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L'île Jan-Mayen

71 00 N, 9 00 W
Jan-Mayen est une île de l'océan Glacial arctique appartenant à la Norvège. C'est la seule terre que l'on rencontre en s'éloignant d'Islande dans la direction du Svalbard (Spitzberg). Autour d'elle, l'océan se creuse de toutes parts à de grandes profondeurs. Elle s'étend du Sud-Ouest au Nord-Est sur une longueur maximum de 55 kilomètres. Sa superficie est de 377 km².
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Ile Jan Mayen et le Beerenberg.
L'île Jan-Mayen et le cône enneigé du Beerenberg. Le volcan est redevenu actif en 1970. Sa dernière éruption date de 1985.

Elle est perdue dans les brouillards de la zone glaciale, très loin au Nord-Ouest de l'Islande (390 milles marins, 650 km), sous la même latitude que l'extrémité septentrionale de la Norvège, non loin de la côte orientale du Groenland. A l'extrémité du plateau sous-marin qui leur sert de base commune; elle est située entre 70°49' et 71°9' de latitude Nord, 8°45' et 9°24' de longitude Ouest. 

Elle se divise en deux massifs montagneux réunis par une langue de terre basse de 3 km de large; le massif septentrional renferme le Beerenberg (Haakon VII Toppen); le massif méridional est un plateau de 300 m d'altitude bordé de falaises escarpées; ses plus hauts sommets ont 500 m; sur l'isthme sont le Vogelberg (150 m) et la presqu'île faussement appelée île aux Oeufs, volcan encore actif. Elle renferme des renards polaires, des oiseaux de mer.

On y remarque à l'Est les baies du Bois flotté et de Jamieson, séparées par l'île aux Oeufs; à l'Ouest la baie du Nord ou Anglaise et la baie Marie Muss (Mary Mus), séparées par le cap de la Tour de Brielle; au Nord les deux baies de la Croix, au Sud les baies du Sud et de Guinée; ces enfoncements n'offrent aucun abri aux navires. L'île n'est abordable que par le temps calme. 
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Carte de Jan Mayen.
Carte de Jan Mayen et vue satellitaire

Elle fut aperçue en 1607 par H. Hudson, mais doit son nom au Hollandais Jan Mayen, qui la signala  en 1611; des colons hollandais qui voulurent s'y installer en 1630 y périrent. Elle ne fut plus alors fréquentée que par des chasseurs de phoques et des trappeurs, du moins qu'en 1882-1883, quand les Autrichiens y établirent une station météorologique sur l'isthme, au bord de la baie Marie Muss. Rattachée à la Norvège dans les années 1920, Jan-Mayen est administrée directement depuis Oslo depuis 1994

Géographie physique de Jan-Mayen

L'île entière est de formation volcanique et récente, contemporaine des dernières laves islandaises. 

Topographie. 
Jan-Mayen est constituée essentiellement par deux massifs montagneux de forme inégale, deux presqu'îles reliées par un isthme. La presqu'île Sud-Ouest, fort étroite, a environ 13 milles de longueur et 3 milles et demi dans la plus grande largeur. Son sommet le plus élevé est le pic François-Joseph (839 m d'altitude). La presqu'île du Nord-Est, en forme de triangle rectangle, est surplombée en entier par l'énorme massif du Beerenberg « sorte de pic de Ténériffe arctique » (2277 m). 

« Imaginez-vous, dit Ch. Rabot, un haltère étendu à la surface de la mer. Sur la houle nord se trouve le Beerenberg, sur la boule sud un puissant massif de montagnes et de cratères; l'isthme unissant les deux parties de l'île représente le manche, et de part et d'autre de cette langue de terre sont situées les lagunes ». (Bull. Soc. de géogr.; Paris, 1894, pp. 5-19. - Bull. Soc. normande de géogr., 1893).
Presqu'île nord. 
La partie nord est occupée par un seul volcan, le Beerenberg ou Haakon VII Toppen, le plus important des terres arctiques. Le plus septentrional de la Terre aussi. Son sommet, en forme de cône régulier, atteint 2277 m d'altitude, d'où descendent plusieurs glaciers. Il est enveloppé d'un manteau de glace scintillante et bleue, dont les rebords descendent jusqu'au rivage. Que le Beerenberg soit un ancien volcan, on n'en avait jamais douté. Mais on n'avait jamais constaté de véritables éruptions dans l'île jusqu'en 1970. Depuis, il est resté actif. L'éruption la plus récente date de 1985.
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Carte de Jan-Mayen.
Carte de Jan Mayen (1920).

