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Isaac
Asimov
est un écrivain et scientifique
né le 2 janvier 1920 à Petrovitchi, un petit village de la Russie
soviétique situé non loin de Smolensk,
et mor le le 6 avril 1992 Ã New York.
Il est l'un des auteurs les plus influents de la science-fiction
moderne. Biochimiste de formation et écrivain extrêmement prolifique,
il a publié plusieurs centaines d'ouvrages couvrant la science-fiction,
la vulgarisation scientifique, l'histoire et les essais. Son oeuvre se
distingue par l'importance accordée aux idées, à la logique et aux conséquences
sociales du progrès scientifique. On lui doit
la popularisation du terme
robotique, l'invention d'une éthique
des machines intelligentes et l'édification d'une fresque historico-galactique
qui a modelé l'imaginaire de générations de lecteurs.
Son père, Judah
Asimov, et sa mère, Anna Rachel Berman, décident d'émigrer aux États-Unis
alors qu'il est encore tout jeune enfant. La famille débarque à New York
en février 1923 et s'installe à Brooklyn, où le père acquiert une confiserie
qui devient le centre de leur existence modeste. Le jeune Isaac grandit
donc au milieu des magazines à sensation et des pulps que la boutique
propose aux clients; c'est là qu'il découvre très tôt les récits de
science-fiction, en lisant des titres comme Amazing Stories ou
Astounding
Stories. Il apprend à lire avant l'âge scolaire et se révèle un
élève brillant, dévoreur de livres. Il est naturalisé citoyen américain
en 1928.
Après des études
secondaires accélérées, il entre à l'université Columbia en 1935,
d'abord en zoologie puis en chimie,
discipline dans laquelle il obtient sa licence en 1939, sa maîtrise en
1941 et finalement un doctorat en biochimie en 1948. Parallèlement Ã
ces années d'apprentissage scientifique, il commence à écrire des histoires
avec une fécondité étonnante. Sa première nouvelle publiée, Marooned
off Vesta, paraît dans le magazine
Amazing Stories en mars
1939. Mais c'est sa rencontre avec John W. Campbell, le rédacteur en chef
d'Astounding Science-Fiction, qui donne une impulsion décisive
à sa carrière. Campbell devient une sorte de mentor exigeant, poussant
Asimov à approfondir les implications sociales et logiques de ses inventions.
Le jeune auteur lui soumet en 1941 l'idée d'un robot qui non seulement
obéirait à l'humain, mais serait régi par des règles éthiques. Ensemble,
ils formulent les célèbres trois lois de la robotique, que l'on voit
apparaître pour la première fois dans la nouvelle Runaround en
1942. Ces principes fictifs ont profondément marqué la culture populaire
et alimenté de nombreuses réflexions philosophiques et technologiques
sur l'intelligence artificielle.
Tout au long des
années 1940, Asimov construit un univers cohérent de robots de plus en
plus sophistiqués. Il décrit les paradoxes
et les conséquences imprévues de ces lois. La plupart de ces récits
sont réunis en 1950 dans le recueil
I, Robot, première composante
du cycle des Robots, qui occupera Asimov pendant plusieurs décennies,
et qui forme dans son oeuvre la première étape d'une fresque monumentale
retraçant l'ascension de l'humanité depuis une Terre
surpeuplée jusqu'à une civilisation galactique.
