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Après la Campagne
d'Italie ,
Napoléon Bonaparte revint à Paris, où il
arriva le 5 décembre 1797, et où il fut accueilli en triomphateur par
le gouvernement, les deux conseils et le peuple. Après une réception
triomphale qui ne l'éblouit ni ne le trompa sur les vrais sentiments du
Directoire à son égard, Bonaparte reçut le commandement d'une armée
qui n'existait guère, celle des côtes de l'Océan. Il visita quelque
temps les côtes de l'Océan, et reparu dans la capitale, où sa présence
et ses prétentions jetèrent de nouveau le Directoire dans l'embarras.
Lui-mĂŞme croyait avoir Ă se plaindre du gouvernement, qui, disait-il,
ne reconnaissait ses services que par d'injustes défiances. C'est à cette
position du Directoire et du général qu'est due l'expédition d'Égypte .
Le projet en avait été conçu par Bonaparte à la lecture d'un mémoire
déposé sous Louis XIV au ministère des affaires
étrangères, et tendant à former dans cette contrée d'Afrique
une colonie destinée à l'entrepôt du commerce de l'Inde .
Il avait conféré de ce projet avec Talleyrand, alors ministre des relations
extérieures.
Un tel projet parut d'abord plus gigantesque
que raisonnable, mais les hommes d'État qui redoutaient son ambition et
sa rivalité ne demandaient qu'à l'éloigner le plus possible, et de son
côté il calculait qu'une fois maître de l'Égypte il ne recevrait plus
ni ordres, ni instructions, et agirait en toute souveraineté; que son
armée s'habituerait à ne plus connaître que lui; qu'enfin il fallait
tenir l'opinion publique en haleine par le prestige de l'imprévu et de
l'extraordinaire. Il avait d'ailleurs souvent songé aux conquérants asiatiques
:
« Il ne
se fait rien de grand, disait-il, que dans l'Orient. »
Une grave objection était que l'Égypte
appartenait Ă l'empire ottoman ,
vieil allié de la France
depuis le XVIe siècle ( Les
Capitulations ).
Mais elle lui appartenait si peu. L'expédition échapperait-elle aux croisières
anglaises ,
et, si elle avait ce bonheur, n'aurait-elle pas affaire, après le débarquement,
non seulement Ă la milice des mamelouks ,
dont le consul du Caire Magallon avait révélé
la réelle faiblesse, mais aux forces combinées des Turcs
et des Anglais? Après tout, si l'aventure ne réussissait pas, le public
n'en accuserait que l'auteur responsable, et non le Directoire. A la veille
d'un second coup d'État, celui de 22 floréal an VI, qu'il préparait
contre les modérés, le Directoire ne résista d'ailleurs à aucune des
demandes, des exigences du général en chef. A l'aide d'un comité qui
siégeait rue Taranne sous la présidence du savant général Cafarelli-Dufalga,
il recruta comme il l'entendit ses compagnons d'armes et ses agents d'investigation
scientifique, d'administration, de colonisation, sans s'expliquer d'ailleurs
plus qu'il n'était nécessaire sur son véritable objectif.
Masséna et Moreau restaient en France,
mais Napoléon Bonaparte emmenait son armée
d'Italie ,
35000 hommes, et, outre les lieutenants qui avaient combattu sous ses ordres
et à son école, le modeste Desaix et le « géant » Kléber, son frère
Louis, son beau-fils Eugène
de Beauharnais. le médecin Desgenettes, le chirurgien Larrey,
le financier Poussielgue, les savants Monge, Berthollet,
Dolomieu, Geoffroy
Saint-Hilaire, Hassenfratz, Jomard, Conté,
Fourier : l'Institut de France, dont Napoléon
faisait partie, était comme décimé au profit du futur Institut d'Égypte .
Citons encore deux hommes de lettres, Arnaud et Parceval, et le dessinateur
Devon. Le trésor suisse de Berne et le trésor
romain (expéditions de Masséna et de Berthier)
pourvurent en grande partie aux frais de l'aventure. La rupture avec l'Autriche
était imminente lorsque, non sans hésitation au dernier moment, Bonaparte
alla rejoindre (3 mai) Ă Toulon la flotte
(10000 marins) commandée par l'amiral Brueys, avec Gantlheaume, Decrès
et Villeneuve comme vice-amiraux. « L'aile gauche de l'armée d'Angleterre
» partit le 19 mai.
L'armée étant à bord, les transports
et l'escorte arrivèrent devant Malte
le 9 juin. La ville fut occupée le 13 en vertu d'une convention, et un
gouvernement de l'île organisé à la place de celui des chevaliers de
l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem ( Les
Hospitaliers ).
Le 1er juillet, treize jours après le
départ de Malte, l'expédition parut en vue des côtes d'Égypte. L'armée,
débarquée dans la nuit du 1er au 2, s'empara
dans la matinée de la ville et du port d'Alexandrie.
Trois jours, après, elle marcha sur le Caire,
capitale de l'Égypte, battit les Mamelouks
pour la première fois à Chebreiss, et , le 23 juillet entre Embabeh et
Gizeh, gagna sur Mourad-Bey
la bataille des Pyramides. Cette
victoire lui ouvrit l'entrée du Caire.
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La
bataille des Pyramides, par J. Swebach.
Le Nil fut traversé dans la journée du
lendemain, et Napoléon Bonaparte fit son entrée dans la ville le 25.