Jan-Mayen ne présente le long de ses côtes inhospitalières aucun abri contre les vents du large, bien que les agents atmosphériques et les érosions marines aient taillé, d'énormes morceaux de sculpture dans les roches éminemment friables de la côte.
Entre le cap Nord-Est et le cap Sud-Est, la côte court nord-sud. Les taches blanches formées par les glaciers du Beerenberg s'aperçoivent à bonne distance, quand la brume n'est pas trop épaisse. Après le cap Sud-Est, la côte prend brusquement la direction est-ouest. A signaler : le cap Hope, le cap Fishburn, la baie Jameson, le cratère de la presqu'île des Oeufs (alt. 183 m).

Du cap Nord-Est à la baie Mary-Muss, le long de la côte occidentale de la presqu'île du nord, on rencontre l'anse d'East-Cross, les caps Nord-Ouest, Cross, le mont des Oiseaux, énorme rocher à pic de 168 mètres de hauteur, dont la tête déchiquetée ressemble aux ruines crénelées d'une forteresse, habité par des milliers d'oiseaux qui font un vacarme assourdissant.

Presqu'île sud. 
La partie sud de l'île est étroite et assez basse. Les hauteurs se pressent les unes contre les autres, formant chacune un cône volcanique admirablement dessiné, avec des cratères réguliers qui témoignent de l'intensité récente du feu souterrain. Du cap Sud-Ouest au cap Sud, les falaises sont taillées à pic, et élevées de 60 mètres environ. Du cap Sud au cap Nord-Est, la côte tombe à pic.

L'isthme central. 
Un isthme long et très étroit relie ces deux presqu'îles. La plage de la baie Mary-Muss est couverte d'une grande quantité de bois desséché apporté par les courants, et que l'on nomme pour cette raison : bois flotté. On y rencontre des troncs d'arbres de toute dimension provenant de la Sibérie, ainsi que des objets ayant appartenu aux pêcheurs norvégiens. L'accumulation du bois flotté à Jan-Mayen provient surtout de l'isolement où est laissée cette île, dont les plages ne sont pratiquement jamais visitées par les pêcheurs. Le même phénomène se remarque sur la côte orientale de l'isthme dans la Baie du bois flotté.
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La côute Nord de Jan Mayen et la tour de Brielle.
La tour de Brielle, sur la côte Nord de l'isthme de Jan-Mayen.
Photos : Dreizung; licence : Creative Commons.

De part et d'autre de cet isthme, entre les deux côtes, on aperçoit deux lagunes. La lagune occidentale est ancienne et déjà décrite dans un livre hollandais : De Nieuwe grote Zee-Spiegel, publié à Amsterdam en 1667. Au contraire, la lagune orientale, que Scoresby ne signale pas en 1817, a été vue pour la première fois par Vogt en 1861. C'est donc entre ces dates que doit vraisemblablement se placer son apparition.

Climat. Ressources naturelles.
Jan-Mayen est presque toujours enveloppée d'épaisses brumes. Etant située sur les limites du courant polaire et du Gulf Stream, elle se trouve exceptionnellement exposée aux tempêtes et aux variations atmosphériques, bien que le froid n'y soit pas rigoureux. « Sur cette île, un jour de soleil est aussi rare qu'un jour de pluie au Sahara ».  Pendant la plus grande partie de l'année, elle est entourée par les glaces. Quelquefois, même, l'île reste bloquée pendant tout l'été. C'est du 15 juillet au 15 août que l'on a le plus de chances d'y rencontrer la mer libre. En hiver, les ouragans et les tempêtes de neige sont fréquents. Les vents du Sud-Sud-Est sont chauds et font remonter le thermomètre au-dessus de zéro, même au coeur de l'hiver. Le minimum de température observée est de -32°C. C'est en mars que la température moyenne est la plus basse ( - 10,3°C). En juillet, la moyenne est de + 3,5°C.

La nuit polaire dure environ deux mois et demi, à Jan-Mayen. Du 17 novembre au 25 janvier, le soleil reste au-dessous de l'horizon.

Biogéographie de Jan-Mayen

La combinaison des facteurs géologiques (jeunesse, activité volcanique, sol peu développé, présence de glace et pergélisol possible) et climatiques extrêmes, associée à son isolement géographique, sont les principaux déterminants de sa biogéographie de Jan-Mayen..