• Le
cycle des Robots d'Isaac Asimov est composé d'une série de récits
mettant en scène des machines intelligentes, et constitue une vaste réflexion
sur les rapports entre l'humanité, la technologie, la morale et l'évolution
sociale. Ce cycle est étroitement lié à d'autres grandes oeuvres d'Asimov,
notamment le cycle de Fondation, avec lesquels il finira par former une
immense histoire du futur de l'humanité. L'idée centrale du cycle repose
sur l'invention des robots positroniques, des machines dotées d'une intelligence
artificielle avancée. Pour éviter les dangers souvent associés aux robots
dans la littérature antérieure, Asimov imagine les célèbres Trois
Lois de la Robotique, intégrées au cerveau positronique de chaque
robot : 1) Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant
passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger; 2) Un robot
doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si ces ordres
entrent en conflit avec la Première Loi; 3) Un robot doit protéger sa
propre existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec
les deux premières lois. Ces lois deviennent le moteur de la plupart des
intrigues. Les histoires ne présentent généralement pas des robots se
rebellant contre leurs créateurs, mais des situations complexes où les
lois produisent des paradoxes, des conflits logiques ou des comportements
inattendus.
+ Les
Robots (I, Robot, 1950), contrairement au film du même nom
sorti plusieurs décennies plus tard et qui propose un récit continu,
le livre se présente comme une série de nouvelles reliées par le personnage
de la robopsychologue Susan Calvin. Cette scientifique travaille pour l'entreprise
U.S. Robots and Mechanical Men, Inc., principal fabricant de robots de
l'univers asimovien. Les premières nouvelles décrivent les débuts de
la robotique et les réactions de la société face à ces nouvelles machines.
D'autres traitent de problèmes plus subtils : robots interprétant littéralement
des ordres, comportements apparemment irrationnels causés par des conflits
entre les lois, ou encore robots développant des formes de raisonnement
inattendues. Susan Calvin apparaît comme une figure essentielle : froide,
brillante et profondément attachée aux robots, qu'elle comprend mieux
que les humains. Parmi les récits les plus célèbres figurent Robbie,
qui raconte l'amitié entre une enfant et un robot domestique; Cercle
vicieux, où apparaît pour la première fois le mot "robotique"; Menteur!,
mettant en scène un robot télépathe; ou encore Évidence, qui
interroge la frontière entre l'humain et la machine. Ces textes posent
les fondations philosophiques de tout le cycle. Beaucoup d'autres nouvelles
ont aussi été publiées. On les retrouve dans des recueils comme Un
défilé de robots (The Rest of the Robots, 1964), Nous les
robots (The Complete robot, 1982), Le Robot qui rêvait
(Robot Dreams, 1986).
Après les nouvelles,
Asimov développe son univers dans une série de romans
policiers de science-fiction.
+ Les
Cavernes d'acier (The Caves of Steel, 1953) déroule son action
plusieurs millénaires dans le futur. La Terre est surpeuplée et les humains
vivent dans d'immenses cités fermées. À l'inverse, les descendants des
colons installés sur les Mondes Spaciens vivent dans des sociétés riches,
peu peuplées et fortement dépendantes des robots. Le protagoniste principal
est le détective Elijah Baley, policier terrestre chargé d'enquêter
sur un meurtre avec l'aide d'un partenaire inhabituel : le robot humanoïde
R. Daneel Olivaw. Le roman combine enquête criminelle, réflexion sociologique
et étude des préjugés humains envers les robots. Baley, méfiant au
départ, développe progressivement une relation de confiance avec Daneel.
+ Face aux feux
du soleil (The Naked Sun, 1956), transporte l'enquête sur Solaria,
une planète où les habitants vivent isolés les uns des autres et communiquent
principalement par hologrammes. Asimov y aborde les conséquences psychologiques
de l'isolement social, de l'automatisation extrême et de la dépendance
technologique.
Plus de vingt ans plus
tard, l'auteur revient à ses personnages avec :
+ Les
Robots de l'aube (The Robots of Dawn, 1983) embrasse des enjeux plus
vastes : rivalités politiques entre la Terre et les Mondes Spaciens, avenir
de l'expansion humaine et questions liées à la conscience artificielle.
Le roman approfondit considérablement le personnage de Daneel.