Il l'organisa aussitĂ´t, et fonda au Caire
un Institut qui a jeté les plus vives lumières sur les antiquités et
l'histoire de l'Égypte ancienne;
mais bientôt il se vit environné de dangers par l'impossibilité de recevoir
des renforts. Néanmoins, après avoir comprimé une révolte au Caire,
il essaya de joindre la Syrie Ă ses conquĂŞtes (1799) : il prit El-Arich,
Gaza, Jaffa, mais il mit en vain le siège devant Saint-Jean-d'Acre,
résidence du fameux pacha Ahmed-Djezar, ses troupes
étant minées par la faim et décimées par la peste. De retour en Égypte,
après avoir battu au Mont-Thabor 20 000 Turcs
avec 2000 Français, il remporta encore la victoire d'Aboukir,
qui sauva l'armée (25 juillet 1799). Privé de communications avec
la mer et n'espérant pas de renforts, le général en chef abandonna secrètement
son armée, dont Kléber reçut le commandement, et regagna la France.
Le 18 brumaire.
Pendant l'absence de Napoléon
Bonaparte avait eu lieu un troisième coup d'État : Sieyès et Barras,
appuyés par la majorité des conseils, avaient, le 30 prairial an VII
(18 juin 1799), expulsé leurs trois collègues du gouvernement et s'étaient
adjoint Roder-Ducos, Moulins et Gohier. Mais les événements intérieurs
avaient une bien autre gravité. La République, si incertaine dans sa
marche et si peu fidèle au principe de la souverainetĂ© nationale et Ă
sa propre Constitution, avait cependant poursuivi sur ses frontières,
par suite de la prépondérance croissante de l'élément militaire, une
politique d'envahissement et de propagande, qui lui donnait comme une cour
de petites républiques vassales en Suisse, à Rome
et à Naples; le Piémont avait été annexé.
Par suite, le congrès de Rastadt avait été rompu, et cette rupture fut
suivie de l'assassinat de plénipotentiaires français. L'Autriche avait
formé contre nous la deuxième coalition. De mars à septembre 1799, les
revers se succèdent sans interruption. La République batave est entamée;
l'Italie péninsulaire, la Lombardie, sont perdues; les Français ne défendent
plus que GĂŞnes.
Toutefois, lorsque Bonaparte débarqua
à Fréjus (8 octobre), Brune venait de gagner
la bataille de Bergen, Masséna celle de Zurich,
et les Russes s'étaient retirés de la coalition. Dans ces circonstances,
il était difficile à Bonaparte de se présenter comme un héros libérateur.
Nul ne songea d'ailleurs, alors, à le traiter en déserteur. Il conspira.
D'accord avec Sieyès et Roger-Ducos, sûr de la neutralité de Barras,
il fit voter par les Anciens le transfert (lĂ©gal) des deux conseils Ă
Saint-Cloud, reçut, sous prétexte de dangers publics, le commandement
(illégal) de la division militaire ou se trouvait Paris (18 brumaire an
VIII); le lendemain, pendant que les deux autres directeurs étaient détenus
au Luxembourg, Bonaparte, applaudi aux Anciens, hué comme un factieux
par les Cinq-Cents, dispersa cette dernière assemblée par la force, avec
l'aide de son frère Lucien, qui en était
le président. Une commission formée des députés complices, ou ralliés
au succès, abolit la Constitution de l'an III et nomma consuls
provisoires Bonaparte, Sieyès et Roger-Ducos; ces derniers seront vite
remplacés par Cambacérès
et Lebrun. (H. Monin).
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Bonaparte
débarque à Fréjus.
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Joseph
Laporte (préf. de Jean Tulard), Mon voyage en Egypte et en Syrie,
Carnets d'un jeune soldat de Bonaparte, PUF, 2007. - NĂ©
en 1780, Jean Laporte sert comme sous-officier de 1798 Ă 1801 dans le
1er bataillon de la 69e demi-brigade. Fait remarquable, il décide de tenir
un Journal illustré de sa main, où il retrace fidèlement la prise
de Malte, le débarquement en Égypte,
l'assaut d'Alexandrie, la bataille des
Pyramides, l'entrée au Caire,
le combat naval d'Aboukir... Il y observe
scrupuleusement les faits et livre au quotidien de saisissantes considérations
d'ordre géographique, économique et ethnique. Cet ouvrage est une fidèle
réplique de l'ouvrage original (format 19,4 x 13,7 cm, 34 dessins
coloriés de sa main, mise en page, etc.). Préface de Jean Tulard.
(couv.)
Robert
Solé, Le Grand voyage de l'obélisque, Points, 2006. - À
la tête d'une expédition militaire, Bonaparte
emmène avec lui en Égypte une «commission
des sciences et arts» composée de quelque cent soixante techniciens civils,
ingénieurs et savants, dont Gaspard Monge, Claude
L. Berthollet, Étienne Geoffroy
Saint-Hilaire et Joseph Fourier pour les
plus connus. Héritière de celles qui viennent d'inventorier en Belgique
et en Italie les objets Ă rapporter en
France, cette commission se rattache surtout
à la tradition des grandes expéditions maritimes qui, depuis Bougainville
et Cook, embarquent naturalistes, savants ou dessinateurs,
ainsi qu'ingénieurs géographes et astronomes. Mais l'échelle sans précédent
est à la hauteur d'un projet à la fois savant et colonial, avec des interprètes,
des imprimeurs publiant en langues locales, des chefs d'ateliers mécaniques...
De leurs travaux et de ceux de militaires qui participent Ă l'exploration
scientifique du pays naissent l'ouvrage monumental Description de l'Égypte
(1809-1822), véritable encyclopédie
des connaissances acquises sur l'Antiquité
pharaonique et gréco-romaine, l'histoire naturelle et la société égyptienne
de l'époque, et la carte de l'Égypte (1826). L'inventaire et la conquête
du monde vont désormais de pair. (couv.).
D.
Vaxelaire, Mirages d'Egypte, Phébus (roman), 2005.
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