiques rigoureuses et au pâturage. Sur le plan chorologique, plus de 70 pour cent des espèces sont des éléments irano-touraniens, mais on observe également une influence significative des éléments méditerranéens, euro-sibériens et saharo-sindiens, témoignant de la position de carrefour biogéographique de la chaîne.

La végétation se structure en étages altitudinaux distincts qui reflètent la variation des conditions climatiques et édaphiques. 

• La zone montagnarde inférieure, entre 700 et 1700 mètres d'altitude, est dominée par les forêts ouvertes ou les boisements de chêne de Perse (Quercus brantii), l'espèce arborescente emblématique qui couvre plus de 50 pour cent de la surface forestière des Zagros iraniens. Ce chêne est accompagné d'une riche communauté d'arbres et d'arbustes comme le pistachier de l'Atlas (Pistacia atlantica), le pistachier de Khinjouk (Pistacia khinjuk), l'érable de Montpellier (Acer monspessulanum), le cornouiller mâle (Rhus coriaria), l'aubépine (Crataegus azarolus), le poirier de Syrie (Pyrus syriaca) et le genévrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus). Le long des cours d'eau permanents se développe une végétation ripicole caractéristique comprenant le platane d'Orient (Platanus orientalis), le saule blanc (Salix alba), le frêne de Syrie (Fraxinus angustifolia) et le noyer commun (Juglans regia). 

• Entre 1700 et 1900 mètres, la forêt laisse progressivement place à une zone subalpine de transition, caractérisée par des formations arbustives épineuses et des steppes d'arbrisseaux. 

• Au-delà de 1900 mètres, l'étage alpin et subnival s'installe, avec des paysages de pelouses, de coussinets épineux et de végétation chasmophyte spécialisée dans les éboulis et les falaises calcaires. Dans ces milieux extrêmes, une étude dans le massif de Dena a permis de décrire deux nouvelles associations végétales, Aethionemetum umbellati et Zerdanetum anchonioidei, appartenant à une nouvelle alliance dénommée Galion pseudokurdici, illustrant la richesse encore méconnue de ces écosystèmes de haute altitude. 

• Dans les parties les plus méridionales de la chaîne, la forêt s'ouvre considérablement, laissant place à des steppes boisées de pistachiers et d'amandiers (Amygdalus-Pistacia shrublands) qui s'étendent jusqu'à 2400 mètres d'altitude.

Cette diversité végétale est le reflet d'une histoire biogéographique complexe, où les cycles climatiques du Pléistocène ont joué un rôle déterminant dans la distribution et la différenciation des espèces. Des études sur des espèces modèles, comme le crabe d'eau douce endémique Potamon persicum, révèlent que les monts Zagros ont agi à la fois comme un refuge et un corridor durant les périodes glaciaires. L'analyse génétique de cette espèce montre une différenciation majeure entre les différents bassins versants, avec une divergence qui remonte au Pléistocène, suivie d'une fragmentation des habitats après le dernier maximum glaciaire qui a limité les flux géniques et accéléré la spéciation. La modélisation de la répartition des espèces suggère des déplacements vers l'est des habitats favorables depuis le dernier maximum glaciaire, soulignant la dynamique spatiale des communautés en réponse aux changements climatiques passés. Cette histoire s'observe également dans la flore, où les affinités floristiques entre le massif de Dena et d'autres chaînes montagneuses du plateau iranien, comme le massif de Yazd-Kerman avec lequel il partage 84 taxons endémiques, témoignent d'anciennes connections biogéographiques.

La faune.
La faune des Zagros est tout aussi remarquable, avec une richesse spécifique exceptionnelle qui a justifié la création de nombreuses aires protégées. La réserve de biosphère d'Arjan et Parishan, située dans la province du Fars, illustre cette diversité avec ses habitats variés allant de 800 à 2400 mètres d'altitude, comprenant des forêts du Zagros, des hautes terres et des zones humides. Les inventaires dans cette région ont recensé 398 espèces de faune, incluant 60 espèces de mammifères, 43 espèces de poissons et 4 espèces d'amphibiens.

Les mammifères emblématiques de la chaîne comprennent des espèces menacées comme le léopard persan (Panthera pardus tulliana), l'ours brun de Syrie (Ursus arctos syriacus), le mouflon (Ovis orientalis orientalis), le bouquetin (Capra aegagrus), classé vulnérable, et le loup gris (Canis lupus). Le daim persan (Dama dama mesopotamica), une espèce anciennement domestiquée que l'on croyait éteinte, a été redécouvert dans le Khuzestan à la fin du XXe siècle. Le lion d'Asie (Panthera leo persica) habitait encore le sud-ouest des Zagros au XIXe siècle mais a aujourd'hui disparu de la région. 

L'ichtyofaune endémique des eaux douces iraniennes, qui compte 85 espèces, trouve dans les monts Zagros son principal centre de richesse, en particulier dans les bassins du Haut Tigre et de l'Euphrate. Les précipitations et la vitesse de changement des précipitations depuis le dernier maximum glaciaire sont les principaux prédicteurs de cette distribution. Parmi les espèces les plus remarquables figure le triton de Luristan (Neurergus kaiseri), une espèce vulnérable endémique des seuls Zagros centraux. 

L'avifaune est également très diversifiée, le site d'Assos Mountain en Irak abritant à lui seul 37 espèces d'oiseaux observées, dont le rollier d'Europe (Coracias garrulus) et le bruant de Semenow (Emberiza semenowi), tous deux quasi menacés.