+ Les Robots et
l'Empire (Robots and Empire, 1985) poursuit cette histoire et
marque aussi une transition majeure. Elijah Baley est mort, mais son influence
continue de façonner l'avenir de l'humanité. Les robots Daneel et Giskard
jouent désormais un rôle central dans l'évolution de la civilisation
humaine. C'est dans ce roman qu'apparaît la célèbre Loi Zéro de la
Robotique : 0) Un robot ne peut nuire à l'humanité ni, par son inaction,
permettre que l'humanité soit mise en danger. Cette loi est placée au-dessus
des trois autres. Elle permet à certains robots de prendre des décisions
affectant des individus si cela sert les intérêts de l'espèce humaine
dans son ensemble. Cette évolution soulève des questions éthiques considérables
: qui décide du bien de l'humanité? Jusqu'où peut-on sacrifier des individus
au nom du collectif?
Le personnage de Daneel
devient progressivement l'une des figures les plus importantes de toute
l'oeuvre d'Asimov. Au fil des millénaires, il agit discrètement pour
guider l'évolution humaine, favoriser l'expansion galactique et préserver
la stabilité de la civilisation. Cette idée transforme le cycle des robots
en une vaste méditation sur la gouvernance, le progrès et la responsabilité.
L'un des aspects les plus remarquables du cycle est son refus du schéma
classique de la révolte des machines. Contrairement à de nombreuses oeuvres
de science-fiction où les robots deviennent des ennemis de l'humanité,
Asimov présente des intelligences artificielles généralement bienveillantes.
Les conflits naissent non de la malveillance, mais de l'interprétation
de règles morales complexes. Les robots deviennent ainsi un outil permettant
d'examiner les contradictions de la pensée humaine.
Le cycle aborde aussi
plusieurs autres thèmes : la peur du changement technologique, les préjugés
sociaux, la définition de la conscience,
les limites de la logique pure, la coexistence
entre intelligence biologique et intelligence
artificielle, ainsi que l'avenir à long terme de l'espèce humaine. De
nombreux débats contemporains sur l'éthique
de l'intelligence artificielle trouvent dans ces oeuvres des préfigurations
étonnamment modernes.
Dans la chronologie
interne imaginée par Asimov, le cycle des robots constitue le premier
grand âge de l'histoire future. Il est suivi par les événements du cycle
de l'Empire galactique, puis par ceux du cycle de Fondation.
En parallèle, Asimov
esquisse à partir de 1942 une saga galactique d'une ambition inédite,
directement inspirée par la lecture de la Décadence et Chute de l'Empire
romain
d'Edward Gibbon. L'idée consiste à imaginer
un Empire galactique sur le déclin et un savant, Hari Seldon, capable
de prévoir le comportement des foules grâce Ã
une science statistique nommée psychohistoire. Les nouvelles de ce cycle
paraissent dans Astounding et seront plus tard rassemblées en trois
volumes fondateurs : Fondation en 1951,
Fondation et Empire
en 1952 et Seconde Fondation en 1953. Ces trois livres reçoivent
un accueil enthousiaste et valent à Asimov d'être considéré comme l'un
des grands maîtres de la science-fiction. Quand il sera achevé, au début
des années 1990, le cycle de Fondation apparaîtra, par son ampleur, son
originalité intellectuelle et sa réflexion sur les lois de l'histoire,
comme l'une des constructions romanesques les plus ambitieuses de toute
la littérature de science-fiction. Son influence se retrouve aussi bien
dans les grandes sagas spatiales modernes que dans les débats contemporains
sur la modélisation des sociétés, la prévision
des comportements collectifs et la gouvernance
à grande échelle.
• Le
cycle de Fondation d'Isaac Asimov est l'une des oeuvres les plus importantes
de la science-fiction mondiale. Conçu à l'origine comme une série de
nouvelles
publiées à partir de 1942 dans le magazine Astounding Science Fiction,
il s'est progressivement transformé en une vaste saga couvrant plusieurs
siècles d'histoire future. Inspiré en partie par l'histoire de la chute
de l'Empire romain telle qu'elle est
racontée par Gibbon, le cycle transpose à l'échelle galactique les questions
de décadence politique, de transmission du savoir et de reconstruction
de la civilisation.