La flore est peu diverse. Elle est adaptée aux conditions hostiles de l'environnement arctique insulaire, et est principalement constituée de plantes cryptogames telles que les mousses, les hépatiques et un grand nombre d'espèces de lichens, qui colonisent efficacement les roches nues, les sols minces et les substrats volcaniques récents. Les plantes vasculaires sont représentées par un nombre limité d'espèces (environ 70-80 selon les estimations), principalement des herbacées, des graminées, des cypéracées et quelques petites plantes naines ou en coussinet comme la saxifrage ou le silène acaule. On ne trouve ni arbres ni arbustes de taille significative. Ces plantes se développent dans les rares zones abritées du vent, sur des sols plus développés, des éboulis stabilisés ou des bords de ruisseaux. L'adaptation au froid, au vent, au gel et à la courte saison de croissance est essentielle, avec des formes de croissance rampantes, en rosette ou en coussin.

La faune terrestre résidente est extrêmement limitée et peu visible. Le renard arctique était présent historiquement mais sa population est incertaine ou très faible aujourd'hui. L'ours blanc visite occasionnellement l'île, arrivant sur la banquise, mais n'y réside pas de manière permanente en l'absence de proies terrestres significatives. La vie animale "terrestre" résidente est dominée par les invertébrés, notamment divers arthropodes comme des collemboles (qui sont abondants), des acariens, des araignées et quelques espèces d'insectes volants (diptères comme les mouches, hyménoptères comme certaines guêpes non piqueuses, et quelques lépidoptères), ainsi que des vers de terre et des mollusques terrestres. Ces organismes sont adaptés pour la plupart à des niches écologiques spécifiques liées à la végétation basse, aux sols humides ou aux débris organiques accumulés près des colonies d'oiseaux.

Cependant, Jan-Mayen est d'une importance capitale pour la faune aviaire. L'île et ses falaises côtières abruptes, notamment celles de l'est et du nord, abritent d'importantes colonies d'oiseaux marins qui viennent s'y reproduire par milliers, voire millions, durant l'été. Parmi les espèces les plus communes figurent le fulmar boréal, les mouettes tridactyles, diverses espèces de guillemots (Guillemot de Brünnich, Guillemot à miroir), le mergule nain et le macareux moine. L'île sert également de halte migratoire pour d'autres oiseaux marins et côtiers, et accueille quelques espèces d'oiseaux terrestres ou côtiers nicheurs, comme le bruant des neiges, le bécasseau violet ou le traquet motteux. Ces colonies d'oiseaux marins jouent un rôle écologique important en apportant des nutriments (guano) aux écosystèmes terrestres côtiers. Ellessoutiennent ainsi une végétation plus luxuriante et des populations d'invertébrés dans leur voisinage immédiat.

Les eaux marines froides entourant Jan-Mayen sont biologiquement productives et constituent une zone d'alimentation importante pour de nombreux organismes marins. Elles sont également fréquentées par divers mammifères marins, notamment des phoques (phoques du Groenland, phoques à capuchon, phoques annelés, phoques barbus) qui se reproduisent ou muent sur la glace ou les côtes, et plusieurs espèces de cétacés (rorquals communs, rorquals de Sibbald, rorquals à bosse, baleines boréales, narvals, dauphins) qui passent dans la zone ou s'y alimentent. Les poissons, notamment la morue polaire et d'autres espèces arctiques, constituent la base de cette chaîne alimentaire marine.

La biodiversité globale de Jan Mayen est intrinsèquement faible comparée à des régions moins isolées ou à des latitudes plus basses, en raison de la sévérité de son environnement et de son histoire géologique récente. Le taux d'endémisme est considéré comme très bas, voire nul pour les groupes supérieurs, en raison de l'histoire glaciaire récente de l'île (la majeure partie a été recouverte de glace il y a peu de temps à l'échelle géologique) et de son isolement qui limite la colonisation et favorise les espèces à large distribution circumpolaire ou arctique capables de se disperser sur de longues distances. La colonisation post-glaciaire s'est effectuée principalement par dispersion éolienne (spores de cryptogames, graines légères, petits invertébrés emportés par le vent) et aviaire (oiseaux apportant graines ou invertébrés, ou s'établissant eux-mêmes). 