Les zones humides.
Les zones humides des Zagros jouent un rôle écologique très important, en particulier pour les oiseaux migrateurs. Le site de Bam Arvan, désigné comme 26esite Ramsar d'Iran, a enregistré environ 170 espèces de plantes et d'animaux, et sert de refuge pour des espèces menacées comme le vanneau sociable (Vanellus gregarius), en danger critique d'extinction, l'aigle des steppes (Aquila nipalensis) et le faucon sacre (Falco cherrug). Ces zones humides constituent également des habitats de reproduction pour des espèces de poissons vulnérables comme la carpe commune (Cyprinus carpio) et la carpe de Sharp (Mesopotamichthys sharpeyi). 

L'histoire ancienne des monts Zagros.
Ayant agi historiquement non pas comme une barrière infranchissable mais comme un corridor et un refuge essentiel, les monts Zagros représentent une zone de peuplement humain d'une ancienneté exceptionnelle, et occupent une position centrale dans les récits de migration et d'évolution humaine en Eurasie.

Dès le Paléolithique inférieur, la présence de sites acheuléens comme Gakia dans la région de Kermanshah témoigne de l'attractivité de ces vallées pour des populations d'Homo erectus. C'est cependant au Paléolithique moyen, entre 70 000 et 35 000 ans avant notre ère, que l'occupation s'intensifie de manière significative, les grottes et abris sous roche devenant le cadre de vie privilégié des Néandertaliens, dont la présence est bien documentée par la tradition lithique du Moustérien du Zagros sur des sites comme Shanidar, Bisitun,  Wezmeh, Warwasi ou Sarsyan-Rostam Agha. 

La transition vers le Paléolithique supérieur est marquée par l'arrivée des premiers humains anatomiquement modernes (Homo sapiens) et une période de cohabitation et de transition technique complexe, illustrée par la découverte récente à la grotte de Pebdeh, dans le sud de la chaîne, d'une industrie de transition datée d'environ 42 000 à 40 000 ans, appelée Paléolithique supérieur initial du Zagros. Cette période voit également l'émergence d'une diversité culturelle régionale notable, les différentes vallées et zones écologiques favorisant des adaptations distinctes et un certain isolement relatif des premiers groupes d'Homo sapiens.

Le Néolithique constitue une rupture majeure avec l'adoption des premiers modes de vie sédentaires et l'émergence de l'agriculture et de l'élevage, processus dans lequel les Zagros jouent un rôle de premier plan en tant que partie intégrante du Croissant Fertile. Les populations humaines exploitent alors la riche mosaïque d'écozones, s'installant dans les vallées intermédiaires fertiles et sur les pentes ouvertes dès le VIIIe millénaire avant notre ère, comme l'attestent les découvertes dans la région de Kohgiluyeh, où de nombreux sites néolithiques ont été documentés. Le site de Chogha Golan témoigne de cette révolution agricole dès 9300 av. JC, tandis que Ganj Dareh et Tepe Abdul Hosein documentent le développement de l'élevage caprin vers 8200 av. JC. Parallèlement à la sédentarisation agricole, une autre tradition d'occupation, tout aussi fondamentale pour l'histoire de la région, se met en place : le pastoralisme nomade. Des analyses génétiques récentes sur des restes néolithiques découverts dans la grotte de Wezmeh ont révélé des liens de parenté précoces entre ces anciennes populations et les groupes iraniens contemporains comme les Zoroastriens, les Persans et les Baloutches.

Dès le Chalcolithique (Ve millénaire avant notre ère), des groupes de pasteurs parcourent les hautes terres, comme en témoigne le site de Saki Abad, un campement saisonnier dans la province du Chahar Mahal et Bakhtiari, reconnaissable à ses structures en pierre (enclos, murs) comparables à celles utilisées encore récemment par les tribus Bakhtiari. Ce mode de vie pastoral, basé sur la transhumance entre les pâturages d'été dans les hautes vallées et les plaines d'hiver en Mésopotamie ou dans le Khuzestan, devient une composante structurelle de l'identité et de l'économie des monts Zagros pour les millénaires à venir.

À l'aube de l'Antiquité, le Zagros servit de territoire à diverses populations pré-indo-européennes comme les Hourrites, les Gutis, les Kassites et les Élamites, ainsi qu'à des peuples sémitiques tels que les Assyriens sur le versant occidental. A partir de l'Âge de bronze, ces groupes interagissaient fréquemment, mais on assiste aussi à des tensions entre les habitants des montagnes et les puissantes cités-États des plaines mésopotamiennes, jetant les bases d'une interaction dialectique qui caractérise toute l'histoire ancienne de la région. Cette dynamique s'intensifie au Ier millénaire avant notre ère, une période particulièrement bien documentée par les sources écrites assyriennes, ourartéennes, babyloniennes, élamites, puis gréco-romaines. Ces textes nous livrent les noms de nombreux peuples montagnards, nous éclairant sur leur organisation sociale et leur mode de vie perçu comme guerrier par les empires sédentaires. Parmi eux figurent les Mannéens, dont le royaume faisait tampon entre l'Assyrie et l'Ourartu, les Coséens, réputés pour leur résistance farouche face à Alexandre le Grand, et surtout les Mèdes, éleveurs de chevaux qui joueront un rôle crucial dans la chute de l'empire assyrien. 

Mais c'est dans le sud des Zagros que se joue un événement fondateur de l'histoire mondiale : la région du Fars, habitée par un mélange de populations élamites et iraniennes pratiquant une économie mixte d'agriculture et de pastoralisme, devient le foyer d'où émergent les Perses. C'est depuis ce coeur montagnard que Cyrus le Grand et ses successeurs bâtiront l'empire achéménide, la plus grande entité politique que le Proche-Orient ancien ait connue avant les conquêtes d'Alexandre. 

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