L'univers de Fondation
se déroule dans un futur extrêmement lointain où l'humanité a colonisé
toute la galaxie. Des millions de mondes sont réunis
sous l'autorité du gigantesque Empire Galactique, dont la capitale est
la planète Trantor. Cette dernière est devenue le centre administratif
de la galaxie entière, une planète entièrement
recouverte par une immense ville abritant des dizaines de milliards d'habitants
et les principaux organes du pouvoir impérial. Malgré son apparente puissance,
l'Empire est entré dans une phase de déclin comparable à celle des grands
empires historiques. Les institutions se bureaucratisent, les connaissances
techniques se concentrent dans les mains de quelques spécialistes, les
rivalités politiques se multiplient et les régions périphériques deviennent
de plus en plus difficiles à contrôler. La majorité de la population
ne perçoit pas encore l'ampleur de cette décadence, mais un homme en
a compris les mécanismes. Cet homme est Hari Seldon, mathématicien de
génie et fondateur de la psychohistoire. Cette discipline fictive combine
mathématiques,
sociologie, histoire, économie
et théorie des probabilités afin de prévoir
l'évolution des grandes populations humaines. La psychohistoire ne permet
pas de prédire les actions individuelles, mais elle devient extrêmement
précise lorsqu'elle s'applique à des milliards ou des milliars de milliards
d'individus. Après des années de calculs, Seldon arrive à une conclusion
terrifiante : l'Empire Galactique est condamné à s'effondrer dans un
avenir relativement proche. Sa disparition entraînera une période de
barbarie, de guerres et de régression technologique qui durera environ
trente mille ans avant qu'un nouvel empire ne puisse émerger. Conscient
qu'il est impossible d'empêcher complètement cette catastrophe historique,
Seldon élabore un plan destiné à réduire cette période de chaos Ã
seulement mille ans. Sous prétexte de rédiger une gigantesque encyclopédie
destinée à préserver les connaissances humaines, Seldon obtient l'autorisation
d'exiler un groupe de scientifiques sur Terminus, une planète isolée
située aux confins de la galaxie. Cette colonie constitue la Première
Fondation. Officiellement consacrée à la conservation du savoir, elle
est en réalité la première étape du Plan Seldon, vaste stratégie destinée
à guider discrètement l'avenir de l'humanité.
+ Fondation
(Foundation, 1951) retrace les débuts de cette communauté. Les
premiers dirigeants doivent affronter ce que l'on appelle les "crises Seldon",
moments historiques prévus par la psychohistoire où plusieurs choix sont
possibles mais où un seul permet de maintenir le Plan sur sa trajectoire.
À chaque crise, un enregistrement de Hari Seldon apparaît pour confirmer
que les événements suivent les prévisions. Sous la direction de personnages
comme Salvor Hardin, la Fondation utilise d'abord son monopole scientifique
et technologique pour s'imposer face aux royaumes barbares issus de l'effondrement
impérial. La technologie devient alors une forme de pouvoir politique.
Les populations voisines considèrent les appareils nucléaires de la Fondation
comme des objets presque magiques, tandis que les techniciens fondationnaires
exercent une influence comparable à celle d'un clergé. Dans les étapes
suivantes du développement de la Fondation, le commerce
remplace progressivement la religion comme
instrument de domination. Des marchands indépendants diffusent les technologies
de Terminus à travers la galaxie et créent un réseau d'influence économique
qui étend le pouvoir de la Fondation sans recours massif à la force militaire.
+ Fondation et
Empire (Foundation and Empire, 1952) montre la confrontation
entre la Fondation et les derniers vestiges de l'Empire Galactique. Alors
que la Fondation semble destinée à suivre parfaitement le Plan Seldon,
un événement imprévu survient : l'apparition du Mulet (The Mule). Celui-ci
est probablement le personnage le plus célèbre du cycle après Hari Seldon.