Histoire de Jan-Mayen

La découverte de l'île Jan-Mayen.
La date de la découverte de l'île est incertaine. D'après plusieurs documents, elle aurait été reconnue, on l'a dit, par Hudson en 1607; d'après d'autres sources, elle aurait été vue pour la première fois par le marin hollandais qui lui donna son nom. La bibliothèque du musée de Bergen renferme une carte hollandaise manuscrite datée de 1610, indiquant Jan-Mayen.

Mais un linguiste et archéologue belge, E. Beauvois, publia en 1905, dans la Revue des questions scientifiques de Louvain, un article : le Monastère de Saint-Thomas et ses serres chaudes au pied du glacier de l'île Jan-Mayen. S'appuyant sur la longueur des jours, la description d'un iceberg, la direction suivie et la vitesse, il arrive à la conclusion que, d'après le récit d'un des voyages, raconté au IXe siècle dans la Légende latine des pérégrinations de saint Brandan, ce moine irlandais, qui vivait au VIe siècle, aurait été à l'île Jan-Mayen. Mais il est vrai qu'on ne prête qu'aux riches (Les îles de saint-Brandan). Voici le passage essentiel traduit de cette relation :

« Un vent favorable se mit à souffler dans les voiles déployées, de sorte que les Frères n'eurent pas besoin de nager, mais seulement de tenir les cordages et le gouvernail; ils furent poussés vers le nord pendant huit jours, au bout desquels ils virent une île très sauvage, couverte de rochers et de scories, sans plantes ni arbres, mais pleine d'ateliers de forgerons [cratères]... 

Ils entendirent le bruit des soufflets semblable au tonnerre et les coups de marteau s'abattant sur le fer et les enclumes [grondement des volcans]...

Un des insulaires [Inuits ou Karels non-christianisés], très velu, horrible, flamboyant et ténébreux [...] courut au rivage avec des tenailles aux mains et une énorme masse de scories effervescentes, qu'il lança de suite sur les serviteurs du Christ, sans leur faire de mal parce qu'ils étaient munis de l'étendard de la Croix [...] et l'île apparut comme un seul globe totalement embrasé [éruption volcanique]... 

Le lendemain, ils virent à peu de distance vers le nord un grand mont s'élevant très haut dans l'océan, mais comme entre de légères nues [le Beerenberg]... 

La côte était tellement haute, que l'on pouvait à peine distinguer le sommet; elle avait la couleur du charbon et l'aspect d'un mur merveilleusement d'aplomb. »

La relation latine du VIe siècle paraissait une fable, tellement peu de choses y paraissent crédibles; le commentaire de Beauvois sembla un peu une gageure. De fait, on ne peut être que très circonspect chaque fois que, face à un texte pareil, on se trouve devant une interprétation où les éléments retenus sont ceux qui vont dans le sens souhaité et que l'on écarte ceux qui ne conviennent pas sans autre méthodologie que le caprice de l'exégète. Mais voilà que le Jean-Baptiste Charcot qui, lui, avait vu et visité Jan-Mayen à trois reprises, fit rebondir le débat (Au sujet de l'île de Jan-Mayen, C. R. Ac. sc., 14 mars 1921) et Aux portes de l'Enfer. Mon voyage à l'île Jan-Mayen (Je sais tout , 25 avril 1921). Charcot ayant lu la description à ses camarades de croisière, ceux-ci s'écrièrent  : «Mais, c'est Jan-Mayen! ».
« Nos observations et photographies, conclut-il, viennent donc confirmer les déductions de Beauvois, et il est permis d'en conclure que la terre de Jan-Mayen fut découverte au VIe siècle par Brennain Mac Finlonga, devenu saint Brandan, qui, s'appuyant sur la prophétie d'Isaïe, qui reproche à Lucifer d'avoir voulu asseoir son trône sur la montagne de l'Alliance du côté de l'Aquilon, en fit une des portes de l'enfer. »
Historique des explorations de Jan-Mayen.
Quoi qu'il en soit, dès le début du XVIIe siècle, l'île est connue, et ses parages sont fréquentés. En 1615, Folkerby, apercevant l'île et la croyant inconnue, lui donna le nom de sir Thomas Smith, le président de la Moseovy Company. Bientôt, de nombreux bâtiments anglais se dirigèrent vers cette terre, à la recherche de la baleine. En 1618, la corporation de Hull reçut de Jacques Ier le monopole de la chasse à Jan-Mayen. Sur les documents anglais du temps, cette terre est appelée île de la Trinité. Les textes hollandais lui donnent le nom d'île Maurice, concurremment avec celui de Jan-Mayen. C'était alors l'âge d'or de l'industrie de la baleine. 

