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La comète de Encke vue en 1983 par le télescope spatial infrarouge ISO. Notez la queue dirigée vers le haut à partir du noyau, et la trainée de poussières (bande oblique) nouvellement découverte. Crédit : ESA |
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| La comète 2P/Encke
occupe une position tout à fait particulière dans l'histoire de l'astronomie
cométaire : elle fut le deuxième objet, après la comète de Halley L'histoire de sa découverte illustre bien
les progrès méthodologiques de l'astronomie de position à la charnière
des XVIIIe et XIXe
siècles. Le premier repérage de l'objet remonte au 17 janvier 1786, lorsque
Pierre Méchain Sur le plan orbital, la comète d'Encke se distingue par une trajectoire fortement elliptique mais d'une amplitude bien plus resserrée que celle de la majorité des comètes périodiques. Son point le plus proche du Soleil, le périhélie, la conduit à une distance d'environ 0,34 unité astronomique, soit une région très voisine de l'orbite de Mercure, tandis que son point le plus éloigné, l'aphélie, ne dépasse guère 4,1 unités astronomiques, la maintenant à l'intérieur de la ceinture principale d'astéroïdes et l'empêchant de s'aventurer jusqu'à l'orbite de Jupiter. Cette configuration orbitale, à la fois resserrée et peu inclinée sur le plan de l'écliptique, expose la comète à des perturbations gravitationnelles fréquentes de la part des planètes telluriques, ce qui complique sensiblement la modélisation précise de sa trajectoire à long terme. Elle a été observée à chacun de ses retours depuis 1822, à la seule exception notable de son passage survenu durant la Seconde Guerre mondiale, ce qui en fait l'une des séries d'observations cométaires les plus continues et les mieux documentées de l'histoire de l'astronomie, avec plus de soixante retours enregistrés à ce jour. Le noyau de la comète d'Encke, dont le diamètre est généralement estimé entre 4 et 5 kilomètres selon les études les plus récentes, constitue un corps relativement volumineux pour un objet de si courte période, ce qui a longtemps intrigué les spécialistes : compte tenu de la fréquence de ses passages proches du Soleil, sa surface aurait dû, en théorie, subir une érosion thermique intense et développer une activité relativement modeste. Les observations ont effectivement confirmé que la comète présente une activité de dégazage comparativement faible au regard de la taille de son noyau, une caractéristique parfois interprétée comme le signe d'une croûte de matériaux réfractaires largement désactivée en surface, ne conservant que quelques zones actives limitées d'où s'échappent les jets de gaz et de poussières observés lors de ses approches du Soleil. Paradoxalement, malgré cette activité gazeuse modérée, la comète d'Encke est associée à l'une des traînées de poussière les plus massives connues parmi les objets cométaires, une traînée qui s'étend de façon asymétrique tout au long de son orbite et qui constitue la source principale de deux essaims de météores bien connus des observateurs terrestres, les Taurides du nord et les Taurides du sud, visibles chaque année entre la fin du mois d'octobre et le mois de novembre. L'étude de cet essaim d'étoiles filantes
a conduit plusieurs générations d'astronomes à s'interroger sur l'origine
commune de la comète d'Encke et d'un ensemble plus vaste d'astéroïdes
et de débris partageant des éléments orbitaux similaires, regroupés
sous l'appellation de complexe des Taurides, ou complexe d'Encke. L'hypothèse
la plus largement discutée dans la littérature scientifique, formulée
notamment par Victor Clube et William Napier au début des années 1980
puis développée par plusieurs équipes ultérieures, propose qu'un objet
unique et considérablement plus massif, peut-être un ancien centaure
capturé sur une orbite à courte période après une rencontre rapprochée
avec Jupiter, se serait fragmenté il y a environ vingt mille ans, donnant
naissance à la fois à la comète d'Encke elle-même, désormais considérée
comme le plus grand vestige survivant de cet objet parent, Ã plusieurs
astéroïdes proches de la Terre partageant une dynamique orbitale apparentée,
ainsi qu'à l'ensemble diffus de débris responsable des pluies de météores
tauridiennes. Cette hypothèse, bien qu'elle
reste débattue quant à ses détails précis et à l'ancienneté exacte
de la fragmentation, a également nourri des spéculations, formulées
dès la fin des années 1970 par certains chercheurs d'Europe centrale,
associant un fragment de ce complexe à l'origine
de l'explosion survenue au-dessus de la région de la Tunguska (
La comète de Encke en novembre 2003. (c) Michael Holloway. Bien qu'elle n'ait, à ce jour, jamais fait l'objet d'une mission spatiale dédiée, la comète d'Encke a néanmoins pu être observée à plusieurs reprises par des instruments embarqués sur des sondes en transit vers d'autres destinations. La sonde MESSENGER, en route vers Mercure puis en orbite autour de cette planète, a ainsi photographié la comète depuis une distance particulièrement réduite lors de son apparition de 2013, une configuration géométrique favorable liée précisément à la proximité de son périhélie avec l'orbite mercurienne. La mission américaine CONTOUR, conçue au début des années 2000 pour effectuer des survols rapprochés de plusieurs comètes dont Encke, aurait dû fournir les premières données in situ sur ce noyau, mais la perte de la sonde peu après son lancement en 2002, à la suite d'une défaillance de son étage de propulsion, a mis un terme prématuré à ce projet, laissant la comète d'Encke parmi les objets cométaires les mieux étudiés depuis la Terre mais encore jamais visités de près par un engin spatial. L'intérêt scientifique porté à cet objet dépasse ainsi largement le cadre de la seule curiosité historique liée à sa découverte : la comète d'Encke constitue un cas d'étude privilégié pour comprendre les mécanismes d'évolution et de vieillissement des noyaux cométaires soumis à un grand nombre de passages répétés au voisinage du Soleil, pour caractériser les forces non gravitationnelles liées au dégazage asymétrique qui affectent la prédiction précise de sa trajectoire future, et pour évaluer, dans une perspective de défense planétaire, le risque potentiel que représentent les corps apparentés au complexe des Taurides, dont certains membres pourraient atteindre des dimensions suffisantes pour constituer une menace d'impact significative pour la Terre, sans que l'ampleur exacte de ce risque fasse aujourd'hui l'objet d'un consensus définitif au sein de la communauté scientifique. |
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