Mutant doté de capacités mentales extraordinaires, il peut influencer
directement les émotions humaines. Parce qu'il
constitue un individu unique et statistiquement
imprévisible, il échappe complètement aux équations de la psychohistoire.
Pour la première fois, le Plan Seldon est menacé. L'ascension du Mulet
représente un tournant majeur. En quelques années, il conquiert d'immenses
territoires et détruit les prévisions établies depuis des siècles.
Son existence démontre que même les modèles historiques les plus sophistiqués
possèdent des limites. À travers ce personnage, Asimov interroge le rôle
des individus exceptionnels dans l'histoire et les failles possibles du
déterminisme
historique.
+Seconde Fondation
(Second Foundation, 1953) révèle progressivement l'existence d'une
organisation secrète créée par Seldon en parallèle de la Première
Fondation. Cette Seconde Fondation est composée de spécialistes des sciences
mentales capables d'influencer subtilement les pensées
et les émotions. Installée dans un lieu mystérieux, elle veille discrètement
à la préservation du Plan Seldon. La lutte entre la Fondation, le Mulet
et la Seconde Fondation constitue l'axe principal de ce roman. La question
centrale devient alors celle du contrôle : qui doit guider l'avenir de
l'humanité? Les technocrates de Terminus? Les mentalistes de la Seconde
Fondation? Ou les peuples eux-mêmes?
Après avoir interrompu
la série pendant près de trente ans, Asimov revient à son univers avec
quatre autres romans Foundation's Edge, Foundation and Earth,
Prelude to Foundation et Forward the Foundation :
+ Fondation
foudroyée (Foundation's Edge, 1982) se situe au moment où
la Fondation est devenue une puissance dominante, mais de nouvelles interrogations
apparaissent concernant la validité du Plan Seldon et le rôle réel de
la Seconde Fondation. Le personnage de Golan Trevize entreprend alors une
vaste quête à travers la galaxie. Cette recherche conduit à la découverte
de Gaia, un monde où tous les êtres vivants, les objets et l'environnement
forment une conscience collective unique. Cette idée introduit une nouvelle
vision de l'évolution humaine fondée sur
la coopération intégrale plutôt que sur les modèles historiques traditionnels.
+ Terre et Fondation
(Foundation and Earth, 1986) montre Trevize qui poursuit son enquête
jusqu'à retrouver les traces de la Terre, planète d'origine de l'humanité
devenue presque mythique après des dizaines de milliers d'années d'expansion
galactique. Ce voyage permet à Asimov d'unifier progressivement les différents
cycles de son univers.
+ Prélude Ã
Fondation (Prelude to Foundation, 1988) et L'Aube de Fondation
(Forward the Foundation, 1993) sont des romans préquelles qui
reviennent sur la jeunesse puis la vieillesse de Hari Seldon. Ils racontent
la création progressive de la psychohistoire, les luttes politiques sur
Trantor et les immenses difficultés rencontrées pour élaborer le Plan
Seldon. Ces ouvrages donnent une profondeur psychologique beaucoup plus
importante au personnage fondateur de la saga.
L'un des aspects les
plus remarquables du cycle réside dans sa structure narrative. Contrairement
à de nombreux romans centrés sur un héros unique, Fondation couvre plusieurs
siècles et change régulièrement de protagonistes. Les personnages individuels
passent fréquemment au second plan derrière les forces historiques, économiques
et sociales qui façonnent la galaxie. L'histoire elle-même devient le
véritable personnage principal.
