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La spéciation
La spéciation désigne, en biologie évolutive, le processus par lequel de nouvelles espèces vivantes se forment à partir d'ancêtres communs, aboutissant à l'émergence de lignées génétiquement distinctes qui ne peuvent plus se croiser pour produire une descendance viable et fertile. Ce phénomène fondamental de la diversification du vivant repose sur l'accumulation progressive de différences génétiques au sein de populations initialement interfécondes, sous l'action conjuguée de la sélection naturelle, de la dérive génétique et de mutations aléatoires, jusqu'à ce qu'un isolement reproductif s'installe et empêche tout échange génétique significatif entre les groupes divergents. La spéciation représente le moteur principal de la biodiversité, transformant la variation intraspécifique en diversité interspécifique par des mécanismes variés mais unis par le principe commun de l'isolement reproductif. Comprendre ce processus permet non seulement de retracer l'histoire évolutive des lignées, mais aussi d'anticiper les dynamiques futures de la vie face aux changements environnementaux globaux.

L'isolement reproductif constitue ainsi la pierre angulaire du concept biologique d'espèce tel que défini par Ernst Mayr : il peut être prézygotique, empêchant la fécondation par des barrières temporelles, comportementales, mécaniques ou écologiques, ou postzygotique, réduisant la viabilité ou la fertilité des hybrides lorsque la fécondation a malgré tout lieu.

On distingue classiquement plusieurs modes de spĂ©ciation selon le contexte spatial dans lequel s'opère la divergence Ă©volutive. 

• La spĂ©ciation allopatrique, considĂ©rĂ©e comme la plus frĂ©quente chez les animaux, survient lorsqu'une barrière gĂ©ographique physique (telle qu'une chaĂ®ne de montagnes, un bras de mer, un glacier ou une coulĂ©e de lave) fractionne l'aire de rĂ©partition d'une espèce en populations isolĂ©es qui Ă©voluent indĂ©pendamment. 
Dans ce cadre, la spĂ©ciation vicariante concerne des populations de taille importante sĂ©parĂ©es par un Ă©vĂ©nement gĂ©ologique majeur, tandis que la spĂ©ciation pĂ©ripatrique, ou par effet fondateur, implique qu'un petit groupe marginal colonise un nouvel habitat isolĂ©, comme une Ă®le, oĂą la dĂ©rive gĂ©nĂ©tique agit avec une intensitĂ© accrue en raison de la faible taille effective de la population. 
L'exemple emblématique des pinsons des Galápagos illustre ce processus-: isolés sur différentes îles de l'archipel, ces oiseaux ont développé des morphologies de bec adaptées aux ressources alimentaires locales, conduisant à la formation d'espèces distinctes à partir d'un ancêtre commun.
• La spéciation sympatrique se produit sans séparation géographique : des sous-populations occupant la même aire de répartition divergent en exploitant des niches écologiques différentes ou en adoptant des comportements reproducteurs distincts, ce qui réduit progressivement les échanges génétiques. Ce mode de spéciation, longtemps controversé, est aujourd'hui documenté chez plusieurs groupes, notamment les cichlidés des grands lacs africains où plus de 2000 espèces se sont diversifiées en occupant des micro-habitats et régimes alimentaires variés au sein d'un même plan d'eau. Chez certains végétaux, la spéciation sympatrique peut également résulter d'un doublement chromosomique chez un hybride, créant instantanément un individu incapable de se reproduire avec ses parents mais fertile avec ses semblables, un mécanisme fréquent chez les angiospermes.
Entre ces deux extrêmes se situent la spéciation parapatrique et la spéciation par distance :
• La spéciation parapatrique a lieu quand des populations adjacentes mais soumises à des pressions sélectives contrastées divergent malgré un flux génétique limité dans une zone de contact étroite; l'exemple des corneilles noires et mantelées en Europe, qui s'hybrident dans une bande géographique restreinte tout en maintenant leur intégrité spécifique grâce à une faible fertilité des hybrides, illustre ce processus.

• La spéciation par distance correspond à une situation où des populations reliées par une série de sous-populations interfécondes présentent une variation graduelle des caractères le long d'un gradient géographique, de sorte que les extrémités de la chaîne, bien que connectées indirectement, ne peuvent plus se reproduire entre elles, comme observé chez le Pouillot verdâtre.

Au-delà de ces catégories spatiales, la spéciation implique toujours l'accumulation de différences génétiques suffisantes pour que l'isolement reproductif devienne irréversible, un seuil souvent estimé entre 0,5 % et 2 % de divergence moléculaire. Ce processus n'est pas instantané mais s'étend sur de nombreuses générations, durant lesquelles les forces évolutives agissent de manière complexe et parfois imprévisible. Des facteurs supplémentaires, tels que les conflits sexuels, les préférences d'accouplement, les interactions hôte-parasite ou même des mécanismes. Enfin, l'activité humaine influence aujourd'hui la spéciation, soit en créant de nouvelles barrières ou habitats favorisant l'isolement, soit en facilitant des hybridations artificielles, comme l'illustre l'émergence présumée d'une nouvelle forme de moustique adaptée au métro londonien.
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