En 1633, une compagnie hollandaise établit sept matelots au Svalbard et sept autres à Jan-Mayen, afin de s'y livrer à des observations sur les variations du temps et les autres particularités qui pourraient contribuer aux progrès de l'astronomie, de la physique du globe et du commerce. Mais, l'hiver passé, on ne retrouva dans l'île que sept cadavres (le scorbut avait fait son oeuvre) et le journal tenu jusqu'au 30 avril par le dernier survivant, qui écrit d'une main défaillante :

« Nous sommes actuellement réduits à toute extrémité. Aucun de mes camarades ne peut se servir lui-même, bien loin de pouvoir donner quelque assistance aux autres. Tout le fardeau pèse donc sur mes épaules. A la grâce de Dieu. Je ferai mon devoir, tant qu'il lui plaira de me laisser la force de l'accomplir. »
Quand les baleines, activement pourchassées, eurent délaissé les parages de Jan-Mayen, ceux-ci furent le théâtre de grandes pêcheries de phoques.

Pendant le XIXe siècle.
L'exploration scientifique de Jan-Mayen date du XIXe siècle. Le fameux baleinier écossais Scoresby en dressa la première carte, et reconnut la nature volcanique de son sol (1817). En 1856, le prince Jérôme-Napoléon fit une tentative infructueuse pour atteindre Jan-Mayen, à bord de la Reine-Hortense, commandée par le capitaine de vaisseau La Roncière Le Noury. La même année, lord Dufferin, à bord d'un yacht à voiles, le Foam, réussit à débarquer sur la côte est de Jan-Mayen (13 juillet) [lord Dufferin, Lettres des hautes latitudes, et Nouv. Ann. Voyages, janv. 1860, pp. 86-102].
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Carte du XIIe siècle de l'île Jan Mayen.
Carte de Jan Mayen, par Vincenzo Coronelli (1692).

En 1861, Jan-Mayen fut pour la première fois visitée par un naturaliste, Carl Vogt, qui y passa quatre jours et recueillit de nombreuses observations sur les formations volcaniques de l'île, notant sa situation remarquable sur le prolongement de la ligne du mont Hékla (Nord-Fahrt nach dem Nordkap, den Inseln Jan Mayen und Island; Francfort-sur-le-Mein, 1863). 

Au cours de sa croisière dans l'océan Arctique, la mission norvégienne, embarquée sur le Vöringen, mouilla plusieurs heures, le 29 juillet 1878, dans la baie Mary-Muss. On lui doit la connaissance du fond au voisinage de l'île, et des observations géologiques d'un grand intérêt de Mohn et de Reusch : les roches éruptives qui constituent Jan-Mayen appartiennent à la période moderne. L'île est de formation plus récente que l'Islande et les Féroé (Den Norske Nordhaum Expedition, 1876-1878, Kristiania [Oslo]; J. de Guerne, in Ann. Soc. géol. Nord, 1882).

En 1882, une mission météorologique austro-hongroise (6 officiers et 8 matelots) séjourna un an à l'île Jan-Mayen (juillet 1882-août 1883). 

L'explorateur Ch. Rabot visita Jan-Mayen en juillet 1892, à bord du transport-aviso la Manche. Une première tentative du Châteaurenault, l'année précédente, avait échoué, en vue même de l'île (Bul. Soc. Géogr.; Paris, 1894). D'autres navires passèrent dans les années suivantes à Jan-Mayen, comme la Belgica revenant, avec le duc d'Orléans et le commandant de Gerlache, de leur expédition au Groenland; Amdrup et Nathorst à bord de l'Antarctic (S. Reizler / A.-M. B.).

Jan-Mayen depuis 1900.
Jan-Mayen a été visitée à plusieurs reprises au début du XXe siècle, notamment par Charcot, une première fois en 1902, à bord du yacht Rose-Marie (La Géographie, 1902, II, pp- 363-369), une deuxième fois en 1912, à bord du Pourquoi-Pas? (La Géographie, 1913, 1, pp. 401-402). Parallèlement, l'intérêt s'est accru à cette époque pour l'île, en raison de sa position stratégique et son importance potentielle pour la météorologie et les communications dans l'Atlantique Nord. C'est la Norvège qui a manifesté l'intérêt le plus constant. En 1921, l'Institut météorologique norvégien a établi une station météorologique permanente sur l'île, ce qui a marqué la première présence humaine continue. Cette station, située à Beerenberg, a fourni des données essentielles pour les prévisions météorologiques en Europe et dans l'Atlantique Nord.