Le cycle développe
également plusieurs thèmes majeurs : la prévisibilité du comportement
collectif, les relations entre science et pouvoir,
la conservation du savoir, les dangers de la bureaucratie, les mécanismes
du déclin des civilisations et les limites du libre
arbitre. Asimov y examine constamment la tension entre les grands mouvements
historiques et l'action des individus. À mesure que l'univers s'élargit,
la saga s'interroge aussi sur les différentes formes possibles d'organisation
sociale. L'Empire centralisé, la Fondation technocratique, la Seconde
Fondation mentaliste et Gaia représentent autant de modèles concurrents
pour l'avenir de l'humanité. Aucun n'est présenté comme parfaitement
satisfaisant, ce qui confère à l'oeuvre une profondeur philosophique
durable.
Dans les derniers
romans, Asimov relie explicitement Fondation au cycle des robots. Il révèle
que certains événements ayant façonné l'histoire galactique ont été
influencés pendant des millénaires par R. Daneel Olivaw, personnage déjÃ
central dans les romans policiers robotiques. Cette révélation transforme
l'ensemble de l'oeuvre asimovienne en une immense fresque historique continue
couvrant plusieurs dizaines de milliers d'années, depuis l'apparition
des robots positroniques jusqu'Ã la naissance d'une civilisation galactique
destinée à dépasser les limites de l'humanité elle-même.
Pendant la Seconde
Guerre mondiale, il travaille comme chimiste
à la Naval Air Experimental Station de Philadelphie,
où il côtoie deux autres auteurs de science-fiction, Robert Heinlein
et L. Sprague de Camp. Une fois la paix revenue et après son service militaire,
il est engagé en 1949 comme professeur de biochimie à la faculté de
médecine de l'université de Boston. Il y
enseigne tout en continuant à écrire, jusqu'au jour où il comprend que
sa plume lui rapporte davantage que son salaire universitaire. En 1958,
il quitte l'enseignement pour se consacrer entièrement à l'écriture,
tout en conservant un titre de professeur associé qui lui permet de donner
occasionnellement des conférences.
Loin de se cantonner
à la fiction, Asimov déploie alors une énergie prodigieuse pour expliquer
la science au grand public. Sa bibliographie
dépasse rapidement les cinq cents volumes, touchant à la chimie, la physique,
l'astronomie, la biologie,
les mathématiques, l'histoire, la littérature,
la Bible ,
Shakespeare,
la mythologie, les blagues et les limericks.
Parmi ses ouvrages de vulgarisation les plus marquants figurent Le Guide
de la science du physicien (Asimov's Guide to Science), Le
Livre de la physique ou encore ses chroniques régulières dans The
Magazine of Fantasy & Science Fiction. Sa plume se caractérise
par une clarté limpide, un refus des effets de style et un véritable
talent pour rendre séduisants les concepts les plus ardus.
Dans le domaine romanesque,
il opère en 1954, comme on l'a vu, une fusion audacieuse entre science-fiction
et roman policier avec Les Cavernes d'acier et Face aux feux
du soleil en 1957, où le détective Elijah Baley et le robot humanoïde
R. Daneel Olivaw enquêtent sur des meurtres impossibles tout en s'interrogeant
sur la surpopulation terrestre et la colonisation spatiale. En 1972, il
publie
Les Dieux eux-mêmes, roman qui traite des univers
parallèles et qui lui vaut les prix Hugo et Nebula.
• La
Fin de l'Éternité (The End of Eternity, 1955) est parfois
considéré comme l'un des chefs-d'oeuvre indépendants d'Asimov. L'intrigue
repose sur l'existence d'une organisation située hors du temps,
l'Éternité, capable de modifier l'histoire humaine afin d'éviter les
catastrophes. À travers une histoire mêlant amour, paradoxes temporels
et questionnements sur le libre arbitre, Asimov examine les conséquences
de la manipulation du destin collectif.
• Les Dieux
eux-mêmes (The Gods Themselves, 1972) imagine une communication
entre notre univers et un univers parallèle possédant des lois physiques
différentes. L'exploitation d'une source d'énergie révolutionnaire menace
pourtant l'équilibre cosmique. Le roman se distingue par son ambition
scientifique et par la description originale d'êtres extraterrestres radicalement
différents des humains.
Parmi les autres ouvrages
marquants d'Asimov figurent également Tyrann, Cailloux dans le ciel
et Les Courants de l'espace, trois romans qui forment ce qu'il est
convenu d'appeler le cycle de l'Empire, et qui s'insère dans la
grande histoire du futur imaginée par l'auteur. Lorsque Asimov réorganise
l'ensemble de son univers dans les années 1980, le cycle de l'Empire devient
le chaînon historique reliant l'époque des Robots, où la Terre domine
encore, à celle de Fondation, où l'Empire galactique atteint son apogée
avant d'entrer dans une longue décadence. Ainsi, ces trois romans représentent
la phase de transition durant laquelle l'humanité cesse d'être une civilisation
centrée sur une planète unique pour devenir une véritable civilisation
galactique.
• Le
cycle de l'Empire met l'accent sur les tensions politiques, les rivalités
économiques et la transformation progressive des sociétés humaines dispersées
dans la Galaxie.
+ Cailloux
dans le ciel (Pebble in the Sky, 1950) est texte le plus éloigné
du cadre galactique traditionnel de la série. L'histoire suit Joseph Schwartz,
un modeste tailleur de Chicago du XXe
siècle qui se retrouve projeté accidentellement dans un futur extrêmement
lointain. La Terre y est devenue une planète pauvre, radioactivement
contaminée et méprisée par les autres mondes humains. Les Terriens vivent
dans des réserves et subissent de nombreuses discriminations. Malgré
leur déclin, ils conservent une forte identité culturelle et considèrent
leur planète comme le berceau légitime de l'humanité. Schwartz se trouve
entraîné dans un conflit entre des nationalistes terriens rêvant de
restaurer la grandeur de la Terre et les autorités impériales qui cherchent
à maintenir la stabilité galactique. Le roman aborde les thèmes du racisme,
de la marginalisation sociale, de la mémoire historique et de la difficulté
pour une civilisation vieillissante d'accepter son déclin. On y aperçoit
déjà l'existence d'un Empire galactique en formation, encore imparfait
mais suffisamment puissant pour imposer son autorité à de nombreux mondes.
+ Tyrann (The
Stars, Like Dust, 1951) présente un Empire plus avancé. L'action
se déroule principalement sur la planète Rhodia, menacée par le royaume
voisin de Tyrann. Une ancienne ceinture de poussière stellaire renfermerait
des ressources exceptionnelles capables de modifier l'équilibre des puissances.
Biron Farrill, jeune aristocrate dont le père a été assassiné, se retrouve
mêlé à une vaste conspiration impliquant noblesse, diplomatie et ambitions
militaires. Le roman emprunte plusieurs éléments au récit d'aventures
classique : poursuites, révélations, complots et luttes de pouvoir. Asimov
y montre une humanité déjà très largement répandue dans la Galaxie,
avec des cultures distinctes mais liées par des intérêts communs. L'Empire
galactique apparaît comme une force politique montante, destinée à absorber
progressivement les anciennes puissances régionales.
+ Les Courants
de l'espace (The Currents of Space, 1952) se situe encore plus
tard dans l'évolution historique. La planète Florina possède le monopole
du kyrt, une fibre végétale extrêmement précieuse dont dépend une
grande partie de l'économie galactique. Florina est dominée par la planète
voisine Sark, dont les dirigeants exploitent la population locale comme
une main-d'oeuvre presque servile. Un scientifique découvre que le soleil
de Florina évolue de manière anormale et qu'il pourrait détruire la
planète dans un avenir relativement proche. Ses révélations sont étouffées
pour préserver les intérêts économiques de ceux qui profitent du commerce
du kyrt. Le roman examine la relation entre pouvoir politique et intérêts
financiers, ainsi que les conséquences morales de l'exploitation économique.