L'établissement de cette station permanente a servi de base à la revendication de souveraineté norvégienne sur Jan Mayen. En 1929, la Norvège a déclaré son annexion de l'île, décision qui fut officialisée par une loi norvégienne en 1930, qui a fait de Jan Mayen une partie intégrante du royaume. Pendant l'entre-deux-guerres, l'activité sur l'île est restée limitée à l'opération de la station météorologique et à quelques visites scientifiques.

La Seconde Guerre mondiale a considérablement augmenté l'importance stratégique de Jan Mayen. Les données météorologiques de l'Atlantique Nord étaient vitales pour les opérations militaires des deux camps. Peu après l'invasion de la Norvège en 1940, le personnel norvégien de la station a été évacué et la station détruite pour empêcher qu'elle ne tombe entre les mains allemandes. Cependant, les Alliés, comprenant l'importance de l'île, y ont rapidement établi une nouvelle station météorologique, d'abord par une petite force norvégienne et britannique. L'île a été brièvement attaquée par des U-boats allemands et des tentatives allemandes d'établir leurs propres stations météorologiques sur l'île ou à proximité ont eu lieu (comme l'Opération Haudegen, bien que principalement axée sur le Svalbard), mais Jan Mayen est restée fermement sous contrôle Allié tout au long du conflit. La station, connue sous le nom de Atlantic, a fonctionné pendant toute la durée de la guerre, fournissant des informations essentielles.

Après la guerre, la station météorologique a été reconstruite et modernisée. L'importance de Jan Mayen a continué d'évoluer avec les progrès technologiques. Au début des années 1960, un développement majeur a été la construction d'une grande station de navigation LORAN-C (Long Range Navigation) par l'OTAN, opérée par la Norvège. Cette station faisait partie d'un réseau qui visait à fournir une navigation précise pour les navires et les avions dans l'Atlantique Nord. La construction de la station LORAN-C a nécessité d'importants travaux d'infrastructure, notamment l'aménagement d'une piste d'atterrissage (Jan Mayensfield), permettant des liaisons aériennes régulières. La station LORAN-C est ainsi devenue la plus grande installation de l'île et a considérablement augmenté le nombre de personnes présentes.

Outre la station LORAN et la station météorologique, un observatoire géophysique a été établi, poursuivant et développant l'intérêt scientifique pour Jan Mayen, notamment pour les études ionosphériques et aurorales et  la sismologie (l'île étant volcaniquement active). D'ailleurs, en 1970, l'île a connu un événement géologique majeur : l'éruption du volcan Beerenberg. Après plusieurs siècles de quiescence, le volcan est entré en éruption depuis des fissures sur son flanc nord-est. L'éruption a duré plusieurs semaines et a produit des coulées de lave qui ont atteint la mer, et a allongé légèrement le trait de côte. Cet événement a rappelé la nature dynamique de l'île et a fourni des données précieuses aux volcanologues.

Au fil des décennies suivantes, les installations sur Jan Mayen ont été consolidées. La base principale abrite le personnel de la station météorologique, de l'observatoire géophysique et, jusqu'à récemment, de la station LORAN. Le nombre d'occupants est resté relativement faible, généralement entre 15 et 20 personnes,  - des spécialistes nécessaires à l'opération des équipements. L'administration de l'île est assurée par le préfet (Fylkesmann) du Nordland, un comté du nord de la Norvège.

Avec l'avènement des systèmes de navigation par satellite comme le GPS, l'utilité du système LORAN-C a décliné. La station LORAN-C de Jan Mayen, comme d'autres stations du réseau, a finalement cessé ses opérations en 2015, ce qui a entraîné une réduction du personnel présent sur l'île.

Aujourd'hui, Jan Mayen demeure un territoire norvégien non autoadministré, qui sert principalement de station météorologique automatisée et avec présence humaine, de station de surveillance sismique et d'autres activités de recherche scientifique, notamment atmosphériques et environnementales. L'accès à l'île est strictement réglementé. Il est principalement limité au personnel en service et aux participants à des projets de recherche approuvés.  L'île et ses eaux environnantes bénéficient également de protections environnementales et sont gérées pour leurs ressources marines dans le cadre de la Zone Économique Exclusive norvégienne.

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