À travers ces trois
oeuvres, Asimov montre ainsi une évolution progressive de l'humanité.
La Terre, jadis centre de la civilisation, devient une périphérie oubliée.
Les mondes coloniaux acquièrent leur propre identité et les anciennes
rivalités régionales laissent place à une structure politique beaucoup
plus vaste. L'Empire galactique n'apparaît pas encore sous la forme monumentale
décrite plus tard dans Fondation, mais on assiste clairement à sa naissance
et à sa consolidation. Le cycle développe plusieurs thèmes récurrents
propres à Asimov. Il insiste sur la primauté des forces historiques et
économiques plutôt que sur les héros individuels. Les conflits ne sont
pas principalement religieux ou idéologiques, mais découlent souvent
de la lutte pour les ressources, du prestige social ou des déséquilibres
politiques. L'auteur manifeste également sa confiance habituelle dans
la science et la rationalité comme moyens
de résoudre les crises.
D'un point de vue
stylistique, ces romans appartiennent à la première période de la carrière
d'Asimov. Ils sont plus proches du space opera classique que les
oeuvres ultérieures de l'écrivain. Les personnages y sont parfois moins
développés que dans ses livres plus tardifs, mais les intrigues reposent
déjà sur des raisonnements logiques, des
mystères scientifiques et des retournements intellectuels caractéristiques
de son écriture.
Au début des années
1980, Isaac Asimov cède aux demandes insistantes de son éditeur et reprend
le cycle de Fondation avec Fondation foudroyée, puis Terre
et Fondation, élargissant l'univers de la psychohistoire et reliant
délibérément le cycle des robots à celui de l'Empire, afin de fondre
l'ensemble de son oeuvre dans une immense histoire du futur. Nemesis
(1989), autre oeuvre tardive, est centrée sur la découverte d'un nouvel
environnement planétaire et sur les conséquences de l'exploration spatiale.
L'homme derrière
l'écrivain mène une vie rythmée par le travail, l'écriture quotidienne
et une certaine méfiance envers les voyages. Il souffre d'une peur panique
de l'avion, ce qui l'empêche de se rendre à de nombreuses conventions
et le confine surtout à la côte est des États-Unis, avec de rares excursions
en paquebot. Il compense par une intense activité épistolaire et par
un goût très affirmé pour la conversation; ses interventions publiques,
pleines d'esprit et d'autodérision, lui attirent une vaste sympathie.
Humaniste convaincu, athée revendiqué, il occupe
la présidence de l'American Humanist Association et défend inlassablement
la raison, la connaissance
et la pensée critique contre toutes les formes
d'obscurantisme.
Sur le plan privé,
il épouse en 1942 Gertrude Blugerman, dont il a deux enfants, David et
Robyn, prénommés en référence à ses propres créations littéraires.
Le mariage se détériore au fil des années et le couple divorce en 1973.
La même année, il épouse Janet Jeppson, psychiatre et auteure de science-fiction,
avec qui il partage une complicité intellectuelle et qui l'accompagne
jusqu'à la fin de sa vie. Cette seconde union lui apporte une sérénité
personnelle qui rayonne dans ses derniers livres et dans son abondante
production de mémoires, où il raconte avec franchise ses enthousiasmes,
ses phobies et ses relations avec le milieu de l'édition.
En 1983, Asimov subit
un pontage coronarien. Au cours de cette opération, il reçoit une transfusion
sanguine contaminée par le virus du VIH, ce que
l'on ignore à l'époque. Sa santé décline lentement tout au long de
la décennie, mais il continue à écrire, à dicter des articles et Ã
publier des ouvrages de plus en plus autobiographiques. Ce n'est qu'après
sa mort, survenue en 1992 d'une insuffisance cardiaque et rénale, que
la cause réelle de son décès est révélée. Sa famille, poussée par
la volonté de transparence, rend public le fait qu'il a été emporté
par des complications liées au sida, contracté lors de cette transfusion